Pyongyang Antique

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Tortoise & Snake Mural, Goguryeo Tomb (by ddol-mang, CC BY-SA)
Peinture murale représentant une tortue et un serpent, tombe de Goguryeo ddol-mang (CC BY-SA)

Pyongyang fut la capitale de plusieurs royaumes coréens anciens successifs. Située sur le fleuve Daedong, au nord de la péninsule, la ville fut choisie par le légendaire Dangun (Tangun), fondateur du premier État coréen Gojoseon, pour être sa capitale sur terre. Pyongyang resta une ville importante au cours des siècles suivants et servit de capitale aux royaumes de Wiman Joseon et de Goguryeo (Koguryo), avant de devenir la capitale occidentale du royaume de Goryeo. La ville moderne, située au même endroit, est aujourd'hui la capitale de la Corée du Nord.

Fondation mythologique – La capitale de Dangun

Selon la mythologie coréenne, telle que racontée dans le Samguk yusa ("Mémoires des Trois Royaumes") du XIIIe siècle, le site de ce qui allait devenir Pyongyang fut choisi par le fondateur légendaire de la Corée, Dangun Wanggeom (ou Tangun), pour servir de capitale sur terre. On attribue à Dangun la création du premier État coréen, Gojoseon, qui régna sur le nord de la Corée dans la seconde moitié du premier millénaire avant notre ère. La date traditionnelle de fondation, 2333 avant notre ère, n'est toutefois étayée par aucune preuve archéologique, et les historiens préfèrent une date plus proche du VIIe siècle avant notre ère.

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Le mythe de la naissance de Dangun, né de l'union du dieu Hwanung et d'une ourse, pourrait symboliser l'arrivée de la culture de l'âge du bronze en Corée, lorsque le métal fut importé de Mandchourie au cours du deuxième millénaire avant notre ère. La présence d'une ourse dans le mythe pourrait faire référence aux croyances chamaniques et aux totems animaux des tribus nomades qui migrèrent de l'intérieur de l'Asie à cette époque et s'installèrent dans la péninsule coréenne. La preuve que ce mythe a encore une résonance politique est visible dans l'affirmation de la Corée du Nord (non soutenue par les chercheurs du monde entier) d'avoir découvert la tombe de ce personnage légendaire près de Pyongyang en 1993 et de se considérer ainsi comme le véritable foyer et héritier du premier héros culturel de la Corée.

Pyongyang était la capitale des royaumes nord-coréens successifs et la capitale occidentale de Goryeo.

Capitale de Gojoseon

Selon certains historiens, l'État de Gojoseon se forma à partir de l'alliance de petites villes fortifiées autour des bassins des fleuves Daedong et Liao, peut-être à partir du VIIe siècle avant notre ère et plus certainement à partir du IVe siècle avant notre ère. Une des premières références à l'État de Gojoseon se trouve dans le texte intitulé "Mémoires historiques" écrit vers 100 avant notre ère par l'historien chinois Sima Qian. Qian mentionne que Gojoseon existait en 190 avant notre ère. Cependant, la seule date incontestée pour l'existence d'un État du nom de Choson/Gojoseon est 109 avant notre ère et les historiens continuent de débattre pour savoir s'il est possible de décrire Gojoseon comme un État à part entière, quand il aurait existé exactement, où se trouvait sa capitale et quels étaient les territoires exacts sous son contrôle. L'emplacement de la capitale a longtemps été considéré comme étant près de Pyongyang, mais certains indices suggèrent qu'elle se trouvait peut-être plus au nord, en Mandchourie.

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Map of Korean States in 108 BCE
Carte des États coréens en 108 av. J.-C. Historiographer (CC BY-SA)

Gojoseon prospéra en servant d'intermédiaire pour le commerce entre la Chine et les États du sud de la Corée, mais finit par être affaibli par les attaques de l'État voisin de Yan vers 300 avant J.-C. Un long déclin commença alors, si bien que lorsque Gojoseon s'effondra au IIe siècle avant J.-C., ses territoires furent repris par Wiman Joseon.

