Martin Luther

Définition

Joshua J. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 30 novembre 2021
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Disponible dans ces autres langues: anglais, espagnol, ukrainien
Martin Luther (by Sergio Andres Segovia, Public Domain)
Martin Luther
Sergio Andres Segovia (Public Domain)

Martin Luther (1483-1546) était un prêtre, moine et théologien allemand qui devint la figure centrale du mouvement religieux et culturel connu sous le nom de Réforme protestante. Même si des réformateurs antérieurs avaient exprimé les vues de Luther, sa personnalité charismatique et son utilisation efficace de la presse à imprimer favorisèrent l'acceptation générale de sa vision du christianisme.

Il naquit de parents de classe inférieure qui espéraient qu'il deviendrait avocat, mais son insistance à définir des vérités inattaquables, associée à un appel à l'aide divine qu'il lança pendant une tempête, le conduisirent à devenir moine augustin. Il fut un prêtre dévot, bien que troublé, de l'Église catholique romaine de Wittenberg, en Allemagne, jusqu'à ce que son indignation face à la politique de l'Église, en particulier la vente d'indulgences, ne l'incite à remettre en question l'autorité de l'Église.

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Luther n'eut jamais, au départ, l'intention de contester la hiérarchie de l'Église ni même le pape. Les 95 thèses de Martin Luther en 1517 étaient une invitation à discuter des politiques et des pratiques de l'Église qu'il trouvait gênantes et non bibliques. Le document original, rédigé en latin, était destiné à un public ecclésiastique, mais il fut traduit en allemand par ses amis et ses partisans, qui, grâce à l'avènement de la presse à imprimer vers 1440, diffusèrent ces thèses dans toute l'Allemagne et dans d'autres pays, déclenchant ainsi la Réforme protestante.

Enfance et vœu

Luther naquit en 1483 à Eisleben, dans l'Allemagne actuelle, une région qui faisait alors partie du Saint Empire romain germanique. Ses parents appartenaient à la haute paysannerie, car son père n'était pas lié à la terre en tant que fermier, mais possédait plusieurs mines de cuivre. L'expert Roland H. Bainton commente:

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Son père, Hans Luther, et sa mère, Margaretta, étaient des [paysans] allemands robustes, trapus et basanés. Ils ne s'occupaient pas vraiment du travail de la terre car, en tant que fils sans héritage, Hans était passé de la ferme aux mines. Dans les entrailles de la terre, il avait prospéré avec l'aide de sainte Anne, la patronne des mineurs, jusqu'à devenir propriétaire d'une demi-douzaine de fonderies; pourtant, il n'était pas excessivement riche, et sa femme devait encore aller dans la forêt et ramener le bois à la maison. L'atmosphère de la famille était celle de la paysannerie: rude, brutale, parfois grossière, crédule et dévote. Le vieux Hans priait au chevet de son fils et Margaretta était une femme de prière. (10-11)

LUTHER eut du mal AVEC SES ÉTUDES ET ABANDONNA LE PROGRAMME DE DROIT, jugeant QU'IL N'AVAIT FINALEMENT AUCUN SENS.

Luther était l'aîné d'un certain nombre d'enfants et son père veillait à ce qu'il soit bien éduqué afin qu'il puisse devenir avocat et s'élever dans la hiérarchie sociale jusqu'à une position plus confortable. Luther fit d'abord ses études à Magdebourg et à Eisenach avant d'entrer à l'université d'Erfurt en 1501, à l'âge de 17 ans. D'après ses écrits ultérieurs, Luther eut du mal avec ses études et abandonna le programme de droit, estimant qu'il n'avait finalement aucun sens.

Sa recherche d'un sens à la vie, de quelque chose de concret et d'immuable, le conduisit à la philosophie, mais il la trouva tout aussi insatisfaisante, car elle repose sur la raison humaine et l'interprétation de circonstances changeantes, auxquelles on ne peut se fier, estime-t-il, car le raisonnement intellectuel est imparfait, les êtres humains étant nécessairement à la merci d'interprétations subjectives de leurs expériences. Il croyait que Dieu était la vérité ultime, mais n'avait aucune idée de la manière dont on était censé poursuivre une communion significative ou durable. Il avait été élevé dans la crainte de Dieu comme d'un juge strict et impitoyable et ne pouvait concevoir une autre image du divin.

