Hachiman

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 19 mai 2017
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Disponible dans ces autres langues: anglais, espagnol
Hachiman, Shinto God of War (by Unknown Artist, Public Domain)
Hachiman, dieu shinto de la guerre
Unknown Artist (Public Domain)

Hachiman est l'ancien dieu ou kami shinto de la guerre, de la divination et de la culture. Il est célèbre pour avoir envoyé le kamikaze ou "vent divin" qui dispersa à deux reprises les flottes d'invasion du souverain mongol Kubilaï Khan au 13e siècle, ce qui lui valut le titre de protecteur du Japon. Dans le cadre du croisement typique entre shinto et bouddhisme dans le Japon ancien, Hachiman est également considéré comme un bodhisattva et un protecteur des temples. Le dieu a été et continue d'être vénéré dans des milliers de sanctuaires des deux confessions à travers le pays, notamment le Todaiji à Nara et le sanctuaire Hachiman à Kamakura.

Associations historiques

L'importance d'Hachiman s'accrut durant la seconde moitié de la période Heian (794-1185), lorsque de nombreux sanctuaires bouddhistes furent créés en son honneur. Le kami ou esprit de Hachiman, en particulier l'aspect représentant la culture, était particulièrement associé à deux souverains semi-légendaires : L'impératrice Jingū et son fils, l'empereur déifié Ōjin (r. de 270 à 310 de notre ère) ; tous deux étaient considérés comme des avatars d'Hachiman tant leurs exploits en matière de guerre et de culture en général étaient grands - Jingū pour avoir envahi la Corée, et Ōjin pour avoir invité des érudits chinois et coréens au Japon. Le premier lien entre Hachiman et l'empereur Ōjin, figures souvent interchangeables par la suite, apparaît dans le Hachimangu Mirokuji engi, composé vers l'an 840.

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Au XIe siècle, Hachiman fut choisi comme chef symbolique et patron du puissant clan Minamoto qui pouvait alors revendiquer une lignée remontant à l'empereur Ōjin. Yorinobu (968-1048) fut le premier Minamoto à faire cette revendication en 1046, et son fils Yoriyoshi renforça les liens familiaux avec Hachiman en citant le dieu comme la raison de sa victoire dans la première guerre de neuf ans en 1062 contre le clan Abe. Yoriyoshi fit construire un sanctuaire à Yui-no-go à Sagami (déplacé à Kamakura en 1191), et à partir de ce moment-là, de plus en plus de sanctuaires furent construits, tous financés et protégés par les Minamoto.

La réputation d'Hachiman s'accrut au cours de la période Kamakura lorsqu'il fut vénéré par les bandes de guerriers samouraïs.

Le fils de Yoriyoshi, Yoshiie (1042-1103), était un guerrier tout aussi redoutable et il fut connu sous le nom de Hachimantaro ou "Premier fils de Hachiman". Le héros légendaire fut nommé en hommage au dieu à la suite d'un rêve de son père dans lequel Hachiman donnait une épée au jeune homme. Hachimanto était un archer réputé, capable de tirer une flèche à travers trois hommes à la fois. C'est grâce à lui que les Japonais vainquit le peuple Ezo du nord de Honshu.

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Kamikaze

La réputation d'Hachiman s'accrut davantage au cours de la période Kamakura (1185-1333), lorsqu'il était vénéré par les bandes de guerriers samouraïs de plus en plus nombreuses. Le dieu connut alors son plus grand triomphe lorsqu'on fit appel à lui pour sauver le Japon confronté à la plus grande menace jamais connue: la Chine mongole. On attribue au dieu le mérite d'avoir répondu à ces prières en envoyant le kamikaze ou "vent divin", en fait des typhons dans les eaux souvent dangereuses entre le Japon et le continent asiatique qui dispersèrent deux flottes d'invasion mongoles, chinoises et coréennes envoyées par Kubilaï Khan en 1274 et 1281. Ce salut miraculeux devant un ennemi numériquement supérieur donna aux prêtres japonais de nombreuses munitions pour leurs sermons et leurs sutras, ce qui entraîna un boom des conversions au bouddhisme.

La notion de kamikaze, qui avait sauvé le Japon à deux reprises, était si forte dans l'imagination du public qu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle fut remise au goût du jour pour désigner les pilotes suicidaires qui faisaient, tout comme Hachiman, un ultime effort pour sauver le Japon d'une invasion imminente.

