Le trésor de Hoxne est le plus grand trésor d'or de la fin de l'Empire romain jamais découvert dans tout l'Empire romain. Découverte par un prospecteur au détecteur de métaux dans le Suffolk, dans l'est de l'Angleterre, en 1992, cette incroyable collection comprend 14 865 pièces d'or, d'argent et de bronze datant de la fin du IVe siècle et du début du Ve siècle de notre ère, ainsi que 200 objets en argent et des bijoux en or. Le trésor pèse au total 3,5 kg d'or et 24 kg d'argent, et sa valeur actuelle est estimée à environ 4,3 millions de dollars. Le découvreur ayant immédiatement signalé sa trouvaille, le trésor a été fouillé par des archéologues professionnels et a été protégé peu après, afin de préserver le contexte essentiel des objets et leur état. Grâce aux pièces de monnaie trouvées dans le trésor, nous savons que les objets furent déposés au début du Ve siècle, à la fin de l'occupation romaine en Grande-Bretagne, ce qui nous en apprend beaucoup sur une période importante de l'histoire du pays, marquée par le déclin de la domination romaine et l'avènement d'une nouvelle ère.
La découverte
Le 16 novembre 1992, Eric Lawes, jardinier à la retraite et prospecteur amateur, fouillait un champ au sud-ouest du village de Hoxne, dans le Suffolk, en Angleterre, à la recherche d'un marteau que Peter Whatling, un fermier local, avait perdu. Au cours de ses recherches, Lawes tomba sur un trésor d'objets métalliques comprenant des chaînes en or, des cuillères en argent et des pièces de monnaie. Il en déterra une partie et les rangea dans deux sacs avant d'informer Whatling de sa spectaculaire découverte. Lawes et Whatling décidèrent de signaler leur trouvaille aux propriétaires fonciers, le Suffolk County Council, qui, compte tenu de l'importance des objets, organisa rapidement des fouilles sur le site. Les fouilles, menées par le Suffolk County Council Archaeology Service (SCCAS), eurent lieu le lendemain dans le plus grand secret, afin d'éviter que l'emplacement du trésor ne soit découvert et que le site ne soit pillé.
Cependant, l'histoire finit par être divulguée et, le 19 novembre, le tabloïd britannique The Sun publia l'histoire en première page, accompagnée d'une photo de Lawes et de son détecteur de métaux et d'une estimation de la valeur du trésor à 10 millions de livres sterling. Avec son habituelle ironie, le journal annonça également qu'un détecteur de métaux serait offert à toute personne capable de répondre à la question suivante: "Qui a construit le mur d'Hadrien? Hadrien, Barretts ou Wimpey?". Entre-temps, le trésor découvert à Hoxne, ainsi que le marteau disparu de Peter Whatling, furent transportés au British Museum de Londres. La publicité indésirable entourant la découverte força le British Museum à tenir une conférence de presse le 20 novembre pour annoncer la découverte, ce qui permit de tempérer l'intérêt des journaux et permit aux conservateurs du musée de commencer à classer et à nettoyer les objets trouvés. D'autres fouilles furent menées en septembre 1993, puis en 1994, en raison de la présence de prospecteurs illégaux à proximité du site.
Le 3 septembre 1993, une enquête déclara que le trésor de Hoxne était un trésor caché, c'est-à-dire que le trésor était considéré comme étant de propriété inconnue et caché dans l'intention d'être récupéré plus tard. En novembre, le Treasure Trove Reviewing Committee (Comité d'examen des trésors trouvés) estima la valeur du trésor à 1,75 million de livres sterling (aujourd'hui 2,66 millions de livres sterling ou 4,3 millions de dollars), qui fut versée à Eric Lawes en tant que découvreur du trésor. Lawes partagea généreusement sa récompense avec le fermier Peter Whatling (ce qui est désormais une obligation légale). Le trésor de Hoxne se trouve aujourd'hui au British Museum et les pièces les plus importantes sont exposées dans une reconstitution en plexiglas du coffre en chêne et des boîtes intérieures dans lesquels elles avaient été déposées à l'origine.
Les fouilles menées à Hoxne révélèrent que le trésor avait été conservé à l'intérieur d'une structure rectiligne, interprétée comme les restes pourris d'un coffre en bois qui contenait autrefois les objets. D'autres fragments récupérés par les archéologues, notamment des ferrures de coffre telles que des charnières et des serrures, ont montré que les objets avaient été soigneusement rangés dans des boîtes en bois et des conteneurs en tissu à l'intérieur du grand coffre en chêne. Cet emballage méticuleux est l'une des raisons pour lesquelles les objets ont été si bien conservés lors de leur découverte. Les archéologues ont également mis au jour un trou non daté qui aurait pu contenir un poteau en bois servant à marquer l'emplacement de l'enfouissement du trésor.