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En juillet 1505, alors que Luther se rendait à l'université, un orage éclata et la foudre frappa un arbre tout proche de lui. Effrayé, il s'écria : " Sainte Anne, aide-moi ! Je vais devenir moine !" (Bainton, 5). Il considéra cela comme un vœu solennel et, enfin arrivé à l'université, il vendit ses livres et abandonna ses études, il entra au monastère de Saint-Augustin le même mois, le 17 juillet 1505, au grand dam de son père.

Joseph Fiennes as Luther
Joseph Fiennes en tant que Luther
Eikon Film and NFP Teleart (Copyright)

Crise spirituelle et révélation

Si Luther prit son vœu à sainte Anne si au sérieux, c'est parce qu'il était terrifié par la mort et qu'il attribuait à la sainte le mérite de lui avoir sauvé la vie le jour de la tempête. Sa peur de la mort provenait directement de sa conception de Dieu comme un être divin, tout-puissant et omniscient, qui voyait dans le cœur des gens et les punissait pour leurs fautes. Se reconnaissant comme un être humain profondément imparfait, Luther ne voyait pas comment obtenir le pardon de Dieu ou la vie après la mort au paradis et ne pouvait qu'imaginer les tourments de l'enfer pour l'éternité.

Il s'astreignit à une discipline stricte de prière, de jeûne, de confession quasi constante de ses péchés et d'étude des Écritures, mais il ne pouvait toujours pas concevoir l'existence d'un Dieu d'amour offrant le pardon. Luther écrivit plus tard ce qu'il pensait de Dieu à cette époque:

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N'est-il pas contraire à toute raison naturelle que Dieu, par simple caprice, abandonne les hommes, les endurcisse, les damne, comme s'il prenait plaisir aux péchés et à infliger aux malheureux de tels tourments pour l'éternité, lui qui est dit être d'une telle miséricorde et d'une telle bonté ? Cela semble inique, cruel et intolérable en Dieu, et un grand nombre de personnes ont été offensées dans tous les âges. Et qui ne le serait pas ? J'ai moi-même été plus d'une fois conduit à l'abîme du désespoir, au point de souhaiter n'avoir jamais été créé. Aimer Dieu ? Je l'ai haï ! (Bainton, 44)

Il se plaignit de ses difficultés à son mentor, Johann von Staupitz, s'attendant peut-être à être renvoyé de l'ordre, mais, au lieu de cela, Staupitz lui dit de poursuivre son doctorat et de lui succéder à la chaire d'études religieuses à l'Université de Wittenberg. Luther n'accepta pas ce conseil de gaieté de cœur, arguant qu'un tel cursus le mènerait à sa mort, mais Staupitz lui assura que, dans ce cas, il trouverait au ciel de quoi occuper son temps.

Reformation in Germany
Réforme en Allemagne
Eikon Film and NFP Teleart (Copyright)

Luther obtint son doctorat en 1512, reprit le poste de Staupitz, devint membre de la faculté de l'université et, vers 1513, eut une révélation concernant la nature de Dieu en lisant l'épître aux Romains de saint Paul. Le passage de Romains 1:17 qui dit, en partie, "le juste vivra par la foi", lui parla profondément. Il écrivit plus tard sur ce moment:

Nuit et jour, je réfléchis jusqu'à ce que je voie le lien entre la justice de Dieu et la déclaration selon laquelle "le juste vivra par sa foi." Je compris alors que la justice de Dieu est cette justice par laquelle, par grâce et pure miséricorde, Dieu nous justifie par la foi. Je me sentis alors renaître et entrer au paradis par les portes ouvertes. Toute l'Écriture prenait un sens nouveau et, alors qu'auparavant la "justice de Dieu" m'avait rempli de haine, maintenant elle me devenait d'une douceur inexprimable dans un amour plus grand. Ce passage de Paul devint pour moi une porte du paradis. (Bainton, 51)

Cette expérience fit également comprendre à Luther la primauté de l'Écriture sur les enseignements de l'Église, car l'Église n'avait pas été en mesure de lui offrir quoi que ce soit de significatif pour faire face à ses luttes spirituelles, alors que le passage biblique lui avait ouvert la voie à une communion complète avec le divin.

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Les 95 Thèses

Une fois qu'il comprit la nature de Dieu telle qu'elle est révélée dans les Écritures, il commença à remettre sérieusement en question la vision de ce Dieu encouragée par l'Église médiévale. Si l'on est sauvé par la foi seule, raisonne Luther, quel est le but de toutes les politiques, règles et dîmes que l'Église impose aux croyants ? Où, dans la Bible, pouvait-on trouver un quelconque soutien à l'enseignement de l'Église sur le purgatoire, cette zone intermédiaire entre l'enfer et le paradis où les pécheurs étaient tourmentés dans les flammes jusqu'à ce que leurs péchés ne soient purgés et qu'ils puissent entrer au paradis ? Où, en outre, se trouvait la justification biblique du pape?

