Romain IV Diogène

Définition

Michael Goodyear
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 13 septembre 2018
Disponible dans ces autres langues: anglais
X
Romanos IV Histamenon (by Classical Numismatic Group, Inc., CC BY-SA)
Histamenon représentant Romain IV
Classical Numismatic Group, Inc. (CC BY-SA)

Romain IV Diogène régna sur l'Empire byzantin de 1068 à 1071. C'était un empereur militaire, et ses politiques et campagnes permirent de renforcer les défenses byzantines contre les Turcs seldjoukides. Cependant, après la défaite byzantine à la bataille de Manzikert en 1071, la guerre civile qui éclata entre la perfide famille Doukas et Romain vint distraire et affaiblir considérablement l'armée byzantine et permit aux Turcs d'envahir et de conquérir le territoire clé byzantin d'Anatolie.

Eudocie et Romain

À la mort de Constantin X Doukas (r. de 1059 à 1067), ses fils étaient encore jeunes. L'aîné, Michel VII (r. de 1071 à 1078), avait 19 ans et aurait pu régner de plein droit. Cependant, Michel ne semble pas avoir voulu régner et laissa sa mère, Eudocie Makrembolitissa, veuve de Constantin, diriger de facto l'Empire byzantin. À la mort de Constantin, Eudocie avait juré sur la Trinité, les prophètes, les apôtres, les saints et tous les autres chrétiens et saints qu'elle ne songerait même pas à se remarier. Constantin avait ordonné cette mesure pour éviter qu'un personnage tel que Romain Ier Lecapène (r. de 920 à 944) ou Nicéphore II Phocas (r. de 963 à 969) ne devienne le "protecteur" de ses fils, ce qui aurait été particulièrement facile si quelqu'un avait épousé Eudocie.

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Presque tout le monde accepta Romain, mais le frère de Constantin, Jean Doukas, vit le danger potentiel pour la dynastie de son frère.

Cependant, Eudocie fut rattrapée par la pression du pouvoir. Les raids des Turcs seldjoukides s'intensifièrent, et une bande de maraudeurs sous les ordres du général turc Afshin mit à sac la principale ville d'Anatolie centrale, Césarée, alors que les défenses byzantines étaient toujours affaiblies par la politique de financement militaire avare de Constantin. Pour sauver les Byzantins de ces dangereuses menaces, il fallait qu'un général devienne empereur.

C'est ainsi qu'entra en scène Romain Diogène. Romain était issu d'une importante famille militaire, fils de Constantin Diogène, qui avait été un général important avant d'être emprisonné par Romain III Argyre (r. de 1028 à 1034) pour avoir conspiré avec la princesse Théodora (plus tard impératrice de plein droit, r. de 1055 à 1056). Romain Diogène était le dux, ou duc, de Serdica, mais il avait comploté avec la Hongrie et fut condamné à mort. Cependant, Eudocie et plusieurs juges pensaient avoir trouvé l'empereur dont l'Empire byzantin avait besoin. Les sources décrivant Romain comme beau et musclé, il est même possible qu'Eudocie soit tombée amoureuse du général. Le 1er janvier 1068, Romain épousa Eudocie et devint empereur, promettant de protéger les droits des princes, tout comme Nicéphore II Phocas avait promis de protéger les princes macédoniens un siècle plus tôt. Presque tout le monde accepta alors Romain, mais le frère de Constantin, Jean Doukas, vit le danger potentiel pour la dynastie de son frère. Son inimitié à l'égard de Romain conduirait à des problèmes plus tard dans le règne de ce dernier.

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À l'est

Le règne de Constantin X avait laissé la frontière orientale dans un état désastreux. Aucune armée byzantine d'envergure n'y avait été déployée depuis plus de dix ans et les incursions régulières des Turcs seldjoukides mettaient en évidence la faiblesse byzantine. Isaac Ier Comnène (r. de 1057 à 1059) réussit peut-être à redresser le navire lorsque les premiers signes de déclin apparurent, mais sous Constantin, l'Empire byzantin s'affaiblit considérablement. Isaac avait gouverné seul, tandis que Romain devait désormais partager le pouvoir avec les princes et combattre les jalousies de Jean Doukas.

