Les Suppliantes d'Euripide

Donald L. Wasson
par , traduit par Chloe Justin
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Eteocles & Polynices (by Alfred J. Church, Public Domain)
Etéocles et Polynice Alfred J. Church (Public Domain)

Les Suppliantes (ou Les Femmes Suppliantes) est une tragédie grecque d'Euripide, à ne pas confondre avec celle d’Eschyle du même nom. Sa date exacte de production n’est pas connue, on l’estime probablement entre 424 et 420 av. J.-C., et aurait été écrite dans le cadre des Dionysies. Comme pour beaucoup de ses œuvres, Euripide traite d'une histoire largement connue du public.

Selon la pièce d’Eschyle, Les Sept contre Thèbes, et l’Antigone de Sophocle, les fils d'Œdipe se partagent le trône de Thèbes, chacun régnant pendant un an. Cependant, Étéocle refuse de céder le pouvoir à son frère, Polynice. Exilé, Polynice quitte Thèbes et se rend à Argos où il épouse la fille du roi, lève une armée et retourne à Thèbes pour s’emparer du trône. Étéocle et Polynice meurent tous deux au combat, et c’est désormais leur oncle, Créon, qui règne. Bien qu'Étéocle ait reçu les rites funéraires, Créon refuse que le roi Adraste d’Argos enterre les soldats argiens tombés, dont les corps jonchent les terres autour de Thèbes. Accompagné des épouses et des mères des soldats tombés au combat, le roi Adraste se rend à Athènes pour demander de l’aide à Thésée afin de récupérer les corps.

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Euripide

Bien que souvent incompris de son vivant, Euripide est devenu l’un des poètes les plus admirés après sa mort.

On sait peu de choses de la jeunesse d’Euripide. Né vers 480 av. J.-C. sur l’île de Salamine, près d’Athènes, dans une famille de prêtres héréditaires. Il privilégiait une vie recluse, retiré en compagnie de ses livres. Dans Veni Vidi Vici, Peter Jones rapporte qu’Aristophane tournait Euripide en dérision, le dépeignant comme un intellectuel absorbé par ses lectures. Euripide était néanmoins marié et père de trois fils, dont l’un devint dramaturge. Contrairement à son confrère tragédien Sophocle, Euripide ne joua qu’un rôle mineur dans les affaires politiques d’Athènes; à l'exception d'une brève mission diplomatique en Sicile. Tandis que la guerre contre Sparte se poursuivait, il quitta Athènes en 408 av. J.-C., à l’invitation du roi Archélaos, pour passer le reste de sa vie en Macédoine.

Sur ses 92 pièces, 19 existent encore dans leur intégralité. Le poète fit ses débuts aux Dionysies en 455 avant J-C., se produisant plus de 22 fois avant de remporter sa première victoire en 441. Malheureusement, sa participation à ces compétitions ne fut pas très fructueuse, avec seulement quatre victoires; une cinquième lui fut décernée à titre posthume pour Iphigénie à Aulis. Cependant, beaucoup pensent que cette pièce aurait été achevée par le fils d’Euripide après la mort de ce dernier en 406 av.-C. Certains estiment que son échec lors des Dionysies l’aurait poussé à quitter Athènes.

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Le philosophe grec Aristote qualifiait Euripide de "plus tragique de tous les poètes grecs." Dans son ouvrage The Greek Way, la classiciste Edith Hamilton partageait cet avis en écrivant qu’il était le plus triste des poètes, un poète du chagrin du monde. On dit que les enfants apprenaient la langue et la grammaire à la fois d’Homère et d’Euripide. Bien que souvent incompris de son vivant et n’ayant jamais reçu la reconnaissance qu’il méritait, il devint l’un des poètes les plus admirés longtemps après sa mort, influençant non seulement le théâtre grec mais également la littérature romaine. Son confrère dramaturge Aristophane le parodia souvent dans nombre de ses pièces.

Euripides
Euripide Jastrow (Public Domain)

Les personnages

  • Roi Adraste d’Argos
  • Thésée
  • Éthra (mère de Thésée)
  • Evadné (veuve d’un soldat argien)
  • Iphis (père d’Evadné)
  • Athéna
  • Un messager
  • Héraut de Créon
  • Le Chœur

La pièce

La pièce débute au temple de Déméter et Perséphone à Éleusis, à l’ouest d’Athènes. Éthra, la mère de Thésée, est assise au pied de l’autel. Autour d’elle sont les mères et les fils des Sept qui ont perdu la vie à Thèbes. Adraste, roi d’Argos, gît près d’elle. Elle dit:

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Déméter, maîtresse des autels, ici, à Éleusis,

Et vous, qui gardez le temple de la déesse,

Bénissez-nous, mon fils Thésée et moi, et la Ville d’Athènes...

Si je m’adresse à vous en ces termes, c’est que je vois

Ces vieilles femmes, qui parties de leurs demeures à Argos,

Se sont, avec leurs rameaux de suppliantes, jetées à mes genoux.

