Wu Zetian

Définition

Emily Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 17 mars 2016
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Disponible dans ces autres langues: anglais, espagnol
Empress Wu Zetian (by Unknown, Public Domain)
Impératrice Wu Zetian
Unknown (Public Domain)

L'impératrice Wu Zetian (impératrice consort, 624-705, r. de 690 à 704, également connue sous le nom de Mei-Niang ou Wu Zhao) fut la seule impératrice régnante de la Chine impériale. Elle régna pendant la dynastie Tang (618-907) et fut l'un des monarques les plus efficaces et les plus controversés de l'histoire de la Chine.

Elle commença sa vie à la cour en tant que concubine de l'empereur Taizong. Après la mort de ce dernier, elle épousa son fils, Gaozong (r. de 649 à 683) et devint impératrice consort, mais était en fait le pouvoir derrière l'empereur. À la mort de Gaozong en 683, elle prit le contrôle du gouvernement en tant qu'impératrice douairière, plaçant deux de ses fils sur le trône et les destituant presque aussi rapidement. Elle fut le pouvoir derrière le trône depuis la mort de Gaozong en 683 jusqu'à ce qu'elle ne se proclame ouvertement en 690 et régna en tant qu'impératrice de Chine jusqu'à un an avant sa mort en 705, à l'âge de 81 ans.

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Débuts

Wu Zetian vit le jour dans le comté de Wenshi, dans la province du Shanxi, en l'an 624, dans une famille aisée. Elle était la fille de Wu Shihuo, un chancelier de la dynastie Tang. Contrairement à la plupart des jeunes filles en Chine à cette époque, elle fut encouragée par son père à lire et à écrire et à développer les compétences intellectuelles qui étaient traditionnellement réservées aux hommes. Elle apprit également à jouer de la musique, à écrire des poèmes et à bien parler en public.

Elle était très belle et fut choisie par l'empereur Taizong (r. de 626 à 649) comme l'une de ses concubines lorsqu'elle avait 14 ans. C'est Taizong qui l'appela "Mei-Niang", ce qui signifie "belle fille" (l'un des noms couramment attribués, à tort, à son nom de naissance). Bien que la fonction de concubine en Chine soit presque toujours associée au sexe, une femme dans cette position pouvait avoir un certain nombre de responsabilités non sexuelles, allant des tâches quotidiennes comme l'entretien du linge à des compétences plus spécialisées comme la conversation, la lecture de poésie et la musique.

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Elle commença sa vie à la cour en s'occupant du linge royal, mais un jour, elle osa parler à l'empereur lorsqu'ils étaient seuls et évoqua l'histoire de la Chine. Taizong fut surpris que sa dernière concubine sache lire et écrire et fut fasciné par sa beauté et son esprit dans la conversation. Taizong fut si impressionné par ses capacités intellectuelles qu'il la retira de la blanchisserie et en fit sa secrétaire. Dans sa nouvelle position, elle était constamment impliquée dans les affaires de l'État au plus haut niveau et devait avoir bien rempli ses fonctions car elle devint la favorite de Taizong.

Elle attira l'attention de nombreux jeunes hommes à la cour et l'un d'entre eux était le prince Li Zhi, fils de Taizong, qui allait devenir le prochain empereur, Gaozong. Wu commença une liaison avec Li Zhi, qui était marié à l'époque, tout en restant attaché à Taizong en tant que concubine. Li Zhi était profondément amoureux mais ne pouvait rien y faire car elle appartenait à son père et, de plus, il était déjà marié.

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À la mort de Taizong, Wu et ses autres concubines eurent la tête rasée et furent envoyées au temple Ganye pour commencer leur vie de nonnes. C'était une pratique courante après la mort de l'empereur. Les concubines de l'empereur ne pouvaient pas être transmises pour être utilisées par d'autres, mais étaient obligées de mettre fin à leur séjour à la cour et de commencer une nouvelle vie de chasteté dans un ordre religieux. Cependant, lorsque Li Zhi devint empereur et prit le nom de Gaozong, l'une des premières choses qu'il fit fut d'envoyer chercher Wu Zetian et de la faire revenir à la cour en tant que première de ses concubines, même s'il en avait d'autres et aussi une épouse.

