L'histoire de Ruth et Noémi se trouve dans le livre de Ruth, dans les Écritures Juives. Les Écritures sont traditionnellement divisées en trois sections: la Torah (les cinq premiers livres, assignés à Moïse), les Prophètes (Nevi'im) et les Écritures (Ketuvim, là où l'on trouve Ruth). Chronologiquement, le livre se situe dans la période du Livre des Juges et Le Premier Livre de Samuel, qui relatent l'établissement des douze tribus d'Israël dans le Pays de Canaan après leur fuite d'Égypte (Exode). Bien que située dans cette période, les spécialistes situent la création du livre entre le VIe et le IVe siècle avant J.-C.
L'Histoire
Le livre de Ruth raconte l'histoire de Noémi, une femme de Bethléhem, mariée à Élimélec, avec qui elle avait eu deux fils, Machlon et Kiljon. La famille avait émigré dans le royaume voisin de Moab (les raisons ne sont pas précisées, mais il s'agissait sûrement de famine ou d'opportunités de travail). Pendant leur vie à Moab, les deux fils avaient épousé des femmes de la région, Ruth et Orpa. Puis, Élimélec mourut. Noémi souhaita retourner dans son village natal, là où, en tant que veuve, elle pourrait compter sur des proches pour pouvoir s'occuper d'elle. Elle conseilla à ses belles-filles de retourner dans leurs familles. Ce que Opra fit. Ruth répondit:
Ne me presse pas de te laisser, de retourner loin de toi. Où tu iras j'irai, où tu demeureras je demeurerai. Ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu Où tu mourras je mourrai, et j'y serai enterrée. Que l'Éternel me traite dans toute sa rigueur, si autre chose que la mort vient à me séparer de toi. (Ruth 1:16-17)
Les deux retournèrent à Bethléhem vers la période de la moisson de l'orge. Noémi et Ruth partirent "glaner" dans les champs. Le "glanage" ("récolter") est un concept du Lévitique décrivant un moyen de faire la charité:
Quand vous ferez la moisson dans votre pays, tu laisseras un coin de ton champ sans le moissonner, et tu ne ramasseras pas ce qui reste à glaner. Tu ne cueilleras pas non plus les grappes restées dans ta vigne, et tu ne ramasseras pas les grains qui en seront tombés. Tu abandonneras cela au pauvre et à l'étranger. Je suis l'Éternel, votre Dieu. ( 19:9-10 )
Le champ appartenait à Boaz, un proche d'Élimélec, le mari de Noémi. Boaz remarqua Ruth et s'assura qu'il restait assez de grain pour les nourrir, elle et Noémi. Cette histoire met en évidence le concept de Lévirat. Afin que la lignée ne soit pas brisée, le frère ou un proche d'un homme décédé devait épouser la veuve:
Si deux frères demeurent ensemble et que l’un d’eux vienne à mourir sans avoir d'enfant, sa veuve ne se remariera pas en dehors de la famille. Son beau-frère l’épousera pour accomplir son devoir de beau-frère envers elle. Le premier fils qu’elle mettra au monde perpétuera le nom du frère défunt pour que ce nom ne s’éteigne pas en Israël. Si cet homme n’a pas envie d’épouser sa belle-sœur, elle se rendra à la porte de la ville vers les responsables et leur dira: "Mon beau-frère refuse de perpétuer le nom de son frère en Israël. Il ne veut pas remplir son devoir de beau-frère." Alors les responsables de la ville le convoqueront et lui parleront. S’il persiste dans son refus d’épouser sa belle-sœur, celle-ci s’approchera de lui en présence des responsables, elle lui ôtera sa sandale et lui crachera au visage; puis elle déclarera à haute voix: "Voilà comment doit être traité l’homme qui ne veut pas constituer une famille pour son frère ." Dès lors, on surnommera la famille de cet homme en Israël "la famille du Déchaussé". (Deutéronome 25:5-10)
Naomi, sa belle-mère, lui dit: Ma fille, je voudrais assurer ton repos, afin que tu fusses heureuse. Et maintenant Boaz, avec les servantes duquel tu as été, n'est-il pas notre parent? Voici, il doit vanner cette nuit les orges qui sont dans l'aire. Lave-toi et oins-toi, puis remets tes habits, et descends à l'aire. Tu ne te feras pas connaître à lui, jusqu'à ce qu'il ait achevé de manger et de boire. Et quand il ira se coucher, observe le lieu où il se couche. Ensuite va, découvre ses pieds, et couche-toi. Il te dira lui-même ce que tu as à faire. Elle lui répondit: Je ferai tout ce que tu as dit.
