Aytap

Joshua J. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
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Ruins of Aytap (by Htkava, CC BY-SA)
Ruines d'Aytap Htkava (CC BY-SA)

Aytap est le nom moderne de l'ancienne ville d'Iotapé (parfois appelée Iotapé Philadelphos) en Cilicie. Les ruines de la ville sont situées dans le sud de la Turquie, près de l'actuelle Alanya (ancienne Coracesium). La ville fut fondée en 52 après J.-C. par Antiochos IV de Commagène (né vers 17 ap. J.-C. et mort vers 72 ap. J.-C., r. de 38 à 72 ap. J.-C.). Il fonda et nomma la ville en l'honneur de sa sœur-épouse et reine Julia Iotapa (r. de 38 à 52 ap. J.-C.). La région de la Cilicierugueuse (connue des Romains sous le nom de Cilicia Aspera) faisait autrefois partie du royaume d'Archélaos de Cilicie (8-38 ap. J.-C.), un parent éloigné d'Antiochos IV. Après la mort d'Archélaos, l'empereur romain Caligula (r. de 37 à 41 ap. J.-C.), qui était en bons termes avec Antiochos IV, lui offrit la Cilicia Aspera en cadeau.

Antiochos IV construisit la ville montagneuse d'Antioche du Cragus (Antiochette), à partir de 42 ap. J.-C., et en fonda deux autres, Germanicopolis (aujourd'hui Ermenek), en l'honneur de son bienfaiteur Caligula, dont le nom de règne était Gaius Julius Caesar Augustus Germanicus, et Neronias (Irenopolis), qui avait les faveurs de l'empereur Néron (r. de 54 à 68 ap. J.-C.). Les dates de fondation de ces villes sont inconnues, mais leur construction eut très probablement lieu à peu près au même moment ou peu après les travaux à Iotapé. Iotapé deviendrait plus tard une célèbre monnaie pendant l'Empire romain jusqu'à la crise du IIIe siècle (235-284 ap. J.-C.), après quoi elle disparaît des archives historiques.

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Histoire ancienne de la Cilicie

La présence humaine en Cilicie remonte à la période néolithique, lorsque des tribus nomades parcouraient la région. Vers 2500 avant J.-C., la région était habitée par les Louvites et les Hatti, qui étaient peut-être des peuples autochtones. La région fut conquise par l'Empire akkadien, qui la contrôla entre 2334 et 2083 avant J.-C., puis par les Hittites, qui la conservèrent entre 1700 et 1200 avant J.-C.

The Regions of Ancient Anatolia
Les régions de l'ancienne Anatolie Emok (CC BY-SA)

D'après les premières mentions écrites de la région, la Cilicie est décrite comme comprenant deux régions distinctes: la "Cilicie champêtre", constituée de plaines fertiles, et la "Cilicie rugueuse", constituée de montagnes et de côtes rocheuses. La future ville d'Iotapé serait construite en Cilicie rugueuse, au bord de la mer, dans une zone qui semble être restée peu peuplée, voire inhabitée, pendant la majeure partie de l'histoire ancienne de la région.

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L'empire hittite s'effondra, en partie à cause de l'incursion d'une coalition de différentes nationalités connue sous le nom de "Peuples de la mer", qui sévit en Méditerranée entre 1276 et 1178 avant J.-C. On ne sait rien de l'origine des Peuples de la mer (même leur nom est une invention du XIXe siècle), si ce n'est qu'ils venaient de la mer et qu'ils causèrent des destructions et un chaos considérables dans toute la région méditerranéenne. On leur attribue le pillage de villes ciliciennes telles que Tarse et Troie, et ils causèrent des problèmes considérables à l'Égypte antique, du règne de Ramsès II (1279-1213 av. J.-C.) à celui de Ramsès III (1186-1155 av. J.-C.).

Les pirates ciliciens connaissaient bien le port voisin d'Aunesis, il est donc raisonnable de conclure qu'ils connaissaient également cet endroit.

Après la chute de l'empire hittite, la Cilicie revint brièvement aux Hatti jusqu'à ce que l'empire assyrien ne s'en empare vers 700-612 avant notre ère, puis les Perses entre 547 et 333 avant notre ère. Alexandre le Grand conquit la Cilicie en 333 avant notre ère, et elle fit partie de son empire jusqu'à sa mort en 323 avant notre ère, date à laquelle elle fut divisée entre deux de ses généraux qui fondèrent l'empire séleucide et l'empire ptolémaïque.

