Thomas Becket

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 10 mars 2020
X
translations icon
Disponible dans ces autres langues: anglais, espagnol
Thomas Becket, Durham (by Lawrence OP, CC BY-NC-SA)
Thomas Becket, Durham
Lawrence OP (CC BY-NC-SA)

Thomas Becket (alias Thomas À Becket) fut chancelier d'Henri II d'Angleterre (r. de 1154 à 1189), puis archevêque de Canterbury (de 1162 à 1170). Thomas s'opposa à plusieurs reprises à son souverain sur les relations entre la Couronne et l'Église, notamment sur le droit des tribunaux ecclésiastiques de juger les clercs. Thomas fut assassiné par quatre chevaliers dans la cathédrale de Canterbury le 29 décembre 1170.

L'indignation suscitée par la mort de Becket parmi les membres du clergé et de la noblesse fit reculer Henri. Bien qu'il n'ait pas donné l'ordre direct d'assassiner Thomas, le roi dut faire pénitence pour son implication dans cette triste affaire. Thomas Becket fut canonisé par le pape en 1173 et est désormais considéré en tant que martyr pour avoir défendu les droits de l'Église romaine. En conséquence, il est parfois appelé Saint Thomas de Canterbury.

Supprimer la pub

Advertisement

Origines

Thomas Becket vit le jour vers 1118, fils d'un riche marchand de vin établi à Cheapside, à Londres qui prospéra grâce à son contrat d'approvisionnement de la cour royale. Le jeune Thomas fut envoyé étudier au monastère augustinien du prieuré Merton, puis pour divers séjours inachevés à Paris, Bologne et Auxerre. Le premier emploi notable de Thomas fut celui de clerc de l'archevêque de Canterbury en 1146. En 1152, il devint l'archidiacre de la cathédrale de Canterbury. Il dut certainement exceller dans le cadre de ces fonctions car Henri II fit de Thomas son chancelier à partir de janvier 1155. Thomas s'appropria le poste de chancelier et transforma un poste relativement mineur en ministre principal de tous les autres ministères du gouvernement. Le chancelier trouva même le temps de servir de tuteur à Henri le Jeune Roi (1170-1183), le fils d'Henri II. Le prince, et quelques autres membres de la famille royale, vécurent avec Thomas jusqu'à ce qu'ils n'obtiennent leur titre de chevalier. Henri II et Thomas devinrent de bons amis et allèrent souvent chasser et fauconner ensemble.

L'extravagance du chancelier fut particulièrement évidente lors de son voyage à Paris en 1158, où il voyagea avec 24 différentes tenues dans sa garde-robe.

Il est assez ironique de constater que, compte tenu de l'héritage de Thomas Becket en tant que défenseur de l'Église, le chancelier ait passé beaucoup de temps à essayer de soutirer le plus d'argent possible à l'Église pour financer les campagnes militaires d'Henri II. Le chancelier devint extrêmement impopulaire auprès des évêques et des abbés d'Angleterre et sa réputation ne s'améliora pas lorsqu'ils virent à quel point il s'enrichissait personnellement. L'extravagance du chancelier fut particulièrement évidente lors de son voyage à Paris en 1158, où il voyagea avec 250 domestiques et 24 différentes tenues dans sa garde-robe. De retour en Angleterre, grâce aux avantages de son travail et aux dons réguliers de terres par le roi, Thomas devint propriétaire de vastes domaines et d'une armée personnelle de 700 chevaliers médiévaux. Aimant la grande vie, Thomas est tristement célèbre pour avoir mangé un plat d'anguilles rares coûtant la somme astronomique de 100 shillings, assez pour acheter un petit troupeau de vaches.

Supprimer la pub

Advertisement

Coin of Henry II of England
Pièce d'Henri II d'Angleterre
British Museum (CC BY-NC-SA)

