Causes de la Révolution Russe de 1917

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Les causes de la révolution russe de 1917 étaient nombreuses, elles englobaient le régime autoritaire impopulaire du tsar Nicolas II (r. de 1894 à 1917) et la mobilisation radicale de la classe ouvrière qui réclamait de meilleures conditions de travail et une plus grande représentation politique. Il s'agissait en réalité d'une double révolution: la première entraîna l'abdication du tsar en mars, puis, après le règne inefficace du gouvernement provisoire de 1917, une deuxième révolution eut lieu en octobre (ou novembre, selon le calendrier grégorien). Cette dernière est souvent appelée la révolution bolchevique, car elle vit les bolcheviks (qui deviendraient plus tard le Parti communiste) dirigés par Vladimir Lénine (1870-1924) prendre le pouvoir et établir la Russie soviétique.

Map of the Russian Revolution & Collapse of Tsarism, 1917–18
Carte de la Révolution russe de 1917 Simeon Netchev (CC BY-NC-ND)

Les principales causes de la révolution russe de 1917 étaient les suivantes:

  • Le régime du tsar était de plus en plus autoritaire.
  • Le tsar n'avait pas mis en œuvre les réformes qu'il avait promises après la révolution russe de 1905.
  • Le tsar était impopulaire en raison de ses liens avec Grigori Raspoutine.
  • La participation de la Russie à la Première Guerre mondiale provoqua de graves bouleversements économiques et des pénuries alimentaires.
  • Le tsar, en tant que commandant en chef, était associé aux défaites de la Première Guerre mondiale.
  • Le tsar perdit le soutien des forces armées russes, de plus en plus indisciplinées.
  • Les révolutionnaires socialistes militaient pour une société plus juste, telle que celle proposée par Karl Marx.
  • Les classes ouvrières étaient de plus en plus influencées par les révolutionnaires socialistes.
  • Les travailleurs réclamaient de meilleurs salaires, de meilleures conditions de travail et une représentation politique.
  • Les paysans voulaient une répartition plus équitable des terres et une représentation politique locale.
  • Les classes moyennes voulaient des réformes sociales et plus de pouvoir au sein du gouvernement.
  • Les femmes voulaient le droit de vote et l'égalité des droits avec les hommes.
  • Les nations de l'Empire russe voulaient leur indépendance.
  • Le gouvernement provisoire ne tint pas sa promesse d'organiser des élections pour une Assemblée constituante.
  • Le gouvernement provisoire ne réussit pas à résoudre les graves problèmes économiques et infrastructurels.
  • De nombreux ouvriers et paysans voulaient que la Russie se retire de la Première Guerre mondiale.
  • Les bolcheviks radicaux, dirigés par Lénine, prirent le pouvoir par la force, dissolurent le gouvernement provisoire et proclamèrent la République russe.

La perte de prestige du tsar

La réputation du tsar Nicolas II auprès de son peuple, qui le considérait comme un souverain sage et juste, commença à décliner à partir de 1905. La récession économique, la défaite dans la guerre russo-japonaise (1904-1905), le massacre de manifestants pacifiques et non armés lors du Dimanche rouge en 1905 et l'incapacité à mettre en œuvre les réformes promises amenèrent le peuple à se demander si le tsar était vraiment la personne la plus apte à diriger la nation. Nicolas semblait inconscient des changements sociaux qui s'opéraient dans la Russie du XXe siècle. Il confia un jour à un proche: "Je n'accepterai jamais une forme de gouvernement représentative, car je la considère comme néfaste pour le peuple que Dieu m'a confié" (Montefiore, 521). Le tsar était convaincu que l'autocratie était la meilleure forme de gouvernement. Nicolas réprima sans pitié toute dissidence à son pouvoir. Les manifestations étaient violemment réprimées par l'armée et la police, et d'innombrables arrestations avaient lieu.

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Le coup de grâce au prestige du tsar fut sa décision de se nommer commandant en chef des forces armées.

