Massada

Définition

Rebecca Denova
de , traduit par Jerome Couturier
publié le 07 novembre 2019
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Disponible dans ces autres langues: anglais
Masada (by Dany Sternfeld, CC BY-NC-ND)
Massada
Dany Sternfeld (CC BY-NC-ND)

Massada («forteresse», en hébreu) ​​est un complexe montagneux en Israël dans le désert de Judée qui surplombe la mer Morte. Massada est célèbre pour la dernière bataille des Zélotes (et des Sicaires) lors de la Révolte Juive contre Rome (66-73 EC). C'est un site du patrimoine mondial de l'UNESCO et l'une des destinations touristiques les plus populaires d'Israël.

La dernière occupation à Massada était un monastère byzantin, puis le site a été largement oublié en raison de son éloignement et de son environnement difficile (surtout pendant les mois d'été). Le site a été exploré superficiellement en 1838 EC par les archéologues américains Edward Robinson et Eli Smith. Puis, entre 1963 et 1965 EC, Yigaël Yadin, qui était à la fois un commandant militaire israélien et un archéologue, organisa les premières fouilles majeures avec des volontaires du monde entier.

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La source de l'histoire de Massada est Flavius ​​Josèphe (36-100 EC), qui écrivit sur les origines de la forteresse sous les Hasmonéens (dynastie juive au pouvoir en Judée, 168-37 AEC) et les rénovations du site sous Hérode le Grand (37-4 AEC). En tant que témoin oculaire des événements de la Révolte Juive contre Rome (66-73 EC), il écrivit La Guerre des Juifs, où le dernier chapitre relate les événements de Massada en 73-74 EC. Josèphe décrit la décision de se suicider en masse à la forteresse (960 hommes, femmes et enfants). Cependant, parce qu'il n'a pas été témoin oculaire des événements, le débat sur la base historique de son récit continue à l'époque moderne.

Description

DANS L'ANTIQUITÉ, LE SEUL ACCÈS AU SOMMET ÉTAIT UN CHEMIN SERPENTANT SUR LE CÔTÉ DE LA MER MORTE DE LA STRUCTURE, EN FAISANT UNE FORTERESSE IMPRENABLE PRESQUE PARFAITE.

Cette région du désert de Judée est pleine de collines et d'oueds (à cause des pluies hivernales), avec de nombreuses grottes ponctuant la région. La forteresse se trouve sur une structure rocheuse élevée en forme de table, plate au sommet et entourée de ravins escarpés de tous les côtés. Dans l'antiquité, le seul accès au sommet était un chemin serpentant du côté de la mer Morte de la structure, ce qui en faisait une forteresse imprenable presque parfaite. Les pluies annuelles aidaient à remplir de grandes citernes qui étaient utilisées pour stocker l'eau, mais aussi les céréales et autres denrées alimentaires. Josèphe dit que l'un des souverains hasmonéens, Alexandre Jannée (103-76 AEC), fortifia le plateau (bien qu'aucun reste ne soit évident aujourd'hui). Après qu'Hérode soit devenu roi-client de Rome, il rénova la zone en construisant des casernes, une armurerie, deux palais, des bains romains, une synagogue, et une enceinte entourant la structure (37-31 AEC). Conscient de son impopularité parmi certains Juifs, Hérode choisit peut-être le site comme une retraite possible en cas de rébellion.

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La Dynastie Hérodienne

En 63 AEC, le général romain Pompée (106-48 AEC) prit Jérusalem au cours de ses campagnes en Orient pour établir des rois-clients dans les provinces de Rome en expansion. Il avait l'aide d'un chef iduméen (ou édomite, du sud de la Mer Morte), Antipater, et de son fils, Hérode (donc début de la Dynastie Hérodienne, 55 AEC - 93 EC). Après la mort d'Hérode, la région fut divisée en tétrarchies, quatre régions dirigées par ses fils. La Judée (nom romain du royaume du sud, Juda) fut gouvernée par Archélaos, fils d'Hérode (23 AEC - 18 EC).

