Bataille de Rich Mountain

La victoire qui créa une armée
Joshua J. Mark
par , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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La bataille de Rich Mountain (11 juillet 1861), qui se déroula dans le comté de Randolph, en Virginie (aujourd'hui Virginie-Occidentale), fut la deuxième victoire de l'Union attribuée au général de division George B. McClellan au début de la guerre de Sécession. La première fut la bataille de Philippi (Philippi Races), le 3 juin 1861.

La bataille de Philippi fut en réalité remportée par le général de brigade Thomas A. Morris (bien que cela fût principalement dû à la chance qu’il eut d’affronter des troupes confédérées nouvellement formées et inexpérimentées) et celle de Rich Mountain fut en réalité remportée par le général de brigade William Rosecrans. McClellan s'attribua toutefois le mérite des deux victoires, ce qui le propulsa au rang de héros national dans le Nord et conduisit Abraham Lincoln à lui confier le commandement de l'Armée du Potomac, puis de l'ensemble des armées de l'Union; un honneur dont il allait constamment prouver ne pas être digne.

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Union Soldiers at the Battle of Rich Mountain
Soldats de l'Union à la bataille de Rich Mountain Alonzo Chappel (Public Domain)

Néanmoins, si McClellan n’avait pas été promu à ce poste, il n’aurait jamais pu prendre en main cette force de volontaires indisciplinée, démoralisée et vaincue – anéantie après la première bataille de Bull Run (First Manassas) le 21 juillet 1861 – et la transformer en l’Armée du Potomac, une armée professionnelle hautement disciplinée. La bataille de Rich Mountain fut donc la victoire qui créa une armée.

Contexte de la bataille

La bataille de Philippi (Philippi Races), qui se déroula dans ce qui était alors la Virginie (aujourd’hui la Virginie-Occidentale), fut la première bataille terrestre organisée de la guerre de Sécession et se solda par une victoire de l’Union. La bataille de Big Bethel (10 juin 1861), également livrée en Virginie, fut une victoire décisive des Confédérés. Début juin 1861, les deux camps pensaient que la guerre serait bientôt terminée et qu’ils en sortiraient vainqueurs.

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Le général Garnett considérait que la défense de deux cols de montagne – Laurel Hill et Rich Mountain – revêtait une importance capitale.

La presse du Nord présentait la bataille de Philippi comme une preuve évidente que les Confédérés fuyaient le combat, tandis que la presse sudiste soulignait l’incompétence des dirigeants de l’Union dans leur défaite à Big Bethel. Ce n’était qu’une question de temps, très peu de temps – pensait-on –, avant que le camp adverse ne se rende compte de son erreur et que les hostilités ne prennent fin.

Pourtant, les deux camps savaient pertinemment que ce moment n’était pas encore venu. Les Confédérés de Philippi s’étaient enfuis vers le sud le 3 juin pour rejoindre Huttonsville où, le 14 juin, le général de brigade Robert S. Garnett arriva pour prendre le commandement. Il considérait la défense de deux cols de montagne – Laurel Hill et Rich Mountain – comme d’une importance capitale et y fit marcher ses forces, composées d’un peu plus de 5 000 hommes, le 15 juin. Garnett installa son quartier général à Laurel Hill avec le gros de ses troupes et déploya environ 1 300 hommes à Rich Mountain sous le commandement du lieutenant-colonel John Pegram.

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McClellan avait organisé et lancé l’attaque de Philippi depuis son quartier général de Cincinnati, dans l’Ohio, mais, après la victoire, il arriva en Virginie pour prendre le commandement des forces de l’Union. Il avait été chargé de chasser les sécessionnistes de la région du nord-ouest de la Virginie et, après la victoire à Philippi, il tourna son attention vers les forces confédérées positionnées à Laurel Hill et Rich Mountain.

General George B. McClellan and Staff, 1861
Le général George B. McClellan et son état-major, 1861 Unknown Photographer (Public Domain)

Morris marcha depuis Philippi pour aller à la rencontre des Confédérés commandés par Garnett à Laurel Hill, et des escarmouches éclatèrent le 7 juillet. McClellan, quant à lui, s’était déplacé pour intercepter les forces de Pegram à Rich Mountain, toute proche, où il arriva le 9 juillet; Rosecrans arriva le 10 pour le renforcer.

