Charon

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 13 mai 2021
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Texte original en Anglais : Charon

Charon, Attic Lekythos Detail (by Peter Roan, CC BY-NC)
Charon, détail de lekythos attique
Peter Roan (CC BY-NC)

Charon est un personnage de la mythologie grecque, nocher des Enfers qui transporte les âmes des morts à travers les eaux de Hadès jusqu'au jugement qui déterminera leur lieu de repos final. Les Grecs croyaient que les morts avaient besoin d'une pièce de monnaie pour payer Charon pour son service et donc en plaçait une dans la bouche du défunt.

Charon était un sujet populaire sur les scènes de poterie grecque du Ve-IVe siècle av, JC., en particulier sur les lekythoi utilisés pour stocker des huiles fines et des parfums qui étaient couramment enterrés avec les morts. Charu était une figure similaire dans la mythologie étrusque, bien que lui porte souvent un marteau. Charon continua à faire partie de la mythologie romaine et il jouit d'un renouveau avec d'autres idées classiques pendant la Renaissance (1400-1600).

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Le nocher des Enfers

Le Charon grec en tant que nocher des morts est une idée qui pourrait bien avoir été influencée par la mythologie mésopotamienne et égyptienne, où là aussi les enfers contiennent des rivières qui entravent le progrès de l'âme. Dans la mythologie grecque, Charon est le fils d'Érèbe (Ténèbres) et de Nyx (Nuit). Son nom peut avoir à l'origine signifié «une luminosité féroce».

Dans de nombreux récits grecs, Charon aide les héros qui descendent aux enfers pour relever divers défis.

Le travail de Charon était de transporter les ombres ou les âmes des morts à travers une rivière - le plus souvent appelé l'Achéron et, par la suite, le Styx empoisonné - ou un lac, souvent appelé Achérousia. La destination finale était Hadès, qui était les enfers grecs (et aussi le nom du dieu qui y régnait), ou, plus précisément, la partie intérieure de ce royaume. Charon était souvent accompagné du dieu messager Hermès, qui était considéré comme le guide des morts dans Hadès. Souvent, Hermès escorte l'âme jusqu'à Charon, qui les emmène ensuite plus profondément dans les enfers pour le jugement dernier.

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Lekythos Depicting Charon
Lekythos représentant Charon
Carole Raddato (CC BY-SA)

Hadès est décrit dans la littérature grecque comme un endroit froid, sombre, humide et impitoyable, ce qui est le destin de tout le monde, c'est-à-dire jusqu'à ce que les écrivains de l'après-Ve siècle av. J.-C. ne créent une destination alternative pour les bonnes âmes. De ce fait, de Hadès, les bonnes âmes se rendaient dans les Champs Élysées et oubliaient tous leurs ennuis et les mauvaises âmes descendaient à Tartare dans les profondeurs les plus profondes de Hadès. Ces âmes qui avaient fait du tort aux dieux se voyaient réserver le pire des sorts et se voyaient infliger de terribles châtiments éternels comme Sisyphe qui devait sans cesse faire rouler un rocher tout en haut d'une pente.

Dans l'art, Charon porte souvent une tunique rêche sur une épaule alors qu'il se tient sur la proue de son bateau, un bâton à la main.

Dans de nombreux récits grecs, Charon aide les héros qui descendent dans Hadès pour relever divers défis, tels que Odysseus, Orphée et Psyché. Hercule engagea les services de Charon quand, pour son douzième et le plus difficile de ses travaux, il dut aller chercher le terrible chien à trois têtes Cerbère (alias Kerberos). Ce terrible chien s'assurait que personne ne quittait Hadès ni traversait les eaux sans Charon ou Hermès comme guide. Charon fut puni par Hadès pour avoir laissé Hercule entrer dans le royaume des morts. Le nocher fut enchaîné pendant un an, ce qui dut créer une file d'attente pour les âmes qui patientaient sur les rives d'Achéron.

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Afin de s'assurer que Charon prendrait vraiment la peine de transporter une âme dans son bateau pour rejoindre Hadès , les Grecs enterraient les morts avec une petite pièce dans la bouche car on pensait que cet argent pourrait alors être utile pour payer le nocher. La pièce était généralement une obole et était placée sous la langue. Les âmes sans pièce étaient obligées d'attendre sur les rives pendant 100 ans avant que Charon ne condescende à les faire traverser gratuitement. Un enterrement approprié était également considéré comme essentiel pour permettre à l'âme d'atteindre le bateau de Charon. Plus tard, la tradition monétaire changea et on plaça une pièce de monnaie sur chaque œil du défunt avant l'enterrement.