Le règne d'Archélaos fut inefficace et finalement désastreux, des émeutes éclatèrent à plusieurs reprises lors des fêtes de pèlerinage à Jérusalem. Son règne aboutit à une révolte fiscale pendant laquelle 2 000 Juifs moururent par crucifixion. Archélaos dut répondre à Rome pour les troubles, et il fut banni et s'exila en Gaule. Les Juifs demandèrent alors à Auguste (règne 27 AEC - 14 EC) de ne nommer aucun autre hérodien sur la Judée. Auguste fit de Jérusalem et de la Judée une province sénatoriale, ce qui signifiait que la région fut placée sous la responsabilité des proconsuls, des procureurs et les légions du gouverneur de Syrie.

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Carpet Mosaic at Masada
Mosaïque de tapis à Massada
Dana Murray (CC BY-NC-SA)

De nombreux facteurs contribuèrent finalement à la Révolte Juive contre Rome, notamment le fait qu'à partir de l'an 6 EC, les dirigeants envoyés de Rome étaient en grande partie corrompus et inefficaces. Plusieurs chefs juifs de cette période furent acclamés comme étant "le Messie" ('l'oint') par leurs disciples. Lorsque les foules devenaient trop importantes ou que des émeutes s'ensuivaient, Rome envoyait une troupe de répression pour éliminer le chef et autant d'adeptes que possible. L'un des plus célèbres dirigeants romains était Ponce Pilate (26-36 EC), très présent dans le procès et la crucifixion de Jésus de Nazareth dans les évangiles.

La Révolte Juive

La Grande Révolte commença en 66 EC, après plusieurs protestations contre les impôts et des attaques contre les citoyens romains. Le gouverneur de l'époque, Gessius Florus, pilla alors le Temple en représailles. La révolte fut organisée par une secte de Juifs connue sous le nom de Zélotes (mouvement nationaliste juif), qui avaient idéalisé la période de la révolte des Maccabées (167 AEC), lorsque les Juifs avaient pu abolir la domination grecque, et qui promouvaient l'idée que seul Dieu devrait régner sur eux. Au sein du groupe des Zélotes se trouvait une faction connue sous le nom de Sicaires («hommes à poignard») qui étaient plus extrémistes en ce qu’en plus de tuer des Romains, ils tuaient également tous les Juifs qui collaboraient avec Rome. Plusieurs factions de Juifs mirent en place un gouvernement provisoire à Jérusalem. Flavius Josèphe reçut le commandement de la résistance organisée en Galilée.

L'empereur Néron chargea Vespasien et son fils Titus de réprimer la rébellion. En 67 EC, Vespasien envahit la Galilée et entreprit de conquérir la plupart des bastions rebelles. Josèphe fut capturé au bastion de Yodfat. Attendant son exécution, il prédit que Vespasien serait le prochain empereur de Rome. Vespasien retarda l'exécution, et finalement Josèphe devint ami avec Titus et retourna sa loyauté, disant que Dieu était maintenant du côté de Rome.

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Roman Emperor Vespasian, Palazzo Massimo
Empereur romain Vespasien, Palazzo Massimo
Carole Raddato (CC BY-SA)

Pendant ce temps, les Zélotes et d'autres factions avaient attaqué les Sadducéens (membres d’une secte juive conservatrice de la caste sacerdotale) dans le Temple de Jérusalem, faisant de nombreuses victimes des deux côtés. Un chef des Sicaires, Menahem ben Yehuda, tenta de prendre la ville mais échoua finalement. Il fut exécuté et ses partisans furent chassés de Jérusalem. Beaucoup d'entre eux s’installèrent à Massada où ils continuèrent à attaquer les villes et villages voisins. En 69 EC, Vespasien, ayant remporté la bataille de la succession pour le pouvoir à Rome, y retourna, et Titus fut laissé en charge de la guerre en Judée. En 70 EC, Titus assiégea Jérusalem et prit la ville avec l'aide de forces rebelles, toutefois diminuées en raison des luttes intestines entre les factions. Lors de la dernière attaque, le temple fut brûlé et détruit.

