La bataille de Philippi (3 juin 1861) fut le premier affrontement terrestre organisé de la guerre de Sécession et se déroula à Philippi, en Virginie (aujourd'hui en Virginie-Occidentale), plus d'un mois avant la bien plus célèbre première bataille de Bull Run (également appelée première bataille de Manassas), livrée le 21 juillet 1861 et généralement considérée comme la première bataille de la guerre.
La bataille de Philippi se distingue de la bataille de Fairfax Court House, survenue le 1er juin 1861, car elle constitua une opération planifiée menée par l'armée de l'Union, tandis que l'affrontement de Fairfax Court House était une rencontre fortuite entre des forces adverses.
La bataille, généralement considérée comme une simple escarmouche, se solda par une victoire de l'Union et fut célébrée comme un grand triomphe par la presse nordiste, qui y vit le présage d'une issue rapide à la guerre de la Rébellion. Outre son statut de première bataille terrestre du conflit, cet affrontement revêt une importance particulière à plusieurs titres:
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L'élévation du major général de l'Union George B. McClellan au rang de héros national dans le Nord, ce qui favorisa sa nomination par le président Lincoln au poste de commandant en chef de l'armée des États-Unis, fonction qu'il occupa de 1861 à 1862.
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Les premières amputations pratiquées sur un champ de bataille, réalisées par des chirurgiens de l'Union sur des blessés confédérés.
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La création d'une prothèse de jambe par le Confédéré James E. Hanger, l'un des blessés de la bataille, qui fabriqua ensuite des membres artificiels pour la Confédération et fonda la Hanger Orthopedic Group, Inc., une entreprise qui exerce toujours aujourd'hui aux États-Unis sous le nom de Hanger, Inc.
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Le renforcement du gouvernement pro-Union de Virginie en exil, qui conduisit à la création de l'État de Virginie-Occidentale en 1863.
Cet affrontement est également connu sous le nom de "Philippi Races" en anglais, une expression inventée par la presse nordiste pour se moquer de la fuite du champ de bataille des Confédérés, surpris et mal préparés, lorsque l'Union lança l'assaut contre la ville.
La Virginie pro-Union et la Virginie pro-sécessionniste
La colonie de Jamestown, en Virginie, fut fondée en 1607, et la colonisation de la région s'étendit vers l'ouest. En 1640, l'esclavage des Noirs était déjà établi, et fut institutionnalisé en 1660. Les grandes plantations reposant sur le travail des esclaves ne s'étendirent toutefois pas jusqu'au nord-ouest de la colonie et, avec le temps, les habitants de cette région estimèrent avoir davantage en commun avec ceux de l'Ohio et de la Pennsylvanie qu'avec ceux de leur propre État.
Après que le fort Sumter de l'Union eut été bombardé par les troupes confédérées le 12 avril 1861 et que le président Abraham Lincoln eut appelé à la mobilisation de troupes pour réprimer la rébellion, le gouvernement de Virginie siégeant à Richmond, se prononça en faveur de la sécession le 23 mai, même si un fort sentiment pro-Union persistait dans le nord-ouest de l'État, en particulier à Wheeling, qui deviendrait le siège du gouvernement pro-Union en exil.
Il existait néanmoins de nombreux bastions pro-sécessionnistes dans la région et, après l'adoption de la sécession à Richmond, des officiers confédérés arrivèrent dans plusieurs villes afin d'y recruter des hommes pour l'armée. L'une d'elles était Grafton, choisie par le colonel confédéré George Porterfield comme lieu de rassemblement des troupes. Grafton étant toutefois fortement pro-Union, Porterfield se replia sur Philippi, une ville acquise à la cause sécessionniste.
Prélude à la bataille
Porterfield avait reçu environ 1 000 vieux mousquets qui dataient de la guerre de 1812, ainsi que des amorces à percussion conçues pour des fusils de chasse. Il parvint à rassembler entre 750 et 775 recrues, qui arrivèrent munies de fusils de chasse, de longs couteaux et de toutes les autres armes qu'elles avaient pu trouver, mais celles-ci n'avaient reçu que peu, voire aucune formation militaire et n'avaient absolument aucune expérience du combat.
