Nicéphore II Phocas

Michael Goodyear
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
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Nikephoros II Phokas (by Neuceu, Public Domain)
Nicéphore II Phocas Neuceu (Public Domain)

Nicéphore II Phocas fut empereur byzantin de 963 à 969. Surnommé "la Mort blanche des Sarrasins", Nicéphore était un redoutable commandant qui conquit la Crète, la Cilicie et une grande partie de la Syrie. Bien qu'il soit célèbre en tant que grand chef militaire, il était piètre politicien et son règne fut écourté par son assassinat.

Carrière militaire

Nicéphore était issu d'une famille militaire influente, les Phocas. Son grand-père, son père et son oncle étaient tous des officiers militaires de haut rang, et Nicéphore fut élevé lui aussi dans l'espoir qu'il devienne soldat et général. Nicéphore fut nommé strategos (stratège), ou gouverneur général, du thème des Anatoliques, une importante province byzantine, par Constantin VII. Nicéphore prit ensuite le contrôle des armées byzantines à la place de son père Bardas Phocas en 955.

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Après avoir pris le commandement, Nicéphore reprit la guerre de son père contre Ali Sayf al-Dawla (r. de 945 à 967), souverain musulman d'une grande partie de la Syrie et ennemi le plus redoutable de l'Empire byzantin à cette époque. Le califat abbasside était limité à Bagdad même et une grande partie du Moyen-Orient était gouvernée par des hommes forts. La dynastie hamdanide de Sayf al-Dawla régnait sur de vastes régions de Syrie et d'Irak, et il mena de nombreuses campagnes contre l'Empire byzantin au cours des années 950. Le père de Nicéphore, Bardas, avait combattu Sayf à plusieurs reprises, mais n'avait pas réussi à écraser ses forces. La stratégie de Nicéphore consistait en une offensive sur plusieurs fronts et des raids sur les territoires de Sayf, ainsi que sur ceux de ses alliés en Cilicie. Cette stratégie prévoyait deux offensives terrestres menées par le neveu de Nicéphore, Jean Tzimiskès, et son frère, Léon Phocas, ainsi que par le commandant naval Basile Hexamilitès. Sayf subit une série de défaites qui ébranlèrent son autorité, et l'armée byzantine s'empara des principales villes de Hadath et Samosata.

Cependant, malgré la vulnérabilité de la Cilicie et de la Syrie face aux attaques byzantines, Constantin VII (r. de 913 à 959) et son successeur, Romain II (r. de 959 à 963), ordonnèrent à Nicéphore de mener la reconquête de la Crète en 960. La Crète était une épine dans le pied de Byzance; sa conquête par les Arabes d'Espagne dans les années 820 avait ouvert la voie à des raids dévastateurs dans toute la mer Égée, et les Byzantins avaient échoué à cinq reprises à reprendre l'île. Nicéphore assiégea la capitale crétoise, Chandax (aujourd'hui Héraklion), et grâce à sa supériorité numérique et à des tactiques de terreur (Nicéphore fit catapulter les têtes des Arabes tués par dessus les remparts de la ville), il parvint à conquérir la Crète en 961 après avoir franchi les murs de Chandax. L'émir crétois vaincu, 'Abd al-Aziz ibn Shu'ayb (alias Kouroupas), et son fils furent capturés, et Nicéphore célébra un triomphe romain à son retour à Constantinople.

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Nikephoros II Phokas Captures Aleppo
Nicéphore II Phocas s'empare d'Alep Cplakidas (Public Domain)

Nicéphore se retourna ensuite vers l'est et attaqua la Cilicie, puis la Syrie. Il pilla Anazarbe, puis Hiérapolis (aujourd'hui Manbij) en 962. À la fin de l'année, il saccagea Alep, la capitale de Sayf al-Dawla. Sayf dut faire face à une rébellion interne pendant les cinq années qui suivirent, tandis que Nicéphore apprit la mort de Romain II. Alors que Nicéphore célébrait son triomphe à Constantinople après sa victoire à Alep, Joseph Bringas, l'administrateur en chef de Romain II, força Nicéphore à prêter serment d'allégeance aux deux jeunes fils de Romain II, Basile et Constantin, les descendants de la dynastie macédonienne.

