Agrippine l'Aînée

Fille des Césars
Harrison W. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Bust of Agrippina the Elder from Pergamon (by Osama Shukir Muhammed Amin, Copyright)
Buste d'Agrippine l'Aînée, Pergame Osama Shukir Muhammed Amin (Copyright)

Agrippine l'Aînée (14 av. J.-C. à 33 apr. J.-C.), petite-fille de l'empereur Auguste et épouse du très populaire général Germanicus exerça une influence considérable dans les premières années de l'Empire romain et joua un rôle majeur dans la politique interne de la dynastie julio-claudienne. Ses ambitions et ses liens familiaux la mirent en conflit avec de puissants rivaux, ce qui conduisit à son exil et finalement à sa mort, emportée par la famine, en 33 après J.-C. Même si elle ne vécut pas assez longtemps pour voir leurs règnes, elle fut la mère d'un empereur romain (Caligula) et la grand-mère d'un autre (Néron).

Jeunesse

Agrippine vit le jour en 14 avant J.-C. dans la famille la plus puissante du monde romain. Depuis 27 avant J.-C., son grand-père maternel, Auguste César (63 av. J.-C.-14 ap. J.-C.), avait régné en tant que princeps, ou "premier citoyen", de Rome, une nouvelle fonction qui le plaçait au-dessus même du Sénat romain et lui permettait d'exercer des pouvoirs autocratiques sans les dangers inhérents à la monarchie. Son père, Marcus Agrippa (63-12 av. J.-C.), était depuis longtemps le proche compagnon, le général de confiance et le bras droit d'Auguste, et avait été récompensé pour sa loyauté par un mariage avec Julia l'Aînée (39 av. J.-C. à 14 ap. J.-C.), la fille unique du princeps. Pour beaucoup, cela constituait une reconnaissance implicite d'Agrippa comme successeur éventuel d'Auguste; on pouvait s'attendre à ce que les enfants qu'il aurait avec Julia héritent un jour de l'héritage des Césars et règnent sur l'Empire romain.

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Agrippa eut finalement cinq enfants avec Julia. Trois étaient des fils: Caius César (né en 20 av. J.-C.), Lucius César (né en 17 av. J.-C.) et Agrippa Postumus (né en 12 av. J.-C.). La naissance de ces garçons robustes et en bonne santé semblait assurer la succession, et Auguste alla même jusqu'à adopter Caius et Lucius peu après leur naissance. Élevés sous le toit du princeps, ils seraient formés pour devenir ses dignes héritiers. Agrippa et Julia eurent également deux filles: Julia la Jeune (née en 19 av. J.-C.) et, bien sûr, Agrippine. Elle avait été nommée en l'honneur de son père, que le destin lui avait malheureusement empêchée de connaître. En 12 avant J.-C., alors qu'il rentrait chez lui après une campagne militaire, Agrippa tomba malade et mourut. Sa plus jeune fille n'avait pas encore deux ans.

Avant son 25e anniversaire, Agrippine était le seul membre de sa famille proche qui n'était ni décédé ni condamné à l'exil.

Après la mort de son père, Agrippine partit vivre avec son grand-père dans sa vaste villa sur le mont Palatin, où elle fut élevée dans une relative solitude. Auguste était très fier d'Agrippine, louant son intelligence et s'efforçant de guider son éducation. L'historien Suétone rapporte un exemple où Auguste conseille à sa petite-fille de s'exprimer clairement, en lui recommandant "de ne pas écrire ou parler de manière affectée" (Suétone, Auguste, 85). Agrippine et ses frères et sœurs étaient également très aimés du peuple romain, qui les acclamait souvent lorsqu'ils défilaient lors d'événements publics. Jamais auparavant des enfants n'avaient été traités avec autant de révérence à Rome, signe que la famille d'Auguste avait réussi à s'ancrer dans le cœur et l'esprit des Romains. Pour Agrippine, l'avenir semblait radieux.

