Relations entre le Japon et la Chine dans l'Antiquité

Article

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 27 juin 2017
Disponible dans ces autres langues: anglais, chinois, espagnol
X

Les relations entre le Japon et la Chine ont une longue histoire et, à certaines périodes, les échanges de pratiques politiques, religieuses et culturelles entre les deux pays furent intenses. La Chine, l'État le plus ancien et le plus développé, transmit au Japon (parfois indirectement via la Corée) une longue liste d'idées, notamment la culture du riz, l'écriture, le bouddhisme, les modèles de gouvernement centralisé, les examens de la fonction publique, l'architecture des temples, les vêtements, l'art, la littérature, la musique et les habitudes alimentaires. Les relations commerciales dépassèrent largement les liens culturels et diplomatiques, le Japon commençant à développer sa propre voie culturelle à partir du 9e siècle.

Sea Routes from Ancient Japan to China
Routes maritimes de l'ancien Japon à la Chine
Brionies (Public Domain)

Premiers contacts

À la fin de la période Jomon, vers 400 avant notre ère (ou même avant), les premiers contacts du Japon avec l'étranger se firent sous la forme de migrants qui commencèrent à arriver d'Asie continentale, en particulier de la péninsule coréenne, probablement poussés par les guerres provoquées par l'expansion chinoise et entre royaumes rivaux. Ils apportèrent avec eux de nouvelles poteries, du bronze, du fer et des techniques de métallurgie améliorées qui permirent de produire des outils agricoles plus efficaces ainsi que des armes et des armures plus performantes.

Supprimer la pub
Publicité

Sur le plan politique, le Japon commença ses premières tentatives de relations internationales (kokusai kankei) à la fin de la période Yayoi (vers 300 av. J.-C. ou plus tôt, jusqu'à environ 250 ap. J.-C.). Selon le Han Shu ("Histoire de Han"), datant de 82 de notre ère, des envoyés et des tributs avaient été envoyés aux commanderies chinoises du nord de la Corée par les Wa, nom donné à l'époque à la jeune confédération de petits États du sud et de l'ouest du Japon, dont le plus important était le Yamato. Il s'agit de la plus ancienne référence textuelle au Japon. Une deuxième source chinoise ancienne est le Wei Chih ("Histoire de Wei") de 297 de notre ère. Les premières missions de tribut vers la Chine sont enregistrées en 57 et 107 de notre ère. L'un des souverains japonais connus pour avoir envoyé des ambassades en territoire chinois (238, 243 et vers 248 de notre ère) et la figure la plus célèbre de cette période est la reine Himiko (r. vers 189-248 de notre ère). Au cours de la période Kofun qui suivit (c. 250 - 538 de notre ère), des émissaires continuèrent à être envoyés en Chine: en 425 , 478 et onze autres jusqu'en 502 de notre ère. Le Japon de Yamato établit lentement une présence diplomatique internationale.

Période Asuka et bouddhisme

La période Asuka (538-710) connut une intensification des échanges culturels avec l'introduction de lois et de codes pénaux basés sur ceux de la Chine, la création d'une capitale permanente et la nationalisation des terres. Le bouddhisme fut également introduit au Japon au cours du 6e siècle, traditionnellement en 552. En réalité, c'est un moine coréen qui l'introduisit, mais il fut considéré comme une religion chinoise et fut officiellement adopté par l'empereur Yomei (r. de 585 à 587 de notre ère). Le bouddhisme renforça l'idée d'une société à plusieurs niveaux de statut social, avec l'empereur au sommet, protégé par les quatre rois gardiens de la loi bouddhiste. L'aristocratie pouvait également affirmer qu'elle jouissait d'une position privilégiée dans la société parce qu'elle avait accumulé des mérites dans une vie antérieure.

Supprimer la pub
Publicité
L'adoption du bouddhisme par le Japon, espérait-on, serait favorablement perçue par les cultures voisines plus avancées de la Corée et de la Chine.

L'adoption du bouddhisme, espérait-on, serait favorablement perçue par les cultures voisines plus avancées de la Corée et de la Chine et renforcerait la réputation du Japon en tant que nation civilisée montante en Asie de l'Est. C'est pour cette même raison que les conventions chinoises en matière d'étiquette de la cour, d'adresse et de titres officiels, ainsi que les cérémonies de consommation du thé et les habitudes alimentaires furent également copiées. Une fois ces règles officiellement adoptées, des moines, des érudits et des étudiants furent régulièrement envoyés en Chine pour approfondir les principes du bouddhisme et rapporter ces connaissances, ainsi que des œuvres d'art et parfois même des reliques, pour le bénéfice du peuple japonais.

