Teishebani

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Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 13 février 2018
Disponible dans ces autres langues: anglais
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Teishebaini Ruins (by Travis Witt, CC BY-SA)
Ruines de Teishebani
Travis Witt (CC BY-SA)

Teishebani (aujourd'hui Karmir-Blour, près d'Erevan, en Arménie) était une importante ville forteresse de la civilisation urartéenne. Les fouilles du site, qui n'a pratiquement pas été perturbé depuis son abandon vers 590 avant notre ère, ont fourni un aperçu inestimable de la vie quotidienne de la région à l'âge du bronze et du fer, entre le 9e et le 6e siècle avant notre ère. Avec ses murs immenses, ses grands entrepôts, ses greniers, ses cuves à vin et à bière, ainsi que ses nombreux ateliers spécialisés remplis d'artefacts, Teishebani était un centre de production prospère et le point central de la richesse et de la puissance militaire d'Urartu (alias Ourartou).

Fondation et histoire

La civilisation urartienne s'épanouit entre le 9e et le début du 6e siècle avant notre ère dans l'ancienne Arménie, l'est de la Turquie et le nord-ouest de l'Iran. La ville forteresse de Teishebani, située dans la plaine d'Ararat, fut fondée par le roi Rusa II (alias Rousa II, r. de 685 à 645 av. J.-C.environ) et nommée d'après Teisheba, le dieu urartien de l'orage et du tonnerre. Aujourd'hui, le site s'appelle Karmir-Blour et se trouve à proximité de l'actuelle capitale de l'Arménie, Erevan.

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La ville, capitale régionale et siège d'un vice-roi, fonctionna tout d'abord comme une importante forteresse qui contribua à maintenir la domination des rois urartiens sur leur empire. Des inscriptions témoignent des fréquentes visites du roi et des sacrifices religieux qui devaient être faits en son honneur. Des artefacts de dates diverses et portant des inscriptions dédicatoires nommant différents rois suggèrent que ces biens précieux furent transférés d'autres sites urartiens une fois que celui de Teishebani fut achevé. Le volume des réserves alimentaires du site, bien plus important que celui nécessaire à ses propres habitants, indique que Teishebani était également un centre administratif et économique important dans la région.

Teishebani couvrait une superficie de 400 000 mètres carrés (100 acres), le palais royal comptant à lui seul 120 pièces.

Les découvertes de pointes de flèches à trois pointes, typiques des archers scythes, sur le site détruit de Teishebani sont évocatrices. La destruction de la ville, d'abord par une attaque militaire, puis par le feu, entre 594 et 590 avant notre ère, semble avoir été inattendue, alors que les greniers venaient d'être remplis et les armes et les biens précieux semblent avoir été abandonnés à la hâte. Les territoires que le royaume d'Urartu avait autrefois occupés finirent par être repris par les Mèdes à partir de 585 avant notre ère environ, puis intégrés à l'empire achéménien par Cyrus le Grand au milieu du VIe siècle avant notre ère. Certaines villes urartiennes continuèrent à être habitées par la suite, mais Teishebani fut définitivement abandonnée au début du VIe siècle avant notre ère.

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Urartu
Royaume d'Urartu
Artaxiad (CC BY-SA)

Fouilles archéologiques

Découverte

Teishebani n'a été redécouverte qu'en 1939, lorsque des archéologues russes et arméniens ont suivi avec succès une piste d'artefacts et d'inscriptions qui indiquaient la présence d'un établissement sur un grand monticule dans les environs d'Erevan. Pour les besoins de l'identification, une ceinture de bronze et un boulon annelé portaient tous deux l'inscription cunéiforme suivante : "Rusa Argishtihini, forteresse de la ville de Teishebani". Ces deux objets étant portatifs et pouvant donc provenir d'un autre site de forteresse, il faudra attendre la fouille d'une porte et d'un pan de mur portant des inscriptions correspondantes pour en avoir la confirmation. Le monticule contenait effectivement les ruines de Teishebani. Une fois le site découvert, les archéologues ont eu du mal à savoir exactement par où commencer leurs fouilles, mais le hasard leur a donné un coup de main, comme l'explique l'archéologue en chef Boris Piotrovsky :