Ascension au pouvoir

Nicéphore fut renvoyé en Cappadoce pour mener à nouveau l'armée contre la Syrie, mais ses troupes le proclamèrent empereur. Ses forces marchèrent sur Constantinople, où Bringas devenait de plus en plus impopulaire. Des foules de Constantinopolitains se rassemblèrent pour protester et exprimer leur soutien à Nicéphore. En réponse, Bringas ordonna aux boulangers de la ville de cesser de cuire le pain. Cela ne fit qu'attiser l'impopularité de Bringas et provoqua des émeutes, qui furent renforcées lorsque Basile Lecapène, l'ancien chef de l'administration de Constantin VII, paya 3 000 hommes pour se joindre aux manifestants. Bringas s'enfuit et Nicéphore entra dans la ville sous les acclamations populaires. Le patriarche de Constantinople couronna alors Nicéphore co-empereur aux côtés du jeune futur Basile II (r. de 976 à 1025) et Constantin VIII (r. de 1025 à 1028).

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L'accord implicite était que Nicéphore protégerait Basile et Constantin et régnerait à leur place, sans fonder de nouvelle dynastie.

Cependant, l'accord implicite était que Nicéphore protégerait Basile et Constantin et régnerait à leur place, sans fonder de nouvelle dynastie. Nicéphore nomma son père alors âgé, Bardas, César, un titre plus honorifique que son ancienne signification d'héritier présomptif de l'Empire byzantin. Il nomma également son neveu, Jean Tzimiskès, domestikos, ou commandant, de l'Orient, et son frère, Léon, logothetes, ou administrateur des finances de l'État. Pendant ce temps, Bringas fut exilé en Paphlagonie, tandis que Basile Lécapène fut récompensé pour son soutien et nommé parakoimomenos, administrateur du palais, poste qu'il avait occupé sous Constantin VII.

Plus tard en 963, Nicéphore épousa Théophano, la veuve de Romain II, afin de légitimer davantage son règne, mais aussi de mieux protéger les jeunes princes, Basile et Constantin. Cependant, le patriarche de Constantinople, Polyeucte, protesta, soulignant que Nicéphore avait été le parrain de Basile et Constantin, ce qui, aux yeux de l'Église, le rendait équivalent à un parent biologique. Le mariage fut finalement validé, mais non sans opposer Nicéphore à Polyeucte.

Traits de caractère

Nicéphore était un homme très pieux et rapporta à Constantinople des reliques chrétiennes rapportées lors de ses conquêtes. Nicéphore croyait toutefois en une forme très ascétique du christianisme et critiquait l'Église pour s'être enrichie. Selon une source, Nicéphore aurait même exigé que les soldats tués au combat contre les musulmans soient proclamés martyrs (Skylitzes 274-75). Nicéphore avait des traits ascétiques, notamment le végétarisme, il portait un cilice sous son armure et ses robes et dormait sur une peau d'ours qu'il avait reçue de son oncle, qui était un saint.

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En comparaison, Théophano était connue pour sa grande beauté et son intérêt pour les choses raffinées de la vie. Ils ne formaient pas un couple idéal, et on ne sait pas s'il s'agissait ou non d'un mariage de façade. Nicéphore n'avait qu'un fils issu d'un précédent mariage, mais celui-ci était tragiquement mort dans un accident de chasse.

