Guerre de Siège en Inde Ancienne

Dr Avantika Lal
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
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Les forts et les sièges occupaient une place centrale dans les guerres de l'Inde ancienne. Conçus selon des critères d'emplacement stratégique, de topographie et d'avantages naturels offerts par le site, les forts étaient considérablement renforcés par des fortifications artificielles. Ils étaient nécessaires non seulement pour assurer la sécurité de la population vivant à proximité, mais aussi pour protéger l'ensemble du royaume. Un fort pouvait servir d'abri au roi et à ses armées contre les ennemis et empêcher les envahisseurs de pénétrer plus profondément dans le royaume. Protégé par des fortifications, un roi ou un commandant pouvait affronter l'ennemi avec plus de confiance et avait une chance de le repousser. La prise des forts était nécessaire car les capitales ennemies étaient généralement fortifiées et aucun envahisseur ne pouvait proclamer la victoire sans ces bastions stratégiques. Dans ces combats, les archers et les éléphants jouaient un rôle majeur. Des textes anciens tels que l'Arthashâstra et les textes bouddhistes du Nikaya (500 av. J.-C. - 300 av. J.-C.) fournissent des informations précieuses sur la conduite des guerres de siège dans l'Inde ancienne, notamment la construction, l'assaut et la défense des forts.

Magadhan and Mauryan Soldiers
Soldats magadhans et mauryas Dharma (CC BY)

Objectif du fort

Kautilya (vers le IVe siècle av. J.-C.) accorda une grande importance aux forts dans son Arthashâstra. Pour lui, le fort était l'un des sept éléments constitutifs (saptanga) de la souveraineté d'un roi, sans lequel il ne pouvait se prétendre roi: "le refuge du roi et de son armée est un fort solide" (Shamasastry, 426). Le trésor du royaume était en sécurité dans un fort, et c'est depuis un fort que le roi pouvait régner avec succès, tenir ses ennemis en échec et augmenter sa propre puissance. Pratiquement tous les royaumes possédaient des forts, notamment:

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  • les différentes dynasties qui régnèrent sur Magadha (VIe-IVe siècle av. J.-C.)
  • les Mauryas (IVe-IIe siècle av. J.-C.)
  • les Pallavas (IIIe-IXe siècle de notre ère)
  • les Cholas (IVe siècle av. J.-C. - XIIIe siècle de notre ère)
  • les Rashtrakutas (VIIIe-Xe siècle de notre ère)
  • Chalukyas de Vatapi (VIe-VIIIe siècle de notre ère)
  • Chalukyas occidentaux de Kalyani (Xe-XIIe siècle de notre ère)

Le roi magadhan Ajātaśatru (492 av. J.-C. - 460 av. J.-C.), alors qu'il était en guerre contre le Kosala, Vaishali et leurs alliés, anticipa une attaque de leur part. La forteresse de Pataligrama fut construite pour se défendre, et en l'espace d'une génération, elle devint la ville de Pataliputra, capitale des empires indiens pendant des siècles. En raison de la sécurité qu'elles offraient, les forteresses étaient également utilisées en tant que centres administratifs. Kautilya mentionne qu'une forteresse appelée sthaniya devait être érigée au centre de 800 villages. Dans l'édit du pilier de Sarnath de l'empereur Maurya Asóka (268 av. J.-C. - 232 av. J.-C.), il est fait référence à un kota-vishava (sanskrit: kotta-vishaya) ou "district autour d'un fort".

Mallas Defending the City of Kushinagara
Mallas défend la ville de Kushinagara Dharma (CC BY)

Construction et types de forts

Les anciens Indiens considéraient qu'il était nécessaire de construire des forts dans les régions frontalières, car ils étaient essentiels à la sécurité du royaume et pouvaient empêcher les envahisseurs d'atteindre la capitale. Le texte bouddhiste Digha Nikaya mentionne une ville frontalière défendue par de solides remparts et des tours et dotée d'une seule porte. Le livre II de l'Arthashâstra mentionne que des forts doivent être construits aux extrémités du royaume, gardés par des gardes-frontières (antapala). Les quatre quartiers d'un royaume doivent être dotés de fortifications défensives, comme décrit ici:

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[Les forts doivent être] construits sur des terrains qui s'y prêtent le mieux: une fortification aquatique (audaka) telle qu'une île au milieu d'un fleuve ou une plaine entourée de terrains bas; une fortification montagneuse (parvata) telle qu'une zone rocheuse ou une grotte; un désert (dhanvana) tel qu'une zone sauvage dépourvue d'eau et envahie par des broussailles poussant sur un sol stérile; ou une fortification forestière (vanadurga) pleine de plantes (khajana), d'eau et de broussailles. Parmi celles-ci, les fortifications aquatiques et montagneuses sont les mieux adaptées pour défendre les centres peuplés; les fortifications désertiques et forestières sont des habitations situées dans des régions sauvages (atavisthanam).

