Samo (r. de 623/624 à 658) était un roi des Slaves à l'origine de la fondation de la première entité politique connue du peuple slave, généralement appelée l'Empire de Samo. L'écriture n'ayant été introduite dans la culture slave qu'aux IXe et Xe siècles, il n'existe aucun récit contemporain sur Samo rédigé par les Slaves. La principale source d'information sur Samo est un document franc dont l'auteur est incertain, connu sous le nom de Chronique de Frédégaire, rédigé à l'origine au VIIe siècle. Bien que de nombreux chercheurs aient débattu de la paternité et de la fiabilité du récit de Frédégaire, celui-ci est aujourd'hui généralement accepté comme une source fiable écrite par un seul auteur. Si aucun historien ou chercheur n'accepte l'affirmation selon laquelle Frédégaire aurait été témoin oculaire des événements qu'il relate, on pense qu'il avait accès à des documents ou à des témoins liés à ces événements.
Origines et ascension au pouvoir
Selon la Chronique de Frédegaire, Samo était à l'origine un marchand franc qui était peut-être une sorte de trafiquant d'armes fournissant les Slaves en armes. Il fait sa première apparition dans l'histoire à un moment donné en 623/624, "au cours de la quarantième année du règne de Clotaire". Il existait à cette époque de nombreuses tribus slaves, mais une tribu en particulier, les Wendes, élut Samo comme chef et roi. L'emplacement exact du royaume de Samo fait encore l'objet de débats, et plusieurs endroits autour de la Slovaquie, de la Slovénie et de l'est de l'Autriche ont été proposés comme centres du royaume de Samo. Les Wendes formaient une confédération slave, et non une tribu homogène, qui, au Ve siècle, occupait une région située entre l'Oder à l'est et l'Elbe et la Saale à l'ouest, voisine des frontières occidentales du territoire occupé par les Francs. Au cours du VIe siècle, les Francs et d'autres groupes germaniques ont alterné des périodes de paix et de guerre avec les Wendes. Parmi ces adversaires/alliés, les Avars, sous le commandement de Bayan Ier (562/565-602 ap. J.-C.), utilisaient les Wendes comme troupes de choc en première ligne lors des combats. L'historien Florin Curta cite Frédégaire pour affirmer que les Wendes étaient totalement soumis aux Avars sous Bayan Ier. Dans le passage suivant tiré de l'ouvrage de Curta, Frédégaire utilise le mot "Huns" pour désigner les "Avars", comme il le faisait couramment :
Les Huns venaient tous les ans passer l’hiver chez les Esclavons; ils prenaient pour leur lit les femmes et les filles des Esclavons, qui leur payaient des tributs, outre bien d’autres oppressions. Les fils des Huns qu’ils avaient eus des femmes et des filles esclavonnes, ne pouvant à la fin supporter cette honte et ce joug, refusèrent, comme je l’ai dit, d’obéir aux Huns, et commencèrent à se soulever. (Remacle, texte numérisé et mis en page par François-Dominique Fournier).
Bayan Ier mourut en 602, et l'empire avar commença à s'effondrer peu après. Bayan Ier avait mené son armée contre les forces de l'Empire romain d'Orient à plusieurs reprises depuis environ 568 et, avant même sa mort, l'empire avait commencé à se mobiliser pour repousser les Avars vers la Pannonie. Après la mort de Bayan Ier, cependant, l'empire redoubla d'efforts.
L'Empire d'Orient envoya ses armées contre les Avars et, à peu près au même moment, Samo prit l'initiative pour son peuple. D'après des récits anciens, nous savons que Samo organisa une armée contre les Avars et se révéla être un commandant habile. Il vainquit les Avars à de nombreuses reprises et libéra les Slaves de leur soumission à l'oppression avare. On ne sait pas clairement si ce conflit eut lieu avant ou après le siège de Constantinople en 626. Si l'on se fie aux documents anciens, Samo aurait mené une rébellion wende contre les Avars en 624, avant le siège de Constantinople. Cependant, les chercheurs ont régulièrement émis des réserves quant à la fiabilité de la chronologie présentée dans la Chronique de Frédégaire et suggèrent que les campagnes militaires de Samo contre les Avars auraient en fait eu lieu après le siège de Constantinople, ce qui signifierait que Samo aurait profité de la défaite des Avars pour libérer les Slaves de leur domination. Ce scénario semble le plus plausible dans la mesure où les Avars se trouvaient dans une position vulnérable après leur défaite à Constantinople, et un chef habile aurait compris que c'était le moment idéal de frapper. La date de 624 est moins plausible dans la mesure où l'on sait que les Slaves ont participé au siège de Constantinople, ce qu'ils n'auraient probablement pas fait s'ils venaient tout juste de se libérer de la domination avare.
