L'Avesta est le recueil des textes du Zoroastrisme, il est issu d'une tradition orale fondée par le prophète Zoroastre (Zarathoustra, Zartosht) entre 1500 et 1000 av. J.-C. On attribue généralement à son nom le sens de "louange", bien que cette interprétation ne soit pas universellement admise.
Les prières et hymnes originaux furent composés dans une langue aujourd'hui disparue, l'avestique (du nom de l'ouvrage), qui ne fut conservée oralement que jusqu'à l'Empire sassanide (224-651 ap. J.-C.), lequel la transcrivit par écrit en inventant un alphabet basé sur l'écriture araméenne. Elle est généralement divisée selon les sections suivantes:
- Yasna-Gathas
- Vispered
- Yashts
- Vendidad
- Textes mineurs
- Fragments
La tradition zoroastrienne soutient que l'œuvre originale de 21 livres (les Nasks) fut révélée par Ahura Mazda, le Seul Vrai Dieu, à Zoroastre. Ce dernier les récita à son bienfaiteur, le roi Vishtaspa, qui les fit graver sur des feuilles d'or. Cette œuvre originale fut ensuite mémorisée, récitée lors des offices (yasna) et transmise de génération en génération jusqu'à sa mise par écrit par les Sassanides. Elle fut alors accompagnée de commentaires et d'autres ouvrages tels que le Zend (ou Zand), puis le Denkard et le Bundahisn.
L'ouvrage, tel qu'on le reconnaît aujourd'hui, contient les compositions originales attribuées à Zoroastre, ainsi que des lois ecclésiastiques, des commentaires, coutumes et croyances qui se développèrent après que le Zoroastrisme fut accepté et fut devenu une croyance répandue. On pense que le l'esssentiel de l'Avesta fut reconnu et récité par les Perses zoroastriens, de l'Empire achéménide (vers 550-330 av. J.-C.) à l'Empire sassanide, tombé aux mains des Arabes musulmans en 651 ap. J.-C.
Par la suite, le Zoroastrisme fut réprimé et il ne fut préservé que par les Parsis – des Zoroastriens persans qui se réfugièrent en Inde – et par les Iraniens qui réussirent à maintenir la foi vivante dans leur pays natal. De nos jours, les Parsis sont considérés comme les principaux gardiens de la tradition avestique, bien que le Zoroastrisme soit pratiqué dans le monde entier.
Zoroastre & Premiers Développements
La religion iranienne primitive était polythéiste, avec Ahura Mazda comme roi des dieux. Ces dieux, et les esprits qui les accompagnaient, étaient des forces du bien qui s'opposaient à l'esprit discordant Angra Mainyu et à ses légions du mal. Il existait un clergé qui s'occupait des dieux et célébrait des services, mais la forme de ces rituels est inconnue.
Vers 1500-1000 av. J.-C., l'un de ces prêtres, Zoroastre, reçut une vision d'Ahura Mazda par l'intermédiaire d'un être lumineux qui lui apparut au bord d'une rivière. Celui-ci se présenta comme Vohu Manah ("bon dessein") et lui révéla qu'il n'existait en réalité qu'un seul dieu, Ahura Mazda, et que la responsabilité de Zoroastre était de prêcher cette vérité.
Les premiers efforts de Zoroastre ne furent pas appréciés par le clergé – ni par personne d'autre – et, menacé de mort, il quitta sa région natale pour finalement arriver à la cour du roi Vishtaspa. Bien qu'initialement emprisonné pour sa vision, Zoroastre gagna l'admiration du roi en guérissant son cheval préféré, et Vishtaspa devint son premier converti notable. Le royaume suivit alors le mouvement, et la religion se répandit à partir de là.
La foi reposait sur la vérité révélée par Ahura Mazda, celle d'un dieu unique, tout-bon, tout-puissant et pleinement aimant. Ce dieu exigeait seulement la reconnaissance, et que les êtres humains expriment celle-ci par de bonnes pensées, de bonnes paroles et de bonnes actions, ce qui devait les mener à une vie vertueuse. Les gens vertueux devaient honorer la vérité (asha) et répudier le mensonge (druj), combattant ainsi les forces d'Angra Mainyu, esprit du mal, et préservant l'ordre.
La partie la plus ancienne de l'Avesta est constituée des Gathas, des hymnes à Ahura Mazda, que l'on pense avoir été composés par Zoroastre. Ils s'adressent directement au dieu et lui demandent conseil pour vivre la vie qu'il attend de ses fidèles. Selon la légende, comme indiqué précédemment, ces hymnes et d'autres œuvres auraient été rédigés sous Vishtaspa, mais il n'existe aucune trace réelle des feuilles d'or des écritures zoroastriennes, ni d'aucun autre ouvrage écrit antérieur à l'Empire sassanide.