(Shamasastry, 66-67)

Cette classification des forts fut utilisée tout au long de la période antique en Inde et de nombreux forts de ce type, notamment des forts de colline et des forts aquatiques, furent construits par différentes dynasties à différentes époques. En 543, le roi Pulakeshin Ier (543-566) fit de Vatapi (aujourd'hui Badami, dans l'État du Karnataka) la capitale du royaume Chalukya et construisit une forteresse sur ce qui est aujourd'hui connu sous le nom de North Hill. Cette forteresse était fortifiée au-dessus et en dessous. L'inscription d'Aihole du roi Pulakeshin II (609-642) de la dynastie des Chalukyas mentionne le fort insulaire de Revati et le fort terrestre de Vanavasi.

Gooty Fort
Fort Gooty Imrx100 (CC BY-NC-SA)

Le texte bouddhiste Anguttara Nikaya précise les sept éléments indispensables à une forteresse, dont un fossé, et les quatre types de provisions nécessaires à son entretien. Les contes Jataka mentionnent également des villes fortifiées dotées de murs, de remparts, de contreforts, de tours de guet et de portes massives. Le livre II de l'Arthashâstra contient également des descriptions détaillées de la construction d'une forteresse, notamment:

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  • des douves contenant des crocodiles
  • des remparts, des parapets, des tours, des tourelles et des positions pour les archers (indrakosha)
  • un passage pour la fuite (pradhavitikam) et une porte de sortie (nishkuradvaram)
  • douze portes, avec un passage secret terrestre et aquatique
  • le nombre et la quantité de ressources nécessaires pour résister à de longs sièges, telles que la nourriture et les armes.

La construction effective de telles forteresses, en tout ou en partie, est attestée par les reliefs anciens de Sanchi, Bharhut, Mathura, Amaravati et Nagarjunikonda. Ils montrent l'extérieur des remparts de la ville, précédés d'un fossé. Les remparts sont dotés de guérites et de tours défensives. Les murs eux-mêmes étaient en brique ou en bois et présentaient souvent des angles rentrants dont les coins saillants étaient pourvus de bastions en saillie. Le sommet des murs se termine par des couronnements ou des créneaux. La porte est flanquée de deux tours élevées, chacune s'élevant sur plusieurs étages. Sous le règne de Chandragupta Maurya (322-298 av. J.-C.), Pataliputra était dotée d'une muraille extérieure avec 570 tours et 64 portes. Le fossé ou douve mesurait environ 182 m (600 pieds) de large et environ 15 m de profondeur.

Lorsque Alexandre le Grand envahit l'Inde en 326 avant notre ère, pratiquement tout le pays était parsemé de forts. Même les petits chefs en possédaient.

Lorsque Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.) envahit l'Inde en 326 avant notre ère, pratiquement tout le pays était parsemé de forts. Même les petits chefs en possédaient. Des historiens de l'Antiquité tels que Quinte-Curce (Ier siècle de notre ère) et Arrien (vers 86/89 - vers 146/160 de notre ère) donnent des détails sur ces fortifications. Ils mentionnent également comment Alexandre avait dû lutter contre un certain nombre de forts tels que Massaga, Sangala, Aornos, etc.

Les récits des voyageurs chinois et des premiers musulmans montrent qu'au fil du temps, la construction des forts ne changea guère et continua à suivre le modèle mentionné ci-dessus. Le seul changement perceptible était l'augmentation de la taille des murs extérieurs et des dimensions des douves afin de renforcer la sécurité. Les villes de toute l'Inde continuèrent à être fortifiées, notamment dans le sud du pays, où l'on trouvait, outre Vatapi, la capitale pandya Madura ou Madurai (aujourd'hui Madurai, dans l'État du Tamil Nadu) et la capitale pallava Kanchipuram (aujourd'hui Kanchipuram, dans l'État du Tamil Nadu). Les villes dotées de ports florissants, telles que Vizhinjam (aujourd'hui Vizhinjam, dans l'État du Kerala), étaient également fortement fortifiées. En tant que centres commerciaux prospères, elles étaient souvent la cible d'envahisseurs, comme dans le cas de Vizhinjam, qui fut régulièrement attaquée par les rois Pandyas et Cholas du VIIe au Xe siècle.

