Rapport d'Ounamon: Texte et Commentaire

Joshua J. Mark
de , traduit par Nicolas Santucci
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La littérature du Moyen Empire égyptien (2040-1782 av. J.-C.) est considérée à juste titre comme l'une des plus belles productions culturelles de tous les temps. De grandes œuvres telles que Le conte du naufragé et Le conte de Sinouhé comptent parmi les chefs-d'œuvre littéraires mondiaux, et il ne fait aucun doute que les arts littéraires en Égypte atteignirent leur apogée pendant le Moyen Empire. Il existe cependant d'autres œuvres, souvent négligées, antérieures et postérieures à cette période. La littérature didactique de l'Ancien Empire (vers 2613 à 2181 av. J.-C.) et les poèmes d'amour et autres œuvres du Nouvel Empire (vers 1570 à vers 1069 av. J.-C.) sont souvent de la même valeur.

The Report of Wenamun, Page 2
Le rapport d'Ounamon, Page 2 Didia (Public Domain)

Parmi les œuvres tardives figure un texte connu sous le nom de Rapport d’Ounamon (ou L’Histoire d’Ounamon), qui a longtemps été considéré comme le récit officiel d'un voyage réel, mais qui est aujourd'hui reconnu comme une œuvre littéraire remarquable. Ounamon date d'environ 1090 à 1075 av. J.-C., à la fin du Nouvel Empire, après que l'âge d'or de l'empire eut pris fin et que l'Égypte eut perdu son prestige international. Il s'agit d'un récit à la première personne d'un voyage de l'Égypte au Levant afin d'obtenir du bois pour le navire du dieu Amon, et des nombreuses difficultés rencontrées par le narrateur en cours de route, difficultés qu'il estime n'avoir jamais connues à l'époque de l'empire.

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Reportage ou littérature

Puisque le récit prend la forme d'une missive officielle, il a d'abord été interprété d'un point de vue historique et est toujours considéré comme historiquement exact dans sa description de l'Égypte vers la fin du Nouvel Empire. Cependant, de nombreux détails dans le texte contredisent l'affirmation selon laquelle il s'agit d'un reportage plutôt que d'une œuvre littéraire. Tout d'abord, l'utilisation du dialogue n'aurait pas été aussi fréquente dans un rapport officiel, mais il faut également tenir compte du ton, du caractère du narrateur et des détails concernant les autres personnages qui apparaissent dans le récit. La présentation bienveillante de personnages non égyptiens tels que les Tjeker et le prince de Byblos est un procédé littéraire qui n'a pas sa place dans un récit de témoin. Tout au long de l'histoire de l'Égypte, les rapports officiels ont systématiquement dépeint les non-Égyptiens de manière peu flatteuse.

OUNAMON NE SE CONTENTE PAS DE RACONTER UNE AVENTURE, IL COMMENTE LA TENDANCE TRÈS HUMAINE À S'ACCROCHER À UNE IMAGE DE SOI ET DU MONDE QUI N'EST PLUS D'ACTUALITÉ.

Ounamon ne se contente pas de raconter une aventure, il commente également la tendance trop humaine à s'accrocher à une image de soi et du monde qui n'est plus d'actualité, ainsi que les frustrations que cela engendre. Ounamon ne déplore jamais ouvertement la gloire passée de l'Égypte dans son récit, mais ses sentiments sur la situation actuelle de son pays et la façon dont il est désormais perçu par les autres imprègnent l'ensemble de l'œuvre. L'expédition est simple et aurait dû être facilement menée à bien; au lieu de cela, elle se transforme en une aventure qui dure plus de six mois. La fin du manuscrit a été perdue, il n’est donc pas possible de savoir ce qu’il arrive à Ounamon une fois qu'il atteint l'île d'Alasiya (l'actuelle Chypre). On suppose qu'il retrouve le chemin de l'Égypte puisqu'il fait son rapport au roi, mais il aurait pu vivre d'autres aventures après Alasiya qui l'auraient retenu plus longtemps.

