Dans cette interview, World History Encyclopedia s'entretient avec l'auteur James Lacey au sujet de son nouveau livre Rome: Strategy of Empire (Rome: stratégie impériale) publié par Oxford University Press.
Kelly: Pourriez-vous nous parler un peu de votre parcours?
James: Parfois, quand les gens me demandent de parler de mon parcours, on dirait que je suis incapable de garder un emploi, mais je vais vous raconter mon histoire du début à la fin. J'ai passé une douzaine d'années dans l'armée américaine en tant qu'officier d'infanterie, en service actif, dans la 82e division aéroportée et la 101e division aéroportée. J'ai ensuite passé beaucoup de temps en Allemagne dans divers quartiers généraux de l'armée, puis j'ai quitté l'armée lorsque les Russes ont ramassé tous leurs jouets et sont rentrés chez eux. Je pensais que c'était la fin, mais je ne me rendais pas compte à quel point l'ère post-soviétique allait être passionnante. J'ai pris ma retraite de l'armée de réserve et j'ai occupé divers emplois dans le quartier de Wall Street pendant une douzaine d'années. Le 11 septembre 2001, mon bureau se trouvait au 82e étage du World Trade Center. En rentrant chez moi ce soir-là, je me suis dit que j'allais prendre une autre direction. J'avais quitté l'armée, je m'étais lancé dans le monde des affaires, et j'allais maintenant me consacrer à ma première passion, l'écriture et l'Histoire.
J'ai trouvé un emploi d'éditorialiste pour le New York Post et le New York Sun. Une semaine plus tard, je discutais avec le rédacteur en chef du magazine Time pendant le déjeuner. Je lui ai dit que j'aimerais rejoindre Time, et il m'a répondu "ok". Je suis donc allé au magazine Time, ce qui semblait agacer beaucoup de journalistes qui passent leur vie à essayer de faire la même chose. L'opération "Liberté irakienne" était en cours de préparation. J'ai dit que je voulais un poste de journaliste embarqué, mais ils m'ont répondu que tous les envoyés allaient au bureau de Washington et qu'ils ne pouvaient plus en accepter d'autres. J'ai dit que je pouvais me débrouiller tout seul. J'avais encore beaucoup de contacts dans l'armée et ils m'ont dit que si je me débrouillais tout seul, je pouvais y aller. Je me suis donc réintégré dans la brigade. J'avais été commandant de compagnie et le commandant de brigade et moi avions été commandants de compagnie ensemble, ce qui a rendu l'expérience intéressante. Puis je suis revenu et j'ai décidé d'écrire un livre sur la guerre. Rick Atkinson m'a devancé sur l'unité avec laquelle j'étais. Je suis donc allé faire des recherches supplémentaires, ce qui m'a conduit à l'Institute of Defence Analysis, un groupe de réflexion qui soutient l'armée. J'y suis resté environ sept ans, faisant des recherches sur plusieurs sujets stratégiques et écrivant sur un certain nombre de sujets stratégiques.
J'ai obtenu mon doctorat en Histoire pendant que j'étais là-bas. Je l'ai fait pour une seule raison: enseigner l'Histoire. Un poste s'est libéré au Marine Corps War College, j'avais mon doctorat depuis huit jours, ils m'ont embauché et j'y suis resté pendant environ douze ans. J'ai vécu une série d'expériences éclectiques. Pour écrire ce livre, c'est formidable. Beaucoup de gens qui ont étudié l'Histoire romaine, qui est à bien des égards une Histoire militaire, ne comprennent pas comment fonctionnent les armées. Comment pensent les soldats et les officiers. J'ai donc pu mettre à profit des décennies d'expérience dans ce domaine. Mais la stratégie ne se limite pas à l'aspect militaire. Je comprends comment fonctionne l'économie mondiale. Cela fait partie de mon travail. Ma thèse de doctorat portait en fait sur l'économie de la Seconde Guerre mondiale, donc le fait de réunir l'économie, l'armée et d'autres éléments m'a permis de raconter une histoire qui n'avait jamais été racontée auparavant. Edward Luttwak a écrit The Grand Strategy in a Roman Empire, mais il ne va que jusqu'au IIIe siècle et ne couvre rien après cela. Il restait encore 200 ans à l'Empire romain avant l'effondrement de l'Empire d'Occident.
