Prodiges: Perception des tremblements de terre de Julius à l'Aquila

Irene Fanizza
par , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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L'un des charmes du métier d'archéologue réside dans la chance de découvrir, lors d'une fouille, un objet qui se trouve dans un état de conservation relativement bon. À des degrés divers, certains chercheurs étudient comment la nature peut contribuer à la conservation des objets et des bâtiments, tandis que d'autres s'intéressent aux agents naturels de destruction, tels qu'un pH particulier du sol, une série de crues d'une rivière ou d'autres événements catastrophiques. Les éruptions volcaniques ont certes pu anéantir des civilisations entières, mais à l’inverse, les cendres et la suie qu’elles produisent sont particulièrement propices à la préservation des artefacts anciens; de plus, les dépôts de suie permettent souvent de dater une éruption particulière, même à des milliers de kilomètres du cratère du volcan.

En revanche, les tremblements de terre ont toujours été une épine dans le pied de l’humanité. La Terre est vivante; elle bouge et agit sans que personne ne puisse l’en empêcher, et tout comme personne n’est capable d’empêcher les inondations, personne ne peut prédire quand la Terre tremblera à nouveau. Les phénomènes naturels qui affectent notre territoire sont souvent imprévisibles et sont certainement inévitables. Malgré cela, nous avons du mal à comprendre pourquoi, dans les zones à haut risque sismique (par exemple la Californie, l'Italie et le Japon), les gens continuent de vivre et de construire. Les progrès des techniques de construction dans certains pays ont permis de mettre en place des mesures de protection contre les effets des séismes destructeurs. Dans d'autres pays, cependant, cela n'a pas été le cas et même les bâtiments modernes restent exposés à des dommages importants en cas de séisme. On peut alors imaginer le sort réservé, dans ces endroits, aux bâtiments médiévaux et antiques qui ont survécu.

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Hellenistic Gate, Butrint
Porte hellénistique de Butrint Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

L'Italie, avec sa richesse en bâtiments historiques, a été très exposée à ces événements inexorables au cours des millénaires, qui modifient continuellement le relief de ces terres. La plaque africaine (bouclier africain) exerce une pression par un mouvement de subduction contre la plaque eurasienne (c'est-à-dire que la plaque africaine s'enfonce sous la plaque eurasienne), et ce phénomène dure depuis des millions d'années. Les deux plaques tentent de s’opposer l’une à l’autre, accumulant une force considérable qui, au moment où les plaques ne peuvent plus supporter une telle pression, se libère avec une puissance énorme, créant une onde de choc. Depuis des temps immémoriaux, ce mécanisme a toujours été le même: poussée, accumulation d’énergie, libération soudaine et spectaculaire de l’énergie accumulée et génération consécutive de tremblements de terre.

Pour ceux qui ont étudié de près la géologie et la topographie de l’Italie antique, le nom de Julius Obsequens ne sera pas inconnu. Écrivain et historien romain, il a décrit ces événements sismiques inhabituels, ces prodiges dans le ciel étoilé, dans la nature, et en particulier les tremblements de terre. Julius les a décrits par ordre chronologique, en s'appuyant sur la liste des consuls romains (les parties qui nous sont parvenues, couvrant la période de 249 av. J.-C. à 12 av. J.-C.), et il constitue notre principale source pour comprendre comment l'Italie a été frappée par les tremblements de terre au fil des siècles.

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Julius Obsequens écrit dans son Livre des prodiges, qui date de 100 avant J.-C., qu’après un tremblement de terre, incroyablement, des portions de murs restaient debout. Obsequens était surpris de voir comment les maisons restaient debout avec seulement leurs murs extérieurs intacts. Au cours de l’histoire, nous avons perdu en chemin une longue série de monuments et parfois des villes entières à cause de catastrophes naturelles. Nous pensons souvent que cette destruction est la conséquence du fait qu’autrefois, peut-être, les connaissances faisaient défaut, que les constructions n’étaient pas assez solides, voire que des phénomènes surnaturels étaient à l’origine de ces événements, par exemple ceux qui conduisirent Julius à s’interroger sur la façon dont un mur en équilibre, de travers, pouvait apparemment être soutenu par rien.