L'ascension au pouvoir

Wu Zetian obtint la position privilégiée de première concubine alors que, selon la loi, elle aurait dû rester au temple en tant que nonne. La femme de Gaozong, Lady Wang, et son ancienne première concubine, Xiao Shufei, étaient jalouses l'une de l'autre mais encore plus jalouses de l'attention que Gaozong portait à Wu Zetian. Selon le propre récit de Wu Zetian, elles conspirèrent contre elle mais, selon d'autres historiens, Wu Zetian commença et termina les problèmes qu'elle avait avec elles.

Dame Wang n'eut aucun enfant et Dame Xiao eut un fils et deux filles. En 652, Wu Zetian donna naissance à un fils, Li Hong, et en 653 à un autre fils, Li Xian. Aucun de ces garçons ne représentait une menace pour Lady Wang ou Lady Xiao car Gaozong avait déjà choisi un successeur ; son chancelier Liu Shi était l'oncle de Lady Wang, et Gaozong nomma le fils de Liu Shi, Li Zhong, son héritier. Cela ne signifie pas pour autant que les femmes n'étaient pas jalouses de la faveur que l'empereur témoignait à Wu Zetian maintenant qu'elle avait donné naissance à deux fils d'affilée.

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En 654, Wu Zetian eut une fille qui mourut peu après sa naissance. Le bébé fut étranglé dans son berceau et Wu Zetian affirma que Dame Wang l'avait tuée parce qu'elle était jalouse. Wang était la dernière personne vue dans la chambre et n'avait pas d'alibi. Wu Zetian accusa également Dame Wang et sa mère de pratiquer la sorcellerie et impliqua Dame Xiao ; Dame Wang fut reconnue coupable de toutes les accusations, ainsi que les autres. Gaozong divorça de sa femme, interdit à sa mère l'accès au palais et exila Lady Xiao. L'oncle de Lady Wang, le chancelier Liu Shi, fut démis de ses fonctions, ce qui signifiait que son fils n'était plus l'héritier de Gaozong. Wu Zetian fut désormais élevée au rang de première épouse de Gaozong et d'impératrice de Chine. Elle était également assurée que ses fils gouverneraient le pays après la mort de son mari.

La mort de la fille de Wu Zetian

Dame Wu jouait bien en public le rôle de la femme d'empereur timide et respectable, mais, en coulisses, elle était le véritable pouvoir. Elle élimina soigneusement tous les ennemis potentiels de la cour et fit tuer Dame Wang et Dame Xiao après leur départ en exil. Bien que le récit de Wu prétende que Dame Wang avait assassiné sa fille, les historiens chinois ultérieurs s'accordent tous à dire que Wu était la meurtrière et qu'elle avait tué son enfant pour piéger Dame Wang.

L'histoire du meurtre de la fille de Wu et du coup monté contre Lady Wang pour obtenir le pouvoir est l'incident le plus infâme et le plus souvent répété de sa vie, mais il n'y a en fait aucun moyen de savoir s'il s'est produit tel que les historiens l'ont rapporté. Au moment du meurtre, c'était la parole de dame Wu contre celle de dame Wang, et les historiens ont décidé plus tard de prendre le parti de dame Wang contre Wu, mais cela ne signifie pas qu'ils aient choisi le bon camp.

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L'histoire du meurtre de la fille de Wu et du piège tendu à Lady Wang pour obtenir le pouvoir est l'incident le plus infâme et le plus souvent répété de sa vie, mais il n'y a en fait aucun moyen de savoir s'il s'est produit tel que les historiens l'ont rapporté.

