La bataille de Preston, qui se déroula du 17 au 20 août 1648, eut lieu pendant la guerre civile anglaise (1642-1651) et vit Oliver Cromwell mener l'armée du Parlement, la New Model Army, à la victoire contre une armée anglo-écossaise qui soutenait le roi Charles Ier d'Angleterre (r. de 1625 à 1649). Les royalistes furent mis en déroute au cours d'une bataille qui dura plusieurs jours et mit fin à la brève période connue sous le nom de deuxième guerre civile anglaise (février-août 1648).
La guerre civile
La victoire du Parlement à la bataille de Stow-on-the-Wold en mars 1646 mit fin à ce qui est depuis connu sous le nom de première guerre civile anglaise (1642-1646). Les royalistes n'avaient toutefois pas encore renoncé à leur cause. Le roi s'était enfui dans le nord de l'Angleterre, mais il fut remis aux parlementaires par une armée écossaise en janvier 1647 à la suite de désaccords sur les futures réformes religieuses à mettre en place si le roi était rétabli dans ses fonctions. En novembre, Charles échappa à ses ravisseurs anglais et s'établit sur l'île de Wight.
Le roi et ses partisans espéraient désormais déclencher une série de soulèvements au Pays de Galles et en Angleterre, qui occuperaient suffisamment la New Model Army pour permettre à une armée écossaise d'envahir le pays, d'apporter la victoire à Charles sur le champ de bataille, puis de prendre le contrôle de Londres et mettre ainsi fin à la guerre civile en sa faveur. Les Écossais étaient redevenus les alliés de Charles après qu'il eut signé l'Engagement à la fin de 1647, un accord avec les influents Covenantaires écossais. Cet accord promettait que le roi n'interviendrait pas dans les affaires de l'Église presbytérienne en Écosse, ce que Oliver Cromwell et les parlementaires auraient très bien pu faire, ou, faute de cela, ils auraient très certainement bloqué le développement de cette Église en Angleterre. On espérait que les soulèvements prévus ne seraient pas seulement motivés par le désir d'une réforme religieuse et de la tolérance des fêtes comme Noël (dont le Parlement avait effectivement interdit la célébration), mais aussi par le mécontentement général face aux impôts élevés, particulièrement ressentis après une série de mauvaises récoltes. Cette phase courte mais décisive du long conflit entre le roi et le Parlement est depuis connue sous le nom de deuxième guerre civile anglaise.
L'invasion écossaise
En avril 1648, les royalistes anglais s'emparèrent de Berwick et de Carlisle, mais les soulèvements dans le sud du Pays de Galles, dans le Kent et à Colchester furent facilement réprimés par les armées parlementaires. Les royalistes réussirent toutefois à engager le combat avec une armée parlementaire de 8 000 hommes lors du siège de Pembroke, de mai à juillet 1648. Pendant ce temps, l'invasion écossaise tardait à se mettre en place en raison de querelles politiques et d'une météo défavorable. Finalement, le 8 juillet, le duc de Hamilton mena une armée combinée écossaise et anglaise en Angleterre. Cette force comptait environ 10 000 hommes et, près de Carlisle, elle rejoignit Sir Marmaduke Langdale, qui commandait une force de 600 cavaliers et 3 000 fantassins. Au cours des jours suivants, les deux armées s'éloignèrent progressivement l'une de l'autre. Les troupes de Hamilton finirent par établir leur camp à Kendal et celles de Langdale à Settle, à environ 50 kilomètres (30 miles) de là. Une troisième force royaliste, composée de vétérans irlandais, était commandée par le major général George Monro, mais, stationnée à Kirby Lonsdale, à une cinquantaine de kilomètres de Preston, elle fut contrainte d'attendre des munitions en provenance d'Écosse. Une partie des troupes de Monro fut envoyée pour garder le château de Carlisle, récemment conquis, et aider au siège du château de Lancaster.