...les travaux ont été interrompus par une forte pluie et, le lendemain matin, tout le plan de la forteresse était visible sur le sol. Les murs en briques d'adobe avaient retenu l'eau plus longtemps que le remplissage en terre et apparaissaient clairement sous forme de contours plus sombres sur le sol. (136)

L'architecture

Le site s'étendait sur une superficie de 400 000 mètres carrés (100 acres). Le palais royal comptait à lui seul 120 pièces et s'étendait sur une superficie de 40 000 mètres carrés. Il y avait des ateliers, des entrepôts, des caves à vin, des greniers, des logements et des cours. Des vestiges des assises et des fondations des tours de la forteresse subsistent et sont constitués de très gros blocs de basalte. Les tours étaient carrées et les murs étaient contrebutés à intervalles réguliers. Les murs avaient jusqu'à 3,5 mètres d'épaisseur par endroits et peut-être jusqu'à 7 mètres de haut. Le mur faisant face à la rivière présentait plusieurs saillies carrées vers l'extérieur, et l'ensemble du complexe était construit en gradins sur les différents niveaux et contours de la citadelle naturelle. L'accès à l'intérieur de la forteresse se faisait par une rampe au sud-ouest, une porte sud massive et une porte à poterne dans l'angle nord-ouest (c'est cette porte qui subit le plus fort de l'attaque qui détruisit la ville).

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South Gate Reconstruction, Teishebaini
Reconstruction de la porte sud, Teishebani
Evgeny Genkin (CC BY-SA)

Certains toits des bâtiments étaient faits de poutres en bois (pin, peuplier ou hêtre, par exemple) et soutenus par des colonnes en bois, tandis que d'autres avaient des toits voûtés en berceau faits de grandes briques d'adobe. Les portes étaient faites d'épaisses planches de bois et fermées au moyen d'un loquet en bronze à charnière. Le village était approvisionné en eau douce par un canal partant de la rivière Ildaruni et passant par un tunnel creusé dans les murs de basalte de la forteresse.

Il y avait des maisons privées de différentes tailles et avec un nombre variable de pièces, ce qui indique qu'elles appartenaient à différentes classes sociales. Certains bâtiments avaient deux ou trois étages, et tous étaient disposés selon un plan régulier, ce qui suggère que Teishebani avait été construite pour une population qui s'y était installée dès son achèvement.

Les salles de stockage

Une fois les murs dégagés et le plan général établi, les fouilles ont commencé à s'enfoncer dans le site. Piotrovsky décrit ici son impression lorsqu'une salle d'entreposage a revu la lumière du jour pour la première fois :

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Il régnait dans le palais une atmosphère de désolation. Il y avait des nids de guêpes et des squelettes de souris, et dans l'une des jarres, on a trouvé les squelettes d'une souris et d'un chat. Il semble que le chat ait poursuivi la souris dans la jarre et que les deux se soient retrouvés piégés à cause de sa profondeur. Une fois la poussière des siècles enlevée, les entrepôts donnent l'impression d'avoir été occupés récemment. Des jarres pleines de maïs, des bols, des lampes en argile, des couteaux en fer, tout était bien rangé. Et personne n'y avait vécu depuis plus de 2500 ans. (cité dans Chahin, 101)

Un grand nombre des grandes jarres de Teishebani avaient été enfoncées dans le sol des entrepôts. Chaque jarre porte une inscription cunéiforme indiquant son contenu. Leur capacité totale est impressionnante : 150 000 litres (40 000 gallons). Ces jarres, qui contiennent souvent encore des restes organiques, étaient utilisées pour stocker le blé, l'orge, le millet, le raisin, l'huile et le sésame. Six caves à vin avaient une capacité de 34 000 litres (9 000 gallons). La bière était brassée à partir de l'orge, fermentée dans de grandes cuves recouvertes de paille et de branches, puis stockée dans des jarres allongées et à fond rond.