Ils étaient peut-être exilés, emprisonnés et temporairement subjugués, mais ceux qui réclamaient le changement ne disparaissaient pas pour autant. Des partis clandestins radicaux se formèrent pour œuvrer en faveur d'une monarchie constitutionnelle, voire d'une république. La position du tsar commença à s'affaiblir davantage à la suite de rumeurs persistantes et peu flatteuses sur l'influence que Grigori Raspoutine (1869-1916), un étrange homme qui se proclamait saint, exerçait sur la famille royale et la politique. Raspoutine avait eu accès aux sphères du pouvoir parce qu'il semblait pouvoir soulager l'héritier du tsar, Alexei, qui souffrait d'hémophilie. Raspoutine n'avait peut-être qu'un effet psychologique apaisant sur son patient, mais l'impératrice était particulièrement impressionnée par lui, et il devint rapidement un membre apparemment indispensable de l'entourage royal. Des rumeurs se répandirent selon lesquelles le "saint homme" était en réalité un ivrogne qui se livrait à des activités sexuelles avec toutes les femmes qui lui tombaient sous la main. Des magazines à scandale et des journaux peu recommandables publièrent des caricatures peu flatteuses et allèrent même jusqu'à spéculer sur une liaison entre Raspoutine et l'impératrice. Nicolas refusa de réagir à ces rumeurs, mais comme le note l'historien T. Hasegawa, "plus que toute autre chose, l'affaire Raspoutine contribua à l'érosion catastrophique du prestige de l'autocratie" (39).

Rasputin & Tsar Cartoon
Caricature de Raspoutine, du tsar et de sa femme Unknown Artist (Public Domain)

Un autre coup porté au prestige du tsar fut son soutien vigoureux à des organisations nationalistes ultra-réactionnaires et antisémites telles que l'Union du peuple russe, qui menait de violentes attaques contre les Juifs et d'autres boucs émissaires traditionnels. Ces pogroms et le dimanche rouge effacèrent définitivement la croyance de longue date selon laquelle le tsar de Russie, choisi par Dieu, était par définition un souverain juste et équitable. Le coup de grâce au prestige du tsar fut porté par sa décision de se nommer commandant en chef des forces armées en septembre 1915, pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918). Totalement incompétent pour assumer une telle fonction, il ne fit que renforcer l'association entre les défaites de l'armée et le souverain plutôt que ses généraux.

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Pire encore pour Nicolas, alors qu'il jouait au soldat au front, le gouvernement était essentiellement laissé sous la direction de l'impératrice Alexandra Feodorovna (1872-1918), ce qui, pour beaucoup, signifiait en réalité Raspoutine. Il y eut en effet une vague de limogeages et de nominations ministérielles, dont beaucoup auraient été achetées, selon certaines sources. Les royalistes voyaient le tort que Raspoutine causait – ou, plus précisément, que les rumeurs concernant Raspoutine causaient – à la réputation du tsar. La rumeur la plus préjudiciable était que Raspoutine et l'impératrice formaient une sorte de gouvernement pro-allemand, dont la seule preuve était que l'impératrice était elle-même allemande, son titre avant son mariage étant princesse Alix de Hesse-Darmstadt. Un groupe de royalistes complota pour assassiner Raspoutine, et son corps, roué de coups et criblé de balles, fut découvert dans une rivière au début du mois de janvier 1917.

Rejet d'un État autoritaire

Le tsar avait créé une assemblée, la Douma, mais le vote était pondéré en faveur des classes supérieures et celle-ci n'avait que très peu de pouvoir. Il est important de noter que le tsar pouvait opposer son veto à toute nouvelle loi votée par la Douma. Le tsar avait également le droit exclusif de nommer et de révoquer les ministres, et Nicolas II promouvait sans cesse les politiciens qui se montraient déférents à ses opinions personnelles. Outre la sphère politique, le tsar exerçait un contrôle absolu sur l'armée, la bureaucratie d'État, la politique étrangère et l'Église. La police secrète du tsar, l'Okhrana, semblait impliquée dans tous les aspects de la vie. Avec l'amélioration du niveau d'éducation, de plus en plus de sujets du tsar étaient très mécontents de cette situation. Alors que d'autres nations se penchaient sur la question de l'élargissement du droit de vote et vantaient les mérites de la liberté d'expression, d'association et de la presse, la Russie semblait très en retard. Les ouvriers et les paysans prenaient de plus en plus conscience de ce qui leur manquait. Dans le même temps, une classe moyenne émergente composée de professionnels et d'étudiants était tout aussi déterminée à changer les choses.