Etruscan Red-Figure Krater with Charun
Cratère à figures rouges etrusque avec Charon
Carole Raddato (CC BY-SA)

Charu étrusque

Dans d'autres versions des mythes, Charon n'est pas un passeur, mais la Mort elle-même. Les Étrusques d''Italie centrale (VIIIe siècle av. JC) avaient une figure très similaire à cette version, bien qu'il y ait quelques différences. L'étrusque Charu (ou Charun) est aussi un passeur pour les morts, mais dans l'art étrusque, il porte un marteau ou une torche, et il a souvent un nez crochu. Le marteau pourrait avoir servi à briser la porte de la tombe (une opinion soutenue par la proximité des représentations de Charu près de l'entrée) ou de briser les portes de Hadès pour permettre à l'âme d'entrer. Les Étrusques semblent voir Charu comme une sorte de terrible démon de la mort, car dans l'art, il a souvent un visage très laid, des oreilles d'animaux et des ailes. L'étrusque Charu n'était que l'un des nombreux démons à avoir ce rôle, et Charu lui-même avait peut-être plusieurs aspects.

Charon dans l'art ancien et la littérature

Charon apparaît pour la première fois dans la littérature grecque dans le poème épique Minyas (p. 1), qui date peut-être du VIe siècle avant notre ère. Il est présent dans plusieurs pièces de théâtre grec antique, notamment les Grenouilles 405 av. JC, une comédie grecque d'Aristophane (c. 460 - 380 av. JC), où Dionysos visite Hadès pour juger un concours de poésie. Ce personnage continua à être populaire à l'époque romaine et figure, par exemple, dans le Livre VI de l'Énéide de Virgile (70-19 av. JC) et dans les dialogues de Lucien de Samosate (vers 125-180 avant JC). Virgile décrit Charon comme ayant des yeux flamboyants, et cette description s'avéra populaire auprès des auteurs et artistes ultérieurs.

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Les premières représentations visuelles connues de Charon apparaissent sur des poteries grecques à figures noires datant d'environ 500 av. JC. La figure de Charon resta populaire sur de nombreux types de poteries grecques, en particulier les récipients enterrés avec les morts comme le lekythoi (sing: lekythos). Les lekythoi étaient des flacons de grande taille à une anse utilisés pour stocker de l'huile fine ou du parfum, et Charon est un motif courant à partir de 470 av. JC. Un bel exemple, avec un fond blanc typique, date d'environ 450 av. JC et se trouve maintenant au Metropolitan Museum of Art de New York. Fabriqué en Attique, le récipient montre Charon portant une tunique rêche sur son épaule alors qu'il se tient sur la proue de son bateau, un bâton à la main. A côté de lui se trouve Hermès tenant le bâton de héraut ou kerykeion.

Rython in the Form of Charon
Rython en forme de charon
Carole Raddato (CC BY-SA)

Charon porte souvent une casquette sans bord comme celle d'un ouvrier, mais parfois on le représente avec des cheveux blancs; il peut souvent propulser son bateau à l'aide d'une longue perche ou d'une rame gouvernail. Il peut être représenté comme un vieil homme ou un jeune homme avec une barbe. Son bateau porte souvent un œil peint sur la proue, qui était censé éloigner les mauvais esprits. Outre la poterie, Charon apparaît dans une célèbre série de peintures murales dans la lesché des Cnidiens de Delphes de l'artiste Polygnote du Ve siècle avant notre ère. Dans l'art étrusque, Charon/Charu/Charun apparaît fréquemment sur des peintures murales dans des tombes, sur des urnes funéraires et sur des sarcophages.

Héritage

Charon, parfois mieux connu sous le nom de Charos, continua à être une figure d'importance dans les esprits médiévaux et il apparaît dans de nombreuses œuvres d'art de la Renaissance et de la littérature médiévale. Charon figure dans la section L'Enfer de la Divine Comédie (c. 1319) écrite par Dante Alighieri (1265-1321). Plus récemment, Charon est l'origine de la figure Charontas dans le folklore grec, une sorte d'ange de la mort qui, selon certains, apparaît juste avant la mort d'une personne. Enfin, la plus grande lune de la planète naine Pluton a été nommée d'après Charon, un rapprochement tout à fait approprié puisque Pluton était, à bien des égards, l'équivalent romain de Hadès.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth enseigne l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur d'articles historiques installé en Italie. Il s'intéresse plus particulièrement à la poterie, à l’architecture, aux mythologies du monde et à la découverte des idées partagées par toutes les civilisations. Il est titulaire d’un Master en philosophie politique et éditeur en chef de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2021, mai 13). Charon [Charon]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-11835/charon/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Charon." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le mai 13, 2021. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-11835/charon/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Charon." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 13 mai 2021. Web. 23 oct. 2021.