Lorsque Romain se rendit à l'est pour rallier les troupes, il les trouva en piteux état. L'historien contemporain et ministre du gouvernement Michel Attaleiatès raconte que "c'était quelque chose de voir les unités célèbres et leurs commandants désormais composés de quelques hommes seulement, et ceux-ci courbés par la pauvreté et manquant d'armes et de chevaux de guerre appropriés" (Attaleiatès 103). Romain vainquit un raid sur le Pont, le long de la mer Noire, avant de se rendre en Syrie pour contrer la principale poussée d'intérêt des Turcs seldjoukides.

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Constantine X Doukas
Constantin X Doukas
Classical Numismatic Group (CC BY-SA)

L'émirat d'Alep avait échappé à la vassalité byzantine quelque temps après le règne de Romain III Argyre, mais la dynastie des Mirdassides au pouvoir continuait à se battre entre elle et restait faible. Les Turcs seldjoukides avaient commencé à utiliser la faible ville d'Alep comme base de départ pour attaquer l'importante province byzantine autour de la grande ville d'Antioche, et ils étaient plus intéressés par une expansion en Syrie que plus au nord. Romain s'empara immédiatement de la ville de Hierapolis (l'actuelle Manbij) à la frontière de la Syrie du Nord, mais ses forces furent bloquées par les forces turques et les forces locales d'Alep avant de mettre en déroute les forces musulmanes le lendemain. Romain s'empara ensuite de la ville de 'Artah, en face d'Antioche, avant de retourner à Constantinople. Alors que sa campagne semblait être un succès, le général turc Afshin s'était faufilé à travers les défenses byzantines et avait mis à sac la grande ville d'Amorium, en Anatolie centrale. La mobilité des Turcs seldjoukides était peut-être leur plus grand atout, et les Byzantins avaient du mal à les suivre. Sachant qu'il ne pouvait rien faire pour l'instant, Romain poursuivit sa route vers Constantinople.

La campagne de Romain fut tout de même considérée comme un succès: La Syrie avait été partiellement maîtrisée et le moral des Byzantins commençait à se rétablir. Mais au lieu de pouvoir donner suite immédiatement à ce succès, Romain dut faire face à la rébellion de Roger Crépin. Roger était un mercenaire normand, et les Byzantins l'avaient engagé avec sa bande pour combattre sous leur bannière en Arménie. Roger se rebella et s'empara des réserves fiscales en Arménie. Il combattit cinq armées byzantines combinées avant de se rendre à Romain. Cependant, ses mercenaires continuèrent à attaquer d'autres régions de Byzance. Alors que l'armée byzantine était principalement composée de soldats autochtones depuis le règne d'Héraclius (r. de 610 à 641) jusqu'à celui de Basile II (r. de 976 à 1025), les empereurs se tournaient de plus en plus vers les mercenaires. L'ancien système de recrutement national étant en ruine, Romain n'eut d'autre choix que de recruter également des mercenaires. Ceux-ci avaient tendance à être très déloyaux et coûtaient très cher. Roger n'était pas une exception, mais plutôt la règle. Sa rébellion était le premier signe de la lutte à venir: Les Occidentaux et les Turcs se battant pour les reliques de Byzance qui ne cessaient de s'amenuiser.

Pendant les deux années qui suivirent, Romain poursuivit diverses bandes de Turcs en Anatolie. Son succès fut mitigé: il vainquit une bande, mais une autre s'empara presque simultanément d'une ville située ailleurs dans l'Empire byzantin. Les régions autour de Mélitène furent tellement dévastées que Romain ne put y camper une armée. Bien qu'en résistant aux Turcs, Romain ait fait plus que Constantin X, le résultat final fut une guerre d'usure semblable aux guerres frontalières antérieures entre les Byzantins et les Musulmans entre le VIIe et le Xe siècle.

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Troubles internes

Pendant que Romain faisait campagne, Eudocie lui avait donné un fils, Léon, et un autre, Nicéphore, devait naître l'année suivante. Cela posait des problèmes évidents aux Doukai. Bien que Nicéphore II ait épousé Théophano Anastaso, la mère de Basile II et de Constantin VIII, elle ne lui avait pas donné d'enfant, de sorte qu'il n'y avait pas de menace directe à ce que Basile et Constantin deviennent empereurs. En comparaison, Constantin et Romain avaient désormais des fils et tous deux pouvaient prétendre au trône byzantin.

Les élites se livrèrent à des rivalités et à des alliances intestines pour s'emparer du pouvoir ou s'y maintenir.