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Contexte historique

L'histoire se déroule à la fin du Nouvel Empire/ début de la Troisième Période Intermédiaire de l'Égypte (vers 1069 à 525 av. J.-C.). Le gouvernement central de Per-Ramsès n'est plus assez puissant pour avoir une influence et le pouvoir dans le pays est divisé entre Tanis au nord (sous le règne de Smendès) et Thèbes au sud (sous le contrôle d'Hérihor, le grand prêtre d'Amon). Tanis et Thèbes co-gouvernèrent amicalement au début de la Troisième Période Intermédiaire, ce à quoi il est fait allusion lorsqu’Ounamon quitte Thèbes et s'arrête à Tanis pour demander des provisions à Smendès.

Stela of Herihor
Stèle d’Hérihor Rob Koopman (CC BY-SA)

Le but de l'expédition est d'obtenir du bois (probablement du cèdre) du Liban pour la grande barque cérémonielle d'Amon à Thèbes. Le navire d'Amon était connu des Égyptiens sous le nom d'Userhetamon, "Amon au front puissant", et était un cadeau offert à la ville par Ahmose Ier (vers 1570 à vers 1544 av. J.-C.) après sa victoire sur les Hyksôs et son accession au trône au début du Nouvel Empire égyptien. Le navire servait à transporter la statue d'Amon, dans laquelle le dieu était censé résider, sur le Nil lors de jours de festival et de banquet. Comme il s'agissait du navire du dieu le plus puissant, il était incroyablement orné et était réparé, peint et reconstruit chaque année.

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Le voyage d’Ounamon aurait dû être un voyage de routine pour aller chercher le bois nécessaire à la rénovation. Comme le montrent clairement le récit et d'autres sources, les royautés de Byblos et d'Égypte entretenaient depuis longtemps des relations commerciales, notamment en ce qui concerne le bois destiné à la barque d'Amon. Le mauvais traitement qu’Ounamon semble avoir subi de la part des autorités qu'il rencontre symbolise la perte de statut dont l'Égypte a souffert après le déclin du Nouvel Empire, mais surtout, témoigne de la façon dont les gens ont vécu cette perte. Ounamon représente les Égyptiens de l'époque dans son insistance à vouloir que le présent soit à la hauteur de la gloire du passé. Ce qui rend cette œuvre intemporelle, cependant, c'est que les gens du monde entier se comportent encore aujourd'hui comme Ounamon et continuent de ressentir la même déception et la même frustration.

Le rapport d’Ounamon

Texte

La traduction suivante est celle de l'égyptologue Miriam Lichtheim, tirée de Ancient Egyptian Literature: The New Kingdom, Volume II, pp. 224-229. Le manuscrit comporte des mots manquants et une partie centrale comporte tellement de lignes manquantes que Lichtheim résume cette partie afin de préserver la cohésion et le rythme de l'histoire. Le manuscrit s'interrompt après la phrase "passez la nuit" prononcée par la princesse d'Alasiya. On pense que l'histoire se poursuit bien au-delà, mais on ne sait pas exactement sur quoi repose cette affirmation. Il est tout à fait possible qu'après avoir été sauvé par la princesse, il soit simplement rentré chez lui. L'histoire commence par la présentation d’Ounamon et de sa mission:

En l’an 5, le 16ème jour du quatrième mois de l'été, jour du départ d’Ounamon, doyen du portique du Temple d'Amon, Seigneur des Trônes des Deux Terres, pour aller chercher du bois pour la grande barque sacrée d'Amon-Rê, Roi des Dieux, qui se trouve sur le fleuve et [est appelée] Userhetamon.

Le jour de mon arrivée à Tanis, où résidaient Smendès et Tentamon, je leur remis les édits d'Amon-, roi des dieux. Ils les firent lire et dirent: "J’agirai, j’agirai conformément à la volonté d’Amon-Rê, roi des dieux, notre seigneur."

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Je demeurai jusqu'au quatrième mois de l'été à Tanis. Smendès et Tentamon me donnèrent l’ordre de partir avec le capitaine du navire Mengebet, et je mis les voiles sur la grande mer de Phénicie le premier mois de l'été. J’arrivai à Dor, une ville Tjeker; et Beder, son prince, me fit apporter cinquante pains, une cruche de vin et une cuisse de bœuf. Mais un homme de mon navire s'enfuit après avoir volé un vase en or de 5 deben, quatre jarres en argent de 20 deben et un sac contenant 11 deben d'argent; [total de ce qu'il a volé]: 5 deben d'or et 31 deben d'argent.

