Ҫatalhöyük

Définition

Nathalie Choubineh
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 17 décembre 2021
Disponible dans ces autres langues: anglais, persan, espagnol, Turc
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Çatalhöyük (by Omar Hoftun, CC BY-SA)
Çatalhoyük
Omar Hoftun (CC BY-SA)

Ҫatalhöyük est l'un des plus grands sites néolithiques jamais découverts. Construit il y a plus de 9 000 ans dans la plaine moderne de Konya, dans le centre de la Turquie, il est connu en archéologie comme une proto-ville, un lien entre les habitations troglodytes des chasseurs-cueilleurs préhistoriques et les premières constructions urbaines. C'est là que, pour la première fois dans l'histoire, des communautés ont commencé à cultiver des plantes et à élever des animaux de manière planifiée et systématique.

Les habitants de Çatalhöyük formaient une société égalitaire. Les analyses osseuses des squelettes enterrés à Çatalhöyük indiquent que les hommes et les femmes avaient le même régime alimentaire et la même charge de travail. Parmi les découvertes les plus importantes faites à Çatalhöyük figurent d'importants assemblages d'objets en os, des outils de coupe rares, des pointes de flèches et des cadeaux votifs en obsidienne, dont le plus ancien "miroir de verre" jamais trouvé, ainsi que les plus anciennes pièces de textile au monde. Situé au nord du Croissant fertile et de la Mésopotamie, Çatalhöyük prolonge le berceau agricole, économique, architectural et industriel du Proche-Orient, tant sur le plan géographique qu'historique.

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Le premier monticule de Ҫatalhöyük apparut entre 7400 et 7100 avant notre ère, en relation avec plusieurs développements importants de la vie humaine: l'agriculture, la domestication des animaux, la différenciation sociale, l'artisanat (poterie et métallurgie) et la religion pratiquée à un niveau privé. Le site de Ҫatalhöyük se compose de deux monticules situés à l'est et à l'ouest d'une ancienne rivière, un paysage qui reflète la signification de son nom, "fourche-tumulus". La rivière, peut-être une branche lointaine de la rivière Çarşamba plus au nord, est aujourd'hui couverte de champs, mais elle était à l'époque la principale source d'eau pour la plaine arable qui s'étendait à travers et tout autour de Ҫatalhöyük. Il est très probable que l'assèchement de cette rivière ait joué un rôle clé dans l'abandon du site vers 5600 avant notre ère.

Découverte et importance archéologique

Ҫatalhöyük a introduit des changements décisifs à la fois dans notre image du passé et dans les méthodes dont nous disposons pour reconstruire cette image.

Dans le domaine de l'archéologie, le nom de Ҫatalhöyük est principalement lié à James Mellaart, un archéologue anglais qui découvrit puis commença à fouiller le site entre 1961 et 1964. Ses découvertes, qui ont radicalement changé la vision moderne de la vie avant l'aube de la civilisation, comprenaient les toutes premières maisons en briques crues, construites quelques centaines d'années plus tard que les plus anciennes briques crues retrouvées jusqu'à présent avant 7500 avant notre ère en Syrie et en Anatolie. Beaucoup de ces maisons étaient décorées de peintures murales aux couleurs vives et éclatantes représentant des animaux sauvages, des oiseaux et des figures humaines, dont certaines sans tête. Des figurines de femmes nues ont également été trouvées à Ҫatalhöyük et interprétées comme les représentations les plus anciennes de la déesse mère vénérée dans toute l'Anatolie et au-delà au cours des périodes ultérieures.

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Les travaux de Mellaart sur le site de Ҫatalhöyük prirent fin de manière soudaine et, après une étrange interruption de 30 ans, Ian Hodder, un étudiant de Mellaart à l'université de Londres, fut incité par ce dernier à reprendre les fouilles. Hodder reprit les fouilles archéologiques de Ҫatalhöyük en 1993 et utilisa ses découvertes, notamment des objets funéraires et des outils, pour élaborer sa méthodologie post-processuelle révolutionnaire, qui nous aide à comprendre et à reconstruire les modes de vie des gens en examinant les découvertes matérielles en fonction de l'époque, du lieu et du contexte culturel dans lesquels elles ont été trouvées. Ҫatalhöyük a donc introduit des changements fondamentaux à la fois dans notre image du passé et dans les méthodes dont nous disposons pour reconstruire cette image de manière significative.

Révolution néolithique

Les établissements néolithiques marquent la transition entre la vie nomade et la vie agricole sédentaire. L'agriculture dans le Croissant fertile et en Mésopotamie avait déjà commencé à se développer vers 9000 avant notre ère, lorsque des groupes tribaux de chasseurs-cueilleurs découvrirent les premières méthodes de culture du blé, de l'orge et, plus tard, de certaines légumineuses, dont les pois et les lentilles. Ce contrôle de la production alimentaire impliquait une organisation, une systématisation et des améliorations technologiques. On suppose que l'immobilité nécessaire à l'accomplissement des tâches agricoles, puis à la conservation, à la distribution et à la consommation des produits, finit par mettre fin à 40 000 ans de vie nomade. Certains chercheurs tendent cependant à renverser cet argument, affirmant que la construction d'abris plus solides et plus permanents était un effet du réchauffement climatique persistant après le Dryas récent, un bref retour à l'âge glaciaire vers 11 000 avant notre ère, et que la formation d'endroits chauds et humides où s'installer ouvrit la voie à la domestication de plantes et d'animaux. Quoi qu'il en soit, ce nouveau mode de vie au début du Néolithique inaugura un changement social, économique et culturel, la révolution agricole.