Je me suis dit que lorsque je m'attaquerais à ce sujet, j'allais tout couvrir. Il n'a abordé que la structure militaire de l'empire. Rome n'a pas perdu son empire parce que ses soldats ont cessé de se battre. Elle l'a perdu parce qu'elle a perdu de vue ce qui comptait vraiment, son cœur économique, et qu'elle ne pouvait plus acheter de soldats. Il y avait beaucoup de soldats à acheter, mais Rome n'avait tout simplement plus les moyens de les payer. Ainsi, le fait d'avoir exercé des métiers variés m'a donné une perspective qui, selon moi, fait défaut dans tout le débat sur la question de savoir si Rome pouvait avoir une stratégie ou non.
Kelly: Votre livre, Rome : Strategy of Empire, se concentre, selon vous, sur la stratégie militaire de l'ensemble de l'Histoire de la Rome antique.
James : Il ne se limite pas à l'armée. On ne peut pas parler de la stratégie romaine sans aborder certains aspects militaires. Mais j'ai consacré beaucoup de temps à l'économie qui la sous-tend, à la diplomatie romaine, qui est très importante, aux infrastructures de Rome et aux transitions gouvernementales. La création d'une stratégie implique de nombreux éléments. La solution simple, les moyens et les méthodes. Que voulez-vous faire? Comment voulez-vous le faire, et de quoi avez-vous besoin pour le faire ?
La raison vraiment cruciale pour laquelle j'ai décidé de m'attaquer à ce sujet, c'est que j'ai lu des livres sur Rome toute ma vie. Je suis historien professionnel, mais je suis aussi un historien amateur de Rome. J'ai lu des tonnes de livres. J'ai lu presque tous les ouvrages classiques. Mais il existe un grand nombre de professionnels, d'historiens de l'Antiquité qui se sont spécialisés dans Rome depuis le tout début et qui connaissent parfaitement chaque détail de la matière. Et lorsque Luttwak a écrit son livre, il a abordé un sujet auquel aucun d'entre eux n'avait jamais vraiment pensé auparavant. Rome avait-elle une stratégie? Il m'a semblé que Luttwak était comme un virus. Vous êtes stratège, vous donnez des conseils et des consultations militaires. Vous ne savez rien de Rome et, par conséquent, vous vous êtes complètement trompé. C'est l'incroyable consensus des historiens de la Rome antique. Il y a des exceptions, et certaines sont très importantes. Les histoires anciennes de Cambridge ont toutes été réécrites au cours des deux dernières décennies, et elles comportent essentiellement un chapitre affirmant que Rome était incapable de réflexion stratégique. Non seulement elle n'avait pas de stratégie, mais elle était également incapable de penser de manière stratégique. Cela m'a dérangé. Dire cela alors que l'on sait que Rome consacrait plus de la moitié de ses revenus à son armée, à sa marine, à ses légions et à toutes les forteresses situées le long de la frontière. Cela signifie qu'ils dépensaient chaque année 50 % de leur PIB, ou presque, dans une stratégie visant à maintenir de l'autre côté des frontières ce qui se trouvait de ce côté-là. Ne pas les laisser entrer dans l'Empire. En 500 ans, personne ne s'est arrêté pour se demander pourquoi nous faisions cela, ou si nous le faisions correctement. D'un point de vue purement logique, cela m'a semblé incorrect.
J'ai eu l'occasion d'écrire un chapitre dans un livre. Ce chapitre était presque aussi difficile à écrire qu'un livre entier, car je n'avais pas approfondi le sujet. Je pensais simplement que Luttwak s'était trompé, car tout le monde me l'avait dit. Puis j'ai commencé à faire des recherches pour ce chapitre et je me suis dit que Luttwak avait en grande partie raison. Son livre, The Grand Strategy of the Roman Empire, a 40 ans. À mon avis, il a trop systématisé son analyse et il ne dit pas pourquoi ils avaient agi ainsi. Il dit: "Voici ce qu'ils ont fait, c'est stratégique, ils devaient avoir une stratégie". Mais on ne comprend pas vraiment ce qui motivait cette stratégie. Pourquoi ont-ils pris ces décisions au cours de ce siècle, et de nouvelles décisions au cours du siècle suivant? Qu'est-ce qui a changé au fil du temps? Cet empire a duré 500 ans, ce n'était pas un empire figé. Les choses n'évoluaient pas aussi vite qu'au XXIe siècle. Mais 500 ans. Si vous remontez 500 ans en arrière, Henri VIII est toujours sur le trône d'Angleterre. Copernic vient de découvrir que le soleil pourrait être le centre de l'univers. C'est beaucoup de temps pour que les choses changent. Rome a changé, l'empire a changé, et leur stratégie a changé au fil du temps.
