Isaac Ier Comnène fut empereur byzantin de 1057 à 1059. Bien que son règne ait été bref, il s'est illustré en tant que général et empereur compétent et habile sur le plan militaire. Premier empereur à mener en personne ses troupes au combat depuis plus de 30 ans, Isaac repoussa les Petchenègues au nord tout en instaurant des réformes administratives pour empêcher le déclin de l'Empire byzantin. Ses actions permirent de maintenir le statu quo, mais la situation allait rapidement se dégrader sous ses successeurs.
Contexte
Isaac vit le jour dans l'une des familles militaires byzantines les plus prestigieuses d'Anatolie. Il était le fils de Manuel Comnène, l'un des commandants militaires de Basile II (r. de 976 à 1025). Manuel mourut alors qu'Isaac était encore jeune, et lui et son frère Jean grandirent au monastère de Stoudios à Constantinople. Isaac occupa plusieurs fonctions et reçut divers titres militaires, notamment le titre honorifique de magistros, celui de doux (duc) des récentes acquisitions caucasiennes du Vaspourakan et de l'Ibérie, et enfin celui de stratopédarque, ou commandant des armées orientales. Après avoir épousé Catherine, la fille d'Ivan Vladislav, dernier tsar du Premier Empire bulgare, Isaac servit comme commandant à partir du règne de Basile II, bien que l'impératrice Théodora (r. de 1055 à 1056) l'ait démis de ses fonctions de stratopédarque.
Accession au trône
Après la mort de Théodora en 1056, un fonctionnaire administratif, Michel VI (r. de 1056 à 1057), monta sur le trône. Michel n'avait aucun droit dynastique sur le trône, la précédente dynastie macédonienne (r. de 867 à 1056) ayant disparu avec Théodora. Le règne de Michel fut donc marqué par de nombreux coups d'État. La première tentative de coup d'État, menée par Théodose, cousin de Constantin IX Monomaque (r. de 1042 à 1055), échoua. Cependant, lorsque Michel refusa de promouvoir un groupe de commandants militaires et les snoba publiquement, Isaac mena le groupe à la révolte à Pâques 1057. Ce groupe était composé de généraux de premier plan issus de familles qui avaient été promues par Basile II, notamment Katakalôn Kékauménos, Michel Bourtzès, Constantin et Jean Doukas, entre autres. Il s'agissait d'hommes issus de familles militaires qui s'étaient illustrées sous le règne de Basile II. Leur aversion pour le régime de Michel couvait probablement déjà depuis longtemps, compte tenu du contraste saisissant entre leurs prouesses militaires et les eunuques et politiciens civils de Constantinople.
Isaac réussit également à rallier à sa cause le très respecté général vétéran Nicéphore Bryenne, ce qui incita de précieuses armées à se joindre à eux. Cependant, Bryenne n'attendit pas les forces d'Isaac, fut capturé par les hommes de Michel VI, puis aveuglé. Bryenne étant incapable de régner, les rebelles décidèrent qu'Isaac serait le candidat le plus digne de remplacer Michel VI. Le 8 juin 1057, les conspirateurs proclamèrent Isaac empereur dans le domaine familial situé en Paphlagonie, en Anatolie, un endroit tout indiqué pour une rébellion menée par les magnats militaires propriétaires terriens d'Anatolie. Cet été-là, les forces rebelles d'Isaac vainquirent les loyalistes de Michel près de Nicomédie et la rébellion d'Isaac s'approcha de Constantinople. Craignant pour sa vie, Michel accepta un accord selon lequel Isaac serait nommé co-empereur de Michel et ils régneraient ensemble. Mais la population de Constantinople était déjà en faveur d'Isaac et, sans le soutien de l'armée ou du peuple, les jours de Michel étaient déjà comptés. Le patriarche de Constantinople, Michel Cérulaire, persuada Michel d'abdiquer en faveur d'Isaac et de devenir moine. Isaac avait pris Constantinople sans effusion de sang et, le 1er septembre 1057, il fut couronné empereur dans la basilique Sainte-Sophie. Ce fut le premier coup d'État militaire réussi depuis que Nicéphore II Phocas (r. de 963 à 969) avait pris le trône près d'un siècle auparavant.
Isaac avait environ 50 ans lorsqu'il monta sur le trône. L'historien contemporain et ministre du gouvernement Michel Psellos décrivit son caractère comme étant à double facette:
Il était si gracieux et agréable dans un cas, et dans l'autre, son visage changeait, ses yeux brillaient et son front, pour le dire métaphoriquement, planait de manière menaçante sur la lumière claire de son âme tel un nuage sombre (Psellus 199).
Règne
Pour marquer le début de son règne, Isaac fit frapper des pièces de monnaie à son effigie, brandissant une épée dégainée. Ce motif inhabituel indiquait qu'un empereur militaire occupait à nouveau le trône, le premier depuis Basile II, mais pouvait également être considéré comme un signe d'arrogance. Il promut ses complices à des postes élevés dans l'administration et l'armée, et nomma son frère Jean Comnène domestikos, ou commandant en chef, des territoires occidentaux de l'Empire byzantin. Isaac récompensa également Cérulaire pour son soutien, notamment en lui confiant la supervision générale des affaires ecclésiastiques.