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Puis, ce fut tragédie après tragédie. En 2 après J.-C., Lucius César mourut après une maladie soudaine. Dix-huit mois plus tard, Caius mourut à son tour, victime d'une maladie tout aussi brève. En moins de deux ans, Auguste avait perdu ses deux fils chéris, sur lesquels il avait fondé les espoirs de sa dynastie. Mais ce n'était pas tout. Quelques années plus tôt, la mère d'Agrippine, Julia l'Aînée, avait été accusée de mauvaise conduite et avait été arrêtée pour adultère et trahison. Scandalisé et embarrassé, Auguste l'avait exilée sur l'île de Pandateria. Quelques années plus tard, Julia la Jeune fut arrêtée et exilée pour des chefs d'accusation similaires. Aucune des deux Julia ne revit jamais Rome, car la mère et la fille moururent toutes deux en exil. Agrippa Postumus, le seul frère survivant d'Agrippine, fut également exilé en 6 après J.-C. pour avoir fait preuve d'un comportement indiscipliné, et mourut jeune en 14 après J.-C. Ainsi, avant son 25e anniversaire, Agrippine était le seul membre de sa famille proche qui n'était ni décédé ni condamné à l'exil.

Mariage, personnalité et enfants

Avec la mort de Caius et Lucius, Auguste fut une fois de plus contraint de se pencher sur la question de la succession. Il n'avait désormais plus que deux options. La première, et apparemment la plus évidente, était Tibère (42 av. J.-C. à 37 ap. J.-C.), le fils de Livia Drusilla, l'épouse d'Auguste. Bien qu'il fût bon soldat et homme d'État expérimenté, Tibère était également un homme sombre et tourmenté qui avait passé des années en exil volontaire à Rhodes et ne jouissait pas de l'amour du peuple. L'autre choix était Germanicus (15 av. J.-C. à 19 ap. J.-C.), petit-fils de Livia et neveu de Tibère. Germanicus était fringant, beau et déjà populaire auprès des masses, mais il était jugé trop jeune et inexpérimenté pour être désigné comme héritier. Pour résoudre ce problème, Auguste adopta Tibère et le nomma héritier, puis Tibère adopta Germanicus, qui devint le deuxième dans l'ordre de succession au principat.

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Julio-Claudian Dynasty of the Roman Empire
Dynastie Julio-Claudienne de l'Empire romain Simeon Netchev (CC BY-NC-ND)

Afin de consolider la ligne de succession et de réunir les deux branches de la dynastie julio-claudienne, il fut également décidé que Germanicus épouserait Agrippine. Le couple se maria probablement à la fin de l'an 4, alors que la mariée était âgée d'environ 19 ans, un âge relativement tardif pour une noble romaine qui se mariait pour la première fois. Les portraits datant de cette époque montrent une femme aux "traits forts et réguliers, au menton déterminé et à la bouche pulpeuse, le visage encadré par une coiffure qui s'écartait considérablement de la mode établie par ses aînées"(Freisenbruch, 85). Les sources antiques s'accordent à dire qu'Agrippine était une femme charismatique et audacieuse, dotée d'une personnalité intense. En effet, l'historien Tacite écrit que son tempérament n'était "pas dépourvu d'une pointe de fougue" et que seules "sa chasteté et sa tendresse conjugale faisaient tourner au profit de la vertu cette hauteur de caractère." (1.33, trad. J. L. Burnouf sur Remacle).