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Tsar Nicholas II Under House Arrest
Le tsar Nicolas II assigné à résidence Bain News Service (Public Domain)

Radicalisation des classes ouvrières

Depuis 1905, les classes ouvrières s'étaient considérablement développées à mesure que la Russie s'industrialisait. En 1917, on comptait environ 18,5 millions de travailleurs, soit environ 10 % de la population. Les travailleurs étaient concentrés dans les grandes villes et certaines régions. "Cette concentration de la main-d'œuvre industrielle joua un rôle essentiel dans sa mobilisation en 1917 et donna à la classe ouvrière un poids politique disproportionné par rapport à son nombre relativement faible" (Shukman, 19). La classe ouvrière se développa également grâce à la Première Guerre mondiale, lorsque la conscription enrôla les travailleurs dans les forces armées et que leurs emplois furent repris par les paysans et les femmes.

Les travailleurs réclamaient de meilleurs salaires, une limitation du temps de travail (8 heures par jour) et des conditions de travail plus sûres. Ils voulaient des syndicats libres, sans ingérence de la police secrète. Ils voulaient une amélioration des logements souvent insalubres qui leur étaient fournis. Certains travailleurs voulaient être représentés politiquement dans une assemblée véritablement populaire qui influencerait l'élaboration des nouvelles lois. Les travailleurs faisaient de plus en plus souvent appel à la grève pour porter ces revendications à l'attention du tsar.

Les ouvriers d'usine formèrent des soviets, ou conseils, d'abord pour organiser des grèves, puis plus largement pour représenter les intérêts généraux des travailleurs. Le Soviet de Petrograd (nom de Saint-Pétersbourg à partir de 1914) fut créé en février 1917, mais des soviets apparurent un peu partout. En mai 1917, il y avait 400 soviets ouvriers dans toute la Russie, et en octobre de la même année, leur nombre était passé à environ 950. Même l'armée commença à avoir des soviets, ce qui affaiblit la hiérarchie traditionnelle entre officiers et soldats. En bref, les soviets devinrent des "organes d'expression collective" (Read, 144).

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The Petrograd Soviet in 1917
Le Soviet de Petrograd en 1917 Unknown Photographer (Public Domain)

Les comités exécutifs des soviets finirent par être dominés par une intelligentsia socialiste radicale. Au fil du temps, cette direction fut elle-même dominée par les bolcheviks, une branche radicale du Parti ouvrier social-démocrate russe (POSDR). Le POSDR et d'autres socialistes étaient fortement influencés par les idées du philosophe allemand Karl Marx (1818-1883), qui appelait à une redistribution plus équitable des richesses et du pouvoir politique.

De nombreux travailleurs étaient de plus en plus frustrés par la détérioration des conditions économiques au cours de l'été 1917.

Après la chute du tsar en mars 1917 (voir ci-dessous), les bolcheviks, contrairement aux socialistes plus modérés, voulaient une révolution prolétarienne immédiate, où les travailleurs dirigeraient l'État. Il est certain qu'il y avait un vide politique après la fin du régime tsariste au niveau local, où l'ancienne bureaucratie tsariste avait été remplacée par "un ensemble déroutant et varié de conseils populaires, de soviets, de comités d'usine, de collectifs paysans et d'autres organes de contrôle populaire" (Alan Wood, 48). Les bolcheviks virent dans ce chaos une occasion de s'emparer du pouvoir.

L'idée d'une deuxième révolution, beaucoup plus profonde, commença à séduire de plus en plus de travailleurs au fur et à mesure que l'année 1917 avançait. Beaucoup d'entre eux étaient de plus en plus frustrés par la détérioration des conditions économiques tout au long de l'été 1917. À mesure que les soviets devenaient plus militants, le nombre de grèves augmentait considérablement.

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Russian Hamlet by Kryjitski
Hameau russe de Kryjitski Constantin Kryjitski (Public Domain)

Agitation paysanne

Depuis l'émancipation des serfs en 1861, les paysans russes souffraient d'une pénurie chronique de terres et du refus du tsar de redistribuer les vastes domaines de l'aristocratie. Selon les paysans, seul celui qui travaillait la terre avait le droit de la posséder. Les paysans souffraient également de taxes élevées et voulaient avoir davantage leur mot à dire dans les conseils locaux. Il faut cependant reconnaître que le tsar avait tenté certaines réformes. Le Premier ministre, Piotr Stolypine (1862-1911), avait mis en place une série de changements, connus sous le nom de réformes Stolypine. Ces réformes étaient bien intentionnées, mais elles ne furent finalement pas couronnées de succès. L'éducation et la santé s'améliorèrent, certains paysans plus riches et propriétaires terriens (les koulaks) virent leur situation s'améliorer, mais la plupart des paysans restèrent aussi frustrés qu'en 1905. De plus, ces réformes, aussi minimes fussent-elles, irritèrent les partisans de la classe supérieure du tsar, qui y voyaient un affaiblissement du système autoritaire qu'ils souhaitaient maintenir. Une autre classe mécontente était la classe moyenne urbaine en pleine expansion. Alors que les paysans affluaient vers les villes pour trouver du travail, l'État ne faisait pas grand-chose pour les accueillir, et la criminalité était omniprésente. Des tensions apparaissaient également entre les différents groupes ethniques qui se mélangeaient dans les grandes villes de l'empire.