Description du trésor
Pièces
Le fabuleux contenu du trésor de Hoxne comprend 569 pièces d'or, 14 191 pièces d'argent et 24 pièces de bronze. Les pièces d'or (toutes des solidi d'environ 4,5 grammes d'or chacune) datent des règnes de huit empereurs différents, entre Valentinien Ier (r. de 364 à 375) et Honorius (r. de 395 à 423). La plupart des pièces du trésor étaient des siliques d'argent (petites pièces romaines minces produites à partir du IVe siècle), dont le nombre impressionnant s'élevait à 14 212. On a également trouvé 60 miliarenses d'argent ( grandes pièces d'argent introduites par Constantin Ier) et 24 nummi de bronze ( pièces de faible valeur).
Les pièces du trésor de Hoxne fournissent des indices extrêmement utiles pour dater leur dépôt. La plus ancienne pièce de la collection est un miliarense très usé de Constantin II (empereur romain de 337 à 340), et les deux dernières siliques sont celles de l'usurpateur Constantin III (r. de 407 à 408). Le trésor dut donc être enterré après 407-408, et bien que nous ne sachions pas combien de temps les pièces existantes restèrent en circulation, cela ne dépassa probablement pas 30 ans, ce qui donne une date probable pour le dépôt du trésor au plus tard en 450. Tout aussi importantes pour nous renseigner sur le trésor de Hoxne sont les marques d'atelier frappées sur de nombreuses pièces, qui identifient l'endroit où elles furent frappées dans l'Empire romain. Quatorze ateliers différents sont représentés dans le trésor de Hoxne: Trèves, Arles et Lyon (en Gaule - France actuelle), Aquilée, Milan, Ravenne et Rome (Italie) ; Siscia (Croatie actuelle), Sirmium (Serbie actuelle), Thessalonique (Grèce), Constantinople, Nicomédie, Cyzicus et Antioche (Turquie actuelle).
Bijoux
Le trésor contient 29 pièces de bijoux en or magnifiques: une chaîne corporelle en or, six colliers à chaîne, trois bagues et 19 bracelets. L'un des bracelets porte l'inscription "VTERE FELIX DOMINA IVLIANE" ( Utilise [cela] avec bonheur, dame Juliane), qui indique clairement le nom de la propriétaire, Juliane. La chaîne corporelle provenant du trésor est un objet rare et fascinant, qui devait être passé sur les épaules et sous les bras de la personne qui le portait, puis fixé à l'aide de deux fermoirs. Il y a deux fermoirs décoratifs à la jonction des chaînes. Sur celui à l'avant, on trouve une améthyste entourée de quatre grenats et de quatre montures vides qui contenaient probablement autrefois des perles (aujourd'hui disparues), et sur celui à l'arrière, une pièce d'or de l'empereur Gratien (r. de 375 à 383 ap. J.-C.) sertie dans un cadre en or. La petite taille de la chaîne corporelle de Hoxne suggère qu'elle ne pouvait convenir qu'à une jeune femme très mince ou à une adolescente. Il est intéressant de noter que le cadre en or de la pièce était un pendentif réutilisé, vieux d'un siècle peut-être lorsqu'il fut incorporé à la chaîne corporelle élaborée, ce qui suggère qu'il s'agissait d'un héritage familial.
Argenterie
La collection de magnifiques objets en argent provenant du trésor comprend 78 cuillères de fabrication exquise, 20 louches dorées et décorées, quatre poivrières extrêmement rares, cinq bols, deux vases, neuf accessoires de toilette (cure-dents et cure-oreilles) et deux cadenas provenant de petits coffrets en bois aujourd'hui pourris. Plusieurs cuillères sont décorées d'une croix monogrammée chrétienne ou du symbole Chi-Rho, et l'une d'elles est gravée de la phrase chrétienne courante "VIVAS IN DEO" (Que tu vives en Dieu). L'un des colliers en or porte également le symbole Chi-Rho. Ces inscriptions attestent sans aucun doute de la foi chrétienne de leurs propriétaires et constituent un témoignage important du christianisme dans la Grande-Bretagne romaine tardive.
Un ensemble de dix cuillères en argent provenant du trésor porte l'inscription du nom "Aurelius Ursicinus", mais bien qu'il s'agisse du nom le plus courant dans le trésor, rien ne prouve qu'il s'agisse du nom du propriétaire des objets. L'un des objets en argent les plus spectaculaires est le manche en forme de tigresse bondissante avec des rayures en nielle et une longue queue, qui semble avoir été délibérément détaché d'un grand récipient avant d'être déposé là.