Développement Achéménide, Parthe & Sassanide
La religion fut adoptée par l'Empire achéménide, probablement sous le règne de Darius Ier (r. de 522 à 486 av. J.-C.). Le fondateur de l'empire, Cyrus le Grand (r. vers 550-530 av. J.-C.), fait référence à Ahura Mazda dans des inscriptions, mais celles-ci pourraient faire allusion à la vision antérieure de la foi polythéiste. Les Achéménides auraient rédigé une version de l'Avesta, détruite lors de la conquête d'Alexandre le Grand et de l'incendie de Persépolis en 330 av. J.-C. Les chercheurs rejettent cependant aujourd'hui cette hypothèse, soulignant que rien dans l'œuvre subsistante ne suggère l'existence d'une version achéménide antérieure.
L'Empire achéménide fut remplacé par l'Empire hellénistique séleucide (312-63 av. J.-C.), période durant laquelle le Zoroastrisme continua à être pratiqué par le peuple, mais pas par la classe supérieure grecque. Aux Séleucides succéda l'Empire parthe (247 av. J.-C. - 224 ap. J.-C.), dont la haute société adopta, elle, le Zoroastrisme. Les premiers spécialistes de cette religion affirmèrent qu'une version de l'Avesta fut écrite à cette époque, basée sur les textes supposément perdus à la fin de l'Empire achéménide. Mais, là encore, on n'en dispose pas de preuve, et la plupart des chercheurs aujourd'hui rejettent cette possibilité, ou du moins, ne voient rien dans l'œuvre existante qui évoquerait une version parthe pour son développement.
Les Sassanides sont le premier empire perse historiquement attesté pour avoir consigné cette œuvre par écrit, les inscriptions et le texte existant le montrent clairement. Le fondateur de l'Empire sassanide, Ardashir Ier (r. 224-240 ap. J.-C.), fit venir à sa cour des prêtres zoroastriens pour réciter les versets sacrés, ils purent ainsi être mis par écrit. Ceci fut poursuivi par son fils Chapour Ier (r. 240-270 ap. J.-C.). Cependant, l'œuvre ne semble avoir été achevée que sous le règne de Chapour II (309-379 ap. J.-C.), et finalisée que sous celui de Khosro Ier (531-579 ap. J.-C.).
Les prêtres récitaient le texte dans son avestique d'origine, et celui-ci fut alors retranscrit dans une écriture inventée à la seule fin de préserver le son et le sens précis des mots avestiques. Cette écriture était basée sur l'araméen, mais avec des différences afin de préserver l'avestique perdu. Cette méthode fut initiée sous Chapour II et poursuivie par ses successeurs.
L'Avesta
La section la plus importante de l'Avesta est celle des Gathas. Ce sont des chants de louange personnels composés de prières, de supplications, et d'adorations. À eux seuls, ils n'apportent que peu d'enseignements sur la manière de suivre la voie zoroastrienne au quotidien. On pense que Zoroastre a dû enseigner à ses disciples comment se comporter dans un langage clair et direct. Une partie de cette tradition a pu être préservée dans des commentaires tels que le Zend-Avesta. Il est possible que ce soit en raison de l'ambiguïté des Gathas que des œuvres telles que le Vendidad, les Textes mineurs et le Zend aient été nécessaires.
Yasna-Gathas
Les Gathas sont au nombre de 17, répartis en cinq groupes en fonction de leur métrique:
- Ahunavaiti Gatha
- Ushtavaiti Gatha
- Spentamainyush Gatha
- Vohukshathra Gatha
- Vahishtoishti Gatha
Le yasna (dévotion) est l'office religieux zoroastrien, mais il fait également allusion aux hymnes qui encouragent la dévotion, tandis que le Gatha est le groupement séparé de ces hymnes. Leur propos est d'élever l'esprit vers l'illumination en le concentrant sur la grandeur d'Ahura Mazda. Le Yasna 28 de l'Ahunavaiti Gatha est un bon exemple du thème général et des points sur lesquels ces œuvres se concentrent:
1. Les mains tendues en implorant cette aide, ô Mazda, je prierai pour les œuvres de l'esprit saint, ô vous le Juste, afin de plaire à la volonté de la Bonne Pensée et à l'Âme du Bœuf.
2. Moi qui veux vous servir, ô Ahura Mazda et Vohu Mano, donnez-moi par Asha les bénédictions des deux mondes, celui du corps et celui de l'Esprit, qui apportent la félicité au fidèle.