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L'empire séleucide, qui contrôlait la Cilicie rugueuse, commença à vaciller sous Antiochos III (r. de 222 à 187 av. J.-C.), qui fut vaincu par Rome en 190 avant J.-C. Rome avait désormais des droits sur la région, mais semble les avoir largement ignorés pour poursuivre d'autres intérêts. L'affaiblissement du gouvernement, dont Rome ne parvint pas à combler le vide, encouragea le développement de la piraterie en Cilicie, donnant naissance aux célèbres pirates ciliciens. Ces pirates trouvèrent dans les ports naturels de la Cilicie rugueuse des cachettes parfaites, et les baies du futur site d'Iotapé auraient été des ports idéaux pour eux. Il existe des preuves qu'ils connaissaient le port voisin d'Aunesis à Hamaxia, il est donc raisonnable de conclure qu'ils connaissaient également cet endroit.

Pirates ciliciens et Rome

Tous les pirates ciliciens n'étaient pas originaires de Cilicie. Des équipages de brigands venus d'aussi loin que la Crète utilisaient les baies, les ports et les havres de Cilicie pour se cacher des autorités et réapprovisionner leurs navires. Certains chercheurs ont toutefois souligné que parmi les différentes nationalités qui composaient les Peuples de la mer figuraient les tribus des Danuna (liées à la ville cilicienne d'Adana) et des Tursha, qui étaient également originaires d'Asie Mineure. Il est donc possible qu'un nombre important de Ciliciens aient perpétué les pratiques des Peuples de la mer au fil des siècles.

En 103 avant J.-C., Rome prit enfin conscience de l'importance de la Cilicie lorsque les pirates commencèrent à perturber sérieusement le commerce en Méditerranée. Cette année-là, Rome lança une campagne terrestre et conquit la Cilicie lisse dans le but de lutter contre la piraterie. La Cilicie lisse et la Cilicie rugueuse étaient à cette époque connues des Romains sous les noms de Cilicia Pedias (Pédicule) et Cilicia Trachea (Trachée) respectivement. Entre 78 et 74 avant J.-C., Rome lança une autre campagne contre la Cilicie Trachée et conquit les Isauriens des régions montagneuses, mais aucune de ces victoires militaires ne contribua à lutter contre la piraterie.

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Coin of Pompey the Great
Pièce à l'effigie de Pompée le Grand Carlomorino (CC BY-SA)

Pompée le Grand (vers 108-48 av. J.-C.) se trouvait dans la région à la tête de ses armées contre Mithridate VI (r. de 120 à 63 av. J.-C.) du Pont et tourna son attention vers les pirates, car Mithridate VI les employait contre Rome. En 67 avant J.-C., lors de la bataille de Coracesium (située tout près du site d'Iotapé), Pompée vainquit les pirates, relocalisa ceux qui s'étaient rendus, puis divisa la Cilicie en six districts, la Cilicia Pedias étant désormais connue sous le nom de Cilicia Campestris (Champêtre) et la Cilicia Trachea devenant la Cilicia Aspera.

Antiochos IV et Iotapa

Après l'intervention de Pompée dans la région, la Cilicie devint un acteur régulier dans les affaires de Rome. Marc Antoine (83-30 av. J.-C.) et Cléopâtre VII (69-30 av. J.-C.) commencèrent leur relation politique et amoureuse dans la ville de Tarse en Cilicie. Antoine offrit ensuite à Cléopâtre des terres en Cilicie rugueuse, notamment la ville de Hamaxia, riche en bois, qui fournit le bois pour ses navires lors de la bataille d'Actium en 31 av. J.-C.

Antoine et Cléopâtre furent vaincus à Actium par Octave (le futur Auguste César, r. de 27 av. J.-C. à 14 ap. J.-C.), qui rattacha la Cilicie à la Syrie pour former la province romaine de Syrie-Cilicie-Phénicie en 27 ap. J.-C. Le successeur d'Auguste, Tibère (r. de 14 à 37 ap. J.-C.), s'intéressa également à la région, en particulier au royaume de Cappadoce, au nord de la Cilicie. La Cappadoce était un royaume client dirigé par Archélaos de Cappadoce (r. de 36 av. J.-C. à 17 ap. J.-C.), qui entretenait de bonnes relations avec Rome, mais moins avec ses sujets. Tibère complota pour le tuer, mais Archélaos mourut de mort naturelle et son royaume fut absorbé comme province romaine. Son fils Archélaos de Cilicie reçut la Cilicie rugueuse en récompense de la loyauté de sa famille envers Rome.