L'objet le plus célèbre de tout le trésor est sans doute le "poivrier de l'impératrice", un récipient en argent d'environ 7,5 cm de haut en forme de demi-figure féminine creuse. Les vêtements, les bijoux et la coiffure complexe du personnage sont dorés et magnifiquement travaillés. À la base de la figurine se trouve un disque interne qui peut être tourné pour s'ouvrir complètement afin d'être rempli de poivre ou d'autres épices, s'ouvrir partiellement pour saupoudrer les aliments, ou se fermer complètement. Bien qu'on ait d'abord pensé qu'il représentait une impératrice romaine, les spécialistes pensent aujourd'hui que le poivrier "de l'impératrice" représente une riche aristocrate romaine, peut-être même Dame Juliane, propriétaire du bracelet en or gravé trouvé dans le trésor. Le poivre était une denrée extrêmement rare mais très appréciée des Romains. Il n'était cultivé nulle part dans leur empire et devait donc être importé d'Inde, traversant l'océan Indien et la mer Rouge jusqu'en Égypte, puis la Méditerranée jusqu'en Italie et à Rome.
Le contexte
Comme pour le trésor de Staffordshire, il n'existe aucune trace de bâtiments contemporains et certainement aucune villa romaine riche à proximité immédiate du site du trésor de Hoxne. La présence romaine la plus proche dans la région se trouve à Scole, où une voie romaine connue sous le nom de Pye Road (l'actuelle A140) traverse la rivière Waveney, à environ 3,2 km au nord-ouest du lieu de la découverte. À 8 km au sud-ouest de l'emplacement du trésor de Hoxne, il existe des traces d'une colonie romaine à Stoke Ash, également située sur la Pye Road. Scole et Stoke Ash ont toutes deux été suggérées comme emplacement de la Villa Faustini, un site mentionné dans l'Itinéraire d'Antonin, une description écrite commencée au IIIe siècle de notre ère décrivant les principales routes de l'Empire romain et les stations qui s'y trouvaient, qui comprend 15 itinéraires en Grande-Bretagne. La Villa Faustini était manifestement un domaine appartenant à un homme nommé Faustinus, mais son emplacement exact et l'identité de Faustinus sont inconnus.
Cependant, le trésor de Hoxne ne fut pas une découverte totalement isolée. En 1781, des ouvriers avaient découvert une boîte en plomb près de la rivière Dove à Eye, à environ 3 km au sud-ouest de Hoxne. La boîte contenait environ 600 pièces d'or romaines datant des règnes de Valens et Valentinien Ier (364-375) et Honorius (393-423). Malheureusement, les pièces ont depuis longtemps été dispersées entre divers collectionneurs privés et sont presque impossibles à retrouver. Que ce trésor soit lié ou non à la cachette de Hoxne, il suggère peut-être autre chose. Le Dr Peter Guest, maître de conférences en archéologie romaine à l'université de Cardiff et auteur de The late Roman Gold and Silver Coins from the Hoxne Treasure (voir bibliographie), a remarqué la concentration de trésors romains tardifs en Est-Anglie et suggère dans son livre "une tradition culturelle bien ancrée consistant à abandonner délibérément et définitivement des métaux précieux dans le sol". Selon cette hypothèse, les trésors de la région auraient été des dépôts votifs, bien que Guest ait également suggéré une autre théorie selon laquelle le trésor de Hoxne aurait été déposé parce que les objets qu'il contenait étaient utilisés dans le cadre d'un système d'échange de cadeaux qui prit fin lorsque les Romains quittèrent la Grande-Bretagne.
Une autre possibilité est que le trésor de Hoxne représente le butin d'un vol, caché par le voleur qui, pour une raison quelconque, fut empêcher de revenir le récupérer. Cependant, l'explication la plus simple de la présence du trésor de Hoxne est qu'il aurait été déposé par une famille riche dans un endroit isolé pour être mis en sécurité après 407 après J.-C., à une époque incertaine, voire dangereuse, alors que les soldats romains quittaient la Grande-Bretagne. Peut-être cette famille dut-elle quitter précipitamment la Grande-Bretagne pendant cette période troublée, ce qui explique pourquoi elle ne put récupérer son trésor. Ou du moins, pas en totalité. Les chercheurs ont remarqué que certains types courants de bijoux romains sont absents du trésor, tout comme les grands objets de table en argent trouvés dans le trésor de Mildenhall, qu'une riche famille romaine aurait certainement possédé. Aussi fabuleusement riche soit-il, le trésor de Hoxne ne représente peut-être qu'une partie d'un trésor encore plus grand.
