Le Taj Mahal est un mausolée situé à Agra, dans l'Uttar Pradesh, au nord de l'Inde. Commandé par l'empereur moghol Shâh Jahân pour y enterrer son épouse Mumtâz Mahal et lui rendre hommage, cet édifice est le plus bel exemple complet de l'architecture moghole. En raison de sa symétrie parfaite au sein d'un ensemble de jardins, de son dôme central imposant, ainsi que de ses sculptures et inscriptions islamiques exquises réalisées dans un marbre blanc étincelant, l'édifice a été inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1983.
La bien-aimée Mumtâz Mahal
Le Taj Mahal a été commandé par l'empereur moghol Shâh Jahân (né en 1592, r. de 1628 à 1658) afin de servir de mausolée à son épouse préférée et impératrice, Mumtâz Mahal (de son nom d'origine Arjumand Banu Begum, née en 1593), à la suite de sa mort prématurée lors d'un accouchement en 1631. Mumtâz avait épousé l'empereur en 1612, alors qu'il n'était encore qu'un prince et que son père, Jahângîr, régnait sur le vaste Empire moghol, qui contrôlait des populations hétérogènes, comprenant aussi bien des musulmans que des hindous. Le couple royal eut 14 enfants. Le nom de l'impératrice consort se traduit par "l'Élue du palais" ou "la Suprême du palais", et l'empereur était déterminé à ce que son mausolée soit à la hauteur d'un tel surnom. L'idée d'un grand mausolée pour la famille royale moghole n'était toutefois pas une nouveauté; en effet, la tradition remonte à environ 1565, avec la construction du gigantesque mausolée de l'empereur Humâyûn à Delhi par sa veuve dévouée, Bega Begum.
Trois concepteurs
Shâh Jahân choisit l'emplacement du mausolée, situé sur la rive sud de la Yamuna, et il versa au raja Jai Singh d'Amber quatre domaines en échange du terrain. L'empereur, comme le montrent les archives de la cour, a également participé à la conception des bâtiments. L'architecte en chef du projet était Ustad Ahmad Lahauri (vers 1580-1649), qui allait par la suite concevoir le Fort Rouge à Shahjahanabad (Delhi), le centre administratif des empereurs moghols. D'origine perse, Ustad Ahmad Lahauri était également ingénieur et astronome. Un troisième membre clé de l'équipe de conception était Amanat Khan, un artiste persan célèbre pour sa calligraphie, à qui l'on doit bon nombre des éléments décoratifs caractéristiques du Taj Mahal.
Le Taj Mahal est l'exemple par excellence de l'architecture moghole, un style qui mêle des éléments de l'architecture persane, indienne et islamique. Naturellement, un projet d'une telle envergure a nécessité l'intervention de nombreux maçons et artistes, venus de tout l'Empire moghol, y compris de Perse et d'Asie centrale.
Plan
La construction débuta en 1632, mais il fallut 17 ans pour l'achever. Construit en marbre blanc, le bâtiment principal fait en réalité partie d'un ensemble cohérent de structures et de jardins aménagés selon des principes formels, tous fondés sur des notions de symétrie. Le complexe s'étend sur 42 acres, et son plan rectangulaire mesure 958 mètres (3 143 pieds) de long sur 365 mètres (1 200 pieds) de large.
Les mausolées moghols étaient généralement placés au centre du complexe qui les entourait, mais ce n'est pas le cas ici. Le bâtiment principal, qui abrite le tombeau, est situé sur l'un des côtés du rectangle (celui le plus proche de la rivière); on y accède en traversant des jardins à la française divisés en quatre parties par un cours d'eau, avec au centre un bassin carré réfléchissant.
Parmi les autres structures majeures, on trouve des portes monumentales en briques rouges de chaque côté du complexe, à l'exception du côté nord: les portes Fatehbadi, Sirhi et Fatehpuri. On trouve deux bâtiments jumeaux, situés de part et d'autre du mausolée. L'un est une mosquée, et l'autre est un jawab, c'est-à-dire une "réponse" symétrique à la mosquée, une caractéristique typique de l'architecture moghole, qui n'a aucune fonction religieuse. Ces deux bâtiments ont été construits en grès rouge et, pour les dômes, en marbre blanc. Des maisons d'hôtes dans le même style que la mosquée et un mur d'enceinte complètent le complexe.