Tous les historiens qui ont écrit sur la dame Wu ont suivi le récit établi par les historiens chinois ultérieurs sans poser de questions, mais ces historiens avaient leurs propres intérêts personnels, qui n'incluaient pas l'éloge d'une femme qui se permettait de gouverner comme un homme. Les historiens décrivent toujours Wu comme impitoyable, complice, intrigante et assoiffée de sang, et il est possible qu'elle ait été tout cela, qu'elle ait même assassiné sa fille pour accéder au trône, mais ces affirmations ne doivent être acceptées qu'après avoir examiné leur source.

Une femme au poste le plus puissant du gouvernement menaçait le patriarcat traditionnel et les conseillers de la cour, les ministres et les historiens affirmèrent que Wu avait bouleversé l'équilibre de la nature en assumant un pouvoir qui appartenait à un homme.

Peu après son accession au trône, un tremblement de terre fut interprété comme un mauvais présage. Le spécialiste N. Henry Rothschild écrit : "Le message était clair : une femme en position de pouvoir suprême était une abomination, une aberration de l'ordre naturel et humain" (108).

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Les présages étaient extrêmement importants pour le peuple de la Chine ancienne et jouaient un rôle significatif dans la politique des Tang. En 683, lorsque Wu commença à manipuler les événements comme le ferait un homme, un érudit confucéen écrivit que la nature avait été inversée par la "femme usurpatrice" et "dans tout l'empire, dans chaque préfecture, les poules se transformaient en coqs, ou se transformaient à moitié" (Rothschild, 108).

Lorsqu'une montagne sembla apparaître à la suite du tremblement de terre, cela fut également interprété comme la nature elle-même se révoltant contre le règne de Wu. Wu voyait la situation différemment : elle affirma que la montagne était un bon présage qui reflétait la montagne bouddhiste du paradis, Sumeru. Elle fit baptiser la montagne "Mont Félicité" et affirma qu'elle s'était élevée pour l'honorer, elle et son règne. Même si beaucoup de gens à la cour la félicitèrent d'être favorisée par les dieux, beaucoup d'autres ne le firent pas. Rothschild décrit une confrontation qui reflète les sentiments de la majorité des personnes présentes à la cour. Après l'apparition du Mont Félicité, que Wu revendiqua comme un présage en sa faveur, un de ses ministres écrivit :

Votre Majesté, une femme dirigeante a indûment occupé une position masculine, ce qui a inversé et altéré le dur et le mou, par conséquent les émanations de la terre sont obstruées et séparées. Cette montagne, ainsi née de la convulsion soudaine de la terre, représente une calamité. Votre Majesté peut considérer cela comme le "Mont de la Félicité", mais votre sujet estime qu'il n'y a pas lieu de se réjouir. Pour répondre correctement à la censure du Ciel, il convient que vous meniez la vie tranquille d'une veuve et que vous cultiviez la vertu, sinon je crains que de nouveaux désastres ne s'abattent sur nous. (108)

Wu écouta son ministre et prit en compte ses arguments, puis, écrit Rothschild, "Wu Zhao, qui n'avait aucunement l'intention de "mener la vie tranquille d'une veuve", rejeta cette interprétation et exila l'homme dans les marécages et les maladies du Sud" (109). Ce ministre spécifique fut réduit au silence, mais cela ne fit pas taire les autres ; ils firent simplement plus attention à ne pas dire ce qu'ils pensaient devant elle. Leur antagonisme à l'égard d'une femme dirigeante finit par se retrouver dans les histoires qui relatent son règne et deviennent les "faits" que les générations futures accepteraient comme vrais.

Ces historiens affirment que Wu ordonna que Dame Wang et Dame Xiao soient assassinées d'une manière terrible : elle leur fit couper les mains et les pieds et elles furent ensuite jetées dans une cuve de vin afin qu'elles se noient. Cette histoire est très similaire à celle de l'impératrice Lu Zhi (241-180 avant J.-C.) de la dynastie Han qui se débarrassa de sa rivale Qizi de la même manière (bien que Qizi ait été noyée dans une porcherie et qu'on lui ait également arraché les yeux). Lu Zhi était une très célèbre méchante pour le peuple chinois, et le fait d'associer Wu à Lu Zhi par le biais des meurtres contribua à détruire la réputation de Wu. Wu aurait pu assassiner sa fille, mais sa position de femme dans un rôle masculin lui valut de nombreux ennemis qui auraient été heureux de faire passer une rumeur pour la vérité afin de la discréditer.