Elles souffrent atrocement, devant les portes de Cadmos,

Sept courageux enfants sont morts. (R.Biberfeld, 2015, l.1-1.12)

Elle regarde les mères des Sept et ajoute:

Ces guerriers morts au combat,

Leurs mères veulent les mettre en terre

Les vainqueurs s’y opposent, et refusent

Qu’on les recueille […] (ibid, l.17-20)

Elle a envoyé chercher son fils Thésée afin de: "conclure un traité ou alors prendre les armes." (ibid, l.25). Thésée arrive et demande à sa mère qu’elle explique la présence des femmes en deuil. Elle lui raconte leur situation et le présente à Adraste. Thésée se tourne vers le vieux roi: "Découvre ton visage, cesse de sangloter et parle; l’on n’arrive à rien si ce n’est que par le langage." (ibid, l.111-112)

Seven Against Thebes
Les Sept contre Thèbes Carole Raddato (CC BY-SA)

Adraste conte alors la perte des meilleurs hommes/guerriers d’Argos et comment les Thébains lui refusent qu’il enterre les morts. Il supplie Thésée de ramener les fils d’Argos/des Argiens. Thésée est curieux de savoir pourquoi le roi a attaqué Thèbes: il a donné sa fille au fils d’Œdipe, Polynice, qui avait été chassé de Thèbes. Il s’en est allé à la cité pour réparer l’injustice et maintenant supplie Thésée de l’aider.

J’ai honte, prosterné [...]

Sur ce sol, d’embrasser tes genoux,

Avec mes cheveux gris, j’étais naguère un prince heureux ;

Mais il me faut céder à mon destin.

Sauve ces morts, prends mes malheurs en pitié,

Ainsi que les mères de ces morts. (ibid, l.164- 169)

En réponse aux suppliques du roi, Thésée réprimande Adraste pour avoir imprudemment attaqué Thèbes, allant à l’encontre de la volonté des Dieux. Il ajoute:

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Pourquoi me mettrai-je de ton côté?

Quels arguments présenter à mes concitoyens?

Adieu ; si tu t’es montré malavisé dans tes décisions,

Prends-t’en à la fortune, et laisse-nous tranquilles. (ibid, l.146-149)

Le roi se rend compte qu’il doit accepter la décision de Thésée et doit quitter Athènes. Cependant, avant que le vieux roi ne se prépare à partir, Éthra (faisant appel à l’égo de son fils) parle à Thésée: "Je te demande d’abord, mon fils, d’éviter de te tromper en oubliant ce que tu dois aux dieux, c’est ta seule erreur." (ibid, l.301-303). Elle insiste sur le fait que cela serait un honneur pour lui s’il venait en aide à ses pauvres femmes en deuil et s’il enterrait ces morts à qui l’on refuse sépultures et offrandes. Il gagnerait la "palme de la Gloire" (ibid, l.313) pour la cité d’Athènes. Thésée écoute sa mère et entends la vérité et la logique de sa supplique.

Il change d’avis et se rend compte que les Grecs attendent de lui qu’il soit "un éternel redresseur de torts." (ibid, l.341) Alors, il décide d’aider Adraste et de ramener les morts. Cependant, il doit d’abord plaider sa cause auprès des Athéniens et leur demander de l’aider à récupérer les corps des morts auprès de Créon. Il envoie un héraut à Thèbes afin de demander la restitution des corps, toutefois si cette requête est refusée, les Athéniens seront prêts à se battre.

Un héraut thébain arrive pour poser un ultimatum aux dirigeants athéniens:

À qui dois-je transmettre

Le discours de Créon, qui règne sur la terre de Cadmos

Depuis qu’Étéocle est mort au pied de l’enceinte aux

Sept portes, de la main de son frère Polynice? (ibid, l.399-402)

Thésée lui répond que la ville d’Athènes est libre de maître. L’insolent héraut affirme qu’il vient d’une cité gouvernée par un seul homme et non par une foule. Thésée rétorque qu’il n’y a rien de pire qu’un tyran, et qu’il n’y a plus d’égalité si un seul exerce le pouvoir: "Quand il existe des lois écrites, le faible et le riche sont égaux devant la justice." (ibid, l.434). Il demande à l'hérault la raison de sa visite, qui lui répond que si Adraste se rend à Athènes, il doit en être chassé. Si Thésée laisse Adraste rentrer dans sa cité, il devra: "craindre les tempêtes." (ibid, l.473). Les morts Argiens: "que leur démesure à perdus" (ibid, l.496) ne seront pas enterrer.

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Permets-nous d’ensevelir

Les morts, nous voulons montrer notre piété.

Sinon, c’est clair, j'irai les ensevelir quoi que vous en ayez. (ibid, l.558-560)

Bien que le héraut réplique par une menace, Thésée insiste sur sa décision d’enterrer les corps loin de Thèbes et ajoute; "Quitte donc ce pays, emporte avec toi les vains discours dont tu nous a abreuvés. Nous n’arrivons à rien." (ibid, l.582)

Après un moment, un messager arrive avec les nouvelles de la victoire de Thésée sur Thèbes. Il décrit l’assaut de la ville aux Athéniens:

Par les courroies, et les flots de sang : les uns tombaient, les autres plongeaient [...]

