Le procès d'Anne Hutchinson

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Article

Joshua J. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 03 février 2021
Disponible dans ces autres langues: anglais
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Anne Hutchinson (1591-1643) était une dissidente religieuse qui fut traduite en justice par John Winthrop (c. 1588-1649) et les autres magistrats de la colonie de la Baie du Massachusetts en 1637 pour avoir répandu des "opinions erronées" concernant la croyance et la pratique religieuses. Elle est connue comme la figure centrale de la controverse antinomienne.

La controverse antinomienne (antinomien, du grec "contre la loi") remit en question l'autorité des magistrats de la colonie et, même si Hutchinson se défendit en se référant à la Bible et à sa propre réputation de piété, elle fut condamnée pour avoir propagé de fausses croyances et fut bannie.

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La colonie de la Baie du massachusetts avait été établie par Winthrop sur le précepte de la conformité totale à la théologie puritaine afin d'honorer l'alliance que les colons avaient conclue avec Dieu, selon laquelle ils feraient sa volonté et il les récompenserait par les bénédictions du succès.

Anne Hutchinson on Trial
Procès d'Anne Hutchinson
Edwin Austin Abbey (Public Domain)

Le dissident Roger Williams (1603-1683) avait été banni en 1636, et le prédicateur John Wheelwright (c. 1592-1679, beau-frère de Hutchinson) avait été expulsé en 1637 pour un sermon prônant la primauté de la grâce de Dieu sur les œuvres de l'homme pour obtenir le salut (l'argument central de la controverse antinomienne). Ces deux hommes, ainsi que Hutchinson, prêchaient conformément à la vision du réformateur Jean Calvin (1509-1564), dont les vues inspirèrent le puritanisme de la colonie de la Baie du Massachusetts ainsi que le puritanisme en général, mais leur insistance sur la grâce par rapport aux œuvres bouleversa le statu quo.

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Winthrop, tout en reconnaissant la suprématie de la grâce, croyait que l'on s'établissait en tant que chrétien par ses œuvres. Selon Winthrop, la foi sans les œuvres est sans mérite, un point de vue qu'il appuyait sur l'Épître de Jacques. Williams et Wheelwright furent bannis pour avoir refusé de se conformer à l'interprétation de Winthrop de la théologie puritaine, et Hutchinson le fut également, mais, dans son cas, trois accusations distinctes furent portées :

  • C'était une femme qui exerçait une autorité sur les hommes.
  • Elle prêchait une doctrine de la grâce libre et niait l'importance des œuvres.
  • Elle prétendait être capable d'identifier qui était "sauvé" (les élus) et qui ne l'était pas.

Hutchinson fut reconnue coupable des trois chefs d'accusation et bannie de la colonie en 1638, à la suite de son deuxième procès, un procès ecclésiastique. Elle partit, avec une soixantaine de ses disciples, et établit une nouvelle colonie appelée Portsmouth, près de la colonie de Providence de Roger Williams, dans l'actuel Rhode Island.

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Elle quitta ensuite Portsmouth, lorsque la rumeur courut que la colonie de la Baie du Massachusetts allait absorber les colonies du Rhode Island, et s'installa aux Nouveaux Pays-Bas (l'actuel État de New York) où elle mourut lors d'une attaque de la colonie par des Amérindiens en 1643. On se souvient d'elle comme d'un défenseur de la liberté religieuse et de la tolérance, ainsi que comme d'une proto-féministe qui ne se laissa pas réduire au silence par le patriarcat.

La Cité sur une colline et dissidence

Deux des concepts fondamentaux de Calvin qui inspirèrent le puritanisme, sont la prédestination et les élus. Basé sur des passages bibliques tels que Jérémie 1:5 ("Avant que je t'eusse formé dans le ventre de ta mère, je te connaissais, et avant que tu fusses sorti de son sein, je t'avais consacré, je t'avais établi prophète des nations. ...") et le Psaume 139:16 ("Quand je n'étais qu'une masse informe, tes yeux me voyaient; Et sur ton livre étaient tous inscrits Les jours qui m'étaient destinés, Avant qu'aucun d'eux existât."), Calvin soutenait que Dieu avait prédestiné certaines personnes au salut (les élus) et d'autres à la damnation et qu'il n'y avait rien qu'un individu puisse faire pour changer cela.