Wu monte sur le trône

À partir de 660, Wu était, en vérité, impératrice de Chine. Elle ne portait pas ce titre, mais elle était le pouvoir derrière le bureau et s'occupait des affaires impériales même enceinte de sa fille Taiping en 665. Un exemple de son influence est celui de l'année 666, lorsqu'elle conduisit un groupe de femmes au Mont Tai (un ancien centre cérémoniel), où elles effectuèrent des rituels qui, traditionnellement, étaient réservés aux hommes.

Ayant été élevée par son père dans la conviction qu'elle était l'égale des hommes, Wu ne voyait pas pourquoi les femmes ne pouvaient pas effectuer les mêmes pratiques et occuper les mêmes postes que les hommes. Elle ne demanda à aucun homme la permission de conduire ces femmes au mont Tai ; elle pensait savoir ce qui était le mieux à faire et le fit. Elle organisa également des campagnes militaires contre la Corée en 668, campagnes qui furent si efficaces qu'elles réduisirent la Corée au statut d'État vassal.

L'empereur Gaozong n'avait rien à voir avec ces événements, bien que son nom ait été associé aux campagnes contre la Corée. Gaozong avait attrapé une maladie qui affectait ses yeux (peut-être une attaque) et avait besoin qu'on lui lise des rapports. Wu lui lisait ce qu'elle voulait et prenait ensuite ses propres décisions, ou lui lisait les vrais rapports et agissait ensuite de son propre chef. En 674, Gaozong prit le titre de Tian Huang (Empereur du Ciel) et Wu changea le sien en Tian Hou (Impératrice du Ciel). Ils régnèrent en tant que monarques divins jusqu'à la mort de Gaozong en 683.

China during Wu Zetian's Reign
La Chine sous le règne de Wu Zetian
Ian Kiu (CC BY-SA)

Wu plaça son premier fils sur le trône; il prit le titre royal de Zhongzong. Il refusa de bien coopérer avec sa mère et sa femme, Dame Wei, s'arrogea trop de pouvoir. Wei fit nommer son père ministre en chef auprès de son mari et tenta de faire passer d'autres mesures favorables à sa famille. Lorsque Wu ne put plus tolérer les frasques et le manque de respect de sa belle-fille, ainsi que le refus de son fils de la discipliner et d'obéir à ses diktats, elle le fit accuser de trahison et fit bannir avec sa femme.

Wu alors remplaça Zhongzong par son deuxième fils, qui devint l'empereur Ruizong. Elle garda Ruizong sous une sorte d'assignation à résidence, le confinant au palais intérieur. Ruizong l'ayant déçue, elle le contraignit à abdiquer en 690 et se proclama impératrice Zeitan, souveraine de la Chine, première et seule femme à s'asseoir sur le trône du Dragon et à régner en son nom propre et de sa propre autorité. Son nom de famille, "Wu", est associé aux mots "arme" et "force militaire" et elle choisit le nom de "Zeitan", qui signifie "souverain des cieux". Elle voulait faire comprendre qu'un nouveau type de souverain avait pris le trône de Chine et qu'un nouvel ordre était arrivé.

Règne et réformes de Wu Zetian

La première chose qu'elle fit fut de changer le nom de l'État de Tang en Zhou (en fait Tianzhou ou Tiansou). Il était d'usage, lorsqu'une dynastie changeait, de refaire l'histoire. Chaque dynastie était considérée comme un nouveau départ et lorsque Wu changea le nom de Tang en Zhou, elle suivit cette tradition, mais elle alla plus loin en indiquant clairement qu'elle marquait le début d'une ère totalement nouvelle en appelant son règne Tianzhou ("accordé par le ciel"). Pour assurer la sécurité de son nouveau règne, elle fit emprisonner tous les membres de la famille royale de la dynastie Tang (y compris le futur empereur Xuanzong) et se proclama incarnation du Bouddha Maitreya, se faisant appeler impératrice Shengsen, ce qui signifie "Esprit saint".

