Apis

Définition

Joshua J. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 21 avril 2017
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Disponible dans ces autres langues: anglais
Apis Bull (by Carole Raddato, CC BY-SA)
Taureau Apis
Carole Raddato (CC BY-SA)

Apis était la divinité taureau la plus importante et la plus respectée de l'Égypte ancienne. Son nom original en égyptien était Api, Hapi, ou Hep ; Apis est le nom grec. Il n'est cependant pas associé au dieu Hapi/Hep qui était lié à l'inondation et est représenté comme le dieu du fleuve.

Le culte du taureau Apis est attesté dès la Première dynastie (vers 3150 - vers 2890 avant J.-C.) lors de cérémonies connues sous le nom de " Course d'Apis ", mais la vénération du taureau en Égypte est antérieure à cette époque, et on pense donc qu'Apis pourrait être le premier dieu de l'Égypte ou, du moins, l'un des premiers animaux associés à la divinité et à l'éternité. Il était à l'origine un dieu de la fertilité, puis le héraut du dieu Ptah mais, avec le temps, il a été considéré comme l'incarnation de Ptah. Il était également, à certaines époques, représenté comme le fils d'Hathor et était étroitement associé à sa bonté et à sa générosité.

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Il y avait de nombreuses divinités bovines dans l'Égypte ancienne, Hathor étant simplement la plus connue, mais Apis était le plus important car il représentait les valeurs culturelles fondamentales de tous les Égyptiens. Chaque divinité avait sa propre sphère d'influence et de pouvoir, mais Apis représentait l'éternité elle-même et l'équilibre harmonieux de l'univers. D'autres divinités bovines telles que Bat, Buchis, Hesat, Mnevis et le Taureau de l'Ouest, aussi puissantes soient-elles, n'auraient jamais eu la même résonance que la divinité incarnée du taureau Apis.

Tout au long de l'histoire de l'Égypte, Apis est représenté sous la forme d'un taureau marchant à grands pas, portant généralement un disque solaire et un uræus (le serpent sacré qui symbolisait le pouvoir du roi) entre ses cornes. Au cours de la période tardive de l'Égypte ancienne (525-332 avant J.-C.), il est parfois représenté sous la forme d'un homme à tête de taureau, et, dans l'Égypte romaine, cette représentation devient la plus populaire du dieu. Pendant la période ptolémaïque (323-30 avant J.-C.), qui se situe entre les deux, il est représenté sous une forme anthropomorphique, comme un homme barbu vêtu d'une robe, à la manière des dieux grecs comme Zeus, sous le nom de Sérapis. Le taureau Apis a toujours été associé au roi d'Égypte et, parmi ses nombreuses significations, il représentait la force et la vitalité du monarque régnant.

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Origine et sélection

Il n'existe pas de mythes liés à l'origine d'Apis, mais sa présence est attestée par des gravures de la période prédynastique (vers 6000-3150 avant notre ère). Apis était un dieu de la fertilité et du pouvoir primordial qui fut ensuite associé au dieu créateur Ptah. Le moment où il fut associé à Hathor n'est pas clair, mais cette association est fermement établie à l'époque du début de la période dynastique en Égypte (vers 3150 - vers 2613 avant J.-C.), au cours de laquelle le taureau était également lié au pouvoir du roi (comme en témoigne la Palette de Narmer). Le taureau Apis fit l'objet d'un culte cérémoniel depuis cette époque jusqu'à la période ptolémaïque, puis jusqu'à la période romaine, quelles que soient les autres divinités en vogue à l'époque. À différentes époques de l'histoire de l'Égypte, divers dieux ont assumé la suprématie dans différentes régions, voire à l'échelle nationale, comme Osiris, Isis, Amon, Atoum, , mais le culte d'Apis n'a jamais radicalement changé.

Painted Coffin Footboard with Apis Bull
Repose-pieds de sarcophage orné d'une peinture d'Apis
Osama Shukir Muhammed Amin (Copyright)

Au début de la période dynastique, le rituel connu sous le nom de la course d'Apis était effectué pour fertiliser la terre. Le taureau est représenté sur des gravures portant le ménat, le collier sacré à Hathor. L'endroit où le taureau courait pendant cette cérémonie n'est pas clair, mais le plus probable est qu'il se trouvait dans l'enceinte du temple de Memphis, la capitale de l'Égypte de l'époque, ce qui devait symboliquement fertiliser toutes les terres.