Les colons de la Baie du Massachusetts avaient formé une alliance avec Dieu, leur disait Winthrop, et la dissidence ne serait pas tolérée car elle mettait en péril l'alliance.

Les disciples de Calvin (calvinistes) sont connus sous le nom de puritains pour leurs efforts visant à "purifier" l'Église anglicane des croyances et pratiques catholiques. Cependant, l'Église anglicane étant dirigée par le monarque anglais, toute critique de l'Église était considérée comme une trahison. La monarchie décrétait que les autorités civiles devaient agir dans l'intérêt de l'Église et les puritains étaient donc persécutés, emprisonnés, condamnés à des amendes et même exécutés, ce qui conduisit un certain nombre de congrégations à fuir l'Angleterre pour les Pays-Bas et, finalement, à établir des colonies en Nouvelle-Angleterre, en Amérique du Nord.

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John Winthrop prit la tête d'un groupe de 700 colons puritains pour fonder la colonie de la baie du Massachusetts en 1630 et leur exposa clairement la vision de la colonie dans son sermon A Model of Christian Charity (un Modèle de Charité Chrétienne), dans lequel il écrit : "Car nous devons considérer que nous serons comme une ville sur une colline, les yeux de tous les peuples sont sur nous", en ce sens qu'ils seraient une communauté chrétienne modèle dont le succès glorifierait Dieu, mais dont l'échec entraînerait non seulement la colère de Dieu, mais aussi le mépris du monde pour le christianisme. Les colons avaient formé une alliance avec Dieu, leur dit Winthrop, et celle-ci ne pouvait être respectée que s'ils croyaient, travaillaient et se comportaient tous de la même manière ; la dissidence ne serait pas tolérée car elle mettait en péril l'alliance en menaçant l'unité.

L'ascension de Hutchinson au pouvoir

Anne Hutchinson arriva à Boston en 1634, ayant suivi son pasteur puritain John Cotton (1585-1652) qui avait quitté l'Angleterre pour éviter les persécutions. En Angleterre, Cotton et Wheelwright avaient encouragé Hutchinson à tenir des réunions, appelées conventicles (cellules domestiques de prière), chez elle avec d'autres femmes pour discuter des Écritures. Lorsqu'elle arriva à Boston, elle s'abstint d'assister aux conventicles déjà établis afin de ne pas saper l'autorité des autres femmes, mais lorsqu'elle découvrit que les gens la critiquaient parce qu'elle était soi-disant trop fière pour assister aux conventicles, elle commença à organiser les siens.

Au début, il ne s'agissait guère plus que d'études bibliques, mais Hutchinson était la fille d'un prédicateur puritain qui connaissait bien la Bible et avait été élevée par son père pour dire ce qu'elle pensait librement et sans crainte. Elle commença à critiquer les sermons des ministres de la Baie du Massachusetts, soulignant les erreurs qu'ils commettaient en se référant aux Écritures et, de plus, elle prit le fauteuil principal de sa maison pour ses conférences, un honneur réservé à l'homme de la maison. Elle prétendait que Cotton et Wheelwright étaient les seuls pasteurs sanctifiés de la colonie et que les autres ne faisaient même pas partie des élus, et affirmait qu'elle le savait grâce aux dons spirituels que Dieu lui avait accordés et qui lui permettaient de dire quelles personnes Dieu avait choisies comme siennes et lesquelles devaient être jetées en enfer.