Pour contrer les Doukai, Romain établit des liens avec la famille d'Isaac Ier, les Comnènes. Romain nomma Manuel Comnène, le neveu d'Isaac Ier, commandant de l'expédition de cette année-là contre les Turcs, tandis que lui resterait à la maison. Cependant, les Turcs vainquirent Manuel à Sebasteia et le capturèrent. Arisighi, beau-frère rebelle du sultan turc Alp Arslan (r. de 1063 à 1072), laissa Manuel partir. Arisighi fournit également à Romain des informations sur les tactiques seldjoukides, utiles pour les batailles à venir avec Alp Arslan.

L'alliance entre les Comnènes et Romain contre les Doukai contribua à la croyance historique moderne populaire selon laquelle il y avait une compétition entre l'élite de la capitale et l'élite militaire des provinces. Cette idée n'est cependant pas tout à fait exacte. Bien que les Doukai aient été la dynastie régnante, la famille avait débuté en tant qu'élite provinciale, tout comme Romain et les Comnènes. Une description plus précise serait qu'il y avait des rivalités intestines et des alliances entre les élites, quel que soit l'endroit où elles étaient basées, pour prendre ou maintenir leur emprise sur le pouvoir.

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Bataille de Manzikert

En 1070, Romain fit construire plusieurs forts en Anatolie pour mieux fortifier les frontières de l'Empire byzantin. Après avoir réussi à dissuader les Turcs de mener des raids à l'intérieur de l'Anatolie, Romain décida de vaincre les Turcs là où ils avaient envahi son empire pour la première fois, en Arménie. Romain rassembla une armée et se dirigea vers les provinces arméniennes.

Entre-temps, Alp Arslan, le sultan des Turcs seldjoukides, n'avait pas réussi à reprendre Édesse aux Byzantins et Alep aux émirs mirdassides. Mais dès qu'il apprit que Romain se dirigeait vers l'Arménie, il rassembla son armée et s'y rendit également.

En arrivant en Arménie, Romain pensait pouvoir prendre la ville de Manzikert avec une force plus réduite, et envoya donc la partie supérieure et plus importante de son armée à Khliat, sous les ordres de Joseph Tarchaniotès, pour la prendre également. Romain s'empara facilement de Manzikert, mais à ce moment-là, Alp Arslan se trouvait déjà dans les environs. Romain, croyant qu'il ne s'agissait que d'une petite force, envoya une petite force sous les ordres de Nicéphore Bryenne pour repousser les Turcs. Romain envoya des renforts sous les ordres de Nicéphore Basilakios, mais ils suivirent trop loin les troupes d'Alp Arslan qui feignaient une retraite, et furent piégés et capturés. Romain tenta une nouvelle incursion, mais lorsque les Turcs commencèrent à tirer des flèches, tout le monde s'enfuit pour se mettre à l'abri. Les Byzantins finirent par riposter et les Turcs formèrent des lignes autour du camp byzantin, les coupant effectivement de la force byzantine plus importante dirigée par Tarchaniotès et mettant l'empereur et les Byzantins dans une position très dangereuse.

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Battle of Manzikert
Bataille de Manzikert
O.Mustafin (Public Domain)

Alp Arslan envoya des émissaires pour négocier la paix, mais Romain décida de régler les choses par la bataille, pensant que les forces de Tarchaniotès n'arriveraient pas à temps. Romain repoussa effectivement les Turcs, mais lorsqu'il donna le signal de se regrouper au camp alors qu'ils avaient trop avancé, ce signal fut mal interprété par les soldats à l'arrière comme un signe que l'empereur était tombé au combat. Selon certains, la rumeur selon laquelle Romain avait été tué au combat aurait été lancée par Andronikos Doukas, le fils de Jean Doukas. Il avait manifestement intérêt à ce que Romain soit mis hors d'état de nuire. Les forces qui formaient l'avant-garde avec Romain furent laissées en plan et furent attaquées avec une vigueur renouvelée par les Turcs. Romain avait commis l'erreur de diviser son armée et de ne pas maintenir des éclaireurs actifs pour l'informer de l'approche d'Alp Arslan. Il en paya le prix: tandis qu'Andronikos battait en retraite, Romain fut capturé par Alp Arslan.

L'empereur n'est plus

Après Manzikert, les Byzantins ne savaient pas si Romain était mort ou vivant. Alp Arslan demanda à Romain ce qu'il lui ferait si leurs positions étaient inversées. Alp Arslan respecta la franchise de Romain lorsqu'il déclara qu'il l'aurait fait cruellement tuer. Romain conclut un traité avec Alp Arslan, demandant la paix en échange de la cession d'une partie de l'Arménie, d'un tribut et d'une alliance matrimoniale. En échange, il fut libéré avec ses hommes.

