Le Samguk yusa (Mémoires des Trois Royaumes) est un texte du XIIIe siècle qui retrace l'histoire et les légendes de la fondation de la Corée jusqu'au Xe siècle. Il s'agit en quelque sorte d'une suite du Samguk sagi (Chroniques des Trois Royaumes) écrit au XIIe siècle, considéré comme la première histoire de la Corée. Le Samguk yusa fut principalement compilé par le moine érudit bouddhiste Ilyeon et reste aujourd'hui une source historique inestimable et un élément constitutif de la littérature coréenne.
Auteur
L'auteur du Samguk yusa est le moine bouddhiste Ilyeon (également orthographié Il-yeon), qui vécut entre 1206 et 1289 et dont le nom d'origine était Jeon Gyeon-myeong. On pense qu'il acheva son ouvrage en 1285. Un passage supplémentaire dans le texte est attribué à son disciple Muguk. Ilyeon ne précise pas explicitement l'objectif de son ouvrage, mais son contenu semble être une tentative d'équilibrer la vision largement confucéenne exposée dans le Samguk sagi, publié antérieurement, avec davantage d'informations sur l'héritage culturel bouddhiste de la Corée. Ilyeon s'appuya sur de nombreuses sources différentes, notamment le folklore, des documents historiques, des épigraphes et des archives monastiques. La plus ancienne édition conservée du texte date de 1512.
La traduction traditionnelle du titre par "Mémoires" est trompeuse, et un titre plus précis serait peut-être "Documents supplémentaires sur les Trois Royaumes", car"yusa" désigne généralement des documents supplémentaires ajoutés à des documents officiels déjà existants. Le titre est également trompeur dans la mesure où la grande majorité de l'histoire traitée concerne les légendes bouddhistes et l'histoire du royaume de Silla (57-918 ap. J.-C.), avec très peu d'informations sur les royaumes contemporains de Baekje (Paekche) et Goguryeo (Koguryo). Il existe des tableaux répertoriant les différents rois des trois royaumes et de la confédération contemporaine de Gaya (Kaya), mais ceux-ci pourraient avoir été ajoutés ultérieurement.
Sujet
Le texte couvre de nombreux domaines de l'histoire, avec un accent particulier sur les légendes bouddhistes et les contes populaires de Silla. Pour cette raison, son exactitude en tant que source historique est quelque peu douteuse, mais il apporte néanmoins une contribution inestimable à la littérature et aux légendes de la Corée ancienne. Il fut écrit après les invasions mongoles de la Corée dans la première moitié du XIIIe siècle et témoigne peut-être d'un intérêt croissant pour la préservation du patrimoine culturel coréen. Les nombreuses histoires bouddhistes contiennent également un élément moral fort qui visait peut-être à rassurer et à renforcer la foi des gens en ces temps troublés.
Les différentes sections sont intitulées: "Évènements étranges" (près de la moitié du texte), "L'arrivée du bouddhisme" (au sujet des premiers moines bouddhistes chinois à visiter Goguryeo et Baekje), "Pagodes et statues", "Enseignants célèbres", "Exorcismes", "Grâces", "Ermites" et "Dévotion filiale". Le premier titre, "Évènements étranges", qui est aussi le plus long, est un autre choix particulier, car il traite de l'histoire de Gojoseon (Ancien Choson), qui régna sur le nord de la Corée dans la seconde moitié du premier millénaire avant notre ère, de Wiman Joseon, son bref successeur (du IIe siècle av. J.-C. à 108 ap. J.-C.), Lelang, la commanderie chinoise (108-313 ap. J.-C.), Gaya, Goguryeo, Baekje, Balhae (Parhae), l'État mandchou 698-926 ap. J.-C.), les trois fédérations Han et six autres tribus de la région. Dans bon nombre de ces sections, le Samguk yusa révèle une autre grande valeur, car il s'inspire fréquemment de nombreuses sources antérieures qui ont depuis été perdues, par exemple le Karak kukki (Chronique du royaume de Karak) composé en 1076 et les nombreux ouvrages du savant Kim Dae-mun du VIIIe siècle.