Cependant, à l’époque romaine, les tremblements de terre documentés dont nous avons connaissance résultaient d’une sélection délibérée, tendant à se concentrer sur les grandes villes telles qu’Athènes et Rome et, à l’époque républicaine de Julius, sur le reste de l’Italie sous la domination de Rome. Les événements sismiques touchant les villages et les zones rurales étaient généralement ignorés. Ces événements prodigieux, tels que Julius nous les a transmis, étaient donc toujours liés à des événements politiques et interprétés comme une réaction à la violation de la Pax Deorum divine par l’humanité. Les péchés à l’origine de ces événements étaient expiés par des rituels sacrificiels et des cérémonies religieuses. Un exemple, rapporté par Julius, est le tremblement de terre de 91 av. J.-C., qui fut ressenti dans tout le sud de l’Italie. Celui-ci était lié à un événement spécifique de l’histoire romaine: la guerre civile entre les Romains et certains alliés qui réclamaient la citoyenneté romaine.

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Dans le contexte européen du monde antique, l’Italie a toujours été le théâtre de catastrophes naturelles tout au long de l’histoire, mais à travers la Méditerranée également, les éruptions volcaniques et les tremblements de terre causèrent de grandes destructions (ou, dans quelques cas, contribuèrent à la conservation). On pense à l’éruption minoenne (IIe millénaire av. J.-C.) de Théra, aujourd’hui Santorin, ou à l’éruption du Vésuve en 79 après J.-C.

En ce qui concerne les tremblements de terre, une étude remarquable a été menée par le Laboratoire avancé de sismologie historique de l’Institut national italien de géophysique et de volcanologie, qui a compilé une immense base de données sur l’activité sismique allant de 461 avant J.-C. à 1997 pour la région italienne et de 760 avant J.-C. à 1500 pour la région méditerranéenne. Certains de ces séismes sont également directement liés à l'activité volcanique, comme on peut le constater en se rendant à Herculanum, où le séisme du 25 août 79 après J.-C. est marqué en rouge. http://storing.ingv.it/cfti4med/#

Il faut dire que ce qui reste du monde antique dépend désormais entièrement de nous et non plus de la nature; les vestiges dont nous disposons sont sans aucun doute plus solides que ce qui a été détruit au fil du temps. De nos jours, il est difficile d’imaginer (bien que ce ne soit pas impossible) qu’un tremblement de terre puisse emporter le peu qui reste du monde antique. Les matériaux et les techniques de construction utilisés dans l’Antiquité étaient bien plus solides et mieux consolidés qu’au cours du Moyen Âge tardif. Nous repensons toujours à Herculanum et à Pompéi et constatons que, malgré le choc violent, les bâtiments ont bien résisté sur le plan structurel: les murs sont plus lourds, plus épais et mieux assemblés, si bien que même certaines fenêtres ont été préservées. Cela contraste avec certaines tours médiévales dont les éléments de construction, plus petits et moins bien assemblés que les structures romaines, se sont effondrés en un amas de décombres.

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The Colosseum of Rome
Le Colisée, Rome Diliff (CC BY-SA)

L'Italie, plus récemment, a failli perdre la ville de L'Aquila lors de la destruction du 6 avril 2009, causée par un séisme de magnitude 6,3, et cela s'est accompagné de vie brisées et de moments douloureux. Il est peu probable que le patrimoine culturel endommagé par ce séisme retrouve un jour sa gloire d'antan, et les pertes humaines relèguent au second plan les préoccupations concernant les bâtiments d'importance historique. Seul le temps apaisera ces blessures. En 2012, l'Italie a de nouveau été frappée par une autre catastrophe sismique, cette fois en Émilie-Romagne, légèrement au nord de la ville de L'Aquila.

L'Émilie-Romagne a connu pendant deux mois une succession ininterrompue de séismes (1 600 secousses) qui, l'un après l'autre, ont déstabilisé et mis à rude épreuve toute la région. Cette vague, avec des pics de 5,8 et 5,9 sur l'échelle de Richter, a détruit certains des symboles médiévaux les plus importants d'Italie. La zone touchée comprenait tout le nord de l'Italie, et les tremblements de terre ont été ressentis jusqu'en Suisse. Pendant deux mois, tout le monde, y compris moi-même, a vécu dans la crainte qu'une nouvelle secousse ne nous emporte tous.

Cependant, maintenant que la vague de destruction s’est calmée, la reconstruction des dégâts matériels a commencé. En ce qui concerne la tour de Modenesi (Finale Emilia), construite en 1200, par exemple, les briques tombées ont été ramassées et répertoriées par des bénévoles, une par une, et avec les meilleurs morceaux restants, ils tenteront de reconstruire la tour. Le château d’Estense (Finale Emilia), construit en 1402, dont les tours se sont effondrées les unes après les autres, a moins de chance et sa reconstruction sera peut-être impossible.