Manzikert n'avait pas été un désastre en termes purement militaires, puisque la majorité de l'armée sous les ordres de Tarchaniotès était intacte, de même que la majorité des troupes qui s'étaient retirées de l'avant-garde de Romain lorsqu'elles l'avaient cru mort. Cependant, les chefs militaires les plus importants, comme Andronikos, se précipitèrent à Constantinople pour jouer les faiseurs de roi dans la capitale. Les armées byzantines, bien qu'intactes, étaient donc sans chef. Les coffres de Byzance étaient vides. Romain, bien qu'encore en vie et de retour dans son empire, avait perdu son prestige militaire à Manzikert. On l'avait fait venir pour assurer la victoire militaire, mais il avait échoué.

Les Doukai ne tardèrent pas à déclarer Romain déchu. Jean et Andronikos déposèrent également Eudocie, car c'était elle qui avait amené Romain à devenir empereur et qui était la mère de ses enfants. Michel VII Doukas fut déclaré seul empereur. L'autre fils de Jean, Constantin Doukas, et Roger Crépin, le mercenaire normand qui avait été emprisonné par Romain pour s'être rebellé, conduisirent une armée en Anatolie pour affronter les partisans de Romain. Constantin battit les partisans de Romain sous la direction de Théodore Alyatès et le rendit aveugle. Romain se retira en Cappadoce, où il reçut le renfort du dux d'Antioche, Chatatourios. Ils se retirèrent ensuite dans les montagnes de Cilicie. Alors que la Cilicie allait constituer la base d'un État sous Philarète, les Croisés et les Arméniens, ce ne fut pas le cas pour Romain.

Michael Psellos & Michael VII
Michel Psellos et Michel VII
Unknown Artist (Public Domain)

Les Doukai lui offrirent l'amnistie, mais Romain refusa de renoncer à son titre impérial. Andronikos et Roger battirent Chatatourios et encerclèrent Romain à Adana. Romain ne réussit pas à obtenir l'aide des Seldjoukides et se rendit en échange de la promesse du Doukai qu'il ne lui serait fait aucun mal s'il devenait moine. Cependant, les Doukai aveuglèrent brutalement Romain, qui mourut de ses blessures le 4 août 1072.

Que ce soit Jean ou Michel VII qui ait été à l'origine de l'aveuglement, ou même que cela ait été pour le bien de l'Empire byzantin, comme le prétendit l'historien et ministre contemporain Michel Psellos, cela discrédita le régime de Michel à un moment où il pouvait difficilement se permettre de subir des revers. Ce n'est pas Manzikert qui permit aux Turcs de conquérir l'Anatolie, mais la guerre civile provoquée par les Doukai. Indépendamment de leurs actions, les Turcs auraient constaté la faiblesse de la frontière orientale de Byzance après Manzikert. Ce qui n'aurait été qu'un revers devint un coup décisif porté à l'Empire byzantin et la fin de son contrôle sur toute l'Anatolie, son territoire clé depuis le règne d'Héraclius au VIIe siècle.

Souvenir tragique

Attaleiatès a décrit Romain comme un héros tragique par excellence. L'échec de son règne n'était pas dû à Romain lui-même, mais aux circonstances. Il avait fait de son mieux et avait relativement bien travaillé jusqu'à la trahison d'Andronikos à Manzikert. Bien d'autres empereurs avaient été déposés, mais aucun n'a peut-être suscité autant de chagrin que Romain. Les conséquences de la guerre civile et de la mort de Romain furent catastrophiques pour l'Empire byzantin qui ne se remettrait jamais des dégâts causés par la jalousie des Doukai.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Michael Goodyear
Michael est diplômé en histoire et en langues et civilisations du Proche-Orient de l'université de Chicago, où il a principalement étudié l'histoire byzantine. Il est également titulaire d'un diplôme de la faculté de droit de l'université du Michigan.

Citer cette ressource

Style APA

Goodyear, M. (2018, septembre 13). Romain IV Diogène [Romanos IV Diogenes]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16767/romain-iv-diogene/

Style Chicago

Goodyear, Michael. "Romain IV Diogène." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le septembre 13, 2018. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16767/romain-iv-diogene/.

Style MLA

Goodyear, Michael. "Romain IV Diogène." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 13 sept. 2018. Web. 22 juin 2024.

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