Le lendemain matin, je me levai puis me rendis auprès du prince et lui dit: "J'ai été volé dans ton port. Comme tu es le prince de ce pays, tu en es le maître. Mets-toi à la recherche de mon argent! En effet, cet argent appartient à Amon-Rê, roi des dieux, seigneur des terres. Il appartient à Smendès; il appartient à Herihor, mon seigneur, et [aux] autres grands d'Égypte. Il t’appartient; il appartient à Oueret; il appartient à Mekmer; il appartient à Tjekerbaal, le prince de Byblos!" Il m'a répondu: "Es-tu sérieux? Est-ce que tu plaisantes? En effet, je ne comprends pas ce que tu me demandes. Si c'était un voleur appartenant à mon pays qui était descendu dans ton bateau et avait volé ton argent, je l’aurais remplacé avec mes propres réserves jusqu'à ce que ton voleur, quel que soit son identité, ait été trouvé. Mais le voleur qui t’a volé est à toi, il appartient à ton bateau. Passe quelques jours ici avec moi; je vais le chercher."

Je suis resté neuf jours, amarré dans son port. Puis j‘allai le voir et lui dis: "Écoute, tu n'as pas retrouvé mon argent. [Laisse-moi partir] avec les capitaines de navires qui prennent la mer."

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[Les huit lignes suivantes sont manquantes. Apparemment, le prince conseille à Ounamon d'attendre encore un peu, mais Ounamon part. Il passe Tyr et s'approche de Byblos. Puis il s'empare de trente deben d'argent d'un navire qu'il a rencontré et qui appartient aux Tjeker, un acte évident de piraterie. Il dit aux propriétaires qu'il gardera l'argent jusqu'à ce que son argent soit retrouvé. Par cela, il s'attire l'inimitié des Tjeker.]

Ils partirent et je célébrai cela [dans] une tente sur le rivage de la mer, dans le port de Byblos. Et [je construisis une cachette pour] Amon-de-la-Route et j'y plaçai mes biens. Puis le prince de Byblos m'envoya un messager disant: "[Quitte mon] port!" Je lui répondis: "Où dois-je [aller]? —————. Si [tu as un navire pour me transporter], ramène-moi en Égypte." Je passai vingt-neuf jours dans son port, et il passa son temps à m'envoyer chaque jour des messagers pour me dire: "Quitte mon port!"

Or, alors qu'il faisait une offrande à ses dieux, le dieu prit possession d'un jeune homme [parmi] ses jeunes gens et le plongea dans une transe. Il lui dit: "Élevez [le] dieu! Ramenez l'envoyé qui le transporte! C'est Amon qui l'a envoyé. C'est lui qui l'a fait venir! C’est cette nuit-là où celui-ci était en transe que j'avais trouvé un navire à destination de l'Égypte. J'y avais chargé toutes mes affaires et j'attendais la nuit, en disant: "Quand elle tombera, je chargerai le dieu afin qu'aucun autre œil ne le voie."

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Puis le maître du port vint vers moi et me dit: "Le prince dit d’attendre jusqu'au matin!" Je lui répondis: "N'est-ce pas toi qui venais me voir chaque jour pour me dire: "Quitte mon port"? Et maintenant, tu me dis: "Attends cette nuit", afin de laisser partir le navire que j'ai trouvé, et ensuite tu viendras me dire: "Va-t’en"? Il alla le rapporter au prince. Alors le prince envoya chercher le capitaine du navire et lui dit: "Le prince dit d’attendre jusqu'au matin."

Le matin venu, il me fit convoquer, tandis que le dieu reposait dans la tente où il se trouvait au bord de la mer. Je le trouvai assis dans sa chambre haute, le dos appuyé contre une fenêtre, et les vagues de la grande mer de Phénicie se brisaient derrière sa tête. Je lui dis: "Bénédictions d'Amon!" Il me dit: "Depuis combien de temps es-tu parti de l'endroit où se trouve Amon?" Je lui répondis: "Cinq mois entiers jusqu'à présent." Il me dit: "Si tu dis vrai, où est le message d'Amon que tu avais en main? Où est la lettre du grand prêtre d'Amon que tu avais en main?" Je lui répondis: "Je les ai donnés à Smendès et à Tentamon. "Alors il se mit en colère et me dit: "Maintenant, tu n’as plus ni édit ni lettre. Où est le navire en bois de pin que Smendès t’a donné? Où est son équipage phénicien? Est-ce qu’il ne t’a pas livré au capitaine de ce navire étranger afin qu'il te tue et te jette à la mer? Auprès de qui faudrait-il alors aller chercher le dieu? Et toi, auprès de qui faudrait-il aller te chercher?" C'est ce qu'il me dit.