Le roi contre l'archevêque

Henri II cherchait à réaffirmer le pouvoir de la monarchie dans sa relation avec l'Église médiévale. L'Église d'Angleterre avait toujours été séparée de l'État, mais les rois avaient traditionnellement leur mot à dire sur le choix du titulaire du poste suprême d'archevêque de Canterbury. En conséquence, Henri II nomma son chancelier Thomas Becket en tant que nouvel archevêque de Canterbury en juin 1162. Cette décision était quelque peu inhabituelle, car Thomas n'était même pas dans les ordres majeurs et semblait mener une vie très éloignée de celle que l'on pourrait imaginer comme préparation idéale à un rôle dans le clergé. Il est probable qu'Henri ait pensé que Thomas, dont on savait déjà qu'il n'était pas un ami particulier de l'Église, l'aiderait dans sa tentative de limiter les avantages et les droits du clergé. Un point de discorde particulier entre la Couronne et l'Église était la revendication de cette dernière selon laquelle tous les litiges et crimes (même les plus graves tels que le vol, le viol et le meurtre) impliquant les terres de l'Église et les membres du clergé devaient être traités uniquement par les tribunaux ecclésiastiques, soit en Angleterre, soit, en cas d'appel supérieur, par le pape à Rome. Il y avait également une grande différence dans la punition à laquelle un ecclésiastique pouvait s'attendre - pénitence ou défroquage au pire - par rapport à un laïc sous le système judiciaire du roi - amendes, mutilation ou exécution. Il s'avéra que Thomas Becket, bien que réticent au départ, accepta son nouveau rôle avec un enthousiasme caractéristique et changea complètement sa façon de vivre et ses perspectives. Henri II avait commis l'une des plus graves erreurs de son règne.

L'archevêque insista sur la loyauté absolue de ses évêques et résista aux tentatives du roi de limiter les pouvoirs de l'Église.

Il y eut d'abord une période de transition pendant laquelle le nouvel archevêque dérangea quelques moines et évêques en continuant à porter des vêtements séculiers et se fit plusieurs ennemis par sa passion pour la discussion. Ensuite, Thomas démissionna de son poste de chancelier, déclarant qu'il ne pouvait pas exercer correctement les deux fonctions à la fois. Puis, semblant s'être pleinement installé dans son rôle vers 1163, Thomas se débarrassa de tous les beaux meubles, de l'orfèvrerie et des vêtements de luxe et s'installa dans une vie d'études, de prières et d'aumônes. Ce changement de caractère ne fut jamais expliqué par les contemporains et laisse les historiens perplexes depuis lors. L'explication la plus raisonnable semble être une combinaison de la volonté de Thomas de faire son travail aussi bien qu'il l'avait fait pour l'État en tant qu'excellent chancelier, et peut-être aussi une véritable conversion religieuse. Quelles que soient les raisons, Thomas devint le grand défenseur des droits et des libertés de l'Église. L'archevêque insista sur la loyauté absolue de ses évêques et résista aux tentatives du roi de limiter les pouvoirs de l'Église, de prélever des impôts sur ses terres et d'intervenir dans les nominations et les punitions. Thomas considérait les propositions du roi comme une menace directe pour l'indépendance de l'Église et pour la position du pape en tant que leader du monde chrétien (bien que le pape lui-même ait suggéré un compromis entre les deux parties). Aucun des deux camps ne voulut céder et Thomas entama même une campagne de diffamation contre certains membres de la cour royale, dénonçant leur immoralité. Henri en fit de même et lança des accusations selon lesquelles Thomas s'était rendu coupable de corruption grossière pendant son mandat de chancelier. Le conflit d'idées se transforma en duel personnel.

Vous aimez l'Histoire?

Abonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire gratuite!

L'affaire atteignit son paroxysme en janvier 1164, lorsqu'Henri convoqua une réunion de tous les personnages importants d'Angleterre. Barons, fonctionnaires royaux et hauts dignitaires de l'Église se réunirent à Clarendon, dans le Wiltshire, où le roi tenta de réformer le système judiciaire et d'établir les principes de la Common Law (loi commune). Le roi fit jurer à Thomas et à ses évêques d'observer les lois et les coutumes du pays. Ces points plutôt vagues furent ensuite énumérés dans les 16 articles des Constitutions de Clarendon, mais ils étaient tous rédigés en faveur du monarque et au détriment des libertés et des finances de l'Église. En raison de ce parti pris évident, Thomas révoqua les Constitutions et son serment de loyauté. Thomas n'avait pas beaucoup de soutien au sein de sa propre église, car le clergé savait très bien que les conséquences d'une opposition à un monarque aussi puissant qu'Henri II seraient terribles. Lors d'un sommet des nobles à Northampton en octobre 1164, Thomas fut reconnu coupable d'outrage à l'autorité royale et l'archevêque fut donc obligé de fuir vers la sécurité d'un monastère cistercien à Potigny, en France. Henri confisqua tous les biens de Thomas.