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Antiochos IV et Iotapa, en tant que membres de la famille royale, fréquentaient les meilleurs cercles de Rome et étaient appréciés par la célèbre Antonia Minor.

La famille royale arménienne de Cappadoce était apparentée à la famille royale du royaume voisin de Commagène, alors gouverné par Antiochos III Épiphane (r. de 12 av. J.-C. à 17 ap. J.-C.), père d'Antiochos IV de Commagène. Au moment où Tibère annexa la Cappadoce, il annexa également la Commagène à la province romaine de Syrie-Cilicie. Antiochos IV était trop jeune pour protester et fut envoyé à Rome avec sa sœur Iotapa, où ils furent élevés comme des Romains et obtinrent la citoyenneté romaine.

Antiochos IV et Iotapa, en tant que membres de la famille royale, fréquentaient les meilleurs cercles de Rome et furent accueillis par la célèbre Antonia Minor (31 av. J.-C. - 37 ap. J.-C.), fille de Marc Antoine et d'Octavie Minor (69 - 11 av. J.-C.), sœur d'Auguste. Antonia Minor présenta Antiochos et Iotapa à son petit-fils Caligula, et ils devinrent amis. En 38 ap. J.-C., une fois devenu empereur, Caligula rendit la Commagène à Antiochos IV, ainsi que tout l'argent que la région avait rapporté à Rome en tant que province depuis 17 ap. J.-C. (une somme considérable) et les terres qui avaient autrefois appartenu à son parent Archélaos de Cilicie. Peu après, cependant, Caligula changea d'avis ou les deux amis se brouillèrent, car Caligula reprit son cadeau, et Antiochos IV ne le récupéra qu'en 41 après J.-C., sous le règne de Claude (r. de 41 à 54 ap. J.-C.).

Antioche du Cragus et Iotapa Philadelphos

À un moment donné, Antiochos IV et Iotapa se marièrent (bien qu'ils fussent frère et sœur) et eurent trois enfants: Gaius Julius Archelaus Antiochus Epiphanes (38-92 ap. J.-C.), Callinicus (1er siècle ap. J.-C.) et Julia Iotapa (vers 45-96 ap. J.-C.). Vers 42 apr. J.-C., Antiochus IV commença la construction d'Antioche du Cragus (dans le district actuel de Gazipasa). Aucune dépense ne semble avoir été épargnée pour la construction d'Antioche du Cragus ("Antioche des falaises"), qui comprenait un grand temple, une agora (marché) et le plus grand et le plus impressionnant complexe thermal de la région. Les grands bains étaient décorés de la plus grande mosaïque jamais découverte dans la région et la ville, située sur un plateau montagneux surplombant la Méditerranée, devait être l'une des plus impressionnantes de son époque.

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Bath Complex at Antiochia ad Cragum
Complexe de bains d'Antioche du Cragus orientalizing (CC BY-NC-ND)

Julia Iotapa mourut en 52 après J.-C., presque certainement pendant la construction d'Antioche du Cragus. Antiochos IV honora la mémoire de sa sœur-épouse en lui dédiant une ville qui serait tout aussi illustre que son complexe dans les montagnes, à 41 km au sud de la côte, près de la ville de Coracesium. D'après les ruines découvertes sur le site aujourd'hui, Iotapé ne manquait de rien en termes de luxe ou de beauté naturelle.

Antiochos IV honora la mémoire de sa sœur-épouse en lui dédiant une ville; Iotapé ne manquait de rien en matière de luxe ou de beauté naturelle.

Elle fut construite sur une péninsule entre deux baies symétriques de la Méditerranée, avec une acropole et d'épais murs pour la défendre. La ville comprenait des thermes, un temple, un système d'égouts, une rue principale et une agora, ainsi que des fresques dans divers quartiers. Elle abritait également une nécropole avec des tombes et des statues ornées, ainsi que d'autres statues et inscriptions qui suggèrent une ville aussi opulente qu'Antioche du Cragus. La ville devint rapidement célèbre pour son hôtel des monnaies qui frappait des pièces dédiées à Antiochos IV, Iotapa et leurs deux fils, ainsi qu'aux empereurs romains (Néron puis Vespasien) et continua à frapper des pièces après le règne de ces deux derniers.