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Plus loin, dans les églises de Pise, Venise, Mantoue et Padoue, des fissures sont apparues; les dégâts subis par la basilique Saint-Antoine de Padoue sont particulièrement importants.
En 100 avant J.-C., Julius Obsequens se demandait quel prodige empêchait ces murs de s'effondrer. Près de 2000 ans plus tard, nous nous retrouvons dans la même situation en Italie et nous nous demandons pourquoi, malgré les preuves, la tragédie et les données scientifiques, nous continuons à construire dans ces zones. Les tremblements de terre en Italie peuvent sembler insignifiants comparés à ceux de Los Angeles et de Tokyo, mais nous, Italiens, nous protégeons ce qui est fragile, ces choses que le temps ne peut préserver que si nous lui donnons un coup de main.

Vous trouverez ci-dessous une liste des dégâts causés aux sites d’importance culturelle et historique dans la zone touchée par les tremblements de terre du 20 mai au 20 juillet 2012.

Crevalcore, Bologne
Effondrement du château de Ronchi. Effondrement du château de Galeazza. Salle inutilisable. Le centre historique est considéré comme zone rouge et a été entièrement évacué.

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Molinella, Bologne
Dommages divers aux bâtiments du centre, dommages à la nouvelle salle de sport et dommages importants au bâtiment du XIXe siècle qui abritait l'IPSIA A. Fioravanti de la place Massarenti, déclaré inapte à l'usage après des mesures techniques.

Brescia, Brescia
Nouvelles fissures devant le mont-de-piété et dans l'église San Clemente.

Verolavecchia, Brescia
Des fissures sont apparues dans le clocher de l'église paroissiale des Saints Pierre et Paul.

Casalmaggiore, Crémone
Graves dommages au dôme de la cathédrale Saint-Étienne, déjà endommagée par les deux précédents séismes de janvier 2012, et déclarée inapte à l'usage.

Crémone, Crémone
Dégâts mineurs sur certains bâtiments anciens, évacuation de toutes les écoles de la ville, dont certaines ont été gravement endommagées.

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Scandolara Ravara, Crémone
Graves dommages à l'église de l'Assomption

Bondeno, Ferrare
Plusieurs bâtiments endommagés. Diverses structures se sont effondrées partiellement ou totalement, principalement des bâtiments historiques et industriels. Dommages importants aux églises des hameaux de Scortichino, Burana, Gaven et Pillars: dans ce dernier, en particulier, le bâtiment historique Palazzo Mosti a été gravement endommagé.

Burana (hameau de Bondeno), Ferrare
Graves dégâts à l'église et au clocher situés en campagne.

Ferrare, Ferrare
Dégâts sur différents bâtiments, principalement superficiels. Dégâts plus importants sur les bâtiments historiques et les habitations de la vieille ville. Dégâts au patrimoine et à l'histoire de la ville s'élevant à plusieurs dizaines de millions d'euros.

Mirabello, Ferrare
De nombreux bâtiments endommagés et partiellement effondrés. L'église de San Paolo s'est partiellement effondrée et a été gravement endommagée.

Poggio Renatico, Ferrare
Dommages importants au château Lambertini (effondrement de la tour) et à l'église abbatiale Saint-Michel (dommages au clocher et au dôme).

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Pilastri (hameau de Bondeno), Ferrare
Graves dommages à l'église et au bâtiment historique Palazzo Mosti.

Mantoue, Mantoue
Chute de la lanterne de la coupole, partiellement endommagée, du clocher de la basilique Sainte-Barbe-Palatine annexée au palais ducal, dont certaines parties sont endommagées. Dégâts à la basilique Saint-André, au musée diocésain, au palais du Podestà, au palais de la Raison et au palais Te.

Poggio Rusco, Mantoue
L'église a été gravement endommagée, principalement en raison du séisme du 29 mai qui a provoqué le déplacement de la tour, des dégâts importants à la mairie et de nombreuses fissures et effondrements à Falconiera, ainsi qu'à la tour (symbole de la région).

Roncoferraro, Mantoue
L'église de Villa Garibaldi a été endommagée.

Sabbioneta, Mantoue
L'église paroissiale de Villa Pasquali a été endommagée; l'église du Carmine à Sabbioneta a été interdite d'accès. Les monuments historiques ont été légèrement endommagés. L'ermitage de San Remigio a été évacué.