Mythes fondateurs
Le Samguk yusa est une source importante pour deux mythes fondateurs. Il y a l'histoire de Dangun Wanggeom (Tangun), le fondateur légendaire de Gojoseon, né le troisième jour du dixième mois, qui est célébré en tant que fête nationale de la fondation dans la Corée du Sud moderne. En 2333 avant notre ère (une date purement traditionnelle sans aucune preuve archéologique à l'appui), Dangun naquit de l'union du dieu Hwanung et d'une ourse transformée en femme appelée Ungnyo. Le premier grand homme d'État coréen aurait alors fondé la race coréenne et instauré un bon gouvernement. Le Samguk yusa est la plus ancienne référence connue à ce mythe très populaire et durable. Le deuxième mythe concerne le roi Dongmyeong qui, selon la tradition, vécut entre 59 et 19 avant notre ère et fonda l'État de Goguryeo en 37 avant notre ère.
Le rêve de Chosin
Comme déjà mentionné, le Samguk yusa contient de nombreux contes populaires bouddhistes, dont le plus célèbre est peut-être celui du "rêve de Chosin", un conte moral classique. Un moine tombe amoureux de la fille d'un magistrat et, sachant que la situation est sans espoir, il prie pour qu'elle tombe amoureuse de lui. Hélas, sa prière reste sans réponse et la jeune fille épouse un autre homme. Puis, une nuit, le moine rêve de la jeune fille qui lui révèle qu'elle l'a toujours aimé. Elle quitte son mari et ils partent vivre ensemble. Ils ont cinq enfants et passent 50 ans ensemble. Cependant, le couple lutte constamment contre la pauvreté pendant ces cinq décennies, ce qui conduit l'une de leurs filles à devenir mendiante et l'un de leurs fils à mourir de faim. Le couple réalise alors qu'il avait commis une erreur fatale en décidant de vivre ensemble et se sépare. Le moine se réveille et se rend à l'endroit où il a enterré son fils dans son rêve. Là, dans le sol, il trouve une petite statue de Bouddha. Rassuré dans sa foi, le moine construit un monastère à l'endroit où il a trouvé la statue et passe le reste de sa vie à faire le bien autour de lui.
Les Hyangga
Le texte contient un grand nombre de biographies, bien qu'il s'agisse souvent de personnages légendaires, illustrant l'influence d'ouvrages historiques antérieurs, en particulier Shiji de l'historien chinois Sima Qian (c. 145 - 86 av. J.-C.). À la fin de nombreuses biographies, on trouve un éloge funèbre sous la forme d'un chant folklorique ou hyangga. Ce sont les plus anciens exemples de textes coréens écrits phonétiquement. Le plus célèbre est sans doute le "Chant de Choyong" (Choyong ka), composé à l'origine en 879 après J.-C. et composé de 45 vers, dont le personnage principal est le fils du roi dragon de la mer orientale qui, un soir après une fête, rentre chez lui et trouve sa belle épouse en train d'être séduite par l'esprit de la variole. Choyong se montra cependant indulgent et, en échange, l'esprit promit de ne jamais entrer dans une maison où le portrait de notre héros était accroché à la porte. Voici la chanson que Choyong chanta si joliment à l'esprit pour qu'il s'en aille en paix:
Après avoir fait la fête jusqu'au petit matin
Dans la capitale éclairée par la lune,
Je suis rentré chez moi et dans mon lit,
J'ai aperçu quatre jambes.
Deux étaient les miennes;
À qui appartiennent les deux autres?
Avant, deux étaient les miennes;
Que faire maintenant qu'elles ont disparu?
(Lee, P.H., 73)
This content was made possible with generous support from the British Korean Society.