Ploutos (Théâtre)

Donald L. Wasson
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Theatre of Dionysos Eleuthereus, Athens (by Mark Cartwright, CC BY-NC-SA)
Théâtre de Dionysos Éleuthéreus, Athènes Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Ploutos (alias La Richesse) est une pièce écrite par le grand dramaturge comique grec Aristophane en 388 avant J.-C. Ce fut la dernière de ses pièces à être jouée de son vivant. Tout comme sa pièce précédente, Ecclesiazusae (L'Assemblée des Femmes), Ploutos fut écrite après la fin de la guerre du Péloponnèse. Bien que la guerre fût pratiquement terminée, la ville d'Athènes souffrait encore tant sur le plan économique que politique. La pièce est centrée sur le statut et la pauvreté des gens ordinaires. Le personnage principal d'Aristophane, Khrémylos, un Athénien pauvre, et son esclave Kariôn, reviennent à la ville après avoir consulté l'oracle d'Apollon à Delphes lorsqu'ils rencontrent un vieux mendiant aveugle, identifié plus tard comme étant Ploutos. À leur retour à Athènes avec le réticent Ploutos, la structure sociale et économique de la ville change rapidement, et la pauvreté et l'injustice disparaissent rapidement. Les richesses sont distribuées à ceux qui le méritent, mais, contrairement à ses pièces précédentes, les riches de Ploutos ne sont pas considérés comme vertueux et beaucoup d'entre eux perdent leur fortune.

Aristophane

On sait très peu de choses sur la jeunesse d'Aristophane; même sa date de naissance est incertaine. Comme la plupart de ses pièces furent écrites entre 427 et 386 avant J.-C., on peut situer sa mort vers 386 avant J.-C. Originaire d'Athènes, il était le fils de Philippos et possédait des terres sur l'île d'Égine. Il avait deux fils, dont l'un est devenu auteur de comédies mineures. Bien qu'il ait peu participé à la vie politique athénienne, Aristophane critiquait ouvertement, à travers ses pièces, la guerre du Péloponnèse entre Athènes et Sparte et les politiciens qui la soutenaient. Sa représentation et ses attaques contre l'homme d'État Cléon dans la pièce Les Babyloniens lui valurent d'être traduit en justice en 426 avant J.-C. Aristophane s'opposait à tout changement dans les aspects traditionnels de la philosophie, de l'éducation, de la poésie et de la musique. Dans son livre Antiquity, Norman Cantor affirme que le dramaturge reflétait l'opinion conservatrice de nombreux Athéniens, les présentant comme des personnes attachées à la simplicité et à la moralité d'autrefois.

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Aristophanes
Aristophane David Edwards (CC BY-NC-ND)

À l'époque où Aristophane commença à écrire, le théâtre grec était en grave déclin. Bien qu'Aristophane soit parfois condamné pour avoir fait baisser le niveau du théâtre par rapport à la tragédie grecque écrite par Eschyle, ses pièces, avec leur simplicité et leur vulgarité, sont reconnues et appréciées pour leur riche imagination ainsi que pour leur humour et leur indécence. Dans son livre Greek Drama, l'éditeur Moses Hadas écrit qu'Aristophane était capable d'écrire des poèmes à la fois délicats et raffinés, mais qu'il pouvait également faire preuve de vulgarité et de gaieté. Pour beaucoup, ses comédies étaient un mélange d'esprit et d'inventivité. Malheureusement, seules onze de ses pièces ont survécu, et les œuvres d'Aristophane de cette période sont les seuls exemples connus de la comédie attique antique.

Synopsis

Dans Ploutos, il s'intéresse à la situation économique difficile de l'Athènes d'après-guerre et à l'extrême pauvreté du peuple.

Khrémylos, un Athénien pauvre, et son esclave Kariôn rentrent chez eux après avoir consulté l'oracle de Delphes. On lui a dit de ramener chez lui la première personne qu'il rencontrerait sur la route, et cette personne se trouve être un vieux mendiant aveugle, identifié plus tard comme étant Ploutos. Le vieil homme révèle qu'il a été aveuglé par Zeus afin qu'il ne puisse plus distinguer le juste et le sage du mauvais. Espérant améliorer sa propre situation, Khrémylos promet de l'aider à recouvrer la vue. Très vite, la présence du vieux mendiant chez Khrémylos attire l'attention de nombreux amis et voisins de ce dernier. L'un d'eux est la Pénia (Pauvreté), qui réprimande Khrémylos et son ami Blepsidémos, leur dit qu'ils sont tous condamnés et promet de leur faire payer leurs manigances.

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Comme promis, Ploutos est emmené au temple d'Asclépios, le guérisseur, pour retrouver la vue. De retour chez lui, des gens viennent peu à peu remercier Ploutos pour leurs "bénédictions". Cependant, de nombreux riches semblent également lui manifester leur mépris. Hermès, le dieu messager, arrive et leur annonce que Zeus est en colère parce que les gens ne font plus de sacrifices aux dieux. Un prêtre apparaît et jure d'abandonner Zeus pour Ploutos. Khrémylos décide de rétablir Ploutos dans ses fonctions de gardien du trésor du temple d'Athéna.