Tout le monde savait qu'Agrippine était extrêmement ambitieuse, conformément à son statut de fille des Césars. Mais dans la société patriarcale romaine, elle savait qu'une femme ne pouvait jamais gravir seule les échelons du pouvoir. Elle devait plutôt placer ses espoirs dans son mari ou l'un de ses fils pour qu'il devienne princeps, auquel cas elle pourrait régner dans l'ombre en tant que "première dame" de Rome, ou Augusta. Elle encouragea son mari alors qu'il commençait son ascension rapide dans la hiérarchie politique. Germanicus devint questeur en 7 après J.-C. – même si, à 20 ans, il était techniquement trop jeune pour occuper cette fonction – et atteignit la haute fonction de consul en 12 après J.-C. Pendant ce temps, Agrippine mettait des enfants au monde. Elle en eut finalement neuf, dont six atteignirent l'âge adulte. Parmi eux, trois garçons: Néron César (6-31 ap. J.-C.), Drusus César (8-33 ap. J.-C.) et Caius César (12-41 ap. J.-C.), ainsi que trois filles: Agrippine la Jeune (15-59 ap. J.-C.), Julia Drusilla (16-38 ap. J.-C.) et Julia Livilla (18-41 ap. J.-C.).

Dans les camps militaires

En 13 apr. J.-C., Germanicus prit le commandement des légions le long de la frontière rhénane. Agrippine l'accompagna dans les camps militaires et fit venir leurs enfants pour qu'ils les rejoignent. Auguste s'occupa en personne de la sécurité du voyage du plus jeune fils d'Agrippine, Caius. La lettre d'adieu envoyée par le vieux princeps montre l'affection qu'il portait à sa petite-fille préférée: "[Je] t'envoie [Caius] avec l'un de mes esclaves, un médecin, qui... n'aura pas besoin de me revenir s'il s'avère utile pour toi. Adieu, ma chère Agrippine! Prends bien soin de toi pendant ton voyage vers ton Germanicus" (cité dans Freisenbruch, 82). À son arrivée au camp militaire, Agrippine charma rapidement les légionnaires et gagna leur affection. Il en fut de même pour le petit Caius, qui se pavanait dans une tenue militaire miniature, ce qui lui valut le surnom affectueux de "petites bottes militaires", Caligula.

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Agrippina and Germanicus
Agrippine et Germanicus Peter Paul Rubens (Public Domain)

Quelques mois plus tard, Auguste mourut après un règne de 40 ans, et le titre de princeps passa à Tibère. Immédiatement, les légions de la frontière rhénane se mutinèrent, exigeant de meilleurs salaires et conditions. Germanicus, chargé de réprimer la rébellion, décida d'éloigner Agrippine et les enfants pour leur propre sécurité. Au départ, Agrippine refusa, rappelant à son mari qu'elle était "de la lignée du divin Auguste et qu'elle se montrerait à la hauteur, quel que soit le danger" (ibid.). Ce ne fut que les supplications larmoyantes de son mari qui finirent par la convaincre de quitter le camp de l'armée romaine. Une fois Agrippine partie, le petit Caligula en larmes dans ses bras, les soldats mutins se sentirent honteux et déshonorés; ils aimaient Agrippine et son fils et étaient embarrassés qu'elle ait été chassée par leurs actions. La mutinerie prit rapidement fin et Agrippine revint sous les acclamations et en grande pompe.

Germanicus passa les deux années suivantes à diriger ces troupes, menant des campagnes dans les sombres forêts germaniques de l'autre côté du Rhin; il aspirait à la victoire et à la gloire, jurant de venger la défaite que le général romain Publius Quinctilius Varus avait subie aux mains des Germains plusieurs années auparavant lors de la bataille de la forêt de Teutoburg. Agrippine resta elle aussi avec l'armée et devint une figure aussi aimée que son mari. Une fois, après s'être retrouvée encerclée de l'autre côté du Rhin, une légion romaine en proie à la panique se précipita vers le seul pont qui enjambait le fleuve. Là, ils trouvèrent Agrippine, debout à la tête du pont, qui les attendait. Elle accueillit chaleureusement les soldats effrayés qui passaient devant elle et passa les jours suivants à jouer un rôle de leader, s'occupant des blessés. "C'était une femme au grand cœur qui assuma le rôle de général pendant ces jours-là", écrit Tacite, "elle distribua des vêtements aux soldats pauvres, des secours aux blessés" (1.69, ibid).