Le plan initial de McClellan prévoyait une attaque sur deux fronts: une feinte contre Garnett à Laurel Hill et un engagement direct contre Pegram à Rich Mountain, tandis qu’une autre partie de ses troupes effectuerait un mouvement de contournement autour de l’ennemi pour s’emparer de la ville voisine de Beverly et couper toute voie de retraite par cette voie.

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Bataille de Rich Mountain

McClellan disposait de près de 20 000 hommes sous son commandement contre les 5 300 de Garnett, mais, dans une décision qui allait caractériser son commandement de 1861 à 1862, il surestima l’importance des forces ennemies et, au lieu de mettre directement ses plans à exécution, ordonna à l’artillerie d’ouvrir le feu pour décimer cette immense force ennemie qui n’existait pas.

Le soir du 10 juillet, un civil de 22 ans nommé David Hart arriva au camp et fut conduit auprès de Rosecrans. Hart était pro-Union, vivait à Rich Mountain et connaissait un sentier qui permettrait aux forces de l’Union de contourner les lignes confédérées afin de lancer une attaque surprise sur leurs flancs. Rosecrans présenta Hart à McClellan, qui approuva le plan, puis Rosecrans partit à la tête d’une brigade, avec Hart comme guide.

Le nouveau plan prévoyait que Rosecrans lance son attaque sur le flanc confédéré et que, dès que McClellan en entendrait le début, il lance à son tour un assaut frontal. Cette opération aurait anéanti les forces confédérées de Rich Mountain.

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General William Rosecrans
Général William Rosecrans Library of Congress (Public Domain)

Il fallut à Rosecrans beaucoup plus de temps que prévu pour parcourir le chemin, soit environ 10 heures (en grande partie à cause d’une pluie battante qui avait transformé le sentier en bourbier) et, pendant ce temps, McClellan devenait de plus en plus inquiet. Il finit par conclure que la manœuvre de contournement avait été une mauvaise idée et envoya un messager à la poursuite de Rosecrans pour lui ordonner de revenir. Ce messager fut capturé par les Confédérés, qui apprirent par lui que la manœuvre de contournement était en cours.

ROSECRANS ORDONNA UNE CHARGE À LA BAÏONNETTE ET S’EMPARA RAPIDEMENT DE LA POSITION DE PEGRAM.

Pegram supposa que l’attaque viendrait du nord et plaça la seule pièce d’artillerie dont il disposait à cet endroit, organisant sa défense autour d’elle. À 14 h 30, l’après-midi du 11 juillet, les forces de Rosecrans attaquèrent par le sud. Pegram ordonna de faire pivoter la pièce de 16 livres et de la replier, repoussant ainsi Rosecrans à deux reprises.

Comme Rosecrans ne reprenait pas l’offensive et que, dans la brume de fumée dégagée par les canons et les armes légères, les Confédérés ne voyaient aucun soldat de l’Union, ils poussèrent un grand cri de joie. De retour à son camp, McClellan interpréta cela comme le signe de la défaite de Rosecrans et refusa d’ordonner l’assaut frontal.

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En réalité, Rosecrans avait ordonné à ses hommes de se mettre à l’abri et de rester silencieux afin de faire croire à l’ennemi qu’ils s’étaient repliés. Il ordonna alors une charge à la baïonnette et s’empara rapidement de la position de Pegram.

Les Confédérés qui n’avaient pas été tués ou blessés dévalèrent la pente et s’enfuirent vers Beverly – que McClellan n’avait pas prise et qui était donc largement exposée. Il était déjà tard dans la journée et Rosecrans choisit de ne pas les poursuivre. Comme il était également trop tard, et que les hommes étaient trop fatigués, pour retourner au camp, ils passèrent la nuit dans l’ancienne position confédérée sur Rich Mountain.