San Giacomo delle Segnate, Mantoue
Église gravement endommagée: effondrement d'une partie du fronton, effondrement des voûtes intérieures. Clocher penché, risque d'effondrement. Villa Arrigona gravement endommagée.

Suzzara, Mantoue
Le clocher de l'église de l'Immaculée Conception a été endommagé, avec l'effondrement de la coupole. La tour a été légèrement endommagée.

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Carpi, Modène
Certains bâtiments ont subi des dommages superficiels; les conséquences les plus graves concernent le patrimoine artistique, avec l'effondrement de la cathédrale locale et la blessure du curé.

Cavezzo, Modène
On estime qu'environ 75 % des bâtiments de la région ont été gravement endommagés.

Mirandola, Modène
De nombreux bâtiments du centre historique ont subi des dommages importants ou se sont partiellement effondrés. La vieille ville a été évacuée et une zone rouge a été mise en place. Dommages importants sur le mur ouest du château de Pico, où la structure est fortement compromise. Dommages à la mairie, avec séparation du porche nord du bâtiment principal, dommages aux structures, au porche nord et effondrement des planchers. Effondrement des voûtes de l'église de Jésus. Effondrement de la coupole (toit et nefs) et de l'église Saint François (cette dernière s'est complètement effondrée, cloche comprise). D'autres bâtiments historiques et publics ont été fortement endommagés.

Finale Emilia, Modène
La Rocca Estense s'est effondrée lors du séisme du 20 mai 2012. La tour de Modène, appelée la Tour de l'Horloge, s'est effondrée.

San Felice sul Panaro, Modène
Mise en place d'une zone rouge dans le centre historique, précédemment évacué en raison d'effondrements généralisés. Effondrements partiels et dommages importants au château d'Estense. Effondrement de la cathédrale et de sa tour, et dommages importants à d'autres églises et monuments historiques. Effondrement de la tour de l'horloge.

San Possidonio, Modène
Effondrement du clocher de l'église de San Possidonio.

Padoue, Padoue
Dégâts mineurs à la basilique Saint-Antoine, à l'abbaye de Santa Giustina (avec un blessé léger) [66] et à d'autres lieux de culte et bâtiments historiques (dont certains ont été fermés au public); dégâts importants à l'église Sainte-Lucie, dont la façade est désormais instable. [67] Le bâtiment de Maldura, gravement endommagé et inutilisable, est actuellement en cours de restauration afin de le rendre accessible aux étudiants à la rentrée universitaire à l'université de Padoue.

Pise, Pise
Le "Palazzo della Sapienza" a été endommagé.

Brescello, Reggio d’Émilie
Légers dommages à l'église Santa Maria Risorgente.

Correggio, Reggio Emilia
Dégâts généralisés sur l'ensemble du patrimoine historique. La tour civique et la basilique adjacente de Saint-Quirinus, la salle du Conseil municipal, l'église Santa Maria della Misericordia, l'église Santa Chiara et le sanctuaire de la Madone de la Rose ont été endommagés.

Guastalla, Reggio Emilia
Dommages structurels au palais des Doges dans le centre-ville ; une partie du centre historique a été déclarée inapte à l'usage ; quelques bâtiments endommagés.

Gualtieri, Reggio Emilia
Dommages structurels importants au palais Bentivoglio dans le centre-ville, au bâtiment Greppi et à l'église Santa Vittoria, tous deux situés dans le village du même nom.

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Reggiolo, Reggio Emilia
Quelques bâtiments endommagés. Dégâts à la forteresse et aux structures agricoles. C'est le cas pour la plupart des dégâts dans la province

Ficarolo, Rovigo
Quelques bâtiments endommagés. Le clocher, déjà penché, s'est encore incliné et risque de s'effondrer.

Venise, Venise
Chute d'une statue qui se trouvait près d'une femme, dans les jardins de Papadopoli.

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Bibliographie

Traducteur

Citer cette ressource

Style APA

Fanizza, I. (2026, mai 09). Prodiges: Perception des tremblements de terre de Julius à l'Aquila. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-460/prodiges-perception-des-tremblements-de-terre-de-j/

Style Chicago

Fanizza, Irene. "Prodiges: Perception des tremblements de terre de Julius à l'Aquila." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, mai 09, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-460/prodiges-perception-des-tremblements-de-terre-de-j/.

Style MLA

Fanizza, Irene. "Prodiges: Perception des tremblements de terre de Julius à l'Aquila." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 09 mai 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-460/prodiges-perception-des-tremblements-de-terre-de-j/.

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