Mort de Germanicus

En 17 après J.-C., Germanicus retourna à Rome. Bien que sa victoire sur les Germains fût loin d'être totale, il reçut néanmoins un triomphe romain, une parade célébrant les généraux victorieux. Agrippine et leurs enfants l'accompagnèrent dans son défilé à travers la ville, acclamés par une foule en liesse. Il y avait cependant une absence notable lors des festivités: Tibère. Toujours aussi susceptible, l'empereur était devenu jaloux de son fils adoptif. L'audacieux Germanicus incarnait l'image même du héros romain, ce que Tibère savait qu'il ne pourrait jamais être. En 18 après J.-C., il envoya Germanicus en mission diplomatique dans les provinces orientales. Beaucoup y virent une tentative à peine voilée d'écarter le jeune général et de l'éloigner du centre du pouvoir à Rome. Que Germanicus s'en soit douté ou non, il se lança consciencieusement dans cette mission.

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Plancina aurait eu l'audace d'insulter ouvertement Agrippine, tandis que Piso refusait systématiquement d'obéir aux ordres de Germanicus.

Peu après, Agrippine, ses enfants et lui-même prirent la mer. Ils furent fêtés à chaque escale, y compris sur l'île de Lesbos, où Agrippine donna naissance à sa dernière fille, Julia Livilla. Cependant, lorsqu'ils arrivèrent à Antioche, ils reçurent un accueil beaucoup plus froid. Cnaeus Calpurnius Piso, le gouverneur de Syrie, était un patricien de la vieille école qui n'aimait pas voir son autorité supplantée par celle de Germanicus, plus jeune et moins expérimenté. Tacite suppose que Piso agissait peut-être également sur les ordres secrets de Tibère afin de saper l'autorité de Germanicus à chaque occasion. Les deux hommes ne tardèrent pas à entrer en conflit l'un avec l'autre. De plus, la femme de Piso, Plancina, ne cachait pas son animosité envers Agrippine. Selon certaines sources, Plancina aurait eu l'audace d'insulter ouvertement Agrippine, tandis que Piso refusait systématiquement d'obéir aux ordres de Germanicus.

Naturellement, cela créa un climat toxique à Antioche, et les tensions ne firent que s'aggraver au cours de l'année. À l'automne 19 après J.-C., Germanicus tomba soudainement malade; bien qu'on ait d'abord espéré qu'il se remettrait, son état se détériora progressivement jusqu'à ce qu'il ne soit cloué au lit. Germanicus s'en prit alors à Piso, accusant le gouverneur de l'avoir empoisonné. Quand il devint évident qu'il allait mourir, il fit ses adieux à sa femme, suppliant Agrippine de penser à elle-même et à ses enfants et de ne pas chercher à se venger; il lui dit "d'oublier sa fierté, de se soumettre à la cruelle fortune et, de retour à Rome, d'éviter de provoquer ceux qui étaient plus forts qu'elle en rivalisant avec leur pouvoir" (cité dans Freisenbruch, 87). Puis, le 10 octobre, Germanicus mourut à l'âge de 33 ans. Désemparée, Agrippine rassembla les cendres de son mari et, bien qu'elle fût "accablée de douleur et malade", elle traversa la mer hivernale pour retourner en Italie, prête à affronter tout ce qui l'y attendait (Tacite, 2.75).

Agrippina Landing at Brundisium with the Ashes of Germanicus
Agrippine débarque à Brundisium avec les cendres de Germanicus Benjamin West (Public Domain)

Rivalité avec Tibère

Lorsque Agrippine arriva au port de Brundisium (Brindisi), elle fut accueillie par des milliers de personnes en deuil qui s'étaient rassemblées pour apercevoir la veuve éplorée. Dans tout l'Empire romain, la nouvelle de la mort de Germanicus avait été accueillie avec choc, chagrin et confusion, tandis qu'Agrippine elle-même apparaissait comme une figure tragique et digne de compassion. Elle se rendit à Rome où, lors des funérailles de Germanicus, le peuple la qualifia de "gloire de son pays, seule véritable descendante d'Auguste" (cité dans Freisenbruch, 90). Cela provoqua la colère de Tibère, qui se sentait menacé par la popularité de sa nièce par alliance, alors qu'il était encore hanté par le fantôme de Germanicus. Agrippine, elle aussi, tourna sa colère vers l'empereur qu'elle tenait secrètement pour responsable de la mort de son mari.