Looking Westward (Downhill) from Rich Mountain
Vue vers l'ouest (en descente) depuis Rich Mountain : site de la bataille de Rich Mountain en 1861 Brian M. Powell (CC BY-SA)

Poursuite et Corrick's ford

Cette nuit-là, apprenant la défaite de Pegram, Garnett quitta discrètement Laurel Hill et se dirigea vers Beverly. Vers l’aube du 12 juillet, alors qu’ils approchaient de Beverly, ses éclaireurs signalèrent la présence de troupes de l’Union dans la ville et conclurent que McClellan devait s’en être emparé. Il s’agissait en réalité des hommes de Pegram qui avaient fui Rich Mountain, mais Garnett n’avait aucun moyen de le savoir.

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Il crut qu’il était désormais coupé de toute possibilité de fuite facile par la route Staunton-Parkersburg et qu’il devait rebrousser chemin pour emprunter des routes secondaires qui les mèneraient vers le sud. Pendant ce temps, Morris avait avancé vers la position de Garnett à Laurel Hill et constata qu’il avait disparu. Il ordonna au capitaine Henry W. Benham de prendre 1 840 hommes et de poursuivre Garnett.

S'ensuivit alors une poursuite effrénée: Benham talonnait Garnett, tandis que ce dernier, sachant qu’il était poursuivi, lançait des arbres, des chariots et tout ce qui lui tombait sous la main derrière son armée en retraite afin de ralentir Benham. Sa progression était entravée par les fortes pluies récentes qui avaient transformé les chemins et les routes en une boue épaisse et gluante. Benham le poursuivit sans difficulté et aperçut l’ennemi le matin du 13 juillet.

Une bataille en mouvement s’ensuivit alors jusqu’à ce que Garnett n'atteigne Corrick’s Ford et n'ordonne à ses hommes de se déployer et de tenir leur position. Il se trouvait à l’avant-garde, mais revint avec dix tireurs d’élite pour commander l’arrière-garde. Chevauchant d’avant en arrière et criant des ordres, Garnett fut abattu d'une balle dans le dos et tomba sans vie dans la rivière. La question de savoir si ce tir provenait d’une arme de l’Union ou, par erreur, d’un fusil confédéré, fait encore débat. Garnett fut le premier officier général tué pendant la guerre.

L’armée de Garnett se désorganisa et prit la fuite face à l’avancée de Benham. Certains se rendirent, mais la plupart s'enfuirent dans les bois environnants. Benham ne les poursuivit pas et retourna vers Morris pour faire son rapport.

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Camp Garnett, Part of the Battle of Rich Mountain
Camp Garnett, dans le cadre de la bataille de Rich Mountain Brian M. Powell (CC BY-SA)

Conséquences

Morris, à son tour, fit son rapport à McClellan, comme l’avait fait Rosecrans, et McClellan envoya un télégramme à Washington, D.C. qui disait:

Les forces de Garnett ont été mises en déroute… son armée est démoralisée… nous avons saisi tous ses canons, un très grand nombre de chariots, de tentes, etc. – tout ce qu’il possédait… Garnett a été tué… Nous avons anéanti l’ennemi en Virginie occidentale… Notre succès est total et la sécession est anéantie dans ce pays. (Lesser, 56)

Le rapport de McClellan sur sa victoire à la bataille de Rich Mountain, qui faisait suite aux honneurs déjà remportés lors de la bataille de Philippi, fit de lui un héros dans le Nord. Après la défaite des forces de l’Union lors de la première bataille de Bull Run (première bataille de Manassas) le 21 juillet 1861, Lincoln convoqua McClellan à Washington, D.C. et lui confia le commandement de l’Armée du Potomac.

En réalité, McClellan n’avait fait preuve d’aucun talent ni d’aucune compétence en matière de commandement – ni à Philippi, ni à Rich Mountain. Dans son rapport officiel, il n’attribua aucun mérite à Rosecrans – qui avait pourtant remporté la bataille – et critiqua Morris pour son inaction, lui reprochant de ne pas avoir poursuivi l’armée de Garnett plus tôt et avec plus d’agressivité.