Le bouddhisme continua d'évoluer en tant que foi, tant en Inde qu'en Chine, et de nouvelles sectes se développèrent, sectes qui finirent par arriver au Japon par l'intermédiaire de moines ayant étudié à l'étranger. Deux des moines érudits les plus connus sont Kūkai (774-835) et Saicho (767-822), qui fondèrent respectivement les sectes Shingon et Tendai. Un autre moine important, Ennin (vers 793-864), étudia le bouddhisme ésotérique en Chine pendant neuf ans et rapporta au Japon ces nouvelles idées, des textes originaux, des mandalas et des objets rituels.

Supprimer la pub
Publicité

Buddha, Todaiji Temple
Bouddha, temple Todaiji
James Blake Wiener (CC BY-NC-SA)

Missions diplomatiques

Le prince Shotoku, régent au nom de l'impératrice Suiko de 594 à sa mort en 622, fut un grand promoteur des liens avec la Chine et un fervent défenseur de tout ce qui était chinois, des baguettes au bouddhisme. Sa célèbre Constitution en dix-sept articles de 604 est fortement influencée par les idées taoïstes, confucéennes et bouddhistes. Shotoku envoya également des ambassades officielles à la cour des Sui en Chine à partir de 607 environ, puis tout au long du VIIe siècle. Dix-neuf missions parrainées par l'État furent envoyées en Chine entre 607 et 839. Les missions étaient dirigées par un haut fonctionnaire de la cour, accompagné de conseillers, d'érudits, de moines, d'artistes, de médecins, de musiciens, de devins, de scribes et d'interprètes. Chaque ambassade pouvait ainsi comprendre plusieurs centaines de personnes. Les dépenses des fonctionnaires importants étaient prises en charge par leurs hôtes. Des "hommages" étaient rendus et des cadeaux reçus en retour, notamment des peintures et des livres.

Les artistes copiaient les œuvres qu'ils pouvaient emporter chez eux comme ouvrages de référence, les musiciens payaient des leçons auprès de professeurs célèbres et les érudits (généralement des moines) étudiaient auprès de maîtres religieux renommés. Les médecins se formaient dans les arts de l'acupuncture, de la moxibustion, du massage et de l'exorcisme. Les étudiants eux séjournaient plus longtemps et ne revenaient pas avec l'ambassade principale. Étudiant pendant plusieurs années, leurs frais étaient, dans la plupart des cas, également pris en charge par le gouvernement chinois. Ceux qui prenaient le temps d'étudier sérieusement en Chine étaient souvent récompensés par de hautes fonctions à leur retour au Japon, devenant conseillers du gouvernement ou directeurs d'institutions telles que l'université de Nara où les principes confucéens étaient enseignés et où les cours de littérature et de droit chinois étaient les plus populaires. Les moines continuèrent à établir et à diriger leurs propres sectes de bouddhisme qui devinrent immensément populaires car leurs nouvelles connaissances leur permettaient de s'emparer de la position des écoles et des abbés existants.

Tout au long de la période Asuka (538-710), la littérature et la musique japonaises suivirent les modèles chinois, les artistes rapportant des idées de l'Asie continentale. De même, les styles architecturaux arrivèrent de Chine. L'architecture des bâtiments publics de Nara et de la capitale qui lui succéda, Heiankyo (Kyoto), suivit les modèles chinois, la plupart des bâtiments de l'administration publique étant dotés de colonnes cramoisies soutenant des toits de tuiles vertes. Heiankyo fut aménagée selon un plan quadrillé régulier, avec des rues à angle droit créant des îlots de taille régulière sur le modèle chinois de la capitale occidentale de Ch'ang-an, tout comme Nara l'avait fait. Le palais royal suivait les idées chinoises et la ville possédait même une académie d'enseignement chinois (Daigaku-ryo). En revanche, les maisons privées, les entrepôts et les bâtiments agricoles continuaient d'être construits selon la tradition architecturale japonaise.

Supprimer la pub
Publicité

Central Gate & Pagoda, Horyuji Temple
Porte centrale et pagode, temple Hōryū-ji
Horyuji Chumon Warizuka (CC BY-SA)

La Chine envoyait occasionnellement des ambassades au Japon et des missions furent signalées à Kyushu, Nara et Heiankyo. Il ne s'agissait cependant pas pour les Chinois d'apprendre du Japon, mais plutôt d'un sceau officiel d'approbation de l'acceptation du Japon en tant que nation "tributaire". Les Chinois apportèrent des cadeaux de valeur et, plus important encore, des marchands qui purent établir des relations commerciales lucratives et durables avec leurs homologues japonais. En effet, le commerce entre les deux nations dura bien plus longtemps que les relations diplomatiques.