Elle commanda des statues de Maitreya dans les grottes de Longmen, près de Luoyang. Wu ordonna aux ouvriers de sculpter le visage de la plus grande de ces statues pour qu'elle lui ressemble et persuada également les moines du sanctuaire de Luoyang de falsifier le Livre des Grands Nuages pour corroborer sa revendication de Maitreya. Les autres statues (que l'on peut encore voir dans les grottes de Longmen) furent également réalisées pour rehausser son statut de souveraine divine qui savait ce qui était le mieux pour le peuple et était divinement désignée pour appliquer les lois ou les politiques qu'elle jugeait appropriées.

Dès 660, Wu avait organisé une force de police secrète et avait des espions à la cour et dans tout le pays. Elle établit une politique selon laquelle les informateurs pouvaient être payés pour utiliser les transports publics et faire leur rapport à la cour. Ce système d'espionnage lui fut très utile car il l'avertit rapidement de tout complot en préparation et lui permit de s'occuper des menaces à son règne avant qu'elles ne deviennent des réels problèmes.

L'impératrice Wu utilisa les renseignements qu'elle avait recueilli pour faire pression sur certains hauts fonctionnaires bons à rien afin qu'ils démissionnent ; elle en bannit d'autres ou les fit exécuter. Elle réforma la structure du gouvernement et se débarrassa de tous ceux qui, selon elle, ne remplissaient pas leurs fonctions, réduisant ainsi les dépenses publiques et augmentant l'efficacité de l'ensemble. À leur place, elle nomma des intellectuels et des bureaucrates talentueux, sans tenir compte de leur statut familial ni de leurs connexions.

Pour séparer davantage sa dynastie Zhou des Tang, elle créa de nouveaux caractères pour le système d'écriture chinois, connus aujourd'hui sous le nom de caractères chinois de l'impératrice Wu ou caractères Zetian. Ces caractères étaient censés remplacer entre 10 et 30 des anciens caractères et représentaient la tentative de Wu de changer la façon dont son peuple pensait et écrivait. Bien que ces caractères aient été supprimés après son règne, ils existent toujours sous la forme écrite d'un dialecte chinois. Ils sont considérés comme importants par les historiens car ils montrent jusqu'où Wu alla dans sa tentative de créer un nouveau monde en Chine sous son règne : elle voulait même changer les mots qu'ils utilisaient.

Aucun domaine de la vie chinoise ne fut épargné par l'impératrice Wu et ses réformes étaient vraiment populaires parce que les suggestions venaient du peuple. Sous les anciens régimes, une suggestion ou une plainte devait passer par un certain nombre de bureaux différents avant d'atteindre quelqu'un qui puisse faire quelque chose. Wu élimina toute la bureaucratie en établissant une ligne de communication directe entre elle et le peuple. L'historien Kelly Carlton écrit :

Wu fit fabriquer une boîte à pétitions, qui contenait à l'origine quatre casiers : un pour que les hommes postulent en tant que fonctionnaires ; un où les citoyens pouvaient critiquer ouvertement et anonymement les décisions de justice ; un pour signaler le surnaturel, les présages étranges et les complots secrets, et un pour déposer des accusations et des griefs. (3)

Carlton note encore : "Bien qu'au vu de tous pour répondre à sa grande préoccupation pour la condition de son peuple, la boîte servait principalement à obtenir des informations sur des sujets séditieux (3)." Bien que l'observation de Carlton soit exacte, la boîte fournit également à Wu un certain nombre d'idées de réforme qui venaient directement du peuple, et non des fonctionnaires du gouvernement qui en auraient profité, et que Wu mit en œuvre efficacement.

