Moundville est un site archéologique et un parc situé dans le comté de Hale, en Alabama, aux États-Unis, sur les rives de la rivière Black Warrior. Il abrite un site amérindien datant d'environ 1100 à 1450 après J.-C. Les monticules de terre qui ont donné son nom actuel au site furent construits par une tribu inconnue associée à la cultre mississippienne. Le nom ancien de la ville est inconnu.
Moundville est le deuxième plus grand site de "constructeurs de monticules" préservé aux États-Unis après Cahokia dans l'Illinois et est souvent comparé à celui-ci, mais les deux sites étaient très différents à bien des égards. L'une des principales différences entre eux est que l'élite du peuple de Moundville vivait et enterrait ses morts sur les monticules qu'elle avait créés, tandis qu'à Cahokia, seuls certains monticules étaient utilisés comme tombes ou pour soutenir des habitations. Les deux villes possédaient un grand monticule (le monticule A à Moundville et le monticule Monks à Cahokia) dédié à des fins religieuses/politiques, et elles avaient peut-être des échanges commerciaux entre elles, mais on pense qu'elles auraient été fondées et développées par deux cultures différentes. Parmi les autres différences, on peut citer les types d'artisanat produits et le fait que Moundville, contrairement à Cahokia, fut conçue pour refléter spécifiquement la hiérarchie sociale très stratifiée de la communauté.
Le site fut porté à l'attention du public à la fin du XIXe siècle et les fouilles furent commencées par l'archéologue amateur indépendant C.B. Moore (1852-1936) de Philadelphie en 1905-1906. Les publications de Moore sur ses fouilles et ses discussions sur les nombreux artefacts qu'il avait retirés incitèrent la législature de l'Alabama à adopter des lois interdisant à quiconque de sortir des artefacts de l'État. Les travaux de Moore ont toutefois permis d'établir Moundville comme un site digne d'intérêt, et des fouilles professionnelles furent entreprises en 1929 par Walter B. Jones (1895-1977) du Musée d'histoire naturelle de l'Alabama et l'archéologue David L. DeJarnette (1907-1991). Les travaux archéologiques sur le site se sont poursuivis depuis cette époque jusqu'à aujourd'hui, mettant en lumière davantage l'histoire de cette ville autrefois vaste.
Culture mississippienne et construction de tumulus
Le terme "culture mississippienne" (civilisation du Mississippi) désigne une population autochtone qui habitait, grosso modo, la région comprise entre le nord-est des États-Unis actuels et la Louisiane, avec une concentration dans les vallées des fleuves Mississippi, Ohio et Tennessee. Bien qu'ils aient créé des objets artisanaux et des céramiques intéressants et uniques, ils sont principalement connus pour avoir érigé d'énormes monticules de terre. Certains de ces monticules étaient utilisés à des fins purement pratiques, comme le soutien des résidences de la classe supérieure, tandis que d'autres semblent avoir été construits pour élever les prêtres ou les prêtres-rois au-dessus de la population et les rapprocher du soleil, qui était vénéré comme un dieu.
Les deux communautés les plus connues de cette période sont la culture Adena (c. 800 av. J.-C. - 1 ap. J.-C.) et la culture Hopewell (c. 100 av. J.-C. - 500 ap. J.-C.), qui perpétuèrent une tradition de construction de monticules remontant à plus de 5 000 ans. On pense que les Hopewell succédèrent aux Adena, bien que cette affirmation ait été contestée, et les deux peuples vivaient dans les régions qui correspondent aujourd'hui à la Virginie, la Virginie occidentale, l'Ohio, la Pennsylvanie, le Kentucky et l'Indiana. Les noms de ces deux peuples sont des désignations modernes; personne ne sait comment ils se désignaient eux-mêmes.