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Le taureau était sélectionné, après une recherche minutieuse, sur la base de son apparence : il devait être noir avec une marque triangulaire blanche sur le front, une autre marque blanche sur le dos en forme d'ailes de faucon ou de vautour, un croissant blanc sur le flanc, une séparation des poils à l'extrémité de la queue (connue sous le nom de " poils doubles ") et une bosse sous la langue en forme de scarabée. Si on trouvait un taureau avec toutes ces caractéristiques, il était instantanément reconnu comme Apis, bien sûr, mais même quelques-unes ou une seule suffisaient. Une marque blanche en forme de triangle sur le front et la bosse en forme de scarabée sous la langue étaient souvent suffisantes pour que le taureau soit choisi.

Adoration

Une fois sélectionné, le taureau était amené à Memphis et logé dans l'enceinte du temple avec sa mère. Les gens se rendaient dans la ville de toutes les régions du pays pour vénérer les animaux. L'égyptologue Richard H. Wilkinson décrit la vie du taureau dans la ville :

À Memphis, le taureau Apis était gardé dans des quartiers spéciaux, juste au sud du temple de Ptah, où il était adoré par les fidèles et diverti par son propre harem de vaches. En plus de sa participation à des processions spéciales et à d'autres rituels religieux, l'animal était utilisé pour délivrer des oracles et était considéré comme l'une des plus importantes sources oraculaires d'Égypte. (172)

Les jours de fête, les festivals et d'autres événements spéciaux comme le couronnement d'un roi, le taureau était lâché dans une salle spéciale avec de nombreuses portes différentes. Des symboles et des aliments étaient placés de l'autre côté des portes de la salle, et les gens posaient des questions sur l'avenir pendant que le taureau était conduit dans la pièce. La porte que le taureau choisissait de franchir apportait une réponse aux questions des gens.

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Une fois l'oracle prononcé et interprété par les prêtres, le taureau était autorisé à se déplacer à sa guise dans l'enceinte tandis que le peuple s'agenouillait devant lui pour le vénérer. Pour les Égyptiens de l'Antiquité, toute forme de vie était une extension du divin et toute vie était sacrée. Bien que le régime alimentaire égyptien comprenait de la viande, il était en grande partie végétarien, et lorsque des animaux étaient mangés, des remerciements étaient offerts pour le sacrifice.

Apis
API
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Le peuple savait que le taureau qu'il voyait allait mourir, mais il savait aussi que l'esprit qui l'habitait était éternel. Le corps d'un taureau pouvait mourir, mais pas le taureau lui-même, ni l'âme qui animait l'animal. C'est cet aspect éternel du taureau Apis qui le rendait si important lors des fêtes religieuses et autres rassemblements publics.

L'un des événements les plus importants auquel le taureau participait était le festival Hep-Sed, qui avait lieu tous les trente ans du règne d'un roi afin de le rajeunir. Le festival Hep-Sed comprenait un certain nombre d'actes physiques que le roi devait accomplir pour montrer qu'il était toujours apte à servir les dieux et le peuple. Le taureau, depuis les temps les plus reculés, était associé au roi et au pouvoir monarchique, et le taureau Apis marchait donc à côté du roi en signe d'approbation divine. À la fin de la fête, lorsque le peuple était invité à un festin commun en l'honneur du roi, le taureau Apis restait en présence du roi comme un rappel permanent du pouvoir et de la virilité.