Je lui répondis: "N'est-ce pas un navire égyptien? Ceux qui naviguent sous les ordres de Smendès sont des équipages égyptiens. Il n'y a pas d'équipages phéniciens." Il me dit: "N'y a-t-il pas ici, dans mon port, vingt navires qui font affaire avec Smendès? Quant à Sidon, cet autre [endroit] que tu as traversé, n'y a-t-il pas là-bas cinquante autres navires qui font affaire avec Ouerekter et transportent des marchandises vers sa maison?"

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Je restai silencieux à ce moment grave. Puis il me parla, disant: "Pour quelle raison es-tu venu?" Je lui répondis: "Je suis venu chercher du bois pour la grande barque sacrée d'Amon-Rê, roi des dieux. Ce que ton père a fait, ce que le père de ton père a fait, tu le feras aussi." C’est ce que je lui dis. Il me répondit: "C'est vrai, ils l'ont fait. Si tu me payes pour le faire, je le ferai. Mes pères ont mené à bien cette affaire après que le pharaon eut envoyé six navires chargés des marchandises de l'Égypte, qui avaient été déchargées dans leurs entrepôts. Et toi, qu'as-tu apporté pour moi?"

Il fit apporter le registre de ses ancêtres et le fit lire devant moi. Ils trouvèrent inscrits dans son livre mille deben d'argent et toutes sortes de choses. Il me dit: "Si le souverain d'Égypte était le maître de ce qui m'appartient et que j'étais son serviteur, il n'aurait pas envoyé d'argent et d'or pour dire: "Exécute les affaires d'Amon." Ce n'était pas un cadeau royal qu'ils ont fait à mon père! Moi aussi, je ne suis pas votre serviteur, ni de celui qui vous a envoyé! Si je crie à haute voix vers le Liban, le ciel s'ouvre et les rondins s'amassent ici sur le bord de la mer! Donnez-moi les voiles que vous avez apportées pour faire avancer vos navires, chargés de rondins pour [l'Égypte]! Donnez-moi les cordes que vous avez apportées [pour attacher les pins] que je dois abattre afin de les fabriquer pour vous ——, ——————— que je dois fabriquer pour vous pour les voiles de vos navires; sinon, les vergues risquent d'être trop lourdes et de se briser, et vous risquez de mourir [au milieu] de la mer. Car Amon fait gronder le tonnerre dans le ciel depuis qu'il a placé Seth à ses côtés! En effet, Amon a fondé toutes les terres. Il les a fondées après avoir d'abord fondé la terre d'Égypte d'où vous venez. Ainsi, l'artisanat en est issu afin d'atteindre l'endroit où je me trouve! Ainsi, le savoir en est issu afin d'atteindre l'endroit où je me trouve! Quels sont ces voyages insensés qu'ils vous ont fait faire?"

Je lui dis: "Faux! Ce ne sont pas des voyages insensés que je fais. Il n'y a pas de bateau sur le fleuve qui n'appartienne à Amon. La mer est sienne, et le Liban dont tu dis: "Il est à moi" est sien. C'est un terrain fertile pour Userhetamon, le seigneur de tous les bateaux. En vérité, c'est Amon-Rê, roi des dieux, qui a dit à Herihor, mon maître: "Envoie-moi!" Et il m'a fait venir avec ce grand dieu. Mais regarde, tu as laissé ce grand dieu passer ces vingt-neuf jours, amarré dans ton port. Ne savais-tu pas qu'il était ici? N'est-il pas celui qu'il était? Es-tu prêt à marchander le Liban avec Amon, son seigneur? Quant à ta déclaration selon laquelle les anciens rois envoyaient de l'argent et de l'or: s'ils avaient possédé la vie et la santé, ils n'auraient pas envoyé ces choses. C'est à la place de la vie et de la santé qu'ils ont envoyé ces choses à tes pères! Mais Amon-Rê, roi des dieux, est le seigneur de la vie et de la santé, et il était le seigneur de tes pères! Ils ont passé leur vie à faire des offrandes à Amon. Toi aussi, tu es le serviteur d'Amon!