Les Adena construisaient des tumulus coniques qui différaient de ceux des Hopewell, ces derniers créant des tumulus complexes, souvent en forme d'animaux. Les deux peuples présentaient d'autres différences, mais tous deux pratiquaient le commerce à longue distance. La chercheuse Yvonne Wakim Dennis écrit:
Les objets en cuivre, en pierre et en tissu des Adena circulaient jusqu'au nord du New Jersey, tout comme la langue algonquienne. Des variantes de l'algonquien sont encore parlées par les communautés plus égalitaires descendantes des Adena, qui s'étaient installées jusqu'à l'ouest de New York et de la Pennsylvanie vers 200 après J.-C. En Ohio, des artefacts Hopewell ont été datés de 400 avant J.-C. Les ouvrages en terre jaune de Hopewell ont été construits pour durer, et beaucoup subsistent encore aujourd'hui, sous la forme d'oiseaux, de serpents et de motifs géométriques si grands qu'ils sont mieux visibles depuis les airs. (134)
Ces deux cultures étaient très sophistiquées et ont développé des innovations agricoles et technologiques qui ont été transmises et perfectionnées par des cultures ultérieures, telles que celles qui ont construit Moundville et Cahokia. Dennis commente:
Loin d'être les enfants passifs de la nature décrits dans les rapports coloniaux à la fois romantiques et accablants, les Indiens pratiquaient une gestion calculée et extensive des ressources. Les peuples du Midwest n'étaient pas non plus de simples nomades, mais des ingénieurs urbanisés, des commerçants longue distance et des agriculteurs à grande échelle. (135)
La gestion des ressources à laquelle Dennis fait référence s'inspirait directement de la religion de ces peuples, qui était une forme d'animisme, la croyance que toutes les choses sont imprégnées d'esprits et que tout est interconnecté dans un réseau de réciprocité. De nos jours, les croyances amérindiennes sont souvent interprétées comme étant fondées sur la reconnaissance de l'importance de l'écologie, mais, comme le souligne le chercheur Alan Taylor, ce respect est né de la reconnaissance des forces invisibles qui habitaient la terre, les arbres, les animaux et tout le reste:
L'animisme indien ne doit pas être déformé de manière romantique en une croyance New Age d'harmonie stable. En fait, les autochtones considéraient le monde spirituel comme instable et plein de tensions, de dangers et d'incertitudes. Pour survivre et prospérer, les gens devaient vivre avec prudence et opportunisme. Engagés dans un exercice d'équilibre toujours difficile, les humains devaient discerner quand ils pouvaient tromper et manipuler les esprits et quand ils devaient les apaiser et les adoucir... La logique de la retenue était animiste plutôt qu'écologique, mais cette retenue tendait à préserver une nature qui a soutenu la plupart des communautés autochtones pendant de nombreuses générations. (19)
On pense que ce type de retenue, le respect de la nature et la nécessité d'apaiser et de satisfaire les dieux et les esprits ont favorisé le développement de communautés telles que Moundville. Les énergies variées de la région environnante étaient concentrées, et peut-être considérées comme contrôlées, par les monticules qui élevaient les nobles et la classe sacerdotale plus près du royaume du soleil et des esprits de l'air tout en puisant dans les forces chthoniennes de la terre.
Moundville et la stratification sociale
Bien qu'influencés par les cultures Adena et Hopewell, les habitants de Moundville auraient été très différents de ces dernières. Cette croyance est étayée par la culture du maïs à Moundville, inconnue des cultures antérieures, ainsi que par les différences dans leurs céramiques, leurs autres artisanats et leur traitement des chiens. Dans les années 1890, C. B. Moore fouilla plusieurs sites avant d'arriver à Moundville et découvrit que les cultures antérieures accordaient plus d'importance aux chiens que les habitants de la ville ultérieure. La chercheuse Marion Schwartz commente le statut des chiens dans les cultures antérieures:
Les chiens, enterrés séparément sans intention rituelle discernable, jouissaient peut-être d'un statut particulièrement élevé... Ce statut se traduisait par un effort humain considérable pour enterrer les chiens à leur mort. Plutôt que d'être considérés comme nécessaires pour conduire les humains en toute sécurité vers l'autre monde, les chiens étaient autorisés à vivre leur vie et, à leur mort, étaient enterrés "comme des personnes". Ils se dirigeaient peut-être vers la même destination après la mort que les humains. (108-109)
À Moundville, aucune tombe de chien n'a été découverte, mais des os de chien ont été trouvés dans des middens (fosses à déchets), ce qui suggère que les chiens étaient une source de nourriture pour les gens, alors que pour les Adena et les Hopewell, ils étaient des animaux dignes de respect. Moundville se distinguait des cultures antérieures à d'autres égards, ainsi que du peuple de Cahokia, mais surtout par la construction délibérée de monticules destinés à soutenir les résidences de l'élite et à clarifier la stratification sociale à travers l'architecture.