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Mort et remplacement

Après une période de 25 ans, si le taureau ne souffrait d'aucune maladie ni d'aucun accident, il était tué de manière cérémoniale. Certaines parties de l'animal étaient mangées par les prêtres, puis la carcasse était transportée dans une partie spéciale de l'enceinte du temple de Memphis pour être embaumée. Un état de deuil était décrété pendant lequel le corps du taureau était momifié avec le même soin que celui apporté à un roi ou à un noble, et pendant ce temps, des prêtres étaient envoyés pour trouver un remplaçant. Une fois l'embaumement terminé, le taureau momifié était transporté par la voie sacrée de Memphis à la nécropole de Saqqarah où il était enterré dans le Sérapéum, une série de chambres souterraines creusées à cet effet sous la direction du quatrième fils de Ramsès II (1279-1213 av. J.-C.), Khâemouaset. C'est également Khâemouaset, dévoué à la préservation de l'histoire, qui veilla à l'enregistrement minutieux des décès des taureaux Apis et de la date de leur inhumation. En tant que grand prêtre de Ptah à Memphis, Khâemouaset aurait présidé les cérémonies funéraires des taureaux.

Les taureaux étaient enterrés dans des sarcophages en granit, dont certains étaient ornés, tandis que la mère du taureau - qui avait également été rituellement tuée et embaumée - était enterrée dans un style similaire dans les catacombes d'Iseum dédiées à Isis. Les veaux que le taureau avait engendrés étaient également tués et embaumés, mais leur lieu de sépulture est inconnu.

La mort du taureau n'était pas la fin de sa vie mais un moment de transition d'un état à un autre et la cérémonie qui impliquait sa mise à mort n'était pas considérée comme un abattage mais comme une transformation.

La raison de la mort du taureau était de l'unir à Osiris et de reconstituer le cycle de la vie, de la mort et de la résurrection. Le taureau avait représenté le créateur vivant Ptah lorsqu'il vivait et devenait Osiris lorsqu'il mourait, et était alors appelé le dieu Osirapis. Osiris était le premier roi d'Égypte, et le premier à mourir et à revenir à la vie parmi tous les êtres sensibles, et par conséquent, l'acte rituel consistant à tuer l'animal qui était si étroitement associé à la royauté et au divin fusionnait la monarchie et la résurrection. La mort du taureau Apis symbolisait la nature éternelle de la vie. Au lieu d'attendre que le taureau meure de vieillesse ou de maladie, il était envoyé à Osiris alors qu'il était encore en forme, et après sa mise en terre, un taureau ressemblant beaucoup au précédent prenait sa place. Ce nouveau taureau devait, en fait, abriter le même esprit éternel que le dernier puisqu'on croyait que l'âme du vieux taureau renaissait dans celui qui était choisi pour le remplacer.

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C'est pour cette raison qu'au début de la période ptolémaïque, Ptolémée Ier choisit de fusionner Apis avec le dieu grec Zeus et d'autres pour créer son nouveau dieu Sérapis pour la société multiculturelle qu'il essayait de former en Égypte. Ptolémée Ier construisit son grand Sérapéum à Alexandrie, près de la célèbre bibliothèque, pour élever son nouveau dieu au rang de divinité qui embrassait et accueillait tout le monde. Apis n'était pas un dieu de plus dans le panthéon égyptien, mais l'incarnation des valeurs égyptiennes, et une fois que Ptolémée Ier le fusionna avec les divinités grecques, il devint le dieu prééminent de la nation, qui ne mourait que pour vivre éternellement. La mort du taureau n'était pas la fin de sa vie mais un moment de transition d'un état à un autre, et la cérémonie qui impliquait sa mise à mort n'était pas considérée comme un abattage mais comme une transformation.

Serapis
Sérapis
Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Ce rituel pourrait sembler contredire la valeur que les anciens Égyptiens accordaient à l'individualité et à une vie longue et bien remplie, mais en réalité, il illustrait ce concept même. Le taureau ne vieillissait et ne mourait jamais - il était un être éternel - et il restait éternellement en forme et en bonne santé, passant d'un corps à un autre dans une progression sans fin. La raison pour laquelle le culte du taureau Apis ne changea jamais de manière significative en plus de 3 000 ans est qu'il incarnait les valeurs égyptiennes les plus profondes concernant la vie, le temps et l'éternité. Le temps passé sur terre n'était qu'un bref séjour dans un voyage éternel qui nous emportait hors du temps mais pas hors du lieu. La vie après la mort des Égyptiens était une continuation de la vie sur terre, mais sur un plan différent ; on pouvait toujours profiter de sa maison, de ses animaux domestiques, de sa terre et de ses proches au paradis. La bulle Apis le garantissait par sa constance : quelle que soit l'époque à laquelle on vivait, il y avait eu cette manifestation divine auparavant, il y en avait une aujourd'hui et il y en aurait une à l'avenir, et toutes ces entités seraient les mêmes pour l'éternité.