Nicéphore était brun, trapu et avait des cheveux épais. L'une des images les plus célèbres d'un empereur byzantin nous a peut-être été fournie par l'ambassadeur allemand Liduprand de Crémone. Liudprand décrivait Nicéphore comme suit:

[Nicéphore était] un homme assez monstrueux, nain, avec une grosse tête et des yeux petits comme ceux d'un taupe, déformé par une barbe courte, large et épaisse, grisonnante, défiguré par un cou en forme de doigt, ressemblant beaucoup à Hyopas en raison de l'abondance et de l'épaisseur de ses cheveux, de couleur assez semblable à celle d'un Éthiopien que vous ne voudriez pas croiser au milieu de la nuit. (Liudprand 240)

Campagnes

Après s'être assuré le trône, Nicéphore ne tarda pas à reprendre ses guerres contre les musulmans. En 964, Nicéphore envoya une flotte pour reprendre la Sicile aux Fatimides. Cependant, les forces byzantines furent prises en embuscade et définitivement vaincues en 965, les Fatimides s'emparant des derniers bastions byzantins sur l'île. En 967, Nicéphore demanda la paix aux Fatimides et abandonna la Sicile à la domination musulmane.

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Pendant ce temps, les forces de l'émir de Tarse, en Cilicie, avaient pillé les terres byzantines pendant que Nicéphore tentait de s'emparer du trône à Constantinople et d'asseoir son pouvoir. Nicéphore revint alors avec une vengeance. Jean Tzimiskès incendia les faubourgs des principales villes de Cilicie en 964, et quelques mois plus tard, Nicéphore arriva en personne, accompagné de Théophano, Basile et Constantin. Nicéphore s'empara d'Anazarbe et d'Adana en 964.

Sayf al-Dawla
Sayf al-Dawla Cplakidas (Public Domain)

Chypre avait été divisée entre les Byzantins et les Arabes pendant plus de deux siècles, les revenus de l'île étant répartis à parts égales entre les deux puissances. Nicéphore rétablit le contrôle total de Byzance lorsqu'une flotte commandée par Nicétas Chalcoutzès expulsa les Arabes en 965. Après la conquête de Chypre, Nicéphore conquit la Cilicie et célébra un nouveau triomphe à Constantinople. Avec la reconquête de la Crète, de Chypre et de la Cilicie, la puissance navale byzantine s'étendit à nouveau sur une grande partie de la mer Méditerranée.

En 966, Nicéphore marcha avec son armée vers l'est, en Syrie, mais n'obtint aucun résultat concret. Cependant, à la mort de Sayf al-Dawla en 967, la Syrie fut plongée dans une guerre civile et devint très fragmentée. La frontière byzantine fut repoussée plus à l'est en 967 ou 968, lorsque les princes arméniens de Taron cédèrent le petit État arménien à Nicéphore en échange de terres et de titres au sein de l'Empire byzantin. Nicéphore retourna en Syrie en 968, marchant vers le sud jusqu'à Tripoli, dans l'actuel Liban, et s'empara de l'importante ville portuaire de Laodicée. Il construisit ensuite une forteresse pour bloquer Antioche, l'une des anciennes plus grandes villes de l'Empire byzantin, avant de retourner à Constantinople. Antioche tomba aux mains des forces byzantines en 969.

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Affaires intérieures

Les succès continus de Nicéphore contre les Arabes (également connus sous le nom de Sarrasins) amenèrent ses sujets à le surnommer la "mort blanche des Sarrasins". Mais si Nicéphore était un héros militaire, en tant qu'empereur, il s'aliéna plusieurs segments puissants de la société byzantine, sapant ainsi son règne et son héritage. Il favorisa les intérêts des soldats, réorganisa les finances de l'État afin de concentrer les fonds sur l'armée et réagit avec maladresse aux critiques. Nicéphore augmenta les impôts pour financer ses guerres, même si ceux-ci touchèrent probablement le plus durement sa propre classe, l'élite militaire anatolienne. Il introduisit le tetarteron, une pièce d'or temporairement dévaluée, afin de renflouer les caisses de l'État.

En 964, Nicéphore interdit les dons aux nouveaux monastères et les cadeaux aux monastères existants. Il agit ainsi parce que les terres de l'Église n'étaient pas imposables et qu'il voulait augmenter les recettes fiscales de l'État. Mais cette mesure accentua le fossé entre le peuple et le souverain. En 967, le mécontentement populaire était à son comble à Constantinople. Une bagarre éclata à Pâques entre des soldats arméniens et des citoyens de Constantinople, qui fit plusieurs morts. La population commença à lancer des pierres sur Nicéphore.