Moundville était un centre urbain soigneusement conçu et réalisé, dans lequel la classe supérieure vivait dans des maisons en bois au sommet des monticules surplombant une place centrale, tandis que les classes inférieures vivaient dans des huttes de chaume en contrebas. Les monticules résidentiels alternaient avec les monticules funéraires, bien que les défunts de la classe supérieure fussent également enterrés sur le monticule de leur maison (c'est ainsi que les archéologues ont déterminé la fonction des monticules, grâce aux objets funéraires et aux types d'inhumation). Au centre de la place s'élevait un grand monticule, aujourd'hui connu sous le nom de Monticule A, qui servait de lieu de rituels religieux. La ville entière était entourée d'une palissade en bois sur trois côtés, le quatrième côté étant ouvert sur le fleuve.
Les premiers archéologues qui ont fouillé le site pensaient que le mur avait été construit à des fins défensives, ce qui est probablement exact. Une palissade similaire fut construite à Cahokia, apparemment pour prévenir les inondations, et il a été suggéré que le mur de Moundville avait le même objectif. Cela n'aurait toutefois pas de sens, dans la mesure où tout un côté de la ville était ouvert sur le fleuve. Le monticule A fut construit de manière à offrir une vue directe sur le fleuve depuis son sommet, suggérant un lien entre les quatre éléments (la terre, l'air, le feu et l'eau) dans les rituels religieux. Les maisons de la classe supérieure furent ensuite construites au sommet des autres monticules face au monticule A.
Les trois classes sociales de Moundville étaient les suivantes:
- Les chefs et la classe supérieure
- Les ouvriers, les artisans et les agriculteurs
- Les ouvriers de la classe inférieure
Les classes moyennes et inférieures étaient enterrées dans des tombes simples près de leurs maisons, autour de la place, avec des objets funéraires tels que des outils et des céramiques grossières. Les défunts de la classe supérieure et de la classe dirigeante étaient inhumés dans des tumulus avec des objets de valeur tels que des coquillages, des pierres polies, des outils en cuivre, des céramiques de haute qualité et des haches en cuivre. On pense que ces haches étaient des symboles d'autorité, de rang et de pouvoir politique utilisés dans les rituels, car elles semblent inutilisées et, étant en cuivre, trop molles pour avoir été utilisées efficacement dans la guerre ou l'abattage du bois. Les objets funéraires de l'élite provenaient du commerce à longue distance avec d'autres communautés, mais certains des objets en cuivre ont très probablement été fabriqués sur place.
Centre religieux et culturel
La place fut créée artificiellement, remblayée et nivelée avant la construction des monticules, qui furent érigés par étapes et dont la hauteur varie de moins de 3 mètres à plus de 15 mètres. Les petits étangs et lacs que l'on trouve sur le site actuel sont les fosses dans lesquelles les autochtones ont extrait la terre pour construire les monticules, ce qui incita les populations des communautés voisines à s'y installer comme ouvriers, portant la population à plus de 1 000 habitants (qui aurait finalement pu atteindre plus de 3 000). Les vastes cultures de maïs de Moundville créèrent un surplus alimentaire qui était utilisé non seulement pour le commerce, mais aussi pour payer les salaires des ouvriers.
Au fil du temps, de plus en plus de personnes semblent s'être installées dans la ville à des fins spirituelles, celle-ci étant devenue un centre religieux et culturel. Cela est attesté par des découvertes suggérant une augmentation de la population et par des artefacts, tels que des pipes en pierre, associés à des rituels religieux. Les cultures Adena, Hopewell et, plus tard, Moundville et Cahokia cultivaient du tabac, plus précisément Nicotiana rustica, qui était fumé ou mâché pour élever l'esprit de l'utilisateur et le connecter au monde des esprits. La découverte d'un certain nombre de pipes, ainsi que de spores de tabac dans des middens, suggère une augmentation de l'activité religieuse dans la communauté. Le tabac était utilisé pour induire des visions et des rêves dans lesquels les dieux et les esprits répondaient aux questions des gens ou leur donnaient des conseils pour leur vie. Taylor commente:
Les rêves et les visions permettaient aux autochtones de communiquer avec les esprits afin d'obtenir leur aide pour la chasse, la cueillette, la culture et la guerre. Les autochtones considéraient le monde nocturne des rêves comme fondamentalement plus réel et plus puissant que leurs heures de veille. Ils provoquaient également des visions par un jeûne prolongé et l'isolement (parfois aidés par l'ingestion de plantes psychotropes). Les rêveurs et les visionnaires les plus habiles devenaient des chamans, qui agissaient comme intermédiaires entre les humains et les êtres non humains. Les chamans accomplissaient des rituels pour favoriser la chasse, assurer les récoltes et protéger leurs guerriers... Mais même les chamans les plus habiles échouaient souvent dans les épreuves complexes visant à influencer, apaiser et propitier les esprits. (19)
Il est possible que ce soit ce qui se soit passé à Moundville et qui ait causé son abandon vers 1450. Contrairement à Cahokia, qui montre des signes de problèmes naturels et humains ayant contribué à son déclin, Moundville semble avoir prospéré jusqu'en 1300 environ, date à laquelle les monticules commencèrent à être inutilisés et les rituels sur le monticule A entre 1300 et 1450 ralentirent puis cessèrent complètement. Aucune raison n'a fait l'unanimité pour expliquer l'abandon de Moundville, mais il est possible qu'il soit dû à l'incapacité perçue de la classe sacerdotale à apaiser les esprits et à assurer de bonnes récoltes, la santé et la prospérité. Il est également possible que, comme à Cahokia, la surpopulation ait entraîné l'épuisement des ressources.