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Map of the Fertile Crescent
Carte du Croissant fertile
Simeon Netchev (CC BY-NC-SA)

Les découvertes archéologiques établissent une forte correspondance entre les premières sociétés agraires et certains développements culturels importants. Les mégalithes monumentaux de Göbekli Tepe, le plus ancien site néolithique découvert à ce jour, avec leur cadre circulaire et le symbolisme à sens multiples de leurs décorations sculptées, suggèrent d'anciens rassemblements rituels. D'un point de vue plus économique, certaines parties du site étaient manifestement utilisées pour le stockage collectif. Cependant, les traces de la vie quotidienne n'ont pas encore été repérées sur le site. Elles apparaissent beaucoup plus tard dans les habitations et les architectures urbaines des sites néolithiques pré-poterie tels que Tell al-Sultan à Jéricho (c. 8500-7500 av. J.-C.), Aşikli Höyük (c. 8200-7400 av.J.-C.), et Çatalhöyük (c. 7500-5600 av. J.-C.).

Çatalhöyük est particulièrement important parce qu'il fournit un large éventail d'informations sur ses habitants et leur mode de vie. Le nombre considérable de sépultures trouvées à Çatalhöyük - à la fois sous les sols des maisons et dans le tumulus de l'Est qui, dans les périodes ultérieures, fut déserté pour être utilisé exclusivement comme nécropole - suggère que Çatalhöyük avait une population comprise entre 3500 et 8000 personnes, un nombre extraordinaire pour des groupes de colons du Néolithique. L'abandon de la vie villageoise à Çatalhöyük se traduit par le passage de rituels et de sépultures communautaires à des rituels et des sépultures individuels, ainsi que par la présence d'entrepôts privés dans les habitations individuelles. Ces habitations étaient initialement conçues de manière à former un immense ensemble de cavités, un peu comme une fourmilière: des grottes étaient creusées dans un grand monticule pour diviser l'espace intérieur en pièces individuelles. À partir de 6000 ans avant notre ère, des générations de résidents permanents de chaque pièce commencèrent à remodeler leur maison en appartements à alvéoles.

Des pièces-logements de forme carrée, faites de briques crues avec des murs enduits, des sols en terre battue et des poutres en bois pour soutenir le toit, furent empilées les unes sur les autres, rangée après rangée, de sorte que les toits des maisons inférieures servaient également de cours et de voies d'accès pour les niveaux supérieurs. Les complexes de maisons de Çatalhöyük conservaient ainsi la forme générale d'un monticule, qui s'élevait finalement jusqu'à 21 mètres de haut. Il n'y avait pas de rues ou de passages, mais chaque toit avait une grande ouverture, généralement au-dessus du four de la pièce du côté sud, pour laisser sortir la fumée, absorber la lumière du soleil et l'air frais, et permettre aux gens d'entrer et de sortir. Les membres d'une famille se réunissaient dans leur chambre-appartement pour manger, dormir, pratiquer des rituels et accomplir d'autres activités quotidiennes.

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Société et économie

Çatalhöyük présente un modèle de société égalitaire à bien des égards. Toutes les maisons sont de taille similaire, aucune d'entre elles ne semble significativement plus grande ou ne contient des foyers et des lieux de stockage plus grands et de meilleure qualité, ou ne contient des outils et des objets funéraires plus nombreux ou de meilleure qualité que les autres. Il n'y a aucune trace de bâtiments publics ou de centres cérémoniels. La similitude des maisons, de leurs décorations et de leurs lieux de stockage est considérée par les spécialistes comme une preuve solide contre les hiérarchies socio-économiques: aucun roi, chef ou groupe d'élite n'a encore été identifié.

Reconstructed Interior of a House in Ҫatalhöyük
Intérieur reconstruit d'une maison à Atalhöyük
Elelicht (CC BY-SA)

Outre l'égalité sociale, nous pouvons également observer des indications sur l'égalité des sexes à Çatalhöyük. En l'absence de documents écrits, nous ne pouvons que supposer, sur la base de notre propre perception d'une famille, que certains groupes familiaux vivaient ensemble, mais il est difficile de savoir quels étaient les modèles matrimoniaux les plus courants parmi eux: monogame ou polygame; centré sur l'homme ou sur la femme. La plupart des figures humaines des peintures murales n'ont pas de sexe. Les squelettes humains retrouvés dans les tombes sous les sols des maisons ou dans la nécropole de Ҫatalhöyük représentent à la fois des hommes et des femmes, sans différence frappante dans la qualité et la quantité des sépultures.

Les travaux des champs, le soin des animaux, les tâches ménagères et peut-être même la cuisine faisaient partie des tâches quotidiennes de chacun.