Politique étrangère et religieuse

Pendant ce temps, Nicéphore détruisait les relations étrangères de Byzance. La Bulgarie avait adopté le christianisme orthodoxe depuis un siècle, et le tsar Pierre Ier de Bulgarie (r. de 927 à 969) était marié à la petite-fille de Romain Ier (r. de 920 à 944) et était donc apparenté par alliance à la famille royale byzantine. Mais une querelle éclata entre Nicéphore et Pierre Ier, et Nicéphore paya le chef russe Sviatoslav Ier (r. de 945 à 972) pour envahir la Bulgarie. Sviatoslav Ier envahit la Bulgarie en 968 et Pierre Ier mourut l'année suivante, laissant derrière lui un tsar Boris II (r. de 969 à 971) affaibli, un État bulgare en ruine et une horde rus féroce aux portes de Byzance.

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John Tzimiskes Meets Sviatoslav I
Jean Ier Tzimiskès rencontre Sviatoslav Ier Alexandar R. (Public Domain)

Nicéphore entretenait également des relations conflictuelles avec l'empereur romain germanique Otton Ier (roi d'Allemagne de 936 à 973, empereur romain germanique de 962 à 973). Otton envahit le sud de l'Italie byzantine en 968, convoitant toute la péninsule. Otton s'allia également avec les ducs lombards du sud de l'Italie, ennemis traditionnels des Byzantins. Les rencontres entre Nicéphore et l'ambassadeur d'Otton, Liutprand de Crémone, à Constantinople, qui semblaient se mépriser mutuellement, témoignent des relations exécrables entre le Saint-Empire romain germanique et l'Empire byzantin. Les troupes d'Otton continuèrent à mener des raids en profondeur dans le sud de l'Italie byzantine, mais sans parvenir à modifier réellement le statu quo.

Nicéphore s'engagea également auprès de l'Église syrienne jacobite, une Église monophysite en désaccord avec le patriarcat de Constantinople et l'orthodoxie. Il promit initialement de leur permettre de pratiquer leur religion sans entrave, à condition que leur chef, Yohannan VII, s'installe en Cappadoce. En 969, cependant, Nicéphore fit venir Yohannan à Constantinople, le contraignit à débattre de questions doctrinales et l'exila avec d'autres dirigeants de l'Église syrienne lorsqu'ils refusèrent d'accepter l'orthodoxie.

Mort et héritage

Les 10 et 11 décembre 969, Jean Tzimiskès, que Nicéphore avait assigné à résidence peu après 965, fut hissé dans le palais par ses complices, peut-être avec le soutien de l'impératrice Théophano. Jean Tzimiskès et ses complices s'introduisirent dans la chambre de Nicéphore et assassinèrent ce dernier dans son sommeil.

La profonde impopularité de Nicéphore fit qu'il ne fut pleuré que par les militaires. L'un des soldats de Nicéphore loua le défunt empereur en ces termes: "général de la Rome invincible, roi par nature, vainqueur par nature" (Géomètres, 283). Nicéphore était en effet l'un des plus grands généraux de l'Empire byzantin et, bien qu'il ne fût pas très habile en politique, ses grandes qualités militaires avaient permis à l'Empire byzantin d'atteindre un nouveau sommet de puissance.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Michael Goodyear
Michael est diplômé en histoire et en langues et civilisations du Proche-Orient de l'Université de Chicago, où il a principalement étudié l'histoire byzantine. Il est également titulaire d'un diplôme de la faculté de droit de l'Université du Michigan.

Citer cette ressource

Style APA

Goodyear, M. (2025, August 13). Nicéphore II Phocas. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/Fr/1-17144/nicephore-ii-phocas/

Style Chicago

Goodyear, Michael. "Nicéphore II Phocas." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, August 13, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/Fr/1-17144/nicephore-ii-phocas/.

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Goodyear, Michael. "Nicéphore II Phocas." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 13 Aug 2025, https://www.worldhistory.org/trans/Fr/1-17144/nicephore-ii-phocas/.

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