Capitale de Wiman Joseon

Wiman Joseon était dirigé par Wiman, un réfugié chinois (mais peut-être d'origine coréenne) qui avait auparavant fui l'État de Yan. Lui et ses 1 000 partisans avaient été chargés par le roi Chun de protéger les frontières nord-ouest de Gojoseon, mais Wiman profita de l'occasion pour s'emparer d'une partie du pays entre 194 et 180 avant J.-C. et se proclama roi. Pyongyang était sa capitale, alors connue sous le nom de Wanggomseong. Wiman Joseon ne dura pas très longtemps et, en 108 après J.-C., il fut conquis par la dynastie Han de Chine (206 av. J.-C. - 220 ap. J.-C.) et la capitale fut prise. L'empereur Wu (141-87 av. J.-C.) divisa alors le nord de la Corée en quatre commanderies administrées directement par le gouvernement central Han. Pyongyang fut rebaptisée Tosongni et devint la capitale de la commanderie de Lelang (Nangnang en coréen). Les Chinois conservèrent le contrôle de cette partie de la péninsule pendant les quatre siècles suivants.

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Capitale de Goguryeo

Au cours de la période des Trois Royaumes (Ier siècle av. J.-C. - VIIe siècle ap. J.-C.), les États de Silla, Baekje (Paekche), Goguryeo et Gaya (Kaya) se disputèrent le contrôle de la Corée. Ce conflit permanent, fait d'attaques, de contre-attaques et d'alliances sans cesse changeantes, aboutit en 371 à l'attaque de Pyongyang par le roi Geunchogo de Baekje et à la mort du roi Gogugwon (r. de 331 à 371 de notre ère). Cependant, à la fin du IVe siècle, Goguryeo avait formé une alliance avec son voisin Silla contre Baekje, permettant une stabilité, certes brève, dans la région. À partir du règne de Gwanggaeto le Grand (391-413 ap. J.-C.), Goguryeo commença à monter en puissance et Pyongyang bénéficia d'un programme de reconstruction qui comprenait la construction de neuf nouveaux temples bouddhistes. Puis, pendant le long règne de son successeur, le roi Changsu (413-491 ap. J.-C.), Pyongyang remplaça la ville montagneuse de Gungnae comme capitale de l'État en 427 après J.-C. La nouvelle capitale, située dans une vaste plaine, était un site beaucoup plus propice à l'expansion d'une métropole qui allait devenir le centre culturel florissant de Goguryeo, comme en témoigne la création de l'Académie des livres et des archives, qui comptait des dizaines de milliers de volumes.

Nous savons qu'à cette époque, Pyongyang comptait de très grands bâtiments mesurant jusqu'à 80 x 30 m, et il existe des vestiges de palais avec des jardins comportant des collines et des lacs artificiels. Les bâtiments étaient décorés de tuiles imprimées représentant des fleurs de lotus et des masques de démons, que l'on trouve en abondance sur les sites archéologiques. Il existe également des vestiges d'une forteresse datant de cette période.

Three Kingdoms of Korea Map
Carte des trois royaumes de Corée Ashraf Kamel (CC BY-NC-SA)

Le royaume de Silla, bien que beaucoup plus petit, chercha sagement à s'allier avec son puissant voisin, la Chine, afin de vaincre ses rivaux coréens. Tout d'abord, les Sui furent persuadés d'envoyer une armée massive pour assiéger Pyongyang en 612 après J.-C. La ville résista et, en faisant croire aux Chinois que Goguryeo acceptait les conditions de paix, l'armée Sui en retraite fut alors écrasée par le général Eulji Mundeok. Les Sui attaquèrent encore deux fois sans succès, mais les ressources de Goguryeo étaient poussées à leur limite.