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Piso fut finalement convoqué à Rome et jugé pour le meurtre de Germanicus. L'affaire ne se termina pas par un verdict, mais par un suicide: Piso fut retrouvé mort, la gorge tranchée d'une oreille à l'autre. Sa mort ne contribua en rien à apaiser les tensions entre Agrippine et l'empereur. Au cours des deux années suivantes, Agrippine s'entoura d'une faction de sénateurs fidèles à la mémoire de son défunt mari, tandis que Tibère continuait à ruminer sa colère, renforçant son emprise sur son régime grâce à un réseau d'informateurs secrets. C'est dans ce contexte tendu qu'entra en scène Lucius Aelius Sejanus (alias Séjan, vers 20 av. J.-C. à 31 ap. J.-C.), préfet de la garde prétorienne. Rusé et avide de pouvoir – un historien le compare au méchant Iago dans Othello de William Shakespeare –, Séjan complota pour tirer profit de la querelle entre Tibère et Agrippine.

Il commença par semer les graines du manque de loyauté d'Agrippine. Il recruta des dames de la cour qui étaient prédisposées à se méfier d'Agrippine et les incita à répandre la rumeur selon laquelle elle était insubordonnée et avait des "ambitions maternelles mal dissimulées", une autre façon de suggérer qu'elle prévoyait d'usurper le trône en faveur de l'un de ses fils. Ensuite, Séjan fit en sorte que les prêtres de Janus mentionnent les noms des fils aînés d'Agrippine, Néron et Drusus, juste à côté de celui de Tibère. Cela réussit à attiser la paranoïa de l'empereur. Il se rendit chez les prêtres et exigea de savoir si Agrippine les avait poussés à chanter les noms de ses fils. Leur refus de parler ne fit rien pour apaiser ses soupçons. Sur la suggestion de Séjan, Tibère commença à arrêter les sénateurs fidèles à Agrippine et à les juger sur la base de fausses accusations. Un sénateur se suicida avant que le verdict ne soit rendu, tandis que d'autres furent contraints à l'exil.

Alors que ses amis étaient exilés les uns après les autres, Agrippine se retrouva de plus en plus isolée. Un jour, après la condamnation d'un autre de ses alliés, elle trouva Tibère en train de prier devant une statue d'Auguste. Cette vision la remplit de rage. Elle s'approcha de l'empereur et lui lança d'un ton hargneux: "Tu penses que l'esprit divin [d'Auguste] s'est infusé dans cette pierre muette? Non, si vous voulez voir son véritable visage, cherchez-le en moi, une femme qui a son sang céleste dans les veines!" (cité dans Holland, 229). Tibère la fixa de son regard froid et répondit: "Vous pensez que le fait de ne pas être au pouvoir signifie que vous êtes persécutée?".

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Portrait of Agrippina the Elder
Portrait d'Agrippine l'Aînée Didier Descouens (CC BY-SA)

La confrontation finale eut lieu quelques jours plus tard, lors d'un dîner organisé par Tibère. Agrippine avait été prévenue à l'avance que l'empereur avait l'intention de l'empoisonner – ce qu'elle ignorait cependant, c'était que l'avertissement venait d'un des agents de Séjan. Elle refusa donc de toucher à son repas, même lorsque Tibère lui offrit directement une pomme. Tibère fut outré par cette insinuation selon laquelle il aurait recours au poison, et les relations entre lui et sa nièce par alliance se détériorèrent davantage encore. Lorsqu'elle lui demanda plus tard la permission de se remarier, il refusa catégoriquement, signe que sa position à la cour déclinait rapidement.