L’on se fait

Passer en hurlant les mots d’ordres : “Frappe!”, “Tiens bon contre les Érechtéides! ” [...]

C’étaient des hurlements, des lamentations, dans la ville,

D’enfants et de vieillards, on se pressait dans les temples. (ibid, l.691 - l.721)

Thésée ne pilla pas la ville car cela n’était pas son but. Interrogé par les mères, le messager leur informe du lieu de sépulture de certains des morts, dans les vallons du Cithéron, tandis que d’autres ont été ramenés. Le victorieux Thésée arrive. Il interroge Andraste sur la lignée de certains des morts. Adraste cite Capanée, Étéocle, Hippomédon, Parthénopée, Tydée et Œclès. Thésée lui annonce que les hommes seront enterrés sur un seul bûcher et qu’il construira lui aussi un tombeau. Andraste demande au roi Athénien si les mères des morts pouvaient voir les corps, mais Thésée s’y oppose car: "elles ne mourraient rien qu’à les voir défigurés." (ibid, l. 944).

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Antigone with Polynices' Body
Antigone devant le corps de Polynice VladoubidoOo (CC BY-SA)

Une longue procession funéraire a lieu, au cours de laquelle les femmes pleurent la perte de leurs proches. Parmi les personnes en deuil se trouve Iphis, père d’Étéocle, l’un des défunts. Il souhaite ramener son fils chez lui, mais il doit d’abord trouver sa fille Évadné, femme de Capanée: "Je ne l’ai pas vue sortie de ma demeure ; [...] « elle voulait mourir avec son époux." (ibid, l.1039). Elle se jette sur le bûcher ardent. Iphis et hors de lui. Que va-t-il faire? : "Rentrer chez moi ? Pour voir la solitude qui règne en mon palais, et les difficultés qui m’attendent?" (ibid, l.1095). Thésée arrive avec les fils des Sept portant des urnes et s'adresse aux femmes suppliantes, leur demandant: "d’en garder le souvenir et en être reconnaissants" (ibid, l.1169-1170). Et ajoute: "Répétez à vos enfants les mêmes paroles: qu’ils doivent honorer cette cité et transmettre de père en fils la mémoire de ce que nous avons fait pour vous." (ibid, l.1171-1174).

La déesse Athéna apparaît au-dessus d’eux car Thésée a un devoir à accomplir. Elle dit que Thésée ne doit pas laisser les ossements des défunts quitter Athènes entre les mains de ces jeunes fils. Elle ajoute qu’Adraste doit prêter serment.

Jamais les Argiens

Ne prendront les armes contre ce pays,

Et si d’autres l’attaquent, ils leur opposeront leurs lances. (ibid, l. 1191-1193)

S’il viole ce serment, Argos tombera en ruines. Athéna ajoute qu’ils doivent "emporter ces dépouilles de l’endroit où leurs corps auront étés purifiés par le feu, fait un terrain sacré, au carrefour de la déesse à l’Isthme." (ibid, l.1210). Quand les fils des Sept seront en âge, ils attaqueront Thèbes pour venger la mort de leurs pères. Thésée assure à la déesse qu’il obéira et que Adraste prêtera serment.

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Conclusion

Bien que les Suppliantes ne soient pas l’une des œuvres les plus connues d’Euripide, elle a survécu. Et bien qu’elle ne soit plus jouée et qu’elle n’ait que peu ou pas d’influence sur la littérature moderne, elle contribue au mythe entourant la défaite des Argiens à Thèbes ; un complément aux pièces d’Eschyle et de Sophocle.

Le public, bien sûr, connaît parfaitement le mythe entourant la chute des sept. Dans la pièce d'Euripide, le roi Adraste supplie Thésée de ramener les fils morts d'Argos. D'abord réticent, le roi athénien, séduit par les arguments de sa mère, décide d'aider Adraste. À la fin de la pièce, Thésée et Adraste reçoivent la visite d'Athéna, leur déesse protectrice. Thésée reçoit des instructions concernant la construction d'un sanctuaire, tandis qu'Adraste ne doit pas faire la guerre à Athènes. Enfin, elle jure que les fils des Sept se vengeront un jour de Thèbes.

Les pièces d'Eschyle et de Sophocle laissent le lecteur ou le spectateur s'interroger sur le sort des défunts gisant hors des portes de la ville. La mort de Polynice trouve son explication dans le sacrifice d'Antigone pour son frère. La pièce d'Euripide apporte un dénouement à l'histoire des Sept contre Thèbes.

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Style APA

Wasson, D. L. (2026, mai 23). Les Suppliantes d'Euripide. (C. Justin, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18945/les-suppliantes-deuripide/

Style Chicago

Wasson, Donald L.. "Les Suppliantes d'Euripide." Traduit par Chloe Justin. World History Encyclopedia, mai 23, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18945/les-suppliantes-deuripide/.

Style MLA

Wasson, Donald L.. "Les Suppliantes d'Euripide." Traduit par Chloe Justin. World History Encyclopedia, 23 mai 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18945/les-suppliantes-deuripide/.

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