Alfred Sisley

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 30 mai 2022
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Disponible dans ces autres langues: anglais, espagnol
Alfred Sisley by Renoir (by Art Institute of Chicago, Public Domain)
Alfred Sisley par Renoir
Art Institute of Chicago (Public Domain)

Alfred Sisley (1839-1899) était un peintre impressionniste franco-britannique. Connu pour ses paysages, qui présentent souvent la nature sous une lumière tamisée, il participa aux expositions impressionnistes de Paris dans les années 1870 mais eut du mal à vivre de son art. Ce n'est qu'après sa mort que l'attitude de la critique et du public changea, faisant monter en flèche le prix des toiles de Sisley.

Jeunesse

Alfred Sisley vit le jour à Paris le 30 octobre 1839. Ses deux parents étaient anglais, son père William ayant établi la même année dans la capitale française une entreprise prospère d'import-export de produits de luxe. Bien qu'il ait vécu toute sa vie en France, Alfred conserva sa citoyenneté britannique. C'était un jeune homme calme et réservé, et son caractère ne changea pas avec l'âge. Comme l'a écrit un critique d'art : "Sisley a vécu la vie d'un peintre paysagiste désintéressé et réfléchi, avec un amour profond de la nature, qui s'est éloigné de la vie sociale" (Bouruet Aubertot, 328).

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Le père de Sisley envoya son fils à Londres en 1857 dans l'espoir qu'il acquiert les compétences nécessaires pour aider l'entreprise familiale, mais Alfred n'était pas intéressé par ces questions. Pour Alfred, son avenir se trouvait dans le monde de l'art. Par conséquent, Sisley retourna à Paris en 1860 et, environ un an plus tard, il commença à étudier les beaux-arts dans l'atelier de Charles Gleyre (1808-1874) où il rencontra ses camarades Claude Monet (1840-1926), Pierre-Auguste Renoir (1841-1919) et Frédéric Bazille (1841-1870). L'éducation artistique de Sisley fut payée par son père, et son argent de poche lui permit de vivre et de s'habiller correctement. Les jeunes artistes partaient ensemble en voyage de peinture dans des villages pittoresques tels que Chailly et Marlotte, ainsi que dans la forêt de Fontainebleau, tous situés aux portes de Paris. Le groupe passa également du temps à peindre en plein air, dans l'air vif de la Normandie.

Barges on the Canal Saint-Martin by Sisley
Barges sur le canal Saint-Martin par Sisley
Oskar Reinhart Foundation (Public Domain)

À la fin des années 1860, Sisley vivait avec sa compagne de longue date Marie-Eugénie Lescouezec et leur fils Pierre (né en 1867) à Montmartre. Alfred et Marie-Eugénie ne se marieraient qu'en 1897. Marie-Eugénie était plus âgée qu'Albert de quelques années et n'était que modèle et fleuriste à temps partiel, ce qui coûta probablement à l'artiste son allocation régulière de la part de son père désapprobateur (qui, de toute façon avait beaucoup souffert du marasme économique et de l'agitation générale du début des années 1870).

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Argenteuil, Louveciennes et Marly

Sisley travailla à Argenteuil en 1871-1872 où il rendit visite à Monet qui y habitait, et il travailla aux côtés de Renoir, qui venait également peindre en plein air, capturant des bourgeois parisiens profitant de leurs week-ends, faisant du bateau et s'amusant sur la Seine. Ensemble, ils développèrent le style qui allait être connu sous le nom d'impressionnisme (voir ci-dessous).

Le voyage de peinture de Sisley en Angleterre fut financé par le célèbre chanteur baryton et collectionneur d'art Jean-Baptiste Faure.

Sisley resta avec sa famille à Louveciennes, dans le chaos et la violence qui firent suite à la guerre franco-prussienne de 1870. La guerre eut de graves répercussions sur les finances de la famille Sisley, et l'atelier de l'artiste fut saccagé par des soldats prussiens pendant le conflit, détruisant une grande partie de ses premières œuvres impressionnistes. En 1874, il entreprit un voyage en Angleterre où il visita Hampton Court. Ce voyage fut financé par le célèbre chanteur baryton et collectionneur d'art Jean-Baptiste Faure à la condition que Sisley lui donne six nouvelles peintures. L'artiste réalisa 16 toiles représentant des scènes fluviales, notamment des bateliers ramant et la régate annuelle. Faure reçut ses six tableaux pour sa collection impressionniste, qui, au final, contenait près de 60 œuvres de Sisley.

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The Bridge at Villeneuve-la-Garenne by Sisley
Le pont de Villeneuve-la-Garenne de Sisley
Metropolitan Museum of Art (Copyright)

En 1875, Sisley s'installa à Marly-le-Roi, le village voisin de Louveciennes qui était autrefois la retraite d'été du roi Louis XIV de France (r. de 1643 à 1715). Au printemps suivant, Sisley réalisa une série de six toiles illustrant la crue catastrophique de la Seine à Port-Marly. Il montra des ciels maussades se pressant sur les eaux de crue tandis que des gens marchaient sur des planches et que des esquifs servaient de bacs temporaires. Ayant toujours du mal à gagner de l'argent, en 1879 Sisley fut obligé de déménager à Sèvres où les loyers étaient moins chers.