Exil et mort

En 26 après J.-C., Tibère se retira sur l'île de Capri, laissant Rome aux mains de Séjan. Ayant gravi les échelons en écrasant Agrippine et ses autres rivaux, Séjan était prêt à achever son œuvre. En 29 après J.-C., après la mort de la puissante grand-mère par alliance d'Agrippine, Livia Drusilla, il passa à l'action. Il se rendit au Sénat avec une lettre de Tibère dénonçant Agrippine pour "langage insubordonné et esprit désobéissant" (cité dans Freisenbruch, 95). Peu après, Agrippine fut arrêtée et exilée à Pandateria, la même île où sa mère, Julia, avait été envoyée plusieurs décennies plus tôt.

Même en exil, Agrippine resta aussi déterminée que jamais. Elle entama une grève de la faim, refusant de manger jusqu'à ce que ses geôliers ne la forcent littéralement à avaler de la nourriture. Elle fut traitée de manière horrible sur cette île; Suétone écrit qu'à une occasion, elle fut si violemment battue par un centurion qu'elle perdit un œil. Elle vécut en exil pendant encore quelques années jusqu'à sa mort, emportée par la famine, en 33 après J.-C., à l'âge de 46 ans. Non content d'avoir éliminé Agrippine, Tibère entreprit également de détruire ses fils. À la suite de l'exil d'Agrippine, ses fils aînés, Néron et Drusus, furent également emprisonnés et finirent par mourir de faim.

Caligula Deposits His Mother's Ashes in the Tomb
Caligula dépose les cendres de sa mère dans la tombe Eustache Le Sueur (Public Domain)

L'un de ses fils réussit toutefois à survivre. En 37 après J.-C., Caligula monta sur le trône impérial à la mort de Tibère. L'une de ses premières actions fut de se rendre sur l'île de Pandateria pour récupérer les cendres de sa mère et de son frère Néron. Il les ramena à Rome et les fit enterrer en grande pompe dans le mausolée d'Auguste, ordonnant que des jeux soient organisés chaque année en l'honneur de sa mère. Agrippine ne vécut pas assez longtemps pour assister au chaos du règne de Caligula, ni pour observer la carrière machiavélique de sa fille Agrippine la Jeune. Pourtant, malgré la réputation peu flatteuse de ses enfants, Agrippine réussit à réaliser son ambition ultime de les voir accéder aux plus hautes fonctions du monde romain, mais au prix de terribles sacrifices.

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Questions & Réponses

Qui était Agrippine l'Aînée?

Agrippine l'Aînée était une noble influente au début de l'Empire romain. Petite-fille d'Auguste et épouse de Germanicus, elle joua un rôle majeur dans la politique dynastique de Rome. Elle fut exilée par l'empereur Tibère et mourut de faim peu après.

Qui étaient les enfants d'Agrippine l'Aînée?

Agrippine l'Aînée eut neuf enfants, mais les deux qui devinrent les plus célèbres sont l'empereur romain Caligula et Agrippine la Jeune, mère de Néron.

Pourquoi Agrippine l'Aînée fut-elle exilée?

Agrippine l'Aînée fut exilée après que Séjan, préfet du prétoire, eut monté l'empereur Tibère contre elle. Les relations entre Agrippine et Tibère étaient déjà glaciales, car Agrippine accusait Tibère d'avoir empoisonné son mari, mais Séjan poussa la querelle à son paroxysme.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Harrison W. Mark
Harrison Mark est diplômé de SUNY Oswego NY, où il a étudié l'histoire et les sciences politiques.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, H. W. (2026, janvier 28). Agrippine l'Aînée: Fille des Césars. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-11870/agrippine-lainee/

Style Chicago

Mark, Harrison W.. "Agrippine l'Aînée: Fille des Césars." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, janvier 28, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-11870/agrippine-lainee/.

Style MLA

Mark, Harrison W.. "Agrippine l'Aînée: Fille des Césars." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 28 janv. 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-11870/agrippine-lainee/.

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