Première révolution et Première Guerre mondiale

La première révolution de 1917 commença par des émeutes pour le pain à Petrograd en mars 1917 et s'intensifia rapidement lorsque les troupes de la garnison de Petrograd se joignirent aux émeutiers. La révolution et le manque de soutien à l'égard du tsar parmi l'élite politique forcèrent Nicolas à abdiquer, ce qu'il fit le 2 mars. Le tsar fut remplacé par le gouvernement provisoire, mais cet organe composé d'anciens ministres de la Douma ne pouvait prétendre à aucune légitimité puisqu'il n'avait pas été élu.

Le gouvernement provisoire dut partager le pouvoir avec le Soviet de Petrograd dans un système connu sous le nom de "double pouvoir". Le Soviet de Petrograd était le soviet le plus influent; avant même l'abdication, il avait déclaré (ordres n° 1 et 2) que, au sein des forces armées de Petrograd, les comités de soldats devaient prendre le contrôle des décisions, écartant la hiérarchie traditionnelle des grades officiels. Le soviet avait également insisté pour approuver tous les ordres généraux donnés à ces forces armées. Lorsque ces ordres furent étendus à l'ensemble de l'armée russe, il en résulta une chute vertigineuse de la discipline et une explosion des désertions. De plus, la crise alimentaire de 1917 nécessita la réduction des rations quotidiennes des soldats de 4 000 à 2 000 calories par jour. Comme le dit Lénine, les soldats rejetaient les sources traditionnelles d'autorité et "votaient avec leurs pieds" (Alan Wood, 56).

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Alexander Kerensky
Alexandre Kerenski Karl Bulla (Public Domain)

Le gouvernement provisoire, qui n'était en réalité qu'une série de coalitions instables, avait du mal à faire face à la question épineuse de savoir si, comment et quand la Russie devait se retirer de la Première Guerre mondiale. Il fallait également s'interroger sur l'empire russe en ruine et sur la manière de faire face à la montée des mouvements nationalistes presque partout. L'économie et l'inflation galopante étaient catastrophiques. Les industries de guerre se portaient bien, mais au prix d'une forte réduction de la disponibilité des biens de consommation, y compris des produits essentiels tels que les outils agricoles. Les troubles civils devenaient de plus en plus fréquents et violents. Le gouvernement provisoire ne pouvait pas non plus compter sur la force, car l'armée était, pour l'essentiel, imprégnée du bolchevisme. Le gouvernement avait promis des élections générales, mais les ministres jugeaient prudent d'attendre la fin de la Première Guerre mondiale. Il y avait également le problème logistique posé par le fait que des millions d'électeurs combattaient sur les différents fronts, ce qui rendait l'organisation d'une telle élection très difficile.

Se retirer purement et simplement de la Première Guerre mondiale aurait signifié rompre les obligations contractées par la Russie envers ses alliés, la Grande-Bretagne et la France. La Russie avait besoin de l'argent occidental si elle voulait avoir une chance de se reconstruire en temps de paix. De plus, une paix séparée avec l'Allemagne s'annonçait très dure, car la Russie était en très mauvaise posture dans le conflit. Certains militaristes de droite voulaient instaurer une dictature militaire et poursuivre la guerre. En revanche, les travailleurs manifestèrent contre la poursuite de la guerre les 23 et 24 avril à Petrograd. La guerre paralysait l'économie et plus de 2,5 millions de Russes avaient péri au combat. Les paysans voulaient également que tout cela cesse, mais, tout comme le gouvernement, ils craignaient une guerre civile sur cette question.