L'impressionnisme

L'impressionnisme consistait à tenter de capturer en peinture les effets temporaires de la lumière et de la couleur, à l'aide de coups de pinceau rapides et audacieux, tout en travaillant en extérieur. Les artistes impressionnistes utilisaient une palette beaucoup plus colorée que celle utilisée auparavant dans les beaux-arts et choisissaient la nature et la vie quotidienne comme sujet principal plutôt que les scènes mythologiques et religieuses plus traditionnelles. Par exemple, dans l'huile sur toile Les Régates à Molesey (1874), Sisley captura l'impression de drapeaux pris dans la brise. L'artiste écrit : " Ces effets de lumière qui ont une expression presque matérielle dans la nature doivent être rendus de façon matérielle sur la toile " (Howard, 87).

Cette nouvelle approche était contraire à l'establishment artistique ultra-conservateur et il était très difficile pour les impressionnistes comme Sisley de faire exposer leurs œuvres dans le seul endroit qui pouvait faire leur réputation et leur apporter des commandes lucratives : le Salon de Paris. Sisley fit accepter une soumission au Salon en 1865, mais son œuvre fut rejetée pour le Salon de 1867. L'année suivante, ses œuvres furent choisies par les juges capricieux du Salon et furent exposées au public. Cette relation intermittente avec le Salon se poursuivra pendant quelques années. Finalement, Sisley et les autres impressionnistes comprirent que la meilleure façon d'avancer était d'organiser leurs propres expositions où ils pourraient décider des peintures à inclure et de la façon de les exposer au mieux. Après de maintes réunions et discussions portant sur l'art dans les cafés de la capitale, les impressionnistes formèrent une coopérative et organisèrent les expositions impressionnistes de Paris, 1874-86.

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Misty Morning by Sisley
Misty Morning par Sisley
Musée de Orsay (Public Domain)

Sisley participa à la première exposition impressionniste d'avril 1874 et y exposa cinq paysages. L'exposition ne couvrit même pas ses frais, bien que Sisley, avec 1 000 francs de ventes, en ait tiré plus que tout autre artiste. L'année suivante, Sisley avait 20 tableaux dans la désastreuse vente aux enchères que les impressionnistes avaient organisée à l'Hôtel Drouot à Paris. Les critiques et le public étaient implacables, comme l'a décrit plus tard le marchand d'art et organisateur Paul Durand-Ruel (1831-1922) :

Le public hurlait, nous traitait comme des imbéciles, des gens sans aucun sens de la décence. Les œuvres étaient vendues à peine 50 francs... et ce, uniquement à cause de leurs cadres... Après coup, j'ai eu l'impression qu'on allait m'emmener dans un asile d'aliénés...

(Howard, 80)

Il est clair qu'il faudrait du temps pour que les gens s'habituent à ce nouveau style artistique, mais les impressionnistes ne se laissèrent pas décourager.

Sisley participa à la deuxième exposition impressionniste en 1876 et à la troisième en 1877, mais se retira des trois suivantes en 1879, 1880 et 1881 après avoir désapprouvé l'inclusion de plusieurs artistes médiocres (Renoir et Monet étaient du même avis et étaient également absents). Sisley voulait également continuer à se soumettre au Salon, ce qui, selon certains membres du groupe impressionniste, notamment Edgar Degas (1834-1917), les empêchait de participer aux expositions indépendantes. Il s'avéra que les soumissions de Sisley au Salon ne furent pas acceptées, et sa situation financière se dégrada à un tel point qu'il fut contraint de demander à des amis de lui donner un coup de main.

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Sisley revint pour la septième exposition impressionniste en 1882, après que le nombre d'artistes impliqués eut été considérablement réduit à ce que nous pourrions appeler aujourd'hui les "vrais" impressionnistes (Monet et Renoir étaient également présents). L'exposition était donc beaucoup plus homogène, et les critiques commençaient à se rallier à ce nouveau style artistique. Pourtant, les ventes ne furent pas excellentes et Sisley décida de ne pas participer à la huitième et dernière exposition en 1886.