Mais les historiens romains eux-mêmes disent: "Hé, Rome ne comprenait même pas la géographie du monde ou de son empire, alors si vous ne comprenez pas la géographie, comment pouvez-vous réfléchir à une stratégie? On a probablement trop analysé les combats, les guerres, les va-et-vient, ce qu'ils savaient de la géographie, ce qu'ils ne savaient pas de la géographie. Cette analyse, ce débat, sont peut-être allés trop loin, mais ils semblent avoir conclu qu'ils ne comprenaient pas grand-chose à la géographie et que ce qu'ils en savaient n'était pas suffisant pour former une conception stratégique qu'ils pourraient mettre en œuvre à l'échelle de l'empire. Cette conclusion repose sur le fait que les cartes dont nous disposons actuellement sont ce qu'ils appellent des itinéraires. Elles ressemblent à des plans de métro, comme ceux de New York ou de Londres, avec des arrêts, des arrêts et encore des arrêts. On ne sait rien de ce qu'il y a entre les deux. Ce n'est qu'une série d'arrêts. Les historiens ont dit qu'on ne peut pas planifier une stratégie en se basant sur le nombre de jours qu'il faut pour aller de Rome à Ravenne, puis de Ravenne à Vienne, de Vienne à l'endroit où l'on veut aller, car c'est tout ce que c'était. C'était comme des carnets de voyage. Si vous quittez Rome aujourd'hui pour vous rendre à Ravenne à pied, cela vous prendra 16 jours, et il y aura une petite ligne entre Rome et Ravenne, qui peut être à un centimètre ou à dix centimètres. Ils ne se souciaient pas de cet espace, et ils écrivaient simplement le chiffre à côté de la ligne, 16. Vous saviez alors qu'il fallait 16 jours pour parcourir cette distance à pied.
Les historiens romains s'accordent à dire qu'on ne peut pas utiliser les itinéraires pour élaborer une stratégie. Je me suis dit qu'il valait mieux dire aux stratèges du XXIe siècle d'arrêter de le faire, car c'est exactement ce que nous utilisons. Ils appellent cela des nœuds. Aujourd'hui, au lieu de points sur une carte, il s'agit de divers nœuds, nœuds ferroviaires et ports maritimes. La seule fois où les militaires se soucient de la géographie sur une carte, c'est au moment où ils se battent. Donc, tout ce qui importait aux Romains, c'était: "Bon, j'ai 30 légions, dont huit le long du Rhin. Je vais en retirer quatre de quatre villes et les déplacer à Antioche. Ensuite, ils sortent l'itinéraire, c'est une marche de dix jours de cette ville à cette autre ville, six jours dans cette ville, et ils savent immédiatement combien de temps il faudra pour faire marcher une légion dans cette ville. La seule chose qu'il vous reste à faire est d'envoyer des messages aux gouverneurs des provinces.
Les itinéraires, loin d'être inutiles, quelque chose que vous n'utiliseriez jamais pour élaborer une stratégie, se sont avérés être exactement ce dont vous avez besoin pour élaborer une stratégie militaire. Cela suffit à réfuter 90 % de l'argument selon lequel les Romains étaient incapables d'élaborer des stratégies. Il existe des jeux de guerre que vous pouvez acheter pour cinquante ou cent dollars et qui sont basés sur l'Empire romain, et chacun d'entre eux est point à point. C'est comme un réseau en étoile, car c'est ainsi que vous concevez la stratégie. Ce que j'ajoute à ce domaine, c'est que vous les mecs avez fait un excellent travail en me racontant ce qui s'est passé dans l'Histoire romaine. Je me tiens sur les épaules de géants, et je les cite dans mon livre. Je prends toutes les connaissances que vous avez accumulées au cours des 200 dernières années, et je vais maintenant y ajouter ce que je sais sur la stratégie, l'économie de la guerre et la façon dont nous pensons ces choses à l'époque actuelle, car la stratégie ne change jamais.
Kelly : C'est incroyable que même un seul aspect de la stratégie moderne, de l'armée moderne, puisse déjà faire une telle différence dans votre compréhension de la stratégie dans l'Empire romain.
James : Je n'ai pas écrit ce livre dans le but d'en tirer des leçons, mais la stratégie ne change pas si vous êtes profondément imprégné de la pensée stratégique. Ce que faisaient les Romains, ce que faisait Napoléon et ce que nous faisons aujourd'hui peuvent tous être résumés en certaines catégories. On dit toujours que la nature de la guerre ne change jamais, mais que son caractère peut changer, tout comme la technologie. Voici une chose intéressante. Si Rome dépassait les limites de son empire, elle pouvait envoyer environ 50 000 soldats et les maintenir en place pendant un certain temps. Si elle voulait lancer une offensive majeure, elle pouvait en envoyer 150 ou 200 000, mais elle ne pouvait pas les maintenir en place. L'économie de Rome ne pouvait pas soutenir un tel niveau de force en dehors de l'empire pendant une longue période. Ces chiffres ne changent jamais.