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Anne Hutchinson Statue
Statue d'Anne Hutchinson
Cyrus Dallin (Public Domain)

Selon elle, la plupart des ministres de la colonie de la Baie n'étaient manifestement pas de Dieu, car ils mettaient l'accent sur l'importance des actes d'une personne (aller à l'église, faire l'aumône, accomplir des actes vertueux, s'abstenir de "mauvaises" actions) au lieu de reconnaître la primauté de la grâce gratuite de Dieu qui pardonne aux pécheurs et les accueille au paradis. Elle étayait ses affirmations en se référant à des textes bibliques tels que Éphésiens 2:8-9 ("Car c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. Ce n'est point par les oeuvres, afin que personne ne se glorifie.") et critiquait les ministres qui n'étaient pas d'accord avec elle, les accusant d'être non bibliques et de ne pas être de Dieu.

Comme beaucoup de ces ministres étaient des magistrats qui maintenaient la rigidité de la loi et infligeaient des punitions souvent sévères, le défi lancé par Hutchinson à leur autorité fut bien accueilli par beaucoup. Ses conventicles devinrent de plus en plus populaires auprès des hommes et des femmes, et en 1636, elle était l'un des citoyens les plus populaires de la colonie, qui pouvait même revendiquer le nouveau gouverneur, Sir Henry Vane (1613-1662) comme l'un des participants à ses réunions. Winthrop et les autres magistrats reconnurent qu'elle représentait une menace pour l'unité de la colonie et leur propre autorité. Ils organisèrent une réunion privée avec elle et Cotton en décembre 1636 pour discuter de la situation, ce qui ne résolut rien, et organisèrent son premier procès civil en novembre 1637.

Le procès civil d'Hutchinson

Hutchinson fut contrainte de comparaître devant le tribunal et de se tenir sur le banc des accusés pour répondre aux accusations portées contre elle. Les procès-verbaux du procès furent rédigés par plusieurs participants différents. Dans l'échange suivant, le tribunal est compris comme étant Winthrop qui présidait les audiences.

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Tribunal : Maîtresse Hutchinson. Vous êtes convoquée ici comme l'une de celles qui ont eu une grande part dans les causes de nos troubles publics, en partie par les opinions erronées que vous avez abordées et divulguées parmi nous, et en les maintenant, en partie en soutenant et en encourageant ceux qui ont semé des séditions parmi nous, en partie en jetant l'opprobre sur les ministres fidèles de ce pays, sur leur ministère et contre eux, dans le cœur de leur peuple, et en partie en maintenant des réunions hebdomadaires et publiques dans votre maison, à l'offense de tous, puisque ces réunions ont été clairement condamnées dans la dernière assemblée générale.

Maintenant, le but de cette audience est que, soit à la vue de vos erreurs et autres infractions, vous puissiez être amené à les reconnaître et à les réformer, soit que nous puissions prendre des mesures pour que vous ne nous dérangiez plus.

Hutchinson : Je suis appelé ici pour répondre des choses qui me sont imputées, nommez-en une.

Tribunal : Avez-vous soutenu, ou justifiez-vous, les pratiques séditieuses qui ont été censurées ici dans cette Cour ?

Hutchinson : Me demandez-vous du point de vue de ma conscience ?

La Cour : Non, votre conscience, vous pouvez la garder pour vous, mais si dans cette cause vous soutenez et encouragez ceux qui transgressent ainsi la loi, vous devez être mise en cause pour cela, et ce n'est pas pour votre conscience, mais pour votre pratique.

Hutchinson : Quelle loi ont-ils transgressée ? La loi de Dieu ?

La Cour : Oui, le cinquième commandement, qui nous ordonne d'honorer père et mère, ce qui inclut tous ceux qui détiennent l'autorité, mais leurs pratiques séditieuses [les dissidents religieux] ont jeté l'opprobre et le déshonneur sur les pères du Commonwealth.

Hutchinson : Est-ce que je les encourage, ou les maintiens dans leurs actions, dans lesquelles ils s'opposent à tout ce que Dieu a établi ?

Tribunal : Oui, vous avez justifié le sermon de M. Wheelwright, pour lequel vous savez qu'il a été condamné pour sédition, et vous avez de même soutenu et encouragé ceux qui ont mis la main à la pétition [qui le soutenait].

Hutchinson : Je le nie, je ne dois vous obéir que dans le Seigneur.

La Cour : Vous ne