Quoi qu'il en soit, vers 1450, Moundville était déserté et ses habitants s'étaient installés ailleurs, notamment dans l'actuelle ville de Saint-Louis, dans le Missouri, où ils construisirent d'autres monticules. Le monticule Sugarloaf est le dernier qui subsiste à Saint-Louis, les autres, notamment le majestueux Big Mound, ayant été détruits par les urbanistes au XIXe siècle pour faire place à l'expansion commerciale et résidentielle.
Découverte et fouilles
Moundville fut cartographié pour la première fois en 1869, l'année même où le Big Mound fut détruit à Saint-Louis, par Nathaniel T. Lupton, alors président de l'université d'Alabama, mais aucun effort ne fut fait pour le fouiller à cette époque. Les fouilles furent entreprises entre 1905 et 1906 par C. B. Moore, un archéologue amateur formé à Harvard qui avait fait fortune grâce à l'entreprise papetière de sa famille et s'était consacré à l'archéologie, voyageant à bord de son bateau à vapeur, le Gopher, et finançant personnellement ses fouilles. Moore s'intéressait particulièrement aux "constructeurs de tumulus" et arriva à Moundville en 1905, où il fouilla plusieurs tumulus et a extrait des artefacts anciens qu'il renvoya dans sa ville natale de Philadelphie, tout en les présentant dans ses livres illustrés et ses journaux publiés, qui devinrent très populaires.
Les livres de Moore finirent par attirer l'attention du gouvernement de l'État d'Alabama, qui adopta alors des lois pour protéger les sites archéologiques de l'État contre le pillage. Les efforts de Moore attirèrent l'attention sur le site, inspirant un mouvement populaire mené par Walter B. Jones afin de le sauver. Jones hypothéqua sa propre maison pour acheter le site et des fouilles professionnelles furent entreprises par lui-même et David L. DeJarnette en 1929.
Le Mound State Park a été créé en 1933 et, à cette époque, les deux hommes ont fait appel au Civilian Conservations Corps (un programme mis en place par le président américain Franklin D. Roosevelt pour fournir des emplois pendant la Grande Dépression) afin de restaurer les tumulus, cultiver les terres, construire des routes et des chemins, et ériger le bâtiment qui servirait de musée du site (baptisé Jones Archaeological Museum en l'honneur de Jones). DeJarnette a pris la direction du parc dans les années 1950 et a été l'archéologue principal du site pendant les 20 années suivantes. Ses efforts ont largement influencé ceux qui ont été menés depuis lors.
En 1964, le parc archéologique de Moundville a été déclaré monument historique national et des financements provenant de diverses sources ont permis de poursuivre les travaux sur le site. Malgré cela, seuls environ 15 % de Moundville ont été entièrement fouillés entre 1929 et 2021. Les rénovations du musée et du parc en 2010 ont amélioré l'accessibilité et la mise en valeur des expositions permanentes qui, en 2019, ont été agrandies grâce à un prêt renouvelable de la Smithsonian Institution d'artefacts fouillés par Moore en 1905-1906 et qu'il leur a ensuite donnés. Les restrictions actuelles liées au virus Covid-19 limitent la fréquentation du site qui, chaque année, accueille des visiteurs du monde entier venus découvrir les grands constructeurs de tumulus, mais une fois ces restrictions levées, on s'attend à ce que davantage de visiteurs viennent perpétuer la tradition de rencontre avec le passé à travers les tumulus et les artefacts de la cité antique.