Distribution

La distribution assez longue comprend :

  • Kariôn
  • Khrémylos
  • Ploutos
  • Chœur des paysans
  • Blepsidémos
  • Pénia (Pauvreté)
  • La femme de Khrémylos
  • un homme juste
  • Sykophante
  • une vieille femme
  • un jeune homme
  • Hermès
  • un prêtre
  • un esclave
  • un témoin

Résumé

La pièce commence dans une rue d'Athènes. Khrémylos et son esclave Kariôn suivent un vieux mendiant sale qui sera bientôt identifié comme étant Ploutos. Kariôn et son maître viennent de rentrer de l'oracle de Delphes et portent encore leurs couronnes de laurier. Kariôn demande à haute voix:

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Pour moi, toutefois, il n’y a pas moyen que je me taise, si tu ne me dis, ô mon maître, pour quelle raison nous suivons cet homme.

(Trad, E. Talbot, Théâtre complet d'Aristophane Alphonse Lemerre, 1897, Volume 2)

Évitant quelque peu la question, Khrémylos répond qu'il s'agit d'un homme pauvre, pieux et honnête, "Les autres s’enrichissaient, sacrilèges, rhéteurs, sykophantes, vauriens" (ibid). Il rappelle à Kariôn qu'ils sont allés à Delphes pour son fils unique, se demandant s'il devait devenir un criminel ou un scélérat, car c'est le seul moyen de réussir dans la vie. Il dit à Kariôn qu'Apollon lui a dit de ramener chez lui la première personne qu'il verrait sortir du temple. Ils s'approchent lentement du vieil homme qui proteste continuellement, ne voulant qu'être laissé tranquille. Finalement, après l'avoir physiquement attrapé, il leur dit:

Écoutez-moi tous deux : car je dois, ce me semble, vous dire ce que j’étais prêt à vous cacher. Je suis Ploutos. (274, ibid)

Pour expliquer la raison de sa cécité, il leur apprend que dans sa jeunesse, il ne servait que les justes, les sages et les modestes, mais que Zeus l'avait rendu aveugle afin qu'il ne puisse plus faire la différence. Khrémylos répond que seuls les justes et les bons honorent le dieu et promet de rendre la vue au vieil homme. Ploutos hésite, craignant ce que Zeus pourrait lui faire s'il retrouvait la vue. On lui dit qu'il pourrait destituer Zeus s'il le souhaitait, car Zeus pourrait facilement être renversé si les gens cessaient de faire des sacrifices aux dieux.

... Sois tranquille, je te ferai voir que tu es beaucoup plus puissant que Zeus... les hommes n’ont rien de brillant, de beau, d’agréable, qui ne vienne de toi. Tout le cède à la richesse...(275-7, ibid)

Lorsque Khrémylos et la Ploutos arrivent chez lui, il demande à Kariôn de rassembler ses amis agriculteurs. Les deux hommes entrent dans la maison de Khrémylos tandis que Kariôn s'adresse à un groupe d'agriculteurs locaux:

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Ne vous l’ai-je pas déjà dit? Mais tu n’entends pas très bien. Mon maître vous dit que vous allez tous changer en une vie agréable votre existence misérable et pénible. (280, ibid)

Seat from the Theatre of Dionysos, Athens
Siège du théâtre de Dionysos, Athènes Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

À contrecœur, il leur annonce que Khrémylos a ramené Ploutos chez lui et qu'il va tous les rendre riches. Lorsque ses amis arrivent chez lui, Khrémylos les accueille. Si certains acceptent la nouvelle, son ami proche Blepsidémos reste sceptique, méfiant envers la nouvelle richesse de son ami. Khrémylos leur dit à tous qu'il est prévu d'emmener Ploutos au temple d'Asclépios où sa vue sera restaurée et que s'ils réussissent, ils connaîtront une prospérité permanente. Pendant qu'ils parlent, une vieille femme, entièrement vêtue de noir, apparaît. C'est Pénia (la Pauvreté). Elle s'adresse aux deux hommes:

Mais je vous traiterai misérablement comme des misérables. Vous osez un trait d’audace qu’on ne saurait tolérer, tel qu’un autre ne l’a jamais tenté, ni dieu, ni homme : aussi, vous êtes perdus. (285, ibid)

Elle se présente comme étant Pénia, leur compagne constante. Elle leur demande qui construira leurs navires, fabriquera leurs briques, fera leur lessive ou récoltera leurs fruits. Blepsidémos la qualifie de "plus redoutable de tous les monstres." (286, ibid). Khrémylos lui répond que rendre la vue à Ploutos la chassera de Grèce. Pénia affirme que c'est elle, et non Ploutos, qui est responsable de toutes les bonnes choses de la vie. Toute modestie et décence lui appartiennent:

Eh bien, je veux, sur ce point, vous donner tout d’abord une raison. Je vous démontrerai que je suis la cause unique de tous les biens, et que vous me devez la vie. (289, ibid)