Le Siège de Massada

Rome passa les quelques années qui suivirent à éliminer les rebelles juifs dans diverses villes de la région. En 73 EC, le général Lucius Flavius ​​Silva fut affecté à la Légion X Fretensis pour régler le sort des rebelles à Massada. Il a construisit des camps de siège et un mur de circonvallation autour du plateau pour éliminer toute chance de fuite. Utilisant un éperon rocheux naturel, il construisit une rampe sur le côté ouest en utilisant des prisonniers de guerre juifs. La rampe permit de monter un bélier au sommet qui perça finalement les murs de la forteresse en avril. Les vestiges des camps romains et du mur de circonvallation sont visibles aujourd'hui, ainsi que des portions de la rampe.

The Masada Ramp
La rampe de Massada
Dana Murray (CC BY-NC-SA)

C'est à ce stade que Flavius Josèphe raconte l'histoire du suicide de masse. Il raconte les discours du chef des Sicaires, Eléazar ben Yaïr, sur le thème de la liberté, et comment il valait mieux mourir que d'être esclave de Rome. Il est dit qu’ils exposèrent leur stock de nourriture et de fournitures afin que Rome puisse voir qu'ils auraient pu survivre au siège. Par tirage au sort, il fut attribué à plusieurs des hommes de tuer les autres hommes, femmes et enfants, de présenter leurs corps pour que les Romains les voient, puis de se suicider. Selon Josèphe, seule une vieille femme et quelques enfants qui se cachèrent dans une grotte survécurent pour raconter l'histoire.

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Flavius Josèphe et Archéologie

Depuis les fouilles de Yadin, les chercheurs et les archéologues ont continuellement débattu de l'historicité du récit de Josèphe. Il ne décrit qu'un seul palais, alors que l'archéologie en révèle deux. Sa description du palais du nord contient plusieurs inexactitudes, et il donne des chiffres exagérés pour la hauteur des murs et des tours. Contrairement au siège de Jérusalem, Josèphe n'était pas témoin oculaire des événements de Massada. Il est peu probable que la vieille femme et les enfants se souviennent des discours détaillés d'Eléazar. Avant cela, dans sa description de l'une des batailles de Galilée, Josèphe raconta un suicide de masse moindre à Gamla où il inclut des discours similaires à ceux d'Eléazar. Ces discours intègrent les concepts gréco-romains de la "noble mort" en plus des polémiques juives contre l'esclavage sous Rome.

LES ÉCRITS DE JOSÈPHE NE SONT PAS DES ŒUVRES PUREMENT HISTORIQUES, ILS SONT TRÈS SOUVENT COMPRIS POUR ÊTRE DES EXCUSES À ROME SUR L'HISTOIRE DES JUIFS ET LES COUTUMES JUIVES.

Pour ce qui concerne d'autres détails, il convient de noter que Josèphe a passé le reste de sa vie à Rome où il a eu accès aux archives romaines, et peut-être aux rapports des commandants sur le terrain. Cependant, les écrits de Josèphe ne sont pas des œuvres purement historiques, elles sont très souvent comprises comme des excuses (explications) à Rome sur l'histoire des Juifs ainsi que sur les coutumes juives. En même temps, son récit de la défense acharnée de Massada pourrait aussi être un moyen de flatter Rome; Rome ne mériterait pas des éloges pour avoir vaincu un ennemi faible et sans défense. Et l'histoire devait également servir comme une bonne propagande pour dissuader les futures rébellions d'autres sujets de Rome.

Un écart majeur concerne les morts : Josèphe dit que les Romains ont trouvé 960 personnes, mais seulement 28 corps ont été retrouvés jusqu'à présent. Quelques squelettes ont été retrouvés dans les restes du palais nord, dans les bains publics, tandis que le reste, hommes, femmes et enfants, ont été retrouvés dans une grotte à l'extrémité sud du promontoire. Alors, où sont les autres? Un élément du châtiment romain pour les rebelles était le concept de «châtiment éternel». Ainsi, les rebelles se virent refuser les rituels funéraires appropriés de façon qu'ils ne puissent jamais traverser le Styx et qu’ils doivent rester dans un état liminal entre la vie et la mort. L'armée romaine de Massada n'aurait pas pris la peine d'enterrer les morts. La crémation aurait pu être la solution, mais aucun niveau de cendres pour autant de morts n’ont été trouvés sur le site. D'un autre côté, les Romains auraient pu simplement précipiter les corps dans les ravins en contrebas, mais là encore, aucun reste n'a été trouvé.