Gouvernement provisoire

Les classes moyennes, les classes supérieures, l'Église orthodoxe russe (qui bénéficia d'une nouvelle séparation de l'Église et de l'État), les Juifs russes et d'autres groupes minoritaires soutinrent tous le gouvernement provisoire. Il y avait aussi ceux qui, indépendamment de leur classe ou de leurs convictions politiques, considéraient comme un devoir patriotique de soutenir le gouvernement en place pendant la guerre. Même certains socialistes radicaux, comme les mencheviks, soutenaient le gouvernement. Et il y eut quelques réalisations notables. Les femmes obtinrent l'égalité des droits grâce à une nouvelle loi, adoptée le 20 mars, qui rendait tous les citoyens adultes égaux. Une nouvelle liberté de la presse et d'expression fut instaurée. En août, des élections démocratiques pour les conseils locaux eurent lieu dans les villes et les zones rurales.

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Dans l'espoir de remporter une victoire glorieuse et d'élargir son soutien, le gouvernement provisoire, dirigé par Alexandre Kerensky (1881-1971), lança ce qui fut appelé l'offensive de juin. Celle-ci se solda rapidement par un désastre, avec 150 000 soldats de l'armée russe tués et de nombreuses unités refusant de se battre. Le gouvernement provisoire, tout comme l'ancien tsar, fut fortement discrédité par son manque flagrant de succès militaire.

Signing the Armistice Between Russia and Germany, 1917
Signature de l'armistice entre la Russie et l'Allemagne, 1917 Unknown Photographer (CC BY-SA)

Au cours de l'été 1917, d'autres problèmes se posèrent, cette fois d'ordre économique, avec des pénuries de pain et une dévaluation de moitié de la monnaie russe. Les manifestations de Petrograd contre certains ministres capitalistes du gouvernement provisoire, les 3 et 4 juillet, se soldèrent par un bain de sang et la mort ou des blessures pour 400 manifestants, un incident tristement célèbre connu sous le nom de "journées de juillet". Le gouvernement accusa les bolcheviks d'être à l'origine des manifestations et procéda à de nombreuses arrestations. Les soviets réagirent en multipliant les grèves. L'été 1917 "vit 1 019 grèves impliquant 2 441 850 ouvriers et employés" (Freeze, 284).

Le gouvernement provisoire fut confronté à une nouvelle crise en août. Il s'agissait de l'affaire Kornilov. Le général Lavr Kornilov (1870-1918), chef des forces armées russes depuis le 18 juillet, exigea la liberté d'action et l'absence d'ingérence du gouvernement. Kornilov tenta un coup d'État, mais celui-ci échoua complètement faute de soutien. Kerensky forma alors un noyau restreint de ministres en août, mais il fut doublement pénalisé par l'affaire Kornilov: d'une part, on lui reprocha d'avoir nommé Kornilov, et d'autre part, l'armement des soviets, destiné à contrer un éventuel coup d'État, les rendait encore plus dangereux s'ils pouvaient être persuadés de lancer une attaque contre le gouvernement.

Deuxième révolution

Le soutien des ouvriers et des paysans aux bolcheviks s'accrut à mesure que la population était de plus en plus frustrée par la léthargie du gouvernement provisoire et son obstruction constante à la tenue d'élections pour une Assemblée constituante. Les bolcheviks promettaient un changement immédiat. Les bolcheviks et les autres groupes révolutionnaires ne manquaient pas de fonds, car ils recevaient des paiements réguliers du gouvernement allemand, dont l'intention était de saper l'ennemi de l'intérieur. Les bolcheviks pouvaient organiser d'innombrables réunions et rassemblements. Lénine donna pour instruction aux orateurs bolcheviks lors des réunions publiques de ne pas perdre de temps en arguments compliqués, que le public n'avait aucune chance de comprendre, mais de s'en tenir à des slogans simples tels que "La terre au peuple travailleur ! " et "Nationalisation des usines et des fabriques !" (Beevor, 93). Les bolcheviks finirent par prendre le dessus sur les autres groupes socialistes, tels que les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires, au sein des différentes organisations ouvrières.