Elle améliora le système d'éducation publique en engageant des enseignants dévoués et en réorganisant la bureaucratie et les méthodes d'enseignement. Elle réforma également le département de l'agriculture et le système d'imposition en récompensant les fonctionnaires qui produisaient le plus de récoltes et taxaient le moins leur peuple. Elle ordonna la rédaction et la diffusion de manuels d'agriculture. Elle organisa des équipes chargées d'arpenter les terres et de construire des fossés d'irrigation pour faciliter les cultures et redistribua les terres afin que chacun ait une part égale à cultiver. Sous le règne de Wu, la production agricole atteignit un niveau record.

Wu réforma également l'armée en imposant des examens militaires aux commandants afin de démontrer leurs compétences, sur le modèle des examens impériaux qu'elle faisait passer aux fonctionnaires. Les examens militaires étaient destinés à mesurer l'intelligence et la prise de décision et les candidats étaient interviewés personnellement au lieu d'être nommés sur la base de leurs relations familiales ou du nom de leur famille.

Ses succès dans les campagnes contre la Corée inspirèrent confiance à ses généraux et les décisions de Wu en matière de défense militaire ou d'expéditions ne furent jamais remises en question. Son réseau d'espionnage et sa police secrète réprimèrent les rébellions avant qu'elles n'aient eu la chance de démarrer et les campagnes militaires qu'elle lança élargirent et sécurisèrent les frontières du pays. Elle réussit également à rouvrir la route de la soie qui avait été fermée à cause de la peste de 682 et des raids des nomades. Wu reprit également les terres qui avaient été envahies par les Göktürk sous le règne de Taizong et les distribua afin qu'elles ne soient pas toutes détenues par les aristocrates.

The Silk Road
La route de la soie
Shizhao (GNU FDL)

Déclin et abdication de Wu

En 697, l'emprise de Wu sur le pouvoir commença à s'effriter lorsqu'elle devint plus paranoïaque et commença à passer plus de temps avec ses jeunes amants qu'à diriger la Chine. Deux frères, connus sous le nom de Frères Zhang, étaient ses préférés et elle passait la plupart de son temps dans des quartiers fermés avec eux. Cette pratique était considérée comme scandaleuse en raison de son âge avancé et de la jeunesse des frères Zhang, mais elle n'aurait même pas été commentée si Wu avait été un homme couchant avec des femmes beaucoup plus jeunes. La pratique consistant pour un empereur à avoir de très jeunes concubines était habituelle, mais lorsqu'une impératrice décidait de se divertir avec de jeunes hommes, cela devenait soudainement scandaleux.

Sa paranoïa entraîna une purge de son administration. Toute personne qu'elle soupçonnait de déloyauté, pour quelque raison que ce soit, était bannie ou exécutée. L'efficacité de sa cour déclina à mesure qu'elle passait de plus en plus de temps avec les frères Zhang et qu'elle devenait dépendante de différents types d'aphrodisiaques. En 704, les fonctionnaires de la cour ne purent plus tolérer le comportement de Wu et firent assassiner les frères Zhang. Wu fut contrainte d'abdiquer en faveur de son fils exilé Zhongzong et de sa femme Wei. Elle était de toute façon en très mauvaise santé à ce moment-là et mourut un an plus tard.

Conclusion

Après la mort de Wu, Zhongzong régna, mais seulement de nom ; le véritable pouvoir était détenu par Dame Wei qui utilisait Wu Zetian comme modèle pour manipuler son mari et la cour. Au même moment, une autre faction politique se forma autour de l'autre fils de Wu, Ruizong, qui était soutenu par la fille de Wu, Taiping. En 710, Zhongzong mourut après avoir été empoisonné par Wei qui cacha son corps et dissimula sa mort jusqu'à ce que son fils Chong Mao puisse être nommé empereur. La princesse Taiping mit fin à ses plans en faisant assassiner Wei et sa famille et en plaçant son frère Ruizong sur le trône.