LES 95 THÈSES N'ÉTAIENT PAS DESTINÉES À DÉFIER DIRECTEMENT L'ÉGLISE et N'AVAIENT RIEN DE NOUVEAU NON PLUS.

Les questions de Luther devinrent plus pressantes en 1516, lorsque l'archevêque de Mayence, Albrecht von Brandenburg, demanda au pape Léon X d'autoriser, dans sa région, la vente d'indulgences, des brefs qui réduisaient prétendument le temps passé au purgatoire. Albrecht, alors très endetté, acceptait de partager l'argent des indulgences avec Léon X, qui avait besoin de fonds pour la reconstruction de la basilique Saint-Pierre de Rome. Léon X envoya le dominicain Johann Tetzel dans la région en 1516, et Luther, qui ne savait rien de l'accord conclu entre l'archevêque et le pape, s'y opposa en rédigeant sa Dispute sur la puissance des indulgences, connue plus tard sous le nom de 95 thèses.

Selon la tradition, Luther aurait cloué son document sur la porte de l'église de Wittenberg le 31 octobre 1517, veille de la Toussaint, mais les chercheurs modernes contestent cette affirmation. L'histoire de Luther et de la porte de l'église fut diffusée plus tard par l'ami et collègue de Luther, Philippe Mélanchthon (1497-1560), qui n'était même pas à Wittenberg à l'époque. Pourtant, les spécialistes s'accordent à dire que clouer ses thèses à la porte de l'église est le genre de geste dramatique pour lequel Luther serait plus tard connu. Les thèses de Luther furent traduites en allemand par ses disciples, imprimées et diffusées, ce qui déclencha une vaste contestation de l'autorité ecclésiastique en Allemagne et, après traduction et diffusion, en Angleterre, en France et dans d'autres régions.

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Les 95 thèses n'étaient cependant pas destinées à défier directement l'Église et n'avaient rien de nouveau. Un mois auparavant, en septembre, Luther avait affiché 97 thèses sur ses objections à la théologie scolastique. Ses 95 thèses, rédigées en latin, ne proposaient que 95 "points de discussion", mais elles devinrent le catalyseur de la réforme une fois traduites et distribuées, car, pour le peuple, elles remettaient en cause l'autorité de l'Église.

Luther's Ninety-Five Theses Nailed to the Wittenberg Church's Door
Les 95 Thèses de Luther clouées sur la porte de l'église de Wittenberg
Eikon Film and NFP Teleart (Copyright)

Qu'elles aient été affichées sur la porte de l'église de Wittenberg ou non, les 95 thèses furent envoyées par Luther à Albrecht von Brandenburg qui les fit vérifier pour hérésie et les envoya à Rome. Le pape Léon X envoya alors un certain nombre de délégations pour persuader Luther qu'il était dans l'erreur, notamment en ce qui concernait son affirmation selon laquelle le pape devrait financer lui-même la construction de la basilique Saint-Pierre au lieu d'exiger de l'argent des pauvres.

Parmi les délégués se trouvait le théologien Johann Eck (1486-1543), un ancien ami de Luther, qui soutenait que, s'il n'y avait pas d'autorité centrale pour interpréter les Écritures, quiconque les lisait pouvait les interpréter lui-même, ce qui conduirait au chaos car tout le monde ne pouvait pas comprendre correctement les écrits sacrés. Selon Eck, l'Église s'appuyait sur une tradition savante (celle-là même dont Luther s'était plaint en septembre 1517) pour interpréter la Bible, ce qui signifie que cette compréhension était correcte et que les affirmations de Luther concernant la justification par la foi étaient fausses. Luther refusa de céder et, en 1520, une bulle papale fut publiée, le menaçant d'excommunication; Luther la brûla publiquement à Wittenberg en décembre.

Worms et Warburg

Excommunié en janvier 1521, son cas fut transmis aux autorités séculières qui convoquèrent Luther à la Diète de Worms, une audience tenue dans la ville de Worms. Charles Quint, empereur du Saint Empire romain germanique, présid l'audience, et Johann Eck représenta l'Église en pressant à nouveau Luther d'abjurer. Frédéric III (le Sage, 1463-1525), un électeur (l'un des nobles qui élisent l'empereur) de Saxe, favorable aux vues de Luther, promit à ce dernier un passage sûr pour se rendre à l'audience et en revenir.