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Sanctuaires et culte

Hachiman fut d'abord vénéré localement, puis plus officiellement au sanctuaire shintoïste d'Usa, dans le nord de Kyushu, fondé en 725. On ne sait pas exactement pourquoi Usa fut le premier temple à honorer Hachiman. Une figure du dieu fut transférée en grande pompe d'Usa au nouveau monastère bouddhiste Todaiji de Nara en 747, prête à devenir son esprit gardien (chinju) lors de son ouverture officielle deux ans plus tard. En remerciement, la cour impériale accorda au sanctuaire Hachiman d'Usa une exemption de taxes et un rang élevé à la cour. Un autre grand complexe de temples notable fut construit en l'honneur du dieu à Iwashimizu, au sud de la capitale Heiankyo (Kyoto) en 859. Un temple plus tardif mais aujourd'hui important est le Tomioka Hachimangu à Tokyo, fondé en 1627. Aujourd'hui, il y a environ 25 000 sanctuaires Hachiman à travers le Japon.

Hachiman, Illustrated Scroll
Hachiman, parchemin illustré
James Blake Wiener (CC BY-NC-SA)

Le culte d'Hachiman, comme beaucoup d'autres, comprenait la croyance en un oracle du dieu sous la forme de prêtresses qui, possédées par le kami d'Hachiman, émettaient des sons qui étaient ensuite interprétés par un prêtre masculin ou saniwa. Un recueil des proclamations de l'oracle du dieu, le Hachiman Usagu gotakusenshu, fut compilé au 14e siècle par un moine bouddhiste appelé Jinun.

La plus célèbre déclaration d'un oracle d'Hachiman fut adressée au guerrier Taira no Masakado (vers 903-940). Après avoir vaincu un certain nombre de seigneurs de la guerre dans les provinces orientales, Masakado affirma en 939 qu'Hachiman lui avait parlé par l'intermédiaire de son oracle et avait déclaré qu'il devait être nommé empereur. Naturellement, l'empereur en place refusa de se retirer et même de partager son trône et il envoya une armée pour vaincre Masakado. La tête du "nouvel empereur" (shinko), comme il se faisait appeler, fut envoyée dans la capitale Heiankyo et la vie reprit son cours à la cour japonaise. Ce récit a été conservé pour la postérité dans le Shomonki ("L'histoire de Masakado"), datant du milieu du 10e siècle. Après cet incident, Hachiman fut considéré comme le protecteur spécial de la lignée impériale.

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Dans le bouddhisme, Hachiman est officiellement devenu un bodhisattva, c'est-à-dire un être illuminé qui reste sur terre pour guider les fidèles, en 937 . Il est le premier des nombreux kami du shinto à recevoir ce statut dans le cadre du croisement des croyances qui était si typique de la religion du Japon ancien. Avec le temps, l'interprétation des proclamations oraculaires d'Hachiman fut confiée spécifiquement à des moines bouddhistes masculins. Une célèbre statue en bois d'Hachiman en tant que bodhisattva, sculptée par l'artiste Kwaikei en 1201, se trouve au monastère Todaiji. Hachiman était vénéré non seulement en tant que daibosatsu ou Grand Bouddha, mais aussi en tant que protecteur des temples bouddhistes. À l'époque médiévale, Hachiman était considéré comme un avatar d'Amida (Amitabha), le Bouddha du Pays Pur.

Hachiman est associé à des colombes qui sont ses messagers et son symbole est l'arc et la flèche, arme traditionnelle de prédilection (et non l'épée) de l'ancien guerrier japonais gentilhomme. Par conséquent, l'objet sacré (go-shintai) représentant le dieu dans ses sanctuaires est généralement un arc et une flèche, et parfois aussi des étriers. Quelques temples ont un pinceau de calligraphie en tant que go-shintai afin de représenter le dieu en tant que patron de la culture. En effet, Hachiman étant également le kami de tout ce qui est culturel, ses sanctuaires comprennent souvent des sanctuaires secondaires dédiés à Tenjin, le dieu shintoïste de l'érudition et du savoir.

Les festivals et les cérémonies qui se déroulent encore dans les sanctuaires d'Hachiman comprennent le rituel populaire de l'omiyamairi , au cours duquel de jeunes bébés, surtout des garçons, visitent un sanctuaire pour la première fois de leur vie et reçoivent une purification entourés de leur famille. Enfin, les liens bouddhistes d'Hachiman sont mis en évidence dans le festival Hojo-e qui débuta en 720 et au cours duquel les fidèles relâchent les animaux et les poissons dans la nature.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que toutes les civilisations peuvent nous offrir. Il est titulaire d'un master en philosophie politique et est le directeur d'édition de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2017, mai 19). Hachiman [Hachiman]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16020/hachiman/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Hachiman." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le mai 19, 2017. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16020/hachiman/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Hachiman." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 19 mai 2017. Web. 04 oct. 2022.

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