Quoi qu'il en soit, Samo gagna la faveur des Slaves après avoir prouvé son leadership et son courage en battant les Avars. Au début des années 600, après avoir subi de multiples raids avars/slaves, les Romains organisèrent une campagne contre eux, sans résultat positif. Une force composée de Slaves et d'Avars s'unit, avec le soutien d'autres groupes tels que les Bulgares, et assiégea Constantinople en 626. Les Romains repoussèrent l'attaque et les barbares repartirent les mains vides. Un ouvrage de Georges de Pisidie (VIIe siècle) suggère que les conflits entre les Avars et les Slaves éclatèrent après leur défaite en 626, mais les tensions entre les deux peuples sont mentionnées plus tôt par Frédégaire, et les conflits entre les Slaves et les Avars étaient presque certainement le résultat de décennies d'oppression des premiers par les seconds. Ce qui manquait aux Slaves, c'était un chef fort, et ce chef n'était autre que Samo.
Expansion du royaume de Samo
Samo établit également une solide autorité politique en forgeant des alliances avec plusieurs familles wendes: il aurait épousé au moins douze femmes wendes qui lui auraient donné 22 fils et 15 filles. Son implication dans le commerce à longue distance lui assura une richesse considérable et un statut élevé. Ce statut ne protégea toutefois pas son nouveau royaume contre les puissants Francs à sa frontière. Les Francs étaient chrétiens, tandis que les Slaves de Samo étaient païens; cette situation semblait justifier, aux yeux des Francs, leurs invasions répétées des terres slaves sous prétexte de conversion. Samo négocia un traité avec Dagobert Ier, le roi franc, mais la paix ne dura pas longtemps.
Vers 630, Dagobert Ier exigea que Samo lui livre les Slaves qui avaient tué "un grand nombre de négociants Francs". Samo accepta que ces criminels soient punis, mais seulement après qu'une procédure régulière ait déterminé qui ils étaient et pourquoi - ou si - ils avaient commis de tels crimes. Samo "ne répara rien du mal qui avait été commis, disant seulement qu’il avait intention de tenir un plaid pour que la justice fût réciproquement rendue sur ces contestations et d’autres qui s’étaient élevées en même temps" (ibid). Il refusa donc d'envoyer les accusés au roi franc. Dagobert Ier considéra ce refus comme une violation du traité et mena une grande expédition contre les Slaves.
Déjà puissant, Samo renforça encore sa position en 631 lorsqu'il battit les Francs lors de la bataille de Wogastisburg. Dagobert Ier mena une force composée de trois armées contre les Slaves qui, commandés par Samo, vainquirent les envahisseurs francs, décimèrent leurs forces et chassèrent les survivants du champ de bataille. À la suite de la défaite des Francs, plusieurs groupes slaves qui leur étaient soumis furent libérés de leur servitude, et un chef local nommé Dervan (également connu sous le nom de Derwan ou Drvan) déclara sa loyauté et sa soumission, ainsi que celles de son peuple, à Samo. Dervan rejoignit ainsi Samo et le soutint dans ses campagnes militaires ultérieures. Après sa victoire contre les Francs, Samo envahit et pilla à plusieurs reprises la frontière orientale du royaume franc.
Préoccupées par les raids slaves, les autorités franques chargèrent Radulf (alias Rodolphe), duc de Thuringe, de protéger la frontière franque contre la menace de Samo. Radulf réussit dans un premier temps à défendre les frontières franques contre Samo, mais vers 640, une lutte politique interne au royaume franc contraignit Radulf à combattre d'autres groupes francs. La Chronique de Frédégaire indique que Radulf chercha alors à renforcer sa position en formant une alliance avec Samo, ce qui signifie que le pouvoir et le prestige de Samo étaient encore importants à cette époque. Aucune force franque ne pouvait lui résister, et il protégea son royaume contre toutes les tentatives futures de contrôle ou d'invasion extérieure pendant les 18 années qui suivirent.
Mort de Samo
Samo mourut en 658, et le royaume qu'il avait bâti disparut avec lui. Malgré son influence, son pouvoir et sa richesse, aucun de ses 22 fils ne lui succéda comme roi. Cela pourrait suggérer que, dans la structure politique des Slaves, le pouvoir n'était pas héréditaire, mais accordé en fonction du mérite personnel (comme c'était le cas chez les Avars avant le règne de Bayan Ier). Les fils de Samo ne semblaient pas avoir les compétences de leur père, et aucun successeur au royaume qu'il avait fondé n'est mentionné. Après la mort de Samo, les Avars envahirent rapidement le territoire occupé par les Slaves et rétablirent leur domination sur le peuple jusqu'à leur défaite face aux Francs de Charlemagne en 796. La position dominante des Slaves dans la région à l'époque de Samo déclina rapidement après sa mort, lorsqu'ils devinrent d'abord sujets des Avars, puis des Francs. Comme pour beaucoup de grands leaders, la personnalité de Samo permit de maintenir la cohésion de son peuple, et ses talents de chef et de guerrier lui permirent de prospérer, mais ces qualités ne furent malheureusement pas transmises à ses successeurs. On se souvient aujourd'hui de lui comme d'un grand roi et d'un leader charismatique qui réussit à unir son peuple dans sa lutte pour la liberté, même si ce ne serait que pour une durée limitée.