Le bâtiment principal
Le bâtiment principal du mausolée repose sur une haute plate-forme carrée, bien que chacune des quatre tours d'angle du bâtiment empiète sur la plate-forme en contrebas. La plate-forme mesure 341 mètres (1 119 pieds) sur 128 mètres (420 pieds) et s'élève à 6 mètres (19,6 pieds) au-dessus du niveau du sol. L'accès à la plate-forme se fait par un escalier situé au centre du côté sud. Afin d'éviter que les crues du fleuve n'endommagent gravement l'édifice, de grands puits cylindriques ont été creusés dans ses fondations.
Les quatre minarets d'angle sont indépendants, ce qui constitue une autre innovation de l'architecture moghole. En revanche, les quatre tours d'angle du bâtiment principal sont hexagonales et chacune possède sa propre coupole. Le dôme central, beaucoup plus grand, mesure 85 mètres (279 pieds) de haut et 18,4 mètres (60 pieds) de diamètre à son point le plus large. Il est soutenu par huit colonnes octogonales reliées par des arcs.
Le bâtiment principal est dominé par sa grande arche en retrait qui s'élève sur deux étages. L'arche est flanquée de deux versions plus petites de chaque côté. Le bâtiment principal mesure 57,3 mètres (188 pieds) de largeur et de hauteur. La chambre funéraire intérieure, qui mesure 17,7 mètres (58 pieds) de côté, est octogonale et entourée de salles-portails et des quatre chambres situées à l'intérieur des tours. Le deuxième étage reprend le même plan que le rez-de-chaussée.
Le parement de la tombe, en marbre blanc de Makrana, qui recouvre la structure intérieure en grès rouge et mortier de chaux, provient de plusieurs carrières du Rajasthan. La décoration a été enrichie à l'aide de marbre coloré, d'or et de milliers de pierres semi-précieuses serties. Bien que la plupart de ces pierres aient depuis été pillées, elles devaient autrefois apporter une touche de couleurs vives qui contrastaient avec le blanc uni du marbre. Parmi les pierres utilisées figuraient l'améthyste, le corail, le grenat, le jade, le lapis-lazuli et la turquoise.
Le marbre du Taj Mahal change de teinte en fonction de l'angle du soleil et de l'intensité de la lumière solaire. Le clair de lune peut également modifier l'aspect du marbre. Le jeu d'ombres créé par l'architecture est un élément de conception délibéré, offrant des contrastes marqués entre lumière et ombre, mais aussi entre les formes telles que les courbes, les arches et les lignes droites et pleines. Le positionnement innovant du mausolée au fond du jardin permet à ces caractéristiques de changer et d'être appréciées à mesure que le visiteur s'en approche.
Symbolisme
Le Taj Mahal et l'agencement de son jardin ont été conçus en référence particulière à la vision islamique de la résurrection et du paradis dans l'au-delà. Ces motifs religieux ont été davantage renforcés par l'ajout, par Amanat Khan, de textes du Coran incrustés dans le marbre, une tradition bien ancrée dans l'architecture islamique. En substance, le Taj Mahal est une représentation de la manière dont Mumtâz Mahal résiderait au paradis tel que l'envisagent les croyants musulmans, une sorte de demeure céleste. C'est ce qu'affirme explicitement une citation du Coran inscrite au-dessus de la porte d'entrée principale (89:28-30), qui invite le visiteur à pénétrer dès à présent au paradis. L'idée que l'impératrice disposerait de tout ce dont elle aurait besoin dans l'au-delà transparaît clairement dans le fait que le complexe possède sa propre mosquée, une salle de réunion, des logements pour les serviteurs et un espace dédié aux bazars.
L'ensemble du complexe, à l'instar de nombreux édifices commandés par Shâh Jahân, véhiculait les convictions de l'empereur en matière de pouvoir, de politique et de religion, comme l'explique ici l'historien P. Mitta:
La première passion de Shâh Jahân était l'architecture, qui constituait une synthèse de ses idées esthétiques et politiques… Des sources littéraires nous indiquent qu'une appréciation critique de l'architecture allait de soi à la cour, l'empereur exerçant son autorité esthétique par l'intermédiaire de son département d'architecture.