Les prédécesseurs d'Isaac avaient comblé leurs partisans de cadeaux et considérablement gonflé la bureaucratie impériale, ce qui avait entraîné des déficits budgétaires. Pour remédier à cela, Isaac annula un certain nombre de cadeaux et de titres accordés par les empereurs précédents et réduisit les rogai, les salaires annuels versés par l'État. Cela le rendit naturellement impopulaire, mais comme il avait l'armée derrière lui, Isaac pouvait agir en position de force, contrairement à ses prédécesseurs qui accordaient fréquemment des titres et des rogai pour éviter les conflits.
Isaac réduisit également les concessions de terres publiques à des particuliers et cibla particulièrement les concessions accordées aux monastères, car une fois ces ressources entre les mains de l'Église, elles étaient effectivement aliénées puisqu'elles ne pouvaient être imposées. Naturellement, l'Église était mécontente, comme elle l'avait été lorsque Nicéphore II Phocas avait fait la même chose un siècle plus tôt. Cela contribua peut-être à la détérioration des relations entre Isaac et Cérulaire. Cette dégradation était en partie dû au fait que Cérulaire agissait comme un faiseur de rois, allant même jusqu'à menacer que, tout comme il avait porté Isaac sur le trône, il pouvait également le destituer. Cérulaire aurait même commencé à porter les bottes pourpres qui étaient l'apanage exclusif de l'empereur. Le 8 novembre 1058, en ayant assez, Isaac fit arrêter Cérulaire par sa garde varangienne et l'exila. Il était tout à fait normal pour les empereurs byzantins de destituer les patriarches, car ceux-ci ne servaient en théorie qu'à leur bon plaisir. Cependant, Cérulaire refusa de démissionner et Isaac préparait un synode pour le destituer lorsque Cérulaire mourut le 21 janvier 1059. Isaac fit alors proclamer Constantin III Lichoudès patriarche.
Au cours du premier mois du règne d'Isaac, le seigneur géorgien Ivane, fils de Liparit, allié byzantin et homme fort géorgien, fit appel à des pillards turcs pour le soutenir contre les Byzantins. Les Turcs s'enfoncèrent profondément en Anatolie et pillèrent même la grande ville de Mélitène. Cependant, cette force fut détruite alors qu'elle traversait la province byzantine de Taron en Arménie pour rentrer chez elle.
Isaac ne mena qu'une seule campagne, non pas contre les Turcs, mais contre les Petchenègues et les Hongrois. En 1059, Isaac conclut un traité de paix avec les Hongrois et attaqua les Petchenègues, forçant tous les chefs petchenègues, sauf un, à se rendre. Ce dernier fut également vaincu. Bien que cette campagne fût un succès, lors de la retraite d'Isaac, l'armée fut prise dans une violente tempête et de nombreux soldats périrent à cause des inondations et du froid. Isaac fut même presque écrasé par un arbre, ce qui aurait été désastreux pour l'Empire byzantin étant donné qu'Isaac n'avait pas encore désigné de successeur. Si la campagne contre les Petchenègues fut une victoire, la retraite meurtrière en limita l'importance et, avec la démission d'Isaac de son poste d'empereur plus tard dans l'année, empêcha les Byzantins de tirer parti de leur victoire. Les Petchenègues restèrent la principale menace pour Byzance depuis le nord pendant encore un siècle.
Maladie et succession
Après son retour de la campagne contre les Petchenègues, Isaac attrapa un rhume pendant une partie de chasse et frôla la mort. Isaac décida de nommer Constantin X Doukas, l'un de ses complices en 1057, comme successeur à la place d'un membre de sa famille. Cela s'expliquait en partie par le fait qu'il n'y avait guère d'autres options valables. Le fils unique d'Isaac, Manuel, était mort avant qu'Isaac ne devienne empereur. Le fils de son frère Jean, Alexis (le futur Alexis Ier Comnène, r. de 1081 à 1118), n'était encore qu'un enfant en bas âge. Cela signifie qu'il ne s'agissait pas tant d'un coup d'État que d'une analyse réaliste des options disponibles.
Cependant, Psellos affirma qu'il avait orchestré la succession des Doukas, peut-être même contre l'avis d'Isaac. Isaac se serait rétabli, mais Psellos aurait alors déclaré publiquement Constantin nouvel empereur et écarté Isaac. Isaac se retira alors au monastère de Stoudios, où il vécut les six derniers mois de sa vie en tant que moine.
Héritage
Isaac est considéré comme un empereur byzantin couronné de succès, mais sa succession fut un désastre. Après le départ d'Isaac, l'Empire continua de s'affaiblir face aux Turcs seldjoukides, aux Normands et aux Petchenègues. S'il avait pu transmettre le trône directement à ses proches, la future dynastie des Comnènes (r. de 1081 à 1185), l'avenir de Byzance aurait pu être différent. En réalité, Isaac ne fut qu'un bref intermède dans le lent déclin de la puissance politique et militaire byzantine au cours du XIe siècle.