Le 18 avril 1521, Luther refusa d'abjurer et prononça son célèbre discours, qui comprenait les lignes suivantes:

à moins qu’on me convainque autrement par des attestations de l’Écriture ou par d’évidentes raisons - car je n’ajoute foi ni au pape ni aux conciles seuls, puisqu’ils se sont souvent trompés et qu’ils se sont contredits eux-mêmes -, car je suis lié par les textes scripturaires que j’ai cités et ma conscience est captive des paroles de Dieu ; je ne puis ni ne veux me rétracter en rien, car il n’est ni sage ni honnête d’agir contre sa propre conscience. Je ne puis autrement. Me voici, que Dieu m'aide. Amen. (Roper, 172)

Lorsqu'il finit de parler, on dit qu'il leva le bras dans le salut traditionnel d'un chevalier après avoir gagné un combat. Comme pour les 95 thèses, les chercheurs modernes contestent l'inclusion de la célèbre phrase "Me voici", car elle n'apparaît que dans des transcriptions ultérieures de l'audience, mais cette phrase est généralement acceptée comme authentique.

Luther at the Diet of Worms
Luther à la Diète de Worms
Anton Werner (Public Domain)

Luther fut condamné en tant que hors-la-loi le 25 mai 1521, ce qui signifie que toute personne lui offrant de l'aide serait inculpée, et qu'il pourrait être tué sans conséquences pour le perpétrateur. Sur le chemin du retour de Worms à Wittenberg, il fut enlevé par des soldats de Frédéric III, déguisés en bandits de grand chemin pour détourner les soupçons, et emmené au château de Frédéric à Warburg où il fut protégé. Pendant son séjour à Warburg, Luther écrivit presque constamment et traduisit le Nouveau Testament du latin à l'allemand, qui devint rapidement un best-seller grâce à la rapidité et à l'efficacité de l'imprimerie.

La révolte des paysans

L'imprimerie était en fait l'"arme secrète" de Luther, qui permettait non seulement la diffusion rapide de ses idées, mais aussi la réalisation d'illustrations le présentant comme une figure héroïque et un " homme du peuple " défiant les autorités qui maintenaient des politiques d'inégalité et maintenaient le peuple dans la pauvreté. Les premiers "protoréformateurs", tels que John Wycliffe d'Angleterre (1330-1384) et Jan Hus de Bohème (c. 1369-1415), n'avaient pas accès à ce type de technologie, car la presse à imprimer n'avait pas encore été inventée. Ils devaient s'en remettre à la gravure sur bois, qui prenait plus de temps et produisait des textes de moins bonne qualité. La presse de l'époque de Luther pouvait produire rapidement des pamphlets, des affiches, des livres et tout autre document, qui étaient ensuite mis à la disposition du public.

Bien que la majorité de la population ne sache pas lire, elle pouvait cependant se faire lire ces documents, et Luther devint un héros pour les gens qui, encouragés par les dirigeants locaux, commencèrent à se révolter à Wittenberg, déclenchant ainsi la guerre des paysans allemands (1524-1525). Les paysans s'attendaient à ce que Luther soutienne leur cause, mais au lieu de cela, il dénonça la violence, citant les Écritures sur l'importance d'obéir à l'autorité temporelle, et, dans six sermons prononcés à Wittenberg, il mit fin à la révolte.

Il changerait d'avis par la suite et encouragea la résistance à l'autorité injuste, mais à l'époque, il croyait obéir à sa conscience en condamnant la violence et en maintenant le statu quo. Des critiques firent toutefois remarquer qu'il était peut-être motivé par sa relation avec Frédéric III dont les terres et la richesse, et donc la protection de Luther, étaient menacées par la révolte.

Mariage et luthéranisme

Luther se maria en juin 1525 avec Catherine de Bora (1499-1552), une ancienne nonne qui, en 1523, avait écrit à Luther pour lui demander de l'aider à la libérer de son couvent avec certaines de ses compagnes. Luther s'arrangea pour les faire sortir clandestinement dans un chariot rempli de tonneaux à harengs et trouva des foyers convenables pour toutes les femmes, sauf Catherine qui voulait l'épouser. Il avait déjà conclu que le célibat du clergé n'avait aucun fondement biblique et, bien qu'il ait eu quelques doutes au départ, il décida de se marier.

