L'ère Hoysala (1026-1343) fut marquée par d'importants accomplissements artistiques, architecturaux et culturels. Le centre de cette activité se trouvait dans l'actuel district de Hassan, dans l'État du Karnataka, en Inde. La réalisation la plus remarquable de cette époque réside sans aucun doute dans le domaine de l'architecture. La volonté de surpasser l'empire occidental des Chalukya (973-1189) dans son propre domaine donné un nouvel élan à l'excellence dans le domaine de l'architecture.
Histoire de l'Empire Hoysala
Les souverains Hoysala étaient à l'origine des chefs locaux dans les collines des Ghâts occidentaux. Avec le temps, ils commencèrent à prospérer et au bout de quelques décennies ils réussirent à accéder au statut de puissant vassal sous les empereurs de l'empire Chalukya occidental. A l'aube de l'histoire de la dynastie Hoysala, la capitale de leur empire naissant fut transférée des collines des Ghâts occidentaux à Belur. Les conquêtes militaires de Vishnuvardhan (1108-1152) contre l'empire voisin des Chola (c. 300 av. J.-C.-1279 ap. J.-C.) en 1116 marquèrent le premier développement majeur dans l'histoire de ces dynasties. Une nouvelle ère s'ouvrit alors avec Vishnuvardhan, qui fit construire le temple Chennakesava (1117) à Belur pour célébrer cette victoire. Il décida en outre de déplacer la capitale de près de 20 km vers l'est, à Halebidu ou Halebid.
Les Hoysalas obtinrent leur indépendance politique en 1192 sous le règne de Veera Ballala II (alias Vîra Ballâla II, 1173-1220). Ils devinrent très vite une puissance dominante dans le sud de l'Inde et jouirent d'une suprématie territoriale et d'une prospérité économique pendant environ un siècle. À son apogée, l'empire comprenait l'actuel Karnataka, certaines parties du Tamil Nadu et le sud-ouest du Telangana. Cependant, les invasions des sultanats de Delhi et de Madurai, à partir de 1311, se révélèrent fatales au monarque alors au pouvoir, Veera Ballala III (alias Vîra Ballâla III, 1292-1343). Il finit par succomber à ces assauts répétés en 1343.
Nature & Influence
Les dynasties Nolamaba (fin du VIIIe siècle-XIe siècle) et du Ganga de l'ouest (350-1000 ap. J.-C.), prédécesseurs des Hoysalas dans le sud du Karnataka, construisirent des temples hindous et jaïns inspirés de l'héritage tamoul. En revanche, les souverains Hoysala furent influencés par l'architecture chalukyenne occidentale et firent également appel à leurs artisans.
Un nombre incalculable de figures sculptées couvre les murs de presque tous les temples Hoysala. La stéatite, qui permet d'obtenir des détails fins et une grande clarté, a également contribué à cette orientation. Il s'agit d'un retour à une représentation iconographique plus étendue des épisodes des épopées populaires par rapport à l'architecture occidentale chalukya ultérieure. Il faut toutefois rappeler que dans l'architecture des temples, ceux-ci ne servent pas uniquement à des fins décoratives, mais sont essentiels à l'intégrité et à la composition de la structure.
Brève introduction à l'architecture des temples
Une cellule cubique, le garbha griha (sanctuaire sacré), abrite une murti (icône sacrée) placée au centre sur un pitha (piédestal). Le shikhara (superstructure) s'élève au-dessus du garbha griha et, avec le sanctuaire, ils forment le vimana (ou mulaprasada) d'un temple. Une pierre côtelée, amalaka, est placée au sommet du shikhara avec un kalash à son sommet. Un antarala (vestibule) intermédiaire relie le garbha griha à un vaste mandapa (porche) à colonnes situé à l'avant, principalement orienté vers l'est (ou le nord). On accède au temple par des entrées surmontées de gigantesques gopurams (tours d'entrée ornées) qui dominent chaque porte. Le prakaram (cour du temple) abrite souvent plusieurs sanctuaires mineurs et dépendances.
Les vimanas sont de forme stellaire, semi-stellaire ou orthogonale. Les socles à bandes finement sculptés, caractéristiques des temples Hoysala, sont composés d'une série de rangées horizontales qui forment des bandes rectangulaires séparées par d'étroites rainures. De plus, les temples eux-mêmes sont parfois construits sur une plate-forme surélevée ou jagati qui sert de pradakshinapatha (circonvolution).
Pour étudier en détail l'architecture de cette période, nous examinerons des exemples provenant de Belur et Halebidu, qui abritent certains des plus beaux temples de cette époque encore debout aujourd'hui.
Belur
Le temple Chennakeshava
Il s'agit d'un ekakuta, c'est-à-dire un temple avec un seul sanctuaire. Malheureusement, le shikhara a été détruit par les ravages du temps. Le garbha griha abrite une image sacrée de Krishna (Chenna signifie "beau", tandis que Kesava est un autre nom de Krishna). L'ensemble du temple, construit à grande échelle, suit le modèle général de l'architecture Hoysala. Il est orienté est-ouest et repose sur un jagati. La salle compte 60 travées et un sanctuaire mesurant 10 m de chaque côté. Sous la corniche de l'avant-toit du mandapa (salle rituelle extérieure), on trouve 38 figures merveilleusement sculptées appelées salabhanjika ou madanika (figures en console). Leur emplacement et leurs inscriptions révèlent qu'il s'agit d'ajouts ultérieurs (principalement sous le règne de Veer Ballala II).