Martyrdom of Thomas Becket, St. David's Cathedral
Martyre de Thomas Becket, cathédrale Saint-David
Wolfgang Sauber (GNU FDL)

Retour d'exil et assassinat

Six ans plus tard et après l'intervention du pape, Thomas revint en Angleterre au début du mois de décembre 1170 et se réconcilia avec son roi. On demanda à Thomas de couronner à nouveau Henri le jeune roi après que le pape eut décidé que le couronnement original, au cours duquel l'archevêque d'York avait célébré la cérémonie, était nul. Cependant, ni Thomas ni Henri II n'avaient vraiment changé de position et de nouveaux affrontements étaient inévitables. Presque immédiatement après son retour, Thomas commença à suspendre ou à excommunier les évêques qui ne l'avaient pas soutenu contre le roi. Lorsqu'Henri, exaspéré, remarqua : " Personne ne me débarrassera-t-il de ce prêtre turbulent ? ", quatre chevaliers médiévaux : William de Tracey, Richard le Breton, Hugh de Morville et leur chef Reginald FitzUrse, prirent cet ordre au pied de la lettre et partirent trouver Thomas pour s'assurer qu'il lui arriverait malheur.

Ils confrontèrent l'archevêque alors qu'il dînait chez lui; les quatre chevaliers présentèrent à Thomas leurs charges et insistèrent pour qu'il les accompagne à Westminster. Thomas refusa et, alors que les membres de sa maison se ralliaient pour le soutenir, les chevaliers furent contraints de se retirer, mais pas avant d'avoir arrêté le sénéchal de Thomas, William FitzNigel.

Supprimer la pub

Advertisement

Peu de temps après cette bagarre, Thomas fut de nouveau confronté aux quatre chevaliers, qui semblaient alors être ivres, dans la cathédrale de Canterbury alors qu'un service était en cours. Une fois de plus, les chevaliers insistèrent pour que Thomas les accompagne à Westminster et une fois de plus, l'archevêque refusa. Alors que les chevaliers brandirent leurs épées, la plupart des fidèles fuirent la cathédrale en panique. Les chevaliers attrapèrent alors Thomas mais celui-ci s'accrocha obstinément à une colonne. Un chevalier leva son épée pour frapper l'archevêque mais un clerc, Edward Grim, s'interposa entre les deux. Le bras de Grim fut gravement entaillé et Thomas reçut le reste du coup sur la tête. D'autres coups déferlèrent sur l'archevêque qui, dit-on, s'exclama en signe de défi : " Au nom de Jésus et la protection de l'Église, je suis prêt à embrasser la mort " (cité dans Barratt, 62). Dans une frénésie de coups d'épée, où l'arme d'un chevalier se brisa contre le sol en pierre, Thomas Becket fut massacré le 29 décembre 1170.

Un roi pénitent

Le meurtre choqua l'establishment et obligea le roi à faire profil bas pendant un certain temps en Irlande. Heureusement pour Henri, les légats du pape finirent par innocenter le roi de toute implication directe dans la mort de Thomas, ce qui lui évia l'excommunication. Cependant, en juillet 1174, Henri fut contraint de faire pénitence pour son implication dans le crime. La pénitence consistait à marcher pieds nus jusqu'à la tombe de l'archevêque dans la cathédrale où il avait été assassiné, où des évêques et des moines armés de branches procédèrent ensuite à une flagellation pénitentielle du roi torse nu. Henri dut ensuite passer la nuit sur les dalles de pierre froides qui avaient été souillées du sang et de la cervelle de l'archevêque. Un autre coup dur pour Henri fut l'insistance du pape pour qu'il rétracte toutes les parties des Constitutions de Clarendon. L'Église avait gagné pour l'instant, mais ses pouvoirs allaient être grignotés par les successeurs d'Henri tout le reste du Moyen Âge.

L'un des quatre chevaliers assassins, Sir Hugh de Morville, Lord de Westmoreland, fut déshérité par le roi et obligé de rendre visite en personne au Pape Alexandre III (r. de 1159 à 1181). Le pape indiqua alors aux quatre chevaliers concernés que la seule façon d'obtenir le pardon de leur acte ignoble était de se rendre en pèlerinage en Terre sainte. Sir Hugh fit peut-être partie de l'entourage de Richard Ier d'Angleterre (r. de 1189 à 1199) qui s'embarqua pour la troisième croisade (1189-1192).