Si tu dis "j’agirai" à Amon et que tu accomplis sa volonté, tu vivras, tu prospéreras, tu seras en bonne santé; tu seras bienfaisant pour tout ton pays et ton peuple. Ne convoite pas ce qui appartient à Amon-Rê, roi des dieux! En effet, un lion aime ses possessions! Fais-moi venir ton scribe afin que je l'envoie à Smendès et Tentamon, les piliers qu'Amon a érigés au nord de son pays; ils t'enverront tout ce qui est nécessaire. Je l'enverrai vers eux en disant: "Faites-le venir avant mon retour dans le sud; je vous rembourserai alors toutes vos dépenses". C'est ce que je lui ai dit.

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Il remit ma lettre à son messager; et celui-ci chargea la quille, la proue et la poupe, ainsi que quatre autres troncs taillés, sept au total, et les envoya en Égypte. Son messager qui était parti en Égypte revint vers moi en Phénicie au premier mois de l'hiver, Smendès et Tentamon avaient envoyé: quatre jarres et un vase kakmen en or; cinq jarres en argent; dix vêtements de lin royal; dix vêtements en lin fin; cinq cents pièces de lin lisse; cinq cents peaux de bœuf; cinq cents cordes; vingt sacs de lentilles; et trente paniers de poissons. Et elle m'envoya: cinq vêtements de lin fin; un sac de lentilles; et cinq paniers de poissons.

Le prince se réjouit. Il affecta trois cents hommes et trois cents bœufs à cette tâche, et il plaça des superviseurs à leur tête pour qu'ils abattent les arbres. Ceux-ci furent abattus et restèrent là pendant l'hiver. Au troisième mois de l'été, ils les traînèrent jusqu'au bord de la mer. Le prince sortit et se tint près d'eux, puis il m'envoya chercher en disant: "Viens!" Lorsque je fus amené en sa présence, l'ombre de son parasol tomba sur moi. Alors Penamon, l'un de ses échansons, intervint en disant: "L'ombre du Pharaon, ton seigneur, est tombée sur toi." Et il se mit en colère contre lui et dit: "Laisse-le tranquille."

Alors que je me tenais devant lui, il s'adressa à moi en disant: "Écoute, j'ai accompli ce que mes pères ont fait dans le passé, bien que tu n'aies pas fait pour moi ce que tes pères ont fait pour les miens. Écoute, le dernier de tes bois est arrivé et est prêt. Fais ce que je souhaite et viens le charger. Car ne t'a-t-il pas été donné? Ne viens pas voir la terreur de la mer. Car si tu regardes la terreur de la mer, tu verras la mienne! En effet, je ne t'ai pas fait ce qui a été fait aux envoyés de Khâemouaset, après qu'ils eurent passé dix-sept ans dans ce pays. Ils sont morts sur place." Et il dit à son échanson: "Emmène-le voir la tombe où ils reposent."

Je lui dis: "Ne me faîtes pas voir cela. Quant à Khâemouaset, les envoyés qu'il t'a envoyés étaient des hommes et lui-même était un homme. Tu n'as pas ici l'un de ses envoyés, bien que tu dises: "Va voir tes compagnons." Ne devrais-tu pas te réjouir et te faire faire une stèle sur laquelle tu inscrirais: "Amon-Rê, roi des dieux, m'a envoyé Amon-de-la-Route, son envoyé, accompagné de Ounamon, son envoyé humain, à la recherche de bois pour la grande barque sacrée d'Amon-Rê, roi des dieux. Je l'ai abattu, je l'ai chargé, j'ai approvisionné mes navires et mes équipages. Je les ai laissés atteindre l'Égypte afin qu'ils implorent pour moi auprès d'Amon cinquante ans de vie en plus de mon destin". Et s'il arrive qu'un autre jour, un envoyé vienne du pays d'Égypte qui connaisse l'écriture et qu'il lise ton nom sur la stèle, tu recevras l'eau de l'ouest comme les dieux qui s'y trouvent."

Il me dit: "Tu m'as fait un grand discours d'avertissement." Je lui répondis: "Quant aux nombreuses [choses] que tu m'as dites: si j'atteins le lieu où se trouve le grand prêtre d'Amon et qu'il voit ton accomplissement, c'est ton accomplissement qui te rapportera des bénéfices."