Deux ans plus tard, en 712, Ruizong abdiqua après avoir vu une comète une nuit et, suivant l'interprétation suggérée par Taiping, il y vit le signe de la fin de son règne. Son fils Li Longji lui succéda sous le nom d'empereur Xuanzong (r. de 712 à 756). La princesse Taiping avait protégé Li Longji de sa mère lorsqu'il était jeune et l'avait soutenu dans ses efforts pour monter sur le trône. Tout comme Lady Wei, elle avait porté une attention particulière au règne de Wu Zetian et pensait pouvoir manipuler Xuanzong comme sa mère l'avait fait avec Gaozong.

Lorsqu'elle a vit qu'elle ne pourrait pas contrôler la cour comme sa mère, elle se suicida et Xuanzong décréta qu'aucun membre de la famille de Wu ne serait autorisé à occuper une fonction publique en raison de ses intrigues impitoyables et de sa politique sournoise. Xuanzong poursuivit néanmoins de nombreuses politiques de Wu, notamment en maintenant ses réformes en matière de fiscalité, d'agriculture et d'éducation. Sous le règne de Xuanzong, la Chine devint le pays le plus riche du monde à l'époque.

L'impératrice Wu fut enterrée dans une tombe du comté de Qian, dans la province du Shanxi, aux côtés de Gaozong. Une énorme stèle fut érigée à l'extérieur de la tombe, comme le voulait la coutume, que les historiens ultérieurs étaient censés inscrire avec les grands exploits de l'impératrice Wu, mais le marqueur resta vierge. Malgré toutes ses réformes et la prospérité qu'elle avait apportée au pays, on se souvient surtout de Wu pour ses crimes contre ses amis et les membres de sa famille - notamment le meurtre de sa fille - et les gens ne pensaient pas qu'elle était digne d'une inscription.

Wu Zetian's Stele
Stèle de Wu Zetian
I, 国家公园网(GJGY.com) (CC BY-SA)

Il se pourrait aussi, comme en Égypte après le règne de la reine Hatchepsout, que personne au pouvoir n'ait voulu célébrer le règne d'une femme et que l'on ait espéré que l'impératrice Wu serait oubliée. Si tel était le cas, leurs espoirs furent vains ; l'impératrice Wu Zetian est aujourd'hui considérée comme l'un des plus grands souverains de l'histoire de la Chine. La série télévisée chinoise Women of the Tang Dynasty (2013) mettait en scène l'actrice Hui Yinghong dans le rôle de Wu Zetian et a été très populaire, ce qui témoigne de l'intérêt continu pour la première et unique femme souveraine de Chine.

Bien que les historiens modernes, tant à l'est qu'à l'ouest, aient révisé l'ancienne représentation de Wu Zetian en tant qu'usurpatrice comploteuse, cette vision de son règne persiste dans la plupart des écrits à son sujet. La femme qui se croyait aussi capable que n'importe quel homme de diriger le pays continue d'être vilipendée, même si les auteurs nuancent désormais leurs critiques, mais il est indéniable que, sous Wu Zetian, la Chine connut une prospérité et une stabilité qu'elle n'avait jamais connues auparavant. Ses réformes et ses politiques ont jeté les bases du succès de l'empereur Xuanzong, sous le règne duquel la Chine devint le pays le plus prospère du monde.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Emily Mark
Emily Mark a étudié l'histoire et la philosophie à l'Université de Tianjin, Chine, et l'anglais à SUNY New Paltz, NY. Elle a publié des essais historiques et de la poésie. Ses premiers récits de voyage ont été publiés dans le magazine Timeless Travels.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, E. (2016, mars 17). Wu Zetian [Wu Zetian]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-14472/wu-zetian/

Style Chicago

Mark, Emily. "Wu Zetian." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le mars 17, 2016. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-14472/wu-zetian/.

Style MLA

Mark, Emily. "Wu Zetian." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 17 mars 2016. Web. 12 avril 2024.

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