Le nombre de soldats à l'avant-garde de la sphère n'a pas changé depuis l'Antiquité. Le coût a augmenté, mais par rapport au PIB, il est à peu près le même. Si vous examinez la stratégie romaine et que vous la comprenez, vous pouvez utiliser ce contexte pour réfléchir à la stratégie américaine, chinoise ou à la stratégie de n'importe qui aujourd'hui. Il y a certaines leçons primordiales à tirer. Premièrement, gardez à l'esprit ce qui est vraiment important. Rome n'a jamais perdu son principe fondamental. Tout ce qui se trouve à l'extérieur, à la périphérie de l'empire, nous avons cette frontière. Ce n'est pas une ligne, c'est plutôt une zone, mais tout ce qui se trouve de l'autre côté est probablement très mauvais, et nous ne devons pas le laisser entrer. Et si cela arrive, le plus important est de protéger notre cœur économique, et alors nous pourrons gagner. Peu importe le nombre de revers que nous subissons, si notre cœur économique reste fort, nous pouvons revenir en force. Jusqu'à la fin, ils n'ont jamais vraiment perdu de vue ces principes.
Il y avait une chose qui les a gênés à plusieurs reprises, et s'ils avaient pu la résoudre, Rome existerait peut-être encore, pour autant que nous le sachions, et c'est la transition en douceur du pouvoir. Ils n'y sont jamais parvenus. La République romaine s'est effondrée parce que les légions romaines sont devenues fidèles à ceux qui les payaient, c'est-à-dire leurs généraux. Elles n'étaient plus fidèles à Rome elle-même. Il y a donc eu une guerre civile brutale, puis l'empire est apparu, et les légions ont alors prêté allégeance à l'empire. À mon avis, la personne la plus dangereuse dans l'empire était un général romain couronné de succès, car dès qu'il réussissait, il devenait une menace pour l'empereur. Il pouvait rallier ces légions à sa cause et marcher sur Rome. Il y avait une bonne raison à cela, car, au cours des 500 années qui ont suivi, cela s'est produit à plusieurs reprises. Lorsqu'un général se soulevait et déclarait: "Je me révolte", peu importait la stratégie que Rome voulait mettre en œuvre, les menaces extérieures qui tentaient de s'introduire dans la ville, tout le reste passait au second plan, car la préoccupation stratégique primordiale était de vaincre l'usurpateur. Et les légions romaines marchaient et combattaient. Si Rome avait pu éviter ces transitions sanglantes, ces guerres civiles sanglantes qui se produisaient de manière récurrente, aucune puissance extérieure aux frontières n'aurait pu s'attaquer à Rome. Même les Huns n'auraient pas pu s'attaquer à un empire romain solidifié sous un règne unique et prêt à les affronter dans une bataille ouverte.
Au IIIe siècle, avec une succession de crises, c'est le début d'une crise climatique, les températures baissent et des épidémies se déclarent. Les barbares avancent sur tous les fronts. L'empire perse, qui avait été l'empire parthe pendant plusieurs années, les Parthes ayant été remplacés par les Sassanides, qui sont beaucoup plus actifs, beaucoup plus orientés vers l'armée, et qui cherchent à s'étendre. Le moyen le plus facile de s'étendre était de s'attaquer à l'Empire romain. Rome semblait sur le point de s'effondrer. Elle avait perdu toute la Gaule, qui correspond en grande partie à la France actuelle. L'Égypte était perdue et l'Empire s'effondrait, mais il conservait son cœur. L'Italie, l'Afrique du Nord, les provinces danubiennes, le centre économique et le lieu où l'on recrutait le mieux se trouvaient dans les Balkans. Et ils reviennent, ils se battent pour revenir, ils ont encore 200 ans à vivre. Mais ensuite, lors de la crise finale du début du Ve siècle, ils franchissent tous la frontière, et Attila finit par faire entrer les Huns. Les Romains se concentrent en quelque sorte sur Attila et ces vandales, peut-être 10 à 15 000 guerriers au maximum pénètrent en Espagne. Ils traversent le détroit de Gibraltar et entrent en Afrique du Nord. Quelques années plus tard, ils possèdent toute l'Afrique du Nord. C'est le centre économique de l'Empire romain. Une fois qu'il a été perdu, Rome a finalement levé les yeux et a dit: Qui se soucie de ces maudits Huns? Nous ne nous en soucions plus. Nous devons le récupérer. Ils n'ont pas réussi à le faire. L'Empire byzantin a fini par le récupérer, mais c'était alors un désert. Rome avait perdu son grain. Les flottes romaines se trouvaient en Afrique du Nord. La base fiscale romaine était l'Afrique du Nord. Ils avaient tout perdu.