Martin Luther Monument
Monument à Martin Luther
Nick Morieson (CC BY)

Luther et Catherine étaient très proches, et leur mariage servit d'inspiration aux autres membres du clergé.. Catherine s'occupa de la gestion de leurs terres, lui donna six enfants et aida Luther à formuler ce qui allait devenir le luthéranisme. Entre 1526 et sa mort, Luther, Catherine, Philippe Mélanchthon et d'autres se s'occupèrent de l'organisation et de l'administration de la nouvelle Église, se concentrant sur l'éducation du peuple afin qu'il puisse interpréter les Écritures selon sa propre compréhension.

En 1529, Luther rédigea son Grand catéchisme pour former les prêtres et son Petit catéchisme pour les laïcs et publia la Bible complète en allemand en 1534. Il écrivit également un certain nombre d'hymnes, encore populaires de nos jours (notamment A Mighty Fortress is Our God), des ouvrages théologiques, et il participa au colloque de Marbourg, une tentative d'unification des différents mouvements protestants en Europe. Lors de ce colloque, Luther et le réformateur suisse Huldrych Zwingli (1484-1531) se séparèrent sur leur interprétation de l'Eucharistie, tandis que d'autres différences entre les partis protestants s'avérèrent tout aussi insurmontables, et les différentes sectes furent laissées à elles-mêmes pour développer leurs propres visions.

Conclusion

Luther mourut d'un accident vasculaire cérébral à l'âge de 62 ans, le 18 février 1546, dans sa ville natale d'Eisleben. Il fut enterré devant la chaire de l'église du château de Wittenberg, celle-là même sur les portes de laquelle il avait affiché ses 95 thèses des années auparavant. Au moment de sa mort, il était un héros international pour les sectes protestantes et un démon irrécupérable pour les catholiques, qui voyaient en lui un agent de Satan ayant brisé l'unité de l'Église.

Même parmi ses admirateurs, Luther dut faire face à des critiques, car il fut censuré pour sa gestion d'un scandale impliquant Philippe Ier de Hesse, à qui Luther avait conseillé de mentir sur sa bigamie, et pour son refus de faire des compromis avec d'autres chefs protestants à Marbourg. Luther était aussi virulemment antisémite, il publia un certain nombre d'ouvrages condamnant les Juifs en tant que "les autres" et perpétuant l'image des Juifs comme "tueurs de Christ" et comme un peuple déchu qui avait rejeté la grâce de Dieu.

Bien que les spécialistes modernes aient proposé diverses excuses pour cet aspect de son caractère, il est impossible d'expliquer facilement que Luther était simplement "un homme de son temps", car il était manifestement extraordinaire à bien des égards. Pourtant, sa rhétorique puissante et ses talents d'écrivain continuèrent à encourager l'antisémitisme et les crimes haineux après sa mort. Les œuvres de Luther, en fait, étaient grandement admirées par le parti nazi d'Allemagne dans les années 1930 et au début des années 1940 et furent utilisées pour justifier un génocide.

Son ami Melanchthon souligna sa nature entêtée, et son attitude à l'égard du judaïsme semble symptomatique de cette attitude, car une fois qu'il avait pris une décision, il était peu probable qu'il en change. Rien ne prouve qu'il ait jamais eu des contacts significatifs avec des Juifs, et il est très probable qu'il ait développé son antisémitisme comme beaucoup le font encore aujourd'hui, en ne remettant jamais en question ce qu'ils entendent dire sur des personnes qu'ils n'ont jamais rencontrées.

Cet aspect de sa personnalité est en contradiction avec un homme qui eut nullement peur de remettre en question les préceptes de l'Église qui prétendait détenir les clés du paradis et de l'enfer. L'Histoire, cependant, présente des récits au sujet de nombreuses grandes femmes et de nombreux grands hommes qui, en dépit de leurs réalisations, étaient plus ou moins imparfaits, et Martin Luther ne fait pas exception.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth a enseigné l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Joshua J. Mark
Auteur indépendant et ex-Professeur de Philosophie à temps partiel au Marist College de New York, Joshua J. Mark a vécu en Grèce et en Allemagne, et a voyagé à travers l'Égypte. Il a enseigné l'histoire, l'écriture, la littérature et la philosophie au niveau universitaire.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2021, novembre 30). Martin Luther [Martin Luther]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19256/martin-luther/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Martin Luther." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le novembre 30, 2021. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19256/martin-luther/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Martin Luther." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 30 nov. 2021. Web. 05 juil. 2022.

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