McClellan avait échoué dans sa tentative de s'emparer de Beverly et d'y maintenir ses positions avant la bataille; il n'avait jamais lancé l'assaut frontal pour soutenir Rosecrans et, en envoyant le messager, il avait en réalité averti Pegram de la manœuvre de contournement.. L’historien Stephen Budiansky, commentant la bataille, écrit :

L’action a délogé les rebelles, mais a permis à la plupart d’entre eux de s’échapper. [Jacob Cox, l’un des commandants de brigade de McClellan] écrivit: "L’affaire de Rich Mountain, lorsqu’on l’analyse, présente les mêmes caractéristiques qui devinrent bien connues par la suite. On y retrouve la même surestimation de l’ennemi, la même tendance à interpréter de manière défavorable ce que l’on voyait et entendait devant soi, la même hésitation à engager l’ensemble de ses forces alors qu’il savait que son subordonné était engagé dans le combat." (43)

Map of the American Civil War, 1861-1865
Carte de la guerre de Sécession, 1861-1865 Simeon Netchev (CC BY-NC-ND)

Conclusion

Comme quoi, les "informations mensongères" ne datent pas d’hier, et McClellan sut tirer parti de "ses" victoires pour devenir celui qui créa l’armée du Potomac à partir de cette force d’amateurs qui avait combattu à First Bull Run. Les atouts évidents de McClellan résidaient dans l’administration et l’organisation, et son charisme personnel ainsi que l’attention qu’il portait à ses hommes permirent de constituer une formidable force de combat entre juillet et novembre 1861.

Il n'était toutefois pas doué pour le commandement sur le terrain, ce qui éclata au grand jour lors de la campagne de la Péninsule et, surtout, lors de la bataille d'Antietam, où son penchant à surestimer l'effectif des forces ennemies et son incompétence au commandement – manifestes depuis Rich Mountain en juillet 1861 jusqu'à Antietam en septembre 1862 – finirent par exaspérer Lincoln.

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Après Antietam, McClellan fut démis de ses fonctions et envoyé à Trenton, dans le New Jersey, pour y attendre de nouveaux ordres. Aucun autre ordre ne lui fut toutefois confié, et il ne commanda plus jamais les forces de l'Union pendant la Guerre de Sécession. Il n'en reste pas moins que l'armée, dirigée par la suite par Ulysses S. Grant, qui écrasa la Confédération et remporta la guerre, fut à l'origine formée et façonnée par McClellan ; et cette armée n'aurait jamais vu le jour sans la victoire remportée lors de la bataille de Rich Mountain.

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Questions & Réponses

Où et quand la bataille de Rich Mountain a-t-elle eu lieu?

La bataille de Rich Mountain se déroula le 11 juillet 1861 dans le comté de Randolph, en Virginie (États-Unis), qui fait aujourd'hui partie de la Virginie-Occidentale.

Qui a remporté la bataille de Rich Mountain en 1861?

Les forces de l'Union, sous le commandement de George B. McClellan, remportèrent la bataille de Rich Mountain en 1861.

La bataille de Rich Mountain a-t-elle été la première victoire de l'Union pendant la Guerre de Sécession?

Non. La bataille de Philippi (les "Philippi Races"), qui eut lieu le 3 juin 1861, fut la première victoire de l'Union pendant la guerre de Sécession.

Pourquoi la bataille de Rich Mountain est-elle importante?

La bataille de Rich Mountain revêt une grande importance, car elle permit de chasser les Confédérés du nord-ouest de la Virginie, de préserver les voies ferrées pour les forces de l'Union et de faire de George B. McClellan un héros national dans le Nord, ce qui lui permit de former l'Armée du Potomac.

Traducteur

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Style APA

Mark, J. J. (2026, septembre 09). Bataille de Rich Mountain: La victoire qui créa une armée. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2955/bataille-de-rich-mountain/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Bataille de Rich Mountain: La victoire qui créa une armée." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, septembre 09, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2955/bataille-de-rich-mountain/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Bataille de Rich Mountain: La victoire qui créa une armée." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 09 sept. 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2955/bataille-de-rich-mountain/.

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