Flood at Port-Marly by Sisley
Inondations à Port-Marly par Sisley
Musée des Beaux-Arts, Rouen (Public Domain)

Le style Sisley

Sisley était principalement un peintre paysagiste, et son travail, du moins dans la première partie de sa carrière, était assez traditionnel et réaliste. Il fut vraiment influencé par les paysages de Jean-Baptiste-Camille Corot (1796-1875) - ou du moins son travail y ressemblait beaucoup - dans la mesure où il produisit des toiles à la composition harmonieuse et aux variations tonales subtiles. En employant de plus en plus de techniques impressionnistes, l'œuvre de Sisley devint moins conservatrice, même s'il restait l'un des peintres les moins expérimentaux du groupe impressionniste, certainement dans la dernière partie de sa carrière. La palette de Sisley était relativement discrète car il aimait peindre des scènes à la lumière du matin ou en fin de journée. Ses coups de pinceau étaient souvent vifs, mais presque toujours contrôlés. Il aimait peindre des scènes de route dans de petites villes, généralement dépourvues d'activité humaine, mais avec une silhouette occasionnelle ajoutée pour donner un certain effet, comme une silhouette sombre marchant dans une allée couverte de neige par exemple. Les ponts, les scènes de neige et les allées d'arbres étaient ses sujets préférés.

Une réputation grandissante

Dans les années 1880, la situation financière de Sisley s'améliora enfin car il bénéficia d'expositions personnelles organisées par le collectionneur d'art Georges Charpentier (1846-1905) et Durand-Ruel qui lui assurèrent désormais un revenu régulier pour ses peintures. Sisley établit également une bonne relation de travail avec le marchand Georges Petit (1856-1920), rival de Durand-Ruel, et en 1882, Sisley participa à l'Exposition universelle de Paris. En 1883, Sisley fut représenté dans une exposition impressionniste à Boston, en 1885 à Bruxelles et en 1886 à New York. La réaction à ces expositions internationales, même si elle ne se concrétisa pas nécessairement par des ventes, était souvent plus favorable qu'elle ne l'avait été en France.

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Snow at Louveciennes by Sisley
La neige à Louveciennes par Sisley
Musée d'Orsay (Public Domain)

Vers 1882, à la recherche de loyers encore moins chers, Sisley s'installa à Moret-sur-Loing où il passa le reste de sa vie dans un isolement relatif par rapport à ses collègues artistes, à l'exception de Monet. Entre 1893 et 1894, Sisley peignit une série d'au moins 14 vues de la vieille église de Moret dans diverses conditions de lumière. En fait, c'était les effets de lumière que l'artiste souhaitait vraiment capturer, et non l'église elle-même.

Mort et héritage

Sisley n'eut pas la chance de jouir d'une bonne santé dans ses dernières années, et il souffrit de rhumatismes aigus et de plusieurs épisodes de dépression. Tous deux en phase terminale, Sisley finit par épouser sa compagne en 1897 lors d'un séjour dans le sud du Pays de Galles. L'artiste mourut d'un cancer de la gorge dans sa maison de Moret le 29 janvier 1899. Presque immédiatement après la mort de Sisley, les prix de ses tableaux commencèrent à augmenter. En 1900, l'œuvre de Sisley fut sélectionnée pour représenter l'art français à l'Exposition universelle. Peut-être la reconnaissance et l'argent n'avaient-ils pas vraiment préoccupé Sisley qui ne vivait essentiellement que pour son art. Comme il l'avait dit lui-même, "Donner vie à l'œuvre d'art est certainement l'une des tâches les plus nécessaires du véritable artiste" (Howard, 86). Au moins, il avait été reconnu par ses pairs. Camille Pissarro (1830-1903) déplora la mort de Sisley en déclarant: "C'est un grand et bel artiste, à mon avis c'est un maître égal aux plus grands" (Howard, 87).

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Questions et réponses

Pour quoi Alfred Sisley est-il connu?

Alfred Sisley est célèbre comme l'un des fondateurs de l'impressionnisme. Peintre paysagiste, l'œuvre de Sisley capture des scènes de la campagne autour de Paris.

Quel était le style de peinture d'Alfred Sisley ?

Le style de peinture d'Alfred Sisley utilise des techniques impressionnistes, comme la peinture en plein air et l'utilisation de coups de pinceau distinctifs. Ses peintures utilisent une gamme subtile de tons et montrent souvent des scènes dans une lumière tamisée.

Quelles sont les œuvres les plus célèbres d'Alfred Sisley ?

Parmi les œuvres les plus célèbres d'Alfred Sisley figurent "La Régate à Molesey", "Inondation at Port-Marly" et sa série de vues de l'église de Moret dans différentes conditions de lumière.

Alfred Sisley était-il célèbre de son vivant ?

Bien qu'Alfred Sisley ait eu quelques œuvres sélectionnées pour le Salon de Paris et qu'il ait vendu certaines de ses peintures, l'artiste a eu du mal à gagner sa vie de son vivant.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth a enseigné l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur d'articles historiques installé en Italie. Il s'intéresse plus particulièrement à la poterie, à l’architecture, aux mythologies du monde et à la découverte des idées partagées par toutes les civilisations. Il est titulaire d’un Master en philosophie politique et éditeur en chef de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2022, mai 30). Alfred Sisley [Alfred Sisley]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-20811/alfred-sisley/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Alfred Sisley." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le mai 30, 2022. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-20811/alfred-sisley/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Alfred Sisley." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 30 mai 2022. Web. 12 août 2022.

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