On ne voit pas cela dans l'Empire d'Orient, qui a une durée de vie beaucoup plus longue parce que les barbares ne peuvent pas franchir le pas vers Constantinople. Le cœur économique de l'Empire d'Orient, qui comprend tout le Levant, jusqu'en Égypte, la province la plus riche de l'Empire, n'est jamais touché jusqu'aux invasions arabes venant du sud. Si Rome pouvait contrôler son cœur économique, elle était presque invincible. Elle a détourné son attention et s'est dit: "Ces Huns semblent dangereux, nous allons nous concentrer sur eux", puis elle a perdu l'Afrique du Nord. Son heure était venue.
La colonne vertébrale financière de l'Empire était brisée, et nous ne devons pas oublier à quel point cela était important. L'Empire romain est incroyablement riche par rapport à la République romaine, car il s'enrichit presque chaque année. Avant l'Empire romain, la Pax Romana, la Méditerranée n'était qu'une zone de guerre. Il y avait des guerres partout, des cités-États se battaient contre d'autres cités-États, de petites provinces et de petits États se battaient entre eux. Rome est arrivée et a dit: D'abord, vous nous combattez, nous gagnons. Vous ne combattrez plus personne. Je veux dire, même quand Rome ne vous avait pas conquis, son pouvoir était déjà immense.
Mais réfléchissez-y en termes économiques. Si vous étiez agriculteur et que vous aviez construit un beau système d'irrigation et un beau moulin, et que vous gagniez de l'argent grâce aux autres agriculteurs qui apportaient leur grain à votre moulin, et qu'une guerre éclatait, traversait votre territoire, détruisait votre moulin, ruinait votre système d'irrigation, la guerre était finie. Allez-vous tout reconstruire? Dans un contexte de guerre permanente? Vous le ferez peut-être, mais même dans ce cas, vous devrez dépenser beaucoup d'argent pour tout reconstruire, sans pour autant avoir progressé. Vous revenez simplement à la situation d'avant la guerre. Puis, 20 ans plus tard, vous vous dites: "Waouh, je commence à progresser, je vais peut-être construire un deuxième moulin." Oups. Une nouvelle guerre éclate. Vous avez maintenant la Pax Romana. 500 ans de paix au cœur de l'Empire romain. Les légions ont peut-être combattu sans relâche aux frontières, mais le cœur de l'Empire romain est en paix.
Nous ne pouvons pas comprendre les Romains aujourd'hui. Il nous est littéralement impossible d'essayer de penser comme eux. Même leurs ennemis, les barbares, les barbares sauvages, regardaient avec dégoût et écœurement les champs de bataille romains après les combats. Quelle sauvagerie! Car les Romains ne se contentaient pas de vous tuer, ils vous découpaient en morceaux et jetaient vos entrailles partout. C'était un festin de sang et de chair. Quel est le sport numéro un? Eh bien, allons voir les lions manger des chrétiens ou toute autre personne que les lions ont envie de manger à cette période de l'année. Ils ont une mentalité complètement différente de la nôtre. Il n'y a pas de sentimentalisme dans une famille romaine. Un père romain a le pouvoir de tuer n'importe qui dans sa famille, et personne ne le remettrait en question. Il est Dieu dans sa famille. C'est le genre de mentalité qui prévaut. Mais c'est une époque violente, et il faut des gens violents pour dire: "Tout le monde arrête de se battre. Si vous voulez vraiment vous battre, vous devez passer par nous." Et ils ont répondu: "On ne veut pas passer par eux." Mais maintenant, imaginez que vous soyez un fermier. Je vais construire un moulin, je vais construire un système d'irrigation, je vais construire des installations de stockage, et elles vont durer éternellement parce que personne ne va venir les détruire. Cela conduit à une croissance économique considérable. Le volet militaire de l'Empire devient de plus en plus facile à financer.
Kelly : Merci beaucoup de vous être joint à nous aujourd'hui, ce fut un plaisir de discuter avec vous de votre nouveau livre, Rome : Strategy of Empire.
James : Ce fut un plaisir de discuter avec vous également.