Je me rendis sur le rivage, là où s'amassaient les rondins. Et je vis onze navires qui venaient de la mer et appartenaient aux Tjeker [qui dirent]: "Arrêtez-le! Ne laissez aucun de ses navires partir pour l'Égypte!" Alors je m'assis et je pleurai. Et le secrétaire du prince vint vers moi et me dit: "Qu'y a-t-il?" Je lui répondis: "Ne vois-tu pas les oiseaux migrateurs descendre en Égypte une seconde fois? Regarde-les voyager vers l'eau fraîche! Jusqu'à quand serai-je laissé ici? Car ne vois-tu pas ceux qui sont venus m'arrêter?"

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Il alla le rapporter au prince. Et le prince se mit à pleurer à cause des paroles qui lui avaient été dites, car elles étaient douloureuses. Il envoya son secrétaire vers moi, m'apportant deux cruches de vin et un mouton. Et il m'envoya Tentne, une chanteuse égyptienne qui était avec lui, en disant: "Chante pour lui! Ne laisse pas son cœur s'inquiéter." Et il m'envoya dire: "Mange, bois, ne laisse pas ton cœur s'inquiéter. Tu entendras ce que j'aurai à dire demain."

Quand le matin arriva, il convoqua son assemblée. Il se tint au milieu d'eux et dit aux Tjeker: "Pourquoi êtes-vous venus?" Ils lui répondirent: "Nous sommes venus à la recherche des navires maudits que tu envoies en Égypte avec notre ennemi." Il leur dit: "Je ne peux pas arrêter l'envoyé d'Amon dans mon pays. Laissez-moi le renvoyer, et vous irez le chercher pour l'arrêter."

Il me fit embarquer et partir du port maritime. Et le vent me poussa vers le pays d'Alasiya. Alors les habitants de la ville sortirent pour me tuer. Mais je me frayai un chemin à travers eux jusqu'à l'endroit où se trouvait Hatiba, la princesse de la ville. Je la rencontrai alors qu'elle sortait d'une de ses maisons pour entrer dans une autre. Je la saluai et dis aux gens qui l'entouraient: "N'y a-t-il personne parmi vous qui comprenne l'égyptien?" Et l'un d'eux répondit: "Je le comprends." Je lui dis: "Dis à ma dame que j'ai entendu dire, aussi loin qu'à Thèbes, le lieu où se trouve Amon: "Si le mal est fait dans chaque ville, dans le pays d'Alasiya, le bien est fait." Est-ce que le mal est fait ici aussi tous les jours?"

Elle dit: "Qu'as-tu dit?" Je lui dis: "Si la mer se déchaîne et que le vent me pousse vers la terre où tu te trouves, me laisseras-tu être reçu afin de me tuer, bien que je sois l'envoyé d'Amon? Écoute, en ce qui me concerne, ils me rechercheraient jusqu'à la fin des temps. Quant à l'équipage du prince de Byblos, qu'ils cherchent à tuer, leur seigneur ne trouvera-t-il pas dix de vos équipages pour les tuer également?" Elle fit convoquer le peuple et ils furent réprimandés. Elle me dit: "Passez la nuit... »

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Traducteur

Nicolas Santucci
Nicolas Santucci, un passionné d'Histoire et traducteur français pour World History Encyclopedia

Auteur

Joshua J. Mark
Joshua J. Mark est cofondateur et Directeur de Contenu de la World History Encyclopedia. Il était auparavant professeur au Marist College (NY) où il a enseigné l'histoire, la philosophie, la littérature et l'écriture. Il a beaucoup voyagé et a vécu en Grèce et en Allemagne.

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Mark, J. J. (2026, janvier 14). Rapport d'Ounamon: Texte et Commentaire. (N. Santucci, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1087/rapport-dounamon-texte-et-commentaire/

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Mark, Joshua J.. "Rapport d'Ounamon: Texte et Commentaire." Traduit par Nicolas Santucci. World History Encyclopedia, janvier 14, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1087/rapport-dounamon-texte-et-commentaire/.

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Mark, Joshua J.. "Rapport d'Ounamon: Texte et Commentaire." Traduit par Nicolas Santucci. World History Encyclopedia, 14 janv. 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1087/rapport-dounamon-texte-et-commentaire/.

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