En partant, elle leur dit qu'un jour, ils la supplieront de revenir. Ils décident qu'il est temps d'emmener Ploutos au temple pour qu'il soit guéri. Le lendemain, Kariôn annonce que Ploutos n'est plus aveugle; c'est un moment de joie. La femme de Khrémylos sort de la maison; on lui annonce la bonne nouvelle. Il lui raconte la nuit passée au temple et les personnes qui s'y trouvaient pour demander de l'aide. Après avoir donné un bain à Ploutos, on lui avait essuyé les yeux avec un linge propre. Ensuite, on avait placé un linge rouge sur les yeux de Ploutos, des serpents étaient sortis et lui avaient léché les yeux, et lorsqu'on avait retiré le linge, il pouvait voir. Peu après, Ploutos retourne chez Khrémylos:

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Je rougis de ma triste destinée. Quels hommes je fréquentais, sans le savoir ! et ceux qui étaient dignes de mon amitié, je les fuyais par ignorance ! (297, ibid)

Bientôt, plusieurs personnes se rassemblent dans la maison pour parler à Ploutos, certaines reconnaissantes, d'autres en colère. Un homme, identifié uniquement comme Homme juste, arrive à la maison. Il est venu remercier Ploutos pour les bénédictions qu'il a reçues; il est passé de la misère au bonheur. Malheureusement, un deuxième homme, simplement appelé Sykophante, vient exprimer son mépris, car il a été ruiné, dépouillé de tout. Une vieille femme et son esclave arrivent chez Khrémylos; elle a été traitée de manière horrible, honteuse et illégale. Elle parle d'un jeune homme qui l'"aime". Elle le traite bien, lui donnant tout ce qu'il veut, mais maintenant, il a changé d'avis et lui rend tous ses cadeaux. Le jeune homme arrive et lance quelques insultes à la vieille femme. Elle le réprimande pour l'avoir traitée comme une moins que rien. Ils entrent tous ensemble dans la maison.

Temple of Olympian Zeus, Athens
Temple de Zeus Olympien, Athènes Carole Raddato (CC BY-NC-SA)

Hermès, le dieu messager, frappe à la porte. Il dit à Kariôn que Zeus est en colère et "veut vous entasser tous dans le même plat, et vous jeter ensemble dans le Barathron" (307). Personne ne fait de sacrifices aux dieux. "Ni encens, ni laurier, ni gâteau, ni victime, personne ne sacrifie plus la moindre offrande aux dieux." (308) Hermès est troublé; sa propre vie est ruinée, alors Khrémylos lui offre la possibilité de se joindre à eux; il peut devenir le "dieu des jeux". Kariôn l'appelle le "bon serviteur". Un prêtre de Zeus apparaît et demande à parler à Khrémylos, se plaignant qu'il est presque mort de faim car personne ne se soucie de faire des sacrifices au temple. Finalement, il a décidé d'abandonner Zeus et de rester avec Khrémylos et Ploutos. Des plans sont mis en place pour restaurer Ploutos dans sa salle du trésor au temple d'Athéna. Ils forment tous une procession et marchent vers le temple, même la vieille femme.

Analyse

La guerre contre Sparte enfin terminée, Aristophane relâcha son ardeur anti-guerre et se tourna vers l'instabilité économique et politique d'Athènes. Dans sa pièce L'Assemblée des Femmes, il aborda les aspects politiques de la ville en ruine. Dans cette pièce, le contrôle du gouvernement de la ville était confié aux femmes, ce qui n'avait jamais été tenté auparavant. À la fin de la pièce, le succès semblait avoir été atteint. Dans Ploutos, il s'intéresse à la situation économique difficile de l'Athènes d'après-guerre et à l'extrême pauvreté du peuple. Les agriculteurs de la ville sont en grande difficulté. La pauvreté, représentée par une vieille femme vêtue de noir, est la compagne constante de nombreuses personnes. Aristophane dépeint les riches, souvent considérés comme vertueux, comme étant en colère et amers face à la perte de leur fortune. La religion est également remise en question. Avec la richesse omniprésente, personne ne fait de sacrifices aux dieux. Hermès, le messager des dieux, abandonne Zeus et rejoint Khrémylos et Ploutos en tant que serviteur. Enfin, un prêtre du temple affamé abandonne ses fonctions et se joint aux autres pour rétablir Ploutos dans ses fonctions officielles au temple d'Athéna.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Donald L. Wasson
Donald a enseigné l’histoire antique et médiévale ainsi que l’histoire des États-Unis à Lincoln College (Illinois). Éternel étudiant en Histoire depuis qu’il a découvert Alexandre le Grand, il met toute son énergie à transmettre son savoir à ses étudiants.

Citer cette ressource

Style APA

Wasson, D. L. (2026, février 21). Ploutos (Théâtre). (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18044/ploutos-theatre/

Style Chicago

Wasson, Donald L.. "Ploutos (Théâtre)." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, février 21, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18044/ploutos-theatre/.

Style MLA

Wasson, Donald L.. "Ploutos (Théâtre)." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 21 févr. 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18044/ploutos-theatre/.

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