Échec des relations

Les relations avec les voisins continentaux du Japon ne furent pas toujours amicales. Le royaume de Silla, rival de longue date de Baekje dans la péninsule coréenne, finit par prendre le dessus sur son voisin en 660, avec l'aide d'une imposante force navale chinoise Tang. Une force rebelle de Baekje persuada le Japon d'envoyer 800 navires sous le commandement d'Abe no Hirafu pour les aider à reprendre le contrôle de leur royaume, mais la force conjointe fut vaincue à la bataille de Baekgang (Hakusonko) à l'embouchure de la rivière Geum/Paekchon en 663. Le succès du royaume unifié de Silla entraîna l'arrivée au Japon d'une nouvelle vague d'immigrants en provenance des royaumes de Baekje et de Goguryeo qui s'étaient effondrés. Après leur défaite, le Japon fut peut-être envahi par Silla, par les Tang ou par les deux. Une grande fortification fut construite à Dazaifu, dans le sud-est du Japon, mais la menace d'une occupation ne se concrétisa jamais.

Période Heian et refroidissement des relations

Pendant la période Heian (794-1185), après une dernière ambassade auprès de la cour des Tang en 838, il n'y eut plus de relations diplomatiques formelles avec la Chine, le Japon devenant quelque peu isolationniste sans avoir besoin de défendre ses frontières ou de se lancer dans des conquêtes territoriales. Vers 900, la grande dynastie Tang s'effondra et la Chine devint une désunion d'États concurrents. Ce fait, le danger de naviguer vers le continent, et une réaction croissante contre l'influence chinoise avec un désir correspondant pour les Japonais d'exercer leur propre développement politique signifient que les missions diplomatiques se tarirent entre les deux États.

Supprimer la pub
Publicité

Sutra Inscribed Tablet
Tablette avec inscription de Sutra
James Blake Wiener (CC BY-NC-SA)

Un commerce florissant

Malgré le déclin des missions politiques, des échanges commerciaux et culturels sporadiques avec la Chine se poursuivirent, comme auparavant. Les marchandises importées de Chine étaient principalement des articles de luxe, mais la liste était variée et comprenait des médicaments, des parfums, des tissus de soie travaillés, des damas, des brocarts, des céramiques, des armes, des armures, des clous de girofle, du musc, du lapis-lazuli, du cinabre, des teintures et des instruments de musique. Il y avait aussi les livres; un catalogue datant de 891 répertorie plus de 1 700 titres chinois disponibles au Japon, couvrant l'histoire, la poésie, les protocoles de cour, la médecine, les lois et les classiques confucéens. Le Japon envoyait en retour des perles, de la poudre d'or, de l'argent, de l'ambre, de l'agate, de la soie brute, de l'huile de camélia, du mercure, du soufre, du papier et des laques dorées. Malgré ces échanges, l'absence de missions régulières entre les deux États à partir du 10e siècle signifie que la période Heian vit l'influence de la culture chinoise diminuer, ce qui permit à la culture japonaise de trouver sa propre voie de développement.

Au 13e siècle, à la toute fin de la période ancienne, les Mongols envahirent la Chine et jetèrent leur dévolu sur le Japon. Lorsque le Japon refusa de devenir une nation soumise à l'empire du puissant Kubilaï Khan, une force d'invasion massive fut rassemblée. À deux reprises, en 1274 et 1281, les flottes mongoles furent repoussées par des typhons - ce que l'on appellera les vents divins ou kamikazes, envoyés par les dieux pour protéger le Japon au moment où il était le plus en danger. La nation avait survécu et était désormais prête à s'épanouir dans la période médiévale et à poursuivre son propre destin culturel indépendant et unique.

This content was made possible with generous support from the Great Britain Sasakawa Foundation.

Supprimer la pub
Publicité

Bibliographie

World History Encyclopedia est un associé d'Amazon et perçoit une commission sur les achats de livres sélectionnés.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que toutes les civilisations peuvent nous offrir. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2017, juin 27). Relations entre le Japon et la Chine dans l'Antiquité [Ancient Japanese & Chinese Relations]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1085/relations-entre-le-japon-et-la-chine-dans-lantiqui/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Relations entre le Japon et la Chine dans l'Antiquité." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le juin 27, 2017. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1085/relations-entre-le-japon-et-la-chine-dans-lantiqui/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Relations entre le Japon et la Chine dans l'Antiquité." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 27 juin 2017. Web. 29 mai 2024.

Adhésion