Il est possible que le terrain sur lequel la ville fut construite ait été à l'origine une île. L'historien Flavius Josèphe (37-100 ap. J.-C.), dans son ouvrage Antiquités judaïques (18.5.4), affirme que lorsque l'empereur Vespasien (r. de 69 à 79 ap. J.-C.) unit la Cilicie champêtre à la Cilicie rugueuse en 74 ap. J.-C., il laissa une île sous le règne indépendant de Julia Iotapa, fille d'Antiochos IV de Commagène, et de son mari Gaius Julius Alexander (1er siècle de notre ère) du royaume de Cetis. Cette île est souvent interprétée comme étant Elaiussa Sebaste (province de Mersin, Turquie actuelle), mais il serait plus logique qu'il s'agisse d'Iotapé, qui avait été construite pour la mère de la jeune Julia Iotapa et appartenait déjà à la famille.

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Problèmes avec Rome

En 72 après J.-C., peu après l'accession de Vespasien au trône impérial, Antiochos IV fut dénoncé par un certain Lucius Junius Casennius Paetus (gouverneur de Syrie de 70 à 72 ap. J.-C.) qui affirmait que le roi complotait pour renverser l'empereur. Bien qu'Antiochos IV se soit toujours montré un ami loyal de Rome, Vespasien crut Paetus et lui donna l'autorisation d'attaquer Antiochos IV à Antioche du Cragus, tout en destituant Antiochos et en dissolvant le royaume de Commagène.

Roman Emperor Vespasian, Neues Museum
Empereur romain Vespasien, Neues Museum Carole Raddato (CC BY-SA)

Paetus marcha sur Antioche du Cragus, mais on ignore ce qui se passa ensuite. Certaines sources suggèrent que les fils d'Antiochos auraient combattu Paetus, tandis que d'autres semblent indiquer que rien ne se passa et qu'Antiochos IV quitta simplement le champ de bataille. Ce qui se passa là-bas reste un mystère, mais on sait que quelque temps plus tard, la même année, Antiochos IV, ses deux fils et sa fille se trouvaient à Rome, où ils furent reçus avec respect et où Antiochos IV se vit attribuer une résidence. On ne sait rien du sort de Paetus après sa marche sur la ville.

Conclusion

La région autrefois gouvernée par Antiochos IV fut annexée comme province romaine et unie au reste de la Cilicie par Vespasien en 74 après J.-C. Comme indiqué, Iotapé resta peut-être indépendante à cette époque sous Julia Iotapa et son mari. Elle n'est mentionnée dans les archives historiques qu'à partir du règne de Trajan (98-117 ap. J.-C.), où elle est à nouveau citée en tant qu'atelier monétaire produisant un nombre important de pièces. Elle continua à remplir cette fonction pendant le règne de l'empereur Valérien (r. de 253 à 260 ap. J.-C.). La ville disparaît de tous les documents pendant la dernière partie de la crise du IIIe siècle à Rome (également connue sous le nom de crise impériale ou d'Anarchie militaire) et fut abandonnée à un moment donné, probablement après qu'un tremblement de terre l'eut endommagée de manière irréparable.

L'Aytap moderne se trouve à 2,5 km d'Alanya et est une attraction touristique populaire. Les sites Internet et les brochures vantent régulièrement les baies d'Aytap pour la baignade et les ruines pour les explorations et les séances photos pendant les vacances, tout en accordant peu de place à l'histoire du lieu ou aux personnes qui y vivaient autrefois. Les grands murs, le temple et les thermes sont aujourd'hui en ruines, mais autrefois, c'était une ville majestueuse construite par un roi pour honorer la mémoire de sa femme défunte, et les visiteurs devraient aborder le site avec tout le respect qu'il mérite.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction pour WHE, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Joshua J. Mark
Joshua J. Mark est cofondateur et Directeur de Contenu de la World History Encyclopedia. Il était auparavant professeur au Marist College (NY) où il a enseigné l'histoire, la philosophie, la littérature et l'écriture. Il a beaucoup voyagé et a vécu en Grèce et en Allemagne.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2026, avril 01). Aytap. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-10868/aytap/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Aytap." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, avril 01, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-10868/aytap/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Aytap." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 01 avril 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-10868/aytap/.

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