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Sans se laisser décourager par la résistance de Goguryeo, le royaume de Silla, 50 ans plus tard, sollicita l'aide de la nouvelle dynastie Tang. Les Tang étaient désireux de monter ces États turbulents les uns contre les autres et apportèrent donc leur soutien à Silla avec le projet de conquérir toute la péninsule une fois les autres États vaincus. En conséquence, en 661, une armée Tang assiégea Pyongyang, qui était à cette époque affaiblie par une lutte interne pour le pouvoir. Les Tang furent contraints de se retirer, mais lorsqu'ils attaquèrent à nouveau en 667, la ville, bien qu'elle ait résisté pendant un an, finit par tomber. En 668, le roi Bojang de Goguryeo (r. de 642 à 668) fut déporté en Chine avec 200 000 de ses sujets dans le cadre d'un programme de réinstallation forcée, et Goguryeo devint une province chinoise. Les Tang établirent leur protectorat général pour pacifier l'Est à Pyongyang.

Capitale occidentale de Goryeo

Il s'avéra que le royaume de Silla réussit à résister aux ambitions territoriales des Tang en Corée et, chassant les Chinois des anciens territoires de Goguryeo, établit lui-même son contrôle sur la péninsule, créant le royaume unifié de Silla en 668 après J.-C. Pyongyang fut à nouveau placée sous domination coréenne. Les rois et reines de Silla régnèrent jusqu'en 935, date à laquelle les anciens royaumes, ressuscités par des factions rebelles, provoquèrent sa chute. Finalement, un royaume s'éleva au-dessus de tous les autres: la dynastie Goryeo (918-1392). Le premier roi, Wang Geon, qui reçut le titre posthume de Taejo de Goryeo, choisit la ville nordique de Songdo/Songdak (aujourd'hui Gaeseong) comme nouvelle capitale, car il souhaitait faire revivre l'héritage culturel de l'ancien royaume de Goguryeo et s'en revendiquer l'héritier.

Map of the Goryeo Empire (11th century CE)
Carte de l'empire Goryeo (XIe siècle) Korean Culture & Information Service (CC BY-SA)

Pyongyang conserva son importance et fut choisie comme capitale occidentale car elle était la première capitale traditionnelle de Dangun et du peuple coréen, elle était stratégiquement importante pour protéger les frontières nordiques contre les tribus Khitan (Qidan) et elle répondait aux exigences de Taejo selon lesquelles une capitale devait être située selon les principes du pungsu (feng shui) et bénéficier ainsi des forces vitales des éléments naturels environnants tels que les rivières et les montagnes. À sa mort, Taejo laissa dix injonctions à ses successeurs, dont la cinquième souligne spécifiquement l'importance de Pyongyang pour le bien-être de Goryeo. Le roi Jeongjong (r. de 945 à 949) envisagea même de faire de Pyongyang la capitale afin de réduire l'influence des factions aristocratiques à Gaeseong et lança un programme de reconstruction préparatoire, mais sa mort prématurée mit fin à ce projet. Néanmoins, Pyongyang continua d'occuper la deuxième place parmi les villes les plus importantes, comme en témoigne la construction d'un nouveau palais royal en 1129.

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Histoire récente

Lorsque le régime Goryeo fut contesté par la rébellion Myochong en 1135, les rebelles établirent leur quartier général à Pyongyang et la proclamèrent capitale. La rébellion fut réprimée par le grand général Goryeo Kim Pusik, mais par la suite, Pyongyang souffrit d'une réputation de lieu dangereux de rébellion et fut par conséquent négligée sur le plan politique et culturel par l'administration centrale. Un siècle plus tard, les Mongols envahirent la Corée et occupèrent la ville en 1232. Ce schéma se poursuivit au cours des siècles avec l'occupation par les rebelles chinois connus sous le nom de "Turbans rouges" en 1359, les Japonais en 1593, les Mandchous en 1627 et à nouveau les Japonais en 1895. La ville survécut à tous ces revers et, au milieu du XXe siècle, devint la capitale de la République populaire démocratique de Corée (alias Corée du Nord).

This content was made possible with generous support from the British Korean Society.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur, à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que partagent toutes les civilisations. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

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Style APA

Cartwright, M. (2025, octobre 10). Pyongyang Antique. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-15272/pyongyang-antique/

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Cartwright, Mark. "Pyongyang Antique." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, octobre 10, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-15272/pyongyang-antique/.

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Cartwright, Mark. "Pyongyang Antique." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 10 oct. 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-15272/pyongyang-antique/.

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