À l'extrémité sud de ce temple principal se trouve Kappechennigaraya, inauguré la même année par Shantala, la reine de Vishnuvardhan. À côté du sanctuaire principal se trouve un sanctuaire secondaire abritant l'image de Venugopal. Ce temple suit le plan en étoile, mais est moins ornementé.
Le même complexe abrite un autre temple nommé Viranarayan à l'ouest de Chennakesava. Il s'agit d'un temple ekakuta, vaishnava, probablement érigé à une date ultérieure au XIIe siècle. Il est construit selon le modèle de base d'un garbha griha et d'un antarala s'ouvrant sur le mandapa, le tout construit sur un jagati. Il est intéressant de noter que ce temple est relativement austère, dépourvu des frises narratives qui abondent dans le temple Chennakesava.
Structure relativement mineure, le temple Saumyanayaka est situé au sud-ouest du temple principal. Son shikhara endommagé fut réparé en 1387 par un ministre du roi Harihara II de Vijaynagar.
Un bassin en escalier appelé Vasudev Tirtha fut construit au nord-ouest de Chennakesava par Veer Ballala II. Il s'agit d'un élément récurrent dans tous les temples, où les fidèles effectuent une ablution avant d'entrer dans le mandapa.
De nombreux ajouts et modifications, mineurs ou importants, furent apportés jusqu'à l'époque des derniers monarques de cette région.
Halebidu
À l'origine, Halebidu s'appelait Dwarasamudra, en référence à un grand réservoir d'eau qui avait été creusé près de trois quarts de siècle avant que la ville ne soit choisie comme capitale de l'empire Hoysala. Son nom actuel signifie "vieille ville", ce qui fait sans aucun doute référence au fait qu'elle fut abandonnée après avoir été pillée à deux reprises par les armées envahissantes des sultanats.
Hoysaleshwara & Shantaleshwara
Dans ce temple Shaiva dvikuta (temple à deux sanctuaires), les deux garbha grihas (sanctuaire sacré) sont reliés par un mandapa (porche) formant une grande salle ouverte. L'un des sanctuaires est dédié au roi Vishnuvardhan et l'autre à sa reine Shantala, d'où son nom de Shantaleshwara. Construit en 1121, il fut principalement édifié sous le patronage de riches marchands et aristocrates locaux. Le temple double comporte quatre entrées flanquées de vimanas miniatures de chaque côté. Deux sanctuaires annexes, l'un dédié à Nandi (le taureau) et l'autre à Surya (le soleil), sont également construits sur le même jagati. Les frises exquises qui ornent les murs du temple illustrent avec éloquence des récits tirés du Ramayana, du Mahabharata et du Bhagavata Purana. Ces reliefs constituent l'une des plus belles réalisations des artisans Hoysala et offrent une leçon détaillée sur la symbologie de l'art hindou.
Kedareshwara
Ce temple Shaiva trikuta (temple à trois sanctuaires) est situé à seulement quelques kilomètres au sud de Hoysaleshwara. Il fut construit sous le mécénat du roi Veer Ballala II et de la reine Ketala Devi. Conçu selon un plan en étoile, le sanctuaire central est relié aux deux autres sanctuaires latéraux par un mandapa commun. Les détails sculpturaux illustrent magnifiquement Bhairava, Vishnu sous les traits de Bharadwaj et Kaliyadamana, entre autres.
Kalyani Tank, Hulikere
Aux alentours d'Halebidu, aujourd'hui Hulikere, ce réservoir magnifiquement décoré fut construit pour un temple shivaïte sous le règne de l'empereur Narasimha Ier (1152-1173). Ironiquement, il ne reste aujourd'hui aucune trace du temple, mais ce réservoir existe toujours. Cet étang en escalier est orné de 27 sanctuaires miniatures, dont certains sont même surmontés d'une superstructure.
Jain Temples in Bastihalli
Plus au sud de Kedareshwara, dans le village de Bastihalli, se trouve un groupe de trois temples jaïns. Ces temples sont dédiés aux tirthankars (dieux enseignants) jaïns Adinath, Parsvanath et Shantinatha. Chaque temple abrite une image du tirthankar respectif dans son garbha griha. Parsvanath Basti fut construit en 1133 par le roi Vishnuvardhan pour célébrer la naissance de son fils, Narasimha Ier. Alignées selon un axe nord-sud, toutes ces structures suivent fidèlement le modèle architectural général des Hoysalas.
Parmi ceux-ci, l'Adinath Basti, construit à la fin du XIIe siècle, est le plus petit. Il abrite une image magnifiquement décorée de Saraswati dans son vestibule. Cet endroit semble avoir longtemps été un lieu sacré pour les jaïns, comme en témoignent les vestiges archéologiques datant du milieu du Xe siècle qui y ont été découverts.
Les villes jumelles de Belur et Halebidu étaient autrefois les joyaux de la couronne de l'empire Hoysala. Aujourd'hui, elles attirent l'attention bien méritée des touristes, des chercheurs et des fidèles venus de différentes régions du pays et du monde entier. Les cultes quotidiens se poursuivent encore aujourd'hui dans la plupart des sanctuaires. Malgré les pertes irréparables subies au fil du temps, la grandeur de ces structures et la piété qui présida à leur construction continuent aujourd'hui encore d'inspirer le respect aux observateurs silencieux..