Supprimer la pub

Advertisement

Thomas Becket, quant à lui, devint une figure de martyr contre la tyrannie. Des miracles lui furent très vite attribués, et sa tombe devint un lieu de pèlerinage très fréquenté. Autre héritage de l'affaire Becket, l'indignation et le choc provoqués par sa mort galvanisèrent de nombreux nobles qui se retournèrent contre Henri II. Les barons, ainsi que le fils d'Henri et sa femme Aliénor d'Aquitaine, lancèrent une rébellion de 18 mois contre le roi. La rébellion fut matée à la fin de l'année 1174, le roi ayant judicieusement investi dans des châteaux pour protéger son contrôle sur le royaume.

Héritage et légendes

Après que le pape Alexandre III eut fait de Thomas Becket un saint en 1173, Saint Thomas de Canterbury devint rapidement un nom puissant à invoquer pour obtenir une assistance divine. Par exemple, lorsque la reine Aliénor de Provence (1223-1291) était sur le point d'accoucher, son mari Henri III d'Angleterre (r. de 1216 à 1272) fit entourer la tombe du saint de 1 000 bougies et invoqua son aide. L'enfant naquit sain et sauf. Au 14e siècle, l'archevêque n'avait toujours pas été oublié. Geoffrey Chaucer (c. 1343-1400) écrivit son célèbre ouvrage Les Contes de Canterbury (c. 1388-1400), un recueil d'histoires dont les personnages se rendent tous en pèlerinage sur la tombe de Thomas Becket dans la cathédrale de Canterbury. En effet, à cette époque, la ville était l'un des lieux de pèlerinage les plus populaires de l'Europe médiévale. Thomas devint le saint patron de l'Angleterre pendant un certain temps, un ordre de croisade afut fondé en son nom sur son lieu de naissance à Cheapside, et le London Bridge fut reconstruit en pierre en souvenir du martyr.

Henry II of England & Thomas Becket, St. David's
Henri II et Thomas Becket, Cathédrale de Saint David
Richard Pritchard (CC BY-NC-ND)

Le pouvoir du saint fut également noté lors du couronnement d'Henri IV d'Angleterre (r. de 1399 à 1413) dans l'abbaye de Westminster en 1399. L'huile sacrée que l'on croyait avoir été miraculeusement donnée à Thomas par la Vierge Marie n'avait été découverte que récemment, cachée dans l'un des coins les plus sombres des caves de la Tour de Londres. L'huile, quelle que soit son origine réelle, était un complément utile dans la quête d'Henri pour légitimer son usurpation du trône de Richard II d'Angleterre (r. de 1377 à 1399). L'huile fut utilisée dans plusieurs couronnements par la suite, et on disait à l'époque médiévale qu'elle garantirait au monarque oint le succès dans la reconquête des territoires perdus en France. Il s'avéra qu'aucun monarque n'a jamais réussi un tel exploit.

Supprimer la pub

Advertisement

Thomas apparut même dans des endroits inhabituels. La structure qui abrite la célèbre porte des traitres de la Tour de Londres fut communément appelée "Tour de Saint-Thomas". Des ouvriers qui reconstruisaient le mur extérieur de la Tour de Londres affirmèrent un jour que le saint y était apparu sous la forme d'un fantôme, le premier d'une longue série à être aperçu en train de hanter la Tour. Peut-être Thomas avait-il inspecté les progrès de la construction qu'il avait supervisée en tant que gendarme de la Tour dans les années 1150. Le prestige de Thomas Becket ne cessa de croître, son défi ayant inspiré les archevêques suivants et il devint la figure de proue de ceux qui voyaient les avantages de limiter le pouvoir du monarque. C'est pour cette raison qu'Henri VIII d'Angleterre (r. de 1509 à 1547) détruisit le sanctuaire de Thomas à Canterbury en 1538 et interdit son culte. L'Histoire, cependant, n'a pas oublié.

Supprimer la pub

Publicité

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que toutes les civilisations peuvent nous offrir. Il est titulaire d'un master en philosophie politique et est le directeur d'édition de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2020, mars 10). Thomas Becket [Thomas Becket]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18648/thomas-becket/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Thomas Becket." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le mars 10, 2020. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18648/thomas-becket/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Thomas Becket." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 10 mars 2020. Web. 03 oct. 2022.

Adhésion