Abandonnant l'idéologie architecturale d'Akbar, qui cherchait à réconcilier hindous et musulmans, Shâh Jahân revint consciemment aux racines du sultanat. L'aspect le plus singulier de son style architectural était son harmonie formelle, rehaussée par la qualité magique du marbre tendre qu'il utilisait. Les bâtiments étaient régis par des contraintes hiérarchiques, recherchant une symétrie bilatérale en mettant l'accent sur les deux ailes de l'axe central, contrairement aux structures précédentes à plan central. L'uniformité architecturale était obtenue par la répétition d'un petit nombre de formes et de motifs significatifs, incarnant un message symbolique complexe qui renforçait la doctrine de la royauté divine. Les motifs eux-mêmes présentaient des origines mêlées d'influence iranienne, hindoue/bouddhiste et européenne… Le Taj Mahal fut également le premier monument à traduire en architecture le concept d'autorité absolue de Shâh Jahân.
(131-4)
Parmi les motifs décoratifs récurrents présents au Taj Mahal décrits par Mitta, on trouve:
- Des colonnes aux chapiteaux à facettes multiples (muqarnas)
- Des colonnes à balustres
- Des bases en arc brisé
- Des hauts-reliefs représentant des feuilles d'acanthe ainsi que des roses, des narcisses et des tulipes
- Des arcs en demi-cercle
- Motifs de cornes d'abondance (purna ghata)
- Toits et corniches courbes de style Bengale
- Pietra dura: des pierres semi-précieuses et des incrustations créant des motifs décoratifs et des scènes
- Calligraphie arabe
Comme le note l'historien de l'architecture J. C. Harle: "La participation d'architectes européens est un mythe absolu: aucun édifice ne pourrait être plus purement moghol dans son style et sa conception" (442).
Héritage
Shâh Jahân cherchait certainement non seulement à offrir à son épouse disparue une certaine immortalité dans la pierre, mais aussi à fournir à ses sujets une preuve monumentale de sa richesse, de son pouvoir et de sa légitimité divine à régner. L'empereur allait ensuite embellir sa capitale, Shahjahanabad, située à environ un mile en aval du Taj Mahal, avec des édifices tout aussi gigantesques, tels que des palais, des salles publiques, des mosquées et des jardins, pour les mêmes raisons. En effet, l'empereur avait encore d'autres projets, mais ceux-ci ne virent jamais le jour après sa destitution en 1658, lorsque son fils, Aurangzeb, prit le pouvoir par la force, après avoir vaincu ses frères au cours d'une lutte qui dura un an, alors que leur père était gravement malade.
L'un de ces projets architecturaux jamais réalisés, du moins selon la tradition, consistait pour l'empereur à faire construire son propre mausolée géant de l'autre côté du fleuve, face au Taj Mahal. Ce mausolée aurait été érigé en pierre noire, avec un pont sur le fleuve qui aurait relié les deux mausolées, unissant ainsi, pour l'éternité, Shâh Jahân et Mumtâz Mahal.
Shâh Jahân se retrouva emprisonné après le coup d'État, enfermé pendant neuf ans dans le Fort Rouge qu'il avait lui-même construit. L'ancien empereur aurait pu voir le Taj Mahal depuis sa fenêtre. Après sa mort en 1666, Shâh Jahân fut finalement inhumé aux côtés de son épouse; ses cénotaphes et ceux de Mumtâz Mahal étaient tous deux entourés d'un grand treillis en marbre (mais chaque corps reposait à l'abri des regards, sous ces faux cénotaphes).
La restauration du Taj Mahal a commencé au début du XXe siècle, et, afin d'éliminer les effets de la pollution atmosphérique, d'autres travaux se sont poursuivis à la fin de ce même siècle. Depuis, la pollution a été réduite grâce à la limitation des activités industrielles et de la circulation automobile dans une vaste zone autour du complexe du Taj Mahal, une situation surveillée par l'installation de stations de contrôle de la qualité de l'air. Aujourd'hui, le Taj Mahal, qui est l'un des sites les plus visités du sous-continent, est géré par le Service archéologique de l'Inde.