Ribbleton Moor
L'armée principale du Parlement, qui traversa les Pennines depuis le Pays de Galles jusqu'au nord de l'Angleterre, était commandée par Oliver Cromwell. Elle était moins nombreuse que l'armée royaliste, avec seulement environ 8 500 hommes, mais ses soldats étaient bien entraînés et expérimentés, bien plus que la majorité de leurs ennemis, en particulier les mousquetaires. Cromwell rejoignit une armée parlementaire de six régiments dirigée par le colonel John Lambert, qui attendait patiemment l'arrivée du grand général. La cavalerie de Cromwell fut la première à rejoindre les troupes, suivie rapidement par l'infanterie, de sorte que les deux armées parlementaires se cantonnèrent à Wetherby, dans le West Yorkshire, le 12 août. L'armée parlementaire combinée marcha ensuite vers l'ouest, en direction du Lancashire.
Les armées écossaise et parlementaire s'affrontèrent dans la matinée du 17 août 1648 à Ribbleton Moor, près de Preston. Le terrain, qui allait être le théâtre des deux principaux engagements de la bataille, n'était pas favorable à la cavalerie. La bataille de Preston fut donc largement décidée par un affrontement entre les fantassins, suivi par la cavalerie parlementaire qui poursuivit les royalistes en déroute et en désordre. Bien que la plupart des commandants étaient largement conscients de la valeur de l'artillerie dans les guerres civiles anglaises, l'armée écossaise n'en disposait pas à Preston (malgré une source contemporaine peu fiable mais souvent citée qui affirme le contraire), et Cromwell décida lui aussi de laisser son train d'artillerie bien à l'arrière afin d'augmenter la rapidité avec laquelle il pourrait poursuivre l'ennemi sur le champ de bataille.
Une bataille de mouvement
Les détails de la bataille (à quel endroit et à quel moment elle se déroula) ont été brouillés par les rapports contradictoires des commandants et des participants après les événements, parfois plusieurs années plus tard. La première action importante eut lieu lorsqu'un corps de l'infanterie écossaise mené par Hamilton fut presque encerclé alors que l'armée du duc se dirigeait vers le sud et traversait la rivière Ribble. Ils réussirent à traverser, mais ce faisant, ils laissèrent leurs collègues sous le commandement de Langdale isolés. Une certaine confusion régnait quant à savoir si les royalistes de Langdale, au nord de la rivière, étaient engagés dans une simple escarmouche ou s'ils affrontaient l'armée parlementaire au complet ou, comme ce fut en réalité le cas, une puissante avant-garde située à quelques kilomètres devant le gros des troupes. Ce n'est que lorsque la plupart des fantassins écossais eurent traversé la rivière que le duc d'Hamilton comprit que la bataille principale allait effectivement se dérouler au nord de celle-ci. Il existe un débat quant à savoir si le duc disposait d'informations correctes sur ces développements et s'il rejeta ces informations comme étant fausses ou s'il reçut des informations erronées.
Après quelques heures d'escarmouches préliminaires, les armées de Langdale et de Cromwell s'affrontèrent. Au début, les piquiers royalistes et la cavalerie écossaise composée de lanciers à cheval repoussèrent la charge de la cavalerie de Cromwell. Lorsque le gros de l'infanterie parlementaire arriva des deux côtés, les royalistes fléchirent et commencèrent à battre en retraite. L'inexpérience des mousquetaires de Langdale fut immédiatement évidente lorsqu'ils gaspillèrent leurs premiers coups de feu et tirèrent au-dessus des têtes de l'infanterie parlementaire. Les mousquetaires écossais profitèrent néanmoins du terrain, qui comportait de nombreuses haies, et ne furent repoussés qu'avec difficulté au bout de plusieurs heures, alors que la bataille se fragmentait en plusieurs zones de violence distinctes.