3. Moi qui veux vous louer comme jamais auparavant, vous, Pensée Juste et Bonne, et Ahura Mazda, et ceux pour qui la Piété fait croître un Pouvoir impérissable; venez à moi m'aider à mon appel.
4. Moi qui me suis attaché à veiller sur l'âme, en union avec la Bonne Pensée, connaissant les récompenses d'Ahura Mazda pour nos œuvres, j'enseignerai aux hommes, tant que j'en aurai le pouvoir et la force, à rechercher la Droiture.
5. Ô Asha, vous verrai-je, vous et la Bonne Pensée, comme celui qui sait? (Verrai-je) le trône du tout-puissant Ahura et la suite de Mazda? Par cette parole (de promesse) en notre langue, nous convertirons la horde de voleurs vers le Meilleur.
6. Venez avec la Bonne Pensée, donnez comme cadeau à Zarathoustra par Asha, ô Mazda, avec vos paroles sûres, une aide puissante et durable, et à nous, ô Ahura, ce qui nous permettra de vaincre l'hostilité de nos ennemis.
7. Accordez, ô vous Asha, la récompense, la bénédiction de la Bonne Pensée; ô Piété, accordez notre désir à Vishtaspa et à moi; ô vous Mazda et Roi, accordez que votre Prophète soit entendu.
8. Je meilleur que je vous demande, ô vous le Meilleur, Ahura (Seigneur) avec le Meilleur Asha, (le) désirant pour le héros Frashaostra et pour (les autres) à qui tu (le) donneras, (le meilleur don) de la Bonne Pensée pour toujours.
9. Par ces bienfaits, ô Ahura, puissions-nous ne jamais provoquer votre colère, ô Mazda et Pensée Juste et Meilleure, nous qui avons désiré vous apporter des chants de louange. Vous êtes les plus puissants pour faire progresser le désir et le Pouvoir des Bénédictions.
10. Comble, pour les sages que tu sais dignes par leurs (actions) justes et leurs bonnes pensées, leur désir d'accomplissement. Car je sais que les paroles de prière qui tendent vers un but juste sont efficaces pour vous.
11. Je préserverais ainsi à jamais la Juste et Bonne Pensée, afin que je puisse instruire. Apprenez-moi, ô Ahura Mazda, par votre esprit et par votre bouche, comment il en sera de la Première Vie.
(Avesta.org)
Dans cet hymne, comme dans tous les autres, est soulignée l'importance de la quête de la vérité (asha) et de la sagesse (mazda). Il en est de même pour la nature transcendante d'Ahura Mazda (Seigneur de la Sagesse) et la nécessité de résister au mal pour maintenir l'ordre.
Vispered
Le Vispered comprend 23 prières qui complètent les yasnas. C'est aussi le nom de la cérémonie au cours de laquelle ces prières sont récitées (à l'époque, entre le lever du soleil et midi). Les prières du Vispered ne sont jamais récitées indépendamment des yasnas, car elles servent à approfondir et à développer les concepts des hymnes.
Yashts
Les Yashts sont 21 hymnes adressés aux entités divines et à des éléments sacrés tels que l'eau et le feu. Lorsque Zoroastre réforma la religion antérieure, il conserva nombre des dieux les plus populaires, tels qu'Anahita (déesse de l'eau, de la fertilité, de la santé et de la sagesse) et Mithra (dieu du soleil levant, des contrats et des alliances), mais ces dieux n'étaient alors plus considérés comme des divinités, mais comme des émanations divines d'Ahura Mazda. On pouvait donc encore prier Anahita pour obtenir de l'aide afin de concevoir un enfant, mais en sachant qu'on priait en réalité Ahura Mazda. Anahita n'était plus que le véhicule par lequel la Divinité suprême répondait à la prière (très semblable à la conception catholique de prier les saints). Les Yashts sont des supplications sous forme d'hymnes, qui remercient également pour les prières exaucées.
Vendidad
Le Vendidad est un recueil de 22 sections (Fargards) qui constituent un code ecclésiastique. Il comprend des mythes, des prières, des observances, des rituels et des instructions sur des sujets allant de l'hygiène personnelle aux coutumes sociales (comportements acceptables et inacceptables), la défense contre les mauvais démons, les soins aux morts et les rituels funéraires (et l'importance des chiens pour chasser les mauvais esprits après un décès), le respect d'autrui, la charité et les soins aux animaux, entre autres. Les différents Fargards abordent les réponses spécifiques aux questions sur la manière d'être zoroastrien, ce que cela implique en termes de cheminement de foi quotidien et la manière de réagir aux diverses menaces, actions, bénédictions et autres circonstances.