Urartian Beer Pitchers
Pichets à bière urartiens
James Blake Wiener (CC BY-NC-SA)

Une autre pièce était consacrée à la production d'huile de sésame et comprenait une grande cuve en tuf dans laquelle les graines étaient d'abord trempées avant d'être pressées. Les découvertes de grandes barattes à coins ajustés indiquent que l'on fabriquait également du fromage et du beurre.

Une pièce de la forteresse contenait les parties du cou et de la poitrine de 26 bovins. Une autre pièce était remplie de restes brûlés de jeunes animaux auxquels il manquait la tête et les extrémités. Ces deux pièces témoignent de l'ampleur des sacrifices d'animaux dans la religion urartéenne. Par ailleurs, les squelettes entiers de bovins, de chevaux, d'ânes et de moutons trouvés ailleurs montrent que l'élevage était pratiqué à grande échelle sur le site. Un document mentionne précisément la fabrication de sous-produits tels que la laine et les peaux.

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Des ateliers semblent avoir été consacrés à des matériaux spécifiques : l'un d'eux, par exemple, ne contenait que des cornes de cerf et des scies en fer, un autre des poids de métier à tisser, des fuseaux et un rouleau d'étoffe carbonisé. À l'extérieur de la citadelle, des ateliers étaient consacrés à la poterie et à la métallurgie. Tous les biens stockés et fabriqués sur le site ont été méticuleusement répertoriés sur des tablettes d'argile gravées. En outre, les portes de nombreuses réserves étaient scellées par une corde à nœuds recouverte d'argile et portant deux sceaux officiels.

Urartu Decorated Quiver
Carquois Décoré d'Urartu
EvgenyGenkin (CC BY-SA)

Objets d'art

En témoignage de la position de Teishebani et d'Urartu en tant qu'important centre commercial régional, de nombreux artefacts d'origine étrangère ont été découverts sur le site. Il s'agit notamment de sceaux cylindriques assyriens, d'une amulette en faïence d'Égypte portant des hiéroglyphes, d'un récipient en faïence typique de ceux de Rhodes, de mors de cheval scythes et de bijoux en or d'Asie Mineure.

En ce qui concerne les objets urartiens, une grande quantité d'armes en bronze et en fer a été mise au jour à Teishebaini, notamment des épées, des poignards, des flèches, des lances, des casques, des boucliers et des carquois, souvent incisés de scènes décoratives, en particulier de lions et de taureaux. Il y avait des statues de dieux, des figurines d'hommes-poissons et d'hommes-scorpions, des chaudrons en bronze avec des décorations tridimensionnelles sur le pourtour, et de grandes quantités de poterie polie rouge (en particulier des cruches), avec de plus rares exemples de poterie noire. Une forme inhabituelle de poterie urartienne est le récipient en forme de botte, avec des coutures et des lacets peints. Plusieurs exemples ont été découverts à Teishebani et datent du 8e siècle avant notre ère. Les bijoux découverts comprennent des fibules en bronze, des perles de sardonyx et de cornaline, des médaillons en argent, des bracelets, des boucles d'oreilles et des colliers en or. Il y avait 87 coupes en bronze soigneusement empilées dans une pièce, dont beaucoup portaient le nom d'un roi et l'emblème d'une tour fortifiée et d'un arbre. Enfin, il y a une belle statue en ivoire et une autre figurine en bronze de Teisheba, le dieu qui donna son nom à ce remarquable site fortifié.

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This article was made possible with generous support from the National Association for Armenian Studies and Research and the Knights of Vartan Fund for Armenian Studies.

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Bibliographie

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que toutes les civilisations peuvent nous offrir. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2018, février 13). Teishebani [Teishebaini]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16795/teishebani/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Teishebani." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le février 13, 2018. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16795/teishebani/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Teishebani." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 13 févr. 2018. Web. 22 juil. 2024.

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