Puis, à la tombée de la nuit, la cavalerie écossaise, qui avait imprudemment laissé ses collègues de l'infanterie à distance, tomba sur la cavalerie de Cromwell, pensant qu'il s'agissait de ses propres troupes. La cavalerie et l'infanterie parlementaires finirent par repousser les royalistes vers Preston, éliminant les unités isolées. Les mousquetaires parlementaires empruntèrent l'une des rares voies d'évasion, l'un des deux ponts traversant la rivière, qui représentait un risque mortel jusqu'à ce qu'il ne soit capturé par une force d'infanterie parlementaire. Cromwell avait capturé le train de munitions royaliste à la tombée de la nuit du premier jour, scellant ainsi le sort de l'infanterie royaliste isolée piégée au nord de la rivière. Les royalistes, rejoints par Hamilton qui avait traversé la rivière à la nage, décidèrent de suivre le cours de la rivière et de battre en retraite tant bien que possible, dans l'espoir de traverser plus à l'est puis de se diriger vers le sud en direction de Wigan. Une série d'escarmouches s'ensuivit et les royalistes subirent de lourdes pertes à Winwick. Les combats se poursuivirent ainsi pendant les 48 heures qui suivirent, jusqu'à ce que la dernière grande force d'infanterie royaliste, à bout de forces et de munitions, ne finisse par se rendre à Warrington le 20 août.
Le bilan après la bataille révéla que plus de 1 000 royalistes avaient été tués au cours de cette bataille confuse et prolongée. Quelque 4 000 hommes furent faits prisonniers. Le duc d'Hamilton réussit à s'échapper avec ce qui restait de sa cavalerie, mais il fut capturé à Uttoxeter, dans le Staffordshire, le 25 août. Sir Marmaduke Langdale fut capturé près de Nottingham.
Conséquences
Après Preston, Cromwell reprit Berwick et Carlisle, puis s'empara de Pontefract, mettant ainsi fin à la deuxième guerre civile. Dans son rapport au Parlement sur la bataille de Preston, Cromwell semble avoir doublé le nombre de morts et de prisonniers. Ce fut certes une lourde défaite pour les royalistes, mais la guerre devait réserver encore plusieurs rebondissements.
Les événements prolongés de la guerre civile prirent une nouvelle tournure lorsque les politiciens et les chefs militaires se trouvèrent en total désaccord sur le sort à réserver au roi. En novembre 1648, le Parlement vota la restauration de Charles et la limitation de ses pouvoirs par des lois. Cependant, les dirigeants de la New Model Army avaient déjà commencé à qualifier le roi Charles d'"homme de sang". Cette expression, tirée du Livre des Nombres de la Bible, désignait une personne qui subirait la vengeance de Dieu pour avoir tué son peuple. Ce nom semblait encore plus approprié après la débâcle de Preston et la deuxième guerre civile en général. Les événements de 1648 retournèrent encore davantage l'opinion publique contre leur monarque belliciste. Cependant, un règlement négocié de la guerre était désormais hors de question. Le roi devait se rendre et être jugé pour trahison envers son propre peuple. De nombreux partisans de la ligne dure réclamaient déjà l'exécution du roi.
Le roi fut ramené à Londres depuis l'île de Wight, jugé en janvier 1649 et, reconnu coupable de trahison, il fut exécuté le 30 janvier. Les institutions de la monarchie et la Chambre des lords furent abolies, et l'Angleterre devint une république. Il est important de noter que la monarchie ne fut pas abolie en Écosse, où le fils aîné du défunt roi Charles devint Charles II d'Écosse. Le dernier acte des guerres fut une dernière tentative d'invasion par une armée écossaise au cours d'une série de batailles et de sièges qui devint connue sous le nom de troisième guerre civile anglaise (1650-1651). Les Écossais furent vaincus à la bataille de Dunbar en 1650 (septembre), puis à nouveau à la bataille de Worcester en septembre 1651. Charles II s'enfuit en France et, en Angleterre, Oliver Cromwell devint finalement Lord Protecteur, chef de la République.