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Les fouilles de Yadin ont découvert plusieurs ostraca (tessons de poterie servant de support d’écriture) portant le nom d'Eléazar ben Yaïr. Yadin a suggéré que c’était ce qui avait été utilisé pour le tirage au sort des chefs du suicide de masse. Cependant, d'autres chercheurs pensent que les ostraca auraient également pu faire partie d'un système de bons de rationnement, pour la distribution de nourriture. Il y eut plusieurs autres saisons de fouilles à Massada, mais la question cruciale de l'histoire reste controversée. Dans son livre rapportant la dernière fouille (Masada: From Jewish Revolt to Modern Myth, 2019), l'archéologue renommée Jodi Magness ajoute des détails concernant la vie des Juifs sous les Romains, et discute des pour et des contre dans le débat. Sa décision finale est que sans preuve supplémentaire, l'histoire du suicide de masse ne peut pas être appuyée. La question de ce qui s'est réellement passé à Massada n'est pas une question "pour laquelle l'archéologie est équipée pour répondre".

L'Idéologie de Massada

Dans les années 1930 EC, l'archéologue israélien Shmarya Guttman commença à emmener des jeunes israéliens en voyage à Massada. Après la Seconde Guerre mondiale et les révélations de l'Holocauste, Massada devint le symbole de l'idéologie sioniste qui critiquait la communauté juive européenne pour ne pas avoir riposté au moment du programme nazi de "solution finale". Le cri de guerre de "liberté" supposé avoir été lancé à Massada, ainsi qu'un concept romancé d'héroïsme et de nationalisme, ont contribué à la sublimation de Massada dans l'Israël contemporain. De nombreuses unités des forces spéciales de l'armée et de l'aviation israéliennes participent à des cérémonies à Massada. L’ascension du sentier avant l'aube les amènent au sommet où ils prêtent serment aux forces armées avec le cri de ralliement "Massada ne tombera plus jamais!" Il est également possible d'organiser des bar-mitzva (garçons) ou bat-mitsvah (filles), le rite adolescent de passage à l'âge adulte dans le Judaïsme, à l'ancienne synagogue de Massada.

Roman Camps at Masada
Les camps romains de Massada
Dana Murray (CC BY-NC-SA)

Certains Israéliens, de même que des non-Israéliens, utilisent la métaphore de Massada dans leur critique de la nation et de la politique israéliennes, souvent décrites comme un "complexe de Massada". Ceci peut faire référence soit à un zèle patriotique extrême (prêt à mourir pour la nation) soit à certaines politiques israéliennes qui paraissent "suicidaires" dans la mesure où elles s'appliquent aux relations internationales au Moyen-Orient. Dans les deux cas, cela se réfère au "tout ou rien" adopté par certains partis politiques en Israël, ou dans les relations avec les Palestiniens.

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Traducteur

Jerome Couturier
Je suis médecin, spécialisé en Génétique. J'aime l'Histoire et l'Antiquité depuis mon plus jeune âge. J'ai toujours eu un interêt pour la recherche dans divers domaines scientifiques, dont l'archéologie.

Auteur

Rebecca Denova
Rebecca I. Denova, Ph. D., est Maître de Conférences à temps plein en Christianisme Primitif au Département d'Études Religieuses de l'Université de Pittsburgh. Elle a récemment terminé un manuel, «Religions de la Grèce et de Rome» (Wiley-Blackwell).

Citer cette ressource

Style APA

Denova, R. (2019, novembre 07). Massada [Masada]. (J. Couturier, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-13642/massada/

Style Chicago

Denova, Rebecca. "Massada." Traduit par Jerome Couturier. World History Encyclopedia. modifié le novembre 07, 2019. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-13642/massada/.

Style MLA

Denova, Rebecca. "Massada." Traduit par Jerome Couturier. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 07 nov. 2019. Web. 06 déc. 2022.

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