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Guerre de siège et troupes

Les forts étaient occupés en permanence par des garnisons dont les fonctions étaient clairement réparties. Les sources bouddhistes en pali fournissent une liste de ces officiers et troupes, qui comprend:

  • les officiers chargés du camp (chalaka)
  • soldats du corps d'approvisionnement (pindadayika)
  • soldats d'assaut (pakkhandino)
  • guerriers en cuirasses (de cuir) (cammayodhino)
  • dovarika ou gardien.

Les membres de la famille royale, y compris les princes, étaient censés participer à la défense des forts ainsi qu'à l'assaut des forts ennemis. L'Anguttara Nikaya mentionne expressément "les fils du roi" comme faisant partie de la garnison. Le fait que les rois participaient également à la défense est attesté par la mort de Pulakeshin II, qui mourut en défendant sa capitale Vatapi contre le roi Pallava Narasimhavarman Ier (630-655) en 642.

King Narasimhavarman I
Roi Narasimhavarman Ier G41rn8 (CC BY-NC-SA)

Pendant la période Maurya, le durgapala, ou officier chargé d'un fort, était tenu en haute estime. Le senapati, ou commandant en chef, devait savoir comment attaquer un fort. Le nagaraka, ou officier chargé d'une ville, devait inspecter quotidiennement les passages secrets permettant de sortir de la ville ainsi que les forts, les remparts et autres ouvrages défensifs.

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Les éléphants étaient spécialement dressés pour détruire les remparts, et dans l'Arthashâstra, cet entraînement est appelé nagarayanam. Les troupes du royaume occidental des Gangas (350-1024), étaient spécialement entraînées à l'assaut des forts situés sur des collines. En cas de besoin, la garnison pouvait être soutenue par la population locale qui se joignait à la défense du fort. L'armée attaquante devait toutefois compter sur ses propres forces. La meilleure stratégie consistait à attaquer en nombre, comme le faisaient souvent les rois Chalukyas de Vatapi.

Assaut et défense

Les forts étant construits en tenant compte des avantages géographiques du site et en ajoutant des éléments de protection tels que des murs, des remparts, etc., toute stratégie visant à faire tomber ces places fortes devait tenir compte de tous ces éléments. Les défenseurs tiraient également pleinement parti des caractéristiques naturelles, comme dans le cas des forts situés sur des collines. Le roi Pallava Mahendravarman Ier (600-630) força Pulakeshin II à battre en retraite devant les murs de Kanchipuram, derrière lesquels il s'était réfugié face à l'armée Chalukya qui avançait.

Ainsi, en raison du défi que représentaient ces forts, leur prise était considérée comme un véritable exploit. On pense que le roi Vishnuvardhana Ier de la dynastie des Chalukyas de l'Est (624-641) obtint le titre de Vishamasiddhi (sanskrit: "celui qui a réussi dans des entreprises difficiles") en raison de son grand succès (siddhi) dans la prise de toutes sortes de forteresses considérées imprenables (vishama) sur terre et sur mer (sthala-jaladi-durga).

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Magadhan and Mauryan Arms and Armour
Armes et armures magadhanes et mauryas Dharma (CC BY)

En ce qui concerne l'équipement de siège, il est possible que des béliers aient été utilisés, mais il n'existe pas beaucoup de preuves à ce sujet. Cependant, l'infanterie aurait utilisé des échelles ou des cordes pour escalader les murs. Lorsqu'il s'agissait d'attaquer les murs d'une ville ou d'une forteresse, les éléphants jouaient un rôle beaucoup plus important. Ils sont appelés purabhettarah (briseurs de villes) dans le Mahabharata. Le livre XIII de l 'Arthashastra décrit en détail les moyens de capturer un fort. Il recommande de semer la discorde dans les rangs adverses et d'utiliser des espions pour affaiblir l'ennemi. Les opérations de siège commençaient lorsque le roi ennemi était affaibli et à court de provisions. Les douves étaient contournées par divers moyens. De nombreuses parties de la forteresse et des maisons à l'intérieur pouvaient être incendiées. Cela était suggéré comme dernier recours par Kautilya, car la forteresse et toutes les ressources qu'elle contenait devaient idéalement être capturées intactes. Cependant, les forteresses capturées étaient détruites ou brûlées par les envahisseurs.