Cambyse II et le christianisme

En 525 avant J.-C., les Perses de Cambyse II envahirent l'Égypte et Hérodote rapporte que Cambyse II tua le taureau Apis avant le temps imparti (une histoire également racontée par Diodore de Sicile) et fit jeter la carcasse dans la rue où elle fut mangée par les chiens. Ces récits ont été contestés parce que Cambyse II connaissait et respectait la culture égyptienne et qu'il semblait donc hors de propos à certains spécialistes qu'il commette sciemment un tel sacrilège.

En réalité, l'histoire n'est pas si difficile à croire. Cambyse II venait tout juste de conquérir l'Égypte lors de la bataille de Pélouse en utilisant les croyances des Égyptiens contre eux. Connaissant leur vénération pour les animaux en général, et pour le chat en particulier, il demanda à ses soldats de rassembler autant d'animaux errants que possible et de peindre l'image de la déesse égyptienne des chats, Bastet, sur leurs boucliers. Il marcha ensuite sur Pélouse, conduisant les animaux devant ses forces et exigeant la reddition immédiate de la ville. Les Égyptiens obtempérèrent plutôt que de risquer de blesser les animaux et de faire enrager Bastet. Il semble qu'il n'y ait guère de différence entre les actions de Cambyse II ici et sa mise à mort ultérieure du taureau Apis. Dans les deux cas, il utilisait les croyances égyptiennes à ses propres fins : en tuant le taureau Apis avant son heure, il s'annonçait comme le nouveau roi d'Égypte et rejetait l'ancienne monarchie égyptienne, ainsi que les rituels qui s'y rapportaient, pour souligner son triomphe et l'avènement d'un nouveau régime.

Hérodote explique ensuite comment Cambyse II paya son crime de sa vie : alors qu'il montait à cheval, il se poignarda accidentellement à la cuisse - à l'endroit même où il avait transpercé le taureau - et il mourut d'une infection. On rapporte également que les chiens étaient considérés comme des animaux impurs à partir de ce moment-là, car ils avaient mangé le taureau divin. Selon l'histoire, les chiens ont toujours été très appréciés en Égypte, mais ils étaient désormais considérés comme vils. Rien ne semble toutefois confirmer cette affirmation, puisque les chiens continuent d'être élevés pour la chasse, comme gardiens et comme compagnons tout au long de l'histoire de l'Égypte, sans que leur statut ne décline de façon notable.

Le culte d'Apis se poursuivit jusqu'à l'avènement du christianisme au IVe siècle de notre ère. Le taureau éternel qui symbolisait les valeurs égyptiennes était incompatible avec la nouvelle vision chrétienne, et les rituels entourant le taureau ont décliné. Le Sérapéum de Ptolémée Ier fut détruit par des chrétiens zélés vers 385 de notre ère dans leurs efforts pour éradiquer les croyances pré-chrétiennes à Alexandrie. Ce même zèle a pu entraîner la destruction de la grande bibliothèque, située près du Sérapéum, à la même époque ou un peu plus tard. Au Ve siècle de notre ère, le culte d'Apis fut interdit, ainsi que d'autres sectes et rituels païens, à mesure que la compréhension chrétienne de l'univers et de la divinité devenait dominante.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Joshua J. Mark
Auteur indépendant et ex-Professeur de Philosophie à temps partiel au Marist College de New York, Joshua J. Mark a vécu en Grèce et en Allemagne, et a voyagé à travers l'Égypte. Il a enseigné l'histoire, l'écriture, la littérature et la philosophie au niveau universitaire.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2017, avril 21). Apis [Apis]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-14352/apis/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Apis." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le avril 21, 2017. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-14352/apis/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Apis." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 21 avril 2017. Web. 06 déc. 2022.

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