Il existe une légère différence en termes d'espérance de vie entre les hommes et les femmes, qui pourrait être liée à l'accouchement. Sinon, les deux sexes bénéficiaient d'un régime alimentaire identique et devaient faire face à des charges de travail similaires. Les travaux des champs, les soins aux animaux, les tâches ménagères et peut-être même la cuisine faisaient partie des tâches quotidiennes de chacun. Les tests ADN effectués sur les restes des enfants révèlent, de manière surprenante, que la progéniture d'une famille pouvait être placée dans une autre maison, ce qui rappelle à certains chercheurs l'existence d'un programme "étatique" visant à élever les enfants de la communauté sur une base commune.

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Lors de la première série de fouilles dans les années 1960, James Mellaart trouva quelques maisons décorées de peintures murales élaborées et de bucrania, d'énormes cornes de taureau installées au sommet de courts revêtements de sol linéaires pour séparer une partie de la pièce. Mellaart appela ces maisons "sanctuaires", estimant qu'elles devaient être réservées à un rang de l'élite religieuse dans la structure sociale de Çatalhöyük. Des inspections plus minutieuses, ainsi que l'utilisation de nouvelles technologies disponibles dans les années 1990, ont cependant révélé que d'autres maisons de Çatalhöyük possédaient également des décorations murales cachées sous des couches d'enduits utilisées à différentes époques pour couvrir la saleté et la suie. La plupart des couches rénovées comportaient des peintures fraîches, tandis que les autres étaient laissées vierges. Bien que la découverte de peintures murales dans presque toutes les maisons de Çatalhöyük ait réaffirmé l'existence d'une société égalitaire, du moins en termes de richesse et de statut, les fouilles complémentaires de Ian Hodder dans les maisons aux décorations plus élaborées ont abouti à la découverte de masses extraordinaires de squelettes et ont mis en évidence un certain degré de centralité religieuse pour ces maisons.

Bucrania, Ҫatalhöyük
Bucrane, Ҫatalhöyük
Verity Cridland (CC BY)

Art et religion

Les figures humaines sans tête qui apparaissent sur les peintures murales de Ҫatalhöyük ont longtemps été un sujet d'interrogation pour les chercheurs. Ces personnages anthropomorphes et sans sexe, qui apparaissent également sur les reliefs sculptés des mégalithes de Göbekli Tepe, seraient liés à des rituels et à la religion. Comme ils sont souvent accompagnés de vautours dans les peintures murales de Çatalhöyük, les premières interprétations ont suggéré un lien avec les rites funéraires: le cadavre était laissé dans un endroit exposé pour être dépouillé de sa chair par les vautours, puis les os propres étaient ramassés et enterrés. Un tel rituel n'est cependant attesté de manière fiable dans aucune des cultures locales.

Plus récemment, Ian Hodder a trouvé des squelettes sans tête, dont les têtes avaient été enlevées pour être installées près des entrées. Ces têtes, toujours d'hommes et de femmes, appartenaient souvent à des membres âgés de la société, ce qui suggère une vénération particulière pour eux en tant que saints, sages anciens et ancêtres, protecteurs de la maison et de la communauté. Comme ces têtes étaient parfois replacées dans les corps d'origine, il est également apparu que ce groupe de personnes pouvait avoir des sépultures spéciales, voire répétées.

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Seated Woman of Çatalhöyük
Femme assise de Çatalhöyük
Carole Raddato (CC BY-NC-SA)

Cette interprétation éclaire d'un jour nouveau notre compréhension de la Femme assise de Çatalhöyük, l'une des figurines féminines nues retrouvées dans les tombes et les niches du site. Caractérisées par leur ventre et leurs fesses surdimensionnés, ainsi que par leurs seins volumineux et allongés, ces figurines ont été qualifiées de déesses, de charmes de fertilité ou de matérialisations de la féminité idéale. Le soutien matériel pour ces hypothèses est cependant sporadique et souvent sans rapport direct avec Çatalhöyük. La sainteté et la révérence liées à l'âge pourraient cependant être cohérentes avec les caractéristiques physiques des "déesses" de Çatalhöyük dont les membres gras et lâches peuvent symboliser des femmes âgées et inactives.

De plus, le grand nombre de figurines masculines et animales trouvées à Çatalhöyük élargit la possibilité de l'existence de différents rites et rituels tournant autour de l'adoration des hommes ou de leurs homologues zoomorphes.

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Bibliographie

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Nathalie Choubineh
L'autrice, traductrice et chercheuse, aime se plonger dans les danses anciennes, les croyances et les rituels, les mythes et les histoires, les œuvres d'art et les autres formes d'expression culturelle et leurs imbrications. Elle aime apprendre et partager.

Citer cette ressource

Style APA

Choubineh, N. (2021, décembre 17). Ҫatalhöyük [Ҫatalhöyük]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-20329/atalhoyuk/

Style Chicago

Choubineh, Nathalie. "Ҫatalhöyük." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le décembre 17, 2021. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-20329/atalhoyuk/.

Style MLA

Choubineh, Nathalie. "Ҫatalhöyük." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 17 déc. 2021. Web. 18 juin 2024.

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