Afin de ralentir toute offensive susceptible d'être lancée contre lui, Porterfield fit incendier les ponts entre Philippi et Wheeling. Cela fournit au major général George B. McClellan le prétexte dont il avait besoin pour envoyer des troupes en Virginie depuis son quartier général de Cincinnati, dans l'Ohio. Les objectifs de McClellan étaient les suivants:
- tuer ou capturer les responsables de la destruction des ponts
- occuper la région et protéger la population pro-Union
- protéger, maintenir et assurer le fonctionnement de la ligne de chemin de fer Baltimore and Ohio Railroad, indispensable aux déplacements des troupes de l'Union et à leur ravitaillement
L’historien Hunter Lesser explique:
Le 27 mai 1861, le général McClellan ordonna aux troupes fédérales de traverser l’Ohio à bord de bateaux à vapeur et d’envahir la Virginie occidentale… À la tête de cette invasion se trouvait le 1er régiment d’infanterie de Virginie, un régiment de volontaires américains, constitué sur le sol de Virginie. Ici, la guerre opposa véritablement des frères les uns aux autres. (13)
McClellan confia au général de brigade Thomas A. Morris le commandement de l’invasion de la Virginie. Le colonel Benjamin Franklin Kelley, commandant du régiment de Virginie, élabora un plan de mouvement en tenaille: une attaque sur deux fronts dans laquelle les troupes de Kelley arriveraient au sud de Philippi, tandis que celles du colonel Ebenezer Dumont (soutenues par le colonel Frederick W. Lander) s’empareraient de la ville par le nord-ouest. Afin de faire croire à l’ennemi que leur objectif était Harpers Ferry, les 1 600 hommes de Kelley furent embarqués dans un train en direction de l’est, débarquèrent dans le village de Thornton, puis rebroussèrent chemin vers Philippi.
Pendant ce temps, les colonels Dumont et Lander menèrent leurs 1 400 hommes sous les pluies battantes de la nuit du 2 au 3 juin afin d'arriver sur les hauteurs de Philippi le matin du 3. Morris avait ordonné que l'attaque débute avant l'aube au signal d'un coup de pistolet, qui déclencherait un barrage d'artillerie suivi d'un assaut sur la ville mené par Dumont, tandis que Kelley avancerait depuis le sud, afin de prendre les forces rebelles en tenaille.
La bataille de Philippi
Les averses de la nuit précédente se poursuivirent jusqu’au matin du 3 juin, et les Confédérés présents à Philippi qui étaient déjà éveillés s’étaient abrités dans leurs tentes. Aucun avant-poste n’avait été mis en place, et aucun garde n’était posté autour du camp. Tout semblait indiquer que le plan de Morris se déroulerait exactement comme prévu, jusqu’à ce qu’une intervention inattendue ne vienne tout bouleverser. Mme Thomas Humphreys, une sympathisante sécessionniste de la ville, aperçut les troupes de l’Union prendre position et envoya son fils seller son cheval pour aller alerter le camp. Lorsque son fils fut intercepté par des avant-postes de l’Union, Mme Humphreys tira un coup de pistolet dans leur direction, manquant sa cible mais déclenchant ainsi l’attaque plus tôt que prévu.
Kelley, qui s'était trompé de chemin en se rendant à Philippi, arriva plus au nord que prévu et, l'attaque étant déjà en cours, n'eut pas le temps de se redéployer vers le sud pour achever le mouvement de tenaille et empêcher la fuite des Confédérés. L'artillerie de Dumont ouvrit le feu sur le camp confédéré, provoquant une panique générale et une fuite vers le sud, nombre de soldats étant encore en tenue de nuit. Certains s'arrêtèrent pour riposter avant de rejoindre les autres dans leur fuite hors de la ville. L'infanterie de Dumont avança alors, et entra dans la ville par le désormais célèbre pont couvert, tandis que le colonel Lander descendait à cheval le versant escarpé qui surplombait la ville, un exploit largement célébré par la suite par la presse nordiste, et qui devint l'image la plus célèbre de la bataille de Philippi après la publication d'une illustration dans le périodique Leslie's Weekly.
La fuite désordonnée du camp confédéré donna naissance au nom populaire de cet engagement, les "Races at Philippi", qui fut ensuite abrégé en "Philippi Races" (Courses de Philippi). Kelley, incapable de bloquer la retraite des Confédérés, les poursuivit avec ses troupes et fut touché à la poitrine (mais survécut); le colonel Lander tira alors sur l’homme qui avait blessé Kelley (cet homme survécut également). Les Confédérés poursuivirent leur retraite sur 45 miles (72 km) avant d'atteindre Huttonsville.