De nos jours, certains Zoroastriens rejettent le Vendidad, le jugeant superflu, tandis que d'autres en reconnaissent la validité. Les spécialistes s'accordent cependant généralement à dire que les Fargards comptent parmi les textes zoroastriens les plus anciens, leur contenu remontant aux alentours du 8ème siècle av. J.-C. Le mythe primitif de la création du monde, l'histoire du roi Yima et du salut de la Terre (précurseur du récit biblique ultérieur de Noé et de son arche), de même que l'importance de prendre soin de la Terre – tous considérés comme des récits anciens – sont inclus dans la Vendidad et constituent les trois premiers Fargards.
Textes mineurs
Les Textes mineurs sont des prières et des invocations adressées à diverses divinités pour obtenir de l'aide. Comme Anahita, Mithra et d'autres anciens dieux, ces divinités sont considérées comme des émanations d'Ahura Mazda. Ce sont des énergies particulières, plus propices à la réponse à certains types de prières qu'à d'autres. Les textes mineurs sont :
- Siroza – Invocations aux divinités en cas de besoin
- Nyayish – Prières aux éléments divins, feu, eau, soleil, et lune
- Gahs – Invocations et prières aux cinq divinités du jour
- Afrinagans – Bénédictions pour les morts et les saisons
Fragments
Les Fragments sont des textes incomplets ou qui ne s’intègrent à aucune autre section. Bien que souvent négligés, ils ne sont pas sans intérêt et contiennent des informations sur les divinités pré-zoroastriennes et sur d’importants sujets théologiques tels que la fin du monde et la rédemption.
Disparition & Restauration
En 651 ap. J.-C., l’Empire sassanide tomba aux mains des Arabes musulmans et le Zoroastrisme fut banni. Les gens soit se convertirent à l’Islam, soit continuèrent leur foi en secret, soit quittèrent la région (cas des Parsis qui introduirent la religion en Inde où elle continue de prospérer). Les Musulmans brûlèrent les bibliothèques zoroastriennes et détruisirent les temples du feu ou les transformèrent en mosquées. Les spécialistes soulignent régulièrement cette période comme un moment de perte incalculable de traditions et de textes zoroastriens, y compris de copies de l'Avesta. Les Parsis emportèrent l'Avesta avec eux en Inde, dans le Gujarat, entre les 8ème et 10ème siècles. En dehors de l'Inde, les croyances zoroastriennes n'étaient, pour la plupart connues qu'à travers les commentaires d'auteurs grecs, chrétiens et musulmans. On pensait que l'Avesta avait été perdu lors de la conquête musulmane du 7ème siècle.
Ce n'est qu'en 1723, lorsqu'un marchand voyageant en Inde rapporta en Grande-Bretagne une partie d'un manuscrit avestique, que les Européens découvrirent que le livre existait encore, au moins en partie. Ce manuscrit fut déposé à la bibliothèque Bodléienne de l'Université d'Oxford où, en 1755, il attira l'attention du jeune chercheur français Abraham Hyacinthe Anquetil-Duperron (1731-1805), qui allait devenir le plus grand indianiste de son époque. Anquetil-Duperron, après un voyage épique à travers l'Inde pour retrouver l'Avesta, revint en France avec plus de 180 manuscrits avestiques en 1762, et commença à les traduire. Toute la connaissance avestique occidentale se développa à partir des recherches d'Anquetil-Duperron.
Héritage
L'Avesta est une vision totalement originale à son époque, concevant une divinité unique, toute-puissante et créatrice, s'intéressant au niveau personnel à la vie et à la moralité des êtres humains. Ses principes inspirèrent les politiques des plus grands empires de l'Orient ancien, et sa théologie devait influencer les religions monothéistes ultérieures, le Judaïsme, le Christianisme et l'Islam. Le Zoroastrisme est la première religion monothéiste à introduire des concepts tels que le jugement après la mort, le paradis et l'enfer, un messie, la fin des temps, la résurrection des morts, et un monde nouveau après la rédemption de l'ancien, entre autres. Ce sont autant de concepts qui seront développés par les religions monothéistes ultérieures.
Ces systèmes de croyances ont dû être influencés par la pensée zoroastrienne, car ces concepts s'échangeaient par le biais du commerce et des voyages entre env. 1000 av. JC. et 224 apr. J.-C., date à laquelle les Sassanides mirent l'œuvre par écrit. Même s'il n'avait jamais exercé d'influence sur les religions ultérieures, l'Avesta n'en demeurerait pas moins une œuvre puissante en elle-même, car elle offre la vision d'une divinité aimante, généreuse et juste, qui ne demande que le meilleur pour sa création sous tous ses aspects.