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Vladimir Lenin, 1914
Vladimir Lénine, 1914 Boris Dmitrievič Vigilev (CC BY-NC-SA)

Les soviets organisèrent des grèves dans toute la Russie pendant l'été 1917, ce qui causa de graves problèmes au gouvernement, limitant la production industrielle et militaire et perturbant gravement les transports et l'approvisionnement alimentaire. L'inflation atteignit 200 %. Les paysans, eux aussi, voulaient toujours du changement. Ils se plaignaient notamment de la réquisition des excédents céréaliers par le gouvernement, de l'absence d'une administration locale efficace pour représenter et résoudre leurs problèmes, et du sentiment que les paysans étaient enrôlés en masse pour aller combattre à la guerre alors que les citoyens des villes bénéficiaient d'exemptions en raison de leur travail ou de leur statut social. Les révoltes paysannes de l'été 1917 entraînèrent la confiscation des terres, la destruction des récoltes et des biens des agriculteurs les plus riches, et ces derniers furent battus ou tués. Le gouvernement semblait impuissant à réagir à ces troubles, et la production et la distribution de denrées alimentaires déclinèrent, aggravant davantage encore les pénuries dans les villes.

En réalité, les bolcheviks court-circuitèrent leur base dans les soviets lorsque Lénine ordonna à sa milice, la Garde rouge, de prendre le pouvoir par la force. Le prétexte fut l'annonce par le gouvernement provisoire du transfert de la garnison de Petrograd hors de la ville. Les bolcheviks supposèrent que cette mesure visait à permettre au gouvernement de prendre le contrôle du soviet. Lénine décida d'agir en premier.

Les bolcheviks arrêtèrent les principaux membres du gouvernement provisoire, occupèrent les bureaux de télégraphe et les gares, prirent le contrôle de la banque centrale et, même si ce n'était que symbolique, attaquèrent le Palais d'Hiver. Le gouvernement provisoire tenta d'appeler des troupes du front nord, mais sans succès. Au final, ce fut un coup d'État presque sans effusion de sang. Les bolcheviks avaient effectivement lancé une révolution entièrement opportuniste. "Ce ne fut en aucun cas une opération menée de main de maître", mais il est également vrai que "ce sont les bolcheviks qui ont le plus clairement reflété, exprimé et mis en œuvre la volonté des ouvriers et des paysans révolutionnaires" (Alan Wood, 62).

Russian Delegation at Brest-Litovsk
Délégation russe à Brest-Litovsk Unknown Photographer (Public Domain)

Conséquences

Des élections nationales furent ensuite organisées pour élire une Assemblée constituante, mais les résultats révélèrent que les bolcheviks n'étaient pas aussi populaires qu'ils l'avaient espéré; ils obtinrent moins d'un quart des voix. En janvier 1918, les gardes rouges de Lénine dissolurent l'Assemblée constituante. Lénine réussit à maintenir les soviets au moins nominalement dans le camp de la révolution, car ils avaient déjà voté la création du Sovnarkom, le Conseil des commissaires du peuple. Lénine était à la tête de ce conseil et il accrut considérablement sa popularité en proclamant la journée de travail maximale de 8 heures, réclamée depuis longtemps. Lénine publia également un décret stipulant que les travailleurs contrôleraient désormais tous les aspects de la production et, plus concrètement, il promit de retirer la Russie de la Première Guerre mondiale, ce qui permettrait de sauver des vies et de relancer l'économie. La Russie se retira officiellement de la Première Guerre mondiale avec le traité de Brest-Litovsk, signé le 3 mars 1918. Le meurtre de la famille Romanov eut lieu le 17 juillet 1918. Il n'y avait plus de retour en arrière possible.

Les bolcheviks devaient ensuite gagner la guerre civile russe contre les forces réactionnaires aidées par les puissances étrangères, mais ils y parvinrent en 1922. Le nouvel État de Lénine fut baptisé Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), mais cela n'avait pas grand-chose à voir avec les soviets ouvriers, des organisations qui furent transformées en agents locaux du gouvernement central et largement autoritaire de Lénine, où les bolcheviks, désormais appelés Parti communiste, étaient le seul parti. Lénine nationalisa toute l'industrie lourde, les mines et les chemins de fer, et rejeta l'idée que les agriculteurs propriétaires fonciers individuels pouvaient apporter une plus grande prospérité à tous. Bon nombre des griefs des ouvriers et des paysans qui avaient provoqué les révolutions de 1917 allaient subsister pendant encore un bon bout de temps.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur, à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que partagent toutes les civilisations. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2025, août 20). Causes de la Révolution Russe de 1917. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2773/causes-de-la-revolution-russe-de-1917/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Causes de la Révolution Russe de 1917." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, août 20, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2773/causes-de-la-revolution-russe-de-1917/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Causes de la Révolution Russe de 1917." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 20 août 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2773/causes-de-la-revolution-russe-de-1917/.

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