Les engins de siège ne semblent pas avoir été utilisés très souvent. L'accent était mis sur un assaut général, réalisé en enfonçant les portes après avoir franchi les douves, ou en incitant l'ennemi à sortir pour une sortie. L'assaut était considéré comme plus efficace lorsque l'ennemi était fatigué après avoir combattu sur les remparts ou dans une bataille ouverte et avait ainsi perdu beaucoup d'hommes, tandis que la population à l'intérieur du fort était généralement distraite par des fêtes, des rituels religieux, des beuveries ou simplement endormie. Les conditions météorologiques déterminaient également le jour de l'assaut. Un jour nuageux, ou un jour où il y avait un épais brouillard ou de la neige, était considéré comme idéal.

“War over the Buddha’s Relics”, Sanchi
"Guerre pour les reliques du Bouddha", Sanchi Dharma (CC BY)

Les archers semblent avoir joué un rôle majeur tant dans la défense que dans l'assaut. Les défenseurs livraient souvent une bataille acharnée. Un relief du stupa de Sanchi montre les Mallas défendant leur ville de Kushinagara contre une armée assiégeante. Il s'agit d'une description graphique de la manière dont se déroulaient les sièges à l'époque pré-maurya et maurya. Ce siège eut probablement lieu au cours du Ve siècle avant notre ère. Il montre les assaillants se rassemblant à l'extérieur des murs de la ville avec toutes sortes de soldats – éléphants, chars, infanterie et cavalerie – et semblant encercler la ville. Les bâtiments à plusieurs étages de la ville sont visibles au-delà des murs, qui sont représentés comme étant hauts et solides. Les citoyens, y compris les femmes, regardent les assaillants depuis leurs balcons. Les défenseurs combattent activement l'ennemi en lançant des pierres et en tirant des flèches, et certains d'entre eux sont prêts à repousser les assaillants qui escaladent les murs à l'aide de leurs gourdins et de leurs épées. Aucun équipement de siège n'est représenté, et l'assaut est mené par l'infanterie qui attaque les assiégés. Certains soldats tirent des flèches, tandis que d'autres escaladent les murs (les moyens utilisés pour cela ne sont pas représentés).

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Héritage

L'importance accordée à la construction de forts et à la guerre de siège se maintint jusqu'au Moyen Âge et au début de l'époque moderne. La plupart des forts anciens, s'ils n'avaient pas été détruits par des assaillants, furent développés ou rénovés par les dynasties médiévales et postérieures, en particulier les Rajputs, en fonction des besoins de l'époque. Des forts de différents types, tels que des forts de colline, continuèrent à être construits. La nature de la guerre de siège finit par changer avec l'avènement de la poudre à canon et de l'artillerie, et les techniques de défense et d'assaut évoluèrent également. Mais même alors, de nombreuses forteresses ont résisté. Elles ont réussi à supporter des sièges prolongés et, à de nombreuses reprises, ont donné du fil à retordre aux assaillants, parmi lesquels figuraient des troupes des puissances coloniales européennes telles que la Compagnie des Indes orientales. Beaucoup de ces forts sont encore debout aujourd'hui et témoignent de l'importance des forts et de la guerre de siège en Inde, un processus qui commença dans l'Antiquité et qui servit de base aux périodes ultérieures.

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Bibliographie

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Dr Avantika Lal
Avantika Lal est titulaire d'un doctorat (études sud-asiatiques), spécialisé dans les opérations militaires. Elle s'intéresse à l'histoire politique et militaire ancienne, à l'histoire de l'art indien, à la guerre en général et fait partie de groupes de recherches pour les mods de jeux sur Total War : Rome.

Citer cette ressource

Style APA

Lal, D. A. (2025, août 10). Guerre de Siège en Inde Ancienne. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1250/guerre-de-siege-en-inde-ancienne/

Style Chicago

Lal, Dr Avantika. "Guerre de Siège en Inde Ancienne." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, août 10, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1250/guerre-de-siege-en-inde-ancienne/.

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Lal, Dr Avantika. "Guerre de Siège en Inde Ancienne." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 10 août 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1250/guerre-de-siege-en-inde-ancienne/.

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