Conséquences
Bien que les deux camps aient déclaré avoir infligé des pertes à l'adversaire, il n'y eut aucun mort; seuls deux soldats de l'Union et trois Confédérés furent blessés. Deux de ces trois blessés confédérés, touchés par des tirs d'artillerie, durent subir une amputation, et ces interventions sont considérées comme les premières amputations réalisées sur un champ de bataille de la guerre de Sécession. L'un d'eux, comme indiqué précédemment, était James E. Hanger, un étudiant de 18 ans qui, après son retour chez lui, fabriqua une jambe artificielle dotée d'une articulation au niveau du genou et de la cheville, à partir de douelles de tonneau et de caoutchouc.
Tout comme les troupes confédérées, de nombreux habitants de Philippi prirent également la fuite, abandonnant leurs maisons et leurs biens. Un mois plus tard, un rapport des troupes de l'Union stationnées à Philippi indiquait que seules trois familles étaient revenues et que la ville était pratiquement devenue une ville fantôme.
La presse nordiste présenta la bataille comme une victoire éclatante, vantant la bravoure des généraux de l’Union, le génie de la campagne menée par McClellan (qui le rendit instantanément célèbre) et insistant à maintes reprises sur la "fuite lâche des rebelles" comme preuve d’une victoire facile sur la Confédération, qui pourrait être remportée par une avancée rapide sur Richmond, la capitale des États confédérés.
Le président Lincoln et son état-major partagèrent cet avis et ordonnèrent cette avancée, qui fut stoppée de manière mémorable par les forces confédérées lors de la première bataille de Bull Run (première bataille de Manassas), le 21 juillet 1861, généralement considérée comme la première grande bataille de la guerre de Sécession. Cependant, sans la bataille (ou l'escarmouche) de Philippi, la première bataille de Bull Run n’aurait peut-être pas eu lieu, ou du moins pas au moment ni de la manière dont elle se déroula.
Conclusion
La première bataille de Bull Run, qui se solda par une victoire des Confédérés, entraîna d'autres défaites de l'Union tout au long de l'année 1861 et jusqu'en 1862, en grande partie à cause de l'incompétence et de l'excès de prudence de McClellan qui, bien qu'acclamé en tant que "héros de Philippi", n'était pas présent lors de la bataille et n'avait joué aucun rôle dans cette victoire.
La "première bataille de la guerre de Sécession" est donc toujours présentée comme une victoire confédérée, mais il n'en est rien. La première grande bataille de la guerre de Sécession fut la première bataille de Bull Run (première bataille de Manassas), mais ce n’était pas la première fois que les troupes de l’Union et des Confédérés s’affrontaient sur un champ de bataille. Le premier affrontement terrestre organisé eut lieu à Philippi et se solda par une victoire de l’Union, la première d'une longue série de victoires remportées entre 1863 et 1865 grâce au talent de généraux tels que George Meade, Ulysses S. Grant et William Tecumseh Sherman.
La bataille de Philippi renforça également le gouvernement pro-Union de Wheeling, qui adopta la Déclaration du peuple de Virginie lors de la deuxième convention de Wheeling en juin 1861, laquelle stipulait que toute modification du gouvernement de l'État devait être approuvée par le peuple et non, comme lors de la convention de sécession tenue à Richmond en mai, par la législature. Cette décision conduisit progressivement la région à se séparer du reste de la Virginie et à former la Virginie-Occidentale, admise au sein de l'Union en juin 1863.
Aujourd'hui, la ville de Philippi, en Virginie-Occidentale, compte plus de 3 000 habitants et constitue le chef-lieu du comté de Barbour. Chaque année, la bataille de Philippi y est commémorée en juin lors de la Blue and Gray Reunion, qui comprend une reconstitution de la bataille, un défilé et un festival.
Une reconstitution du pont couvert par lequel Dumont mena ses troupes enjambe toujours la rivière Tygart et, chaque jour, les habitants parcourent les rues de la ville devenue célèbre pour les "Philippi Races" lors de la première campagne organisée de la guerre de Sécession.