(Ruth 3:1-5, Bible Segond)
"Découvrir les pieds" était un euphémisme biblique pour parler d'un rapport sexuel. Toutefois, Boaz informa Ruth qu'il y avait un parent plus proche. Le lendemain matin, il rencontra ce parent face aux responsables aux portes de la ville pour une solution. Le parent ne souhaitait pas compromettre son domaine, alors, il concéda à Boaz en enlevant sa sandale et en la lui tendant. L'histoire se conclut avec la naissance du fils de Ruth et Boaz, Obed. Nous apprenons qu'Obed est devenu le père de Jessé, le père du Roi David.
L'objectif du Livre de Ruth
En plus de fournir des informations sur la culture et les pratiques d'Israël Antique, le Livre de Ruth met en évidence deux concepts juifs: la rédemption et chesed ou "l'amour bienveillant". La Rédemption constitue le fait d'être sauvé du péché ou des erreurs. Cela inclut également l'idée de gagner quelque chose en échange d'une dette ou d'une propriété. Dans cette situation, Noémi et Ruth étaient pardonnées grâce aux actions de Boaz, pour qu'elles puissent survivre et continuer la lignée. Chesed correspondait à la fois à l'amour bienveillant de Dieu envers Israël, et la bonté qui est partagée entre les humains à travers des actes de charité. C'était aussi considéré comme de la loyauté envers Dieu ou les autres. La dévotion de Ruth pour sa belle-mère était étendue au Dieu de Noémi.
Pendant le Temps des Juges (1100 av. J.-C), le consensus des experts a placé la composition du livre lors du retour de l'Exil Juif à Jérusalem sous les auspices de Cyrus le Grand. c. (550-530 av. J.-C), le roi Perse de l'Empire Achéménide (539 av. J.-C). La communauté était guidée par deux individus sacerdotaux, Néhémie et Esdras, en charge de la reconstruction du Temple.
Les prophètes d'Israël avaient attribué la responsabilité du désastre de la destruction de Jérusalem par les Babyloniens (586 av. J.-C) aux péchés d'Israël, en particulier le péché d'idolâtrie. Les livres de Néhémie et Esdras met en évidence leurs tentatives pour s'assurer que cela ne se reproduise plus. Croyant que le mariage avec des personnes non Juives mènerait à des pratiques d'idolâtrie, ils l'ont banni:
Dans ce temps, on lut en présence du peuple dans le livre de Moïse, et l'on y trouva écrit que l'Ammonite et le Moabite ne devraient jamais entrer dans l'assemblée de Dieu, parce qu'ils n'étaient pas venus au-devant des enfants d'Israël avec du pain et de l'eau, et parce qu'ils avaient appelé contre eux à prix d'argent Balaam pour qu'il les maudît; mais notre Dieu changea la malédiction en bénédiction. Lorsqu'on eut entendu la loi, on sépara d'Israël tous les étrangers.
(Néhémie 13:1-3, Bible Segond)
Le Livre de Ruth fut peut être été écrit en guise de réaction à ce bannissement. Cela montre que les étrangers non-Juifs pouvaient devenir des exemples idéaux des traditions et pratiques Juives, même les Moabites. Non seulement Noémi et Ruth étaient de bonnes Juives, mais Ruth devint l'ancêtre du plus grand roi d'Israël, David.
Interprétations Modernes
L'histoire de Naomi et Ruth est souvent invoquée dans les analyses universitaires portant sur l'étude des femmes dans l'Ancien Testament et des rôles de genre dans le judaïsme antique. Les Féministes continuent de débattre les deux arguments. Quelques personnes accusent l'histoire d'exploiter les maux du patriarcat, puisque les femmes sont uniquement considérées comme des outils de procréation, alors que d'autres félicitent l'ingéniosité de Noémi et Ruth pour survivre. Dans les traditions Occidentales, le discours de Ruth à Noémi est fréquemment utilisé dans les vœux de mariage.
Dans les Synagogues Juives, le Livre de Ruth est lu durant le Chavouot. Un ancien festival agricole qui célèbre les premières récoltes du printemps, après le deuxième Séder de Pessa'h. Traditionnellement, il s'agit également d'une célébration de Moïse lorsqu'il reçoit les Tables des Lois sur le Mont Sinaï. Cette histoire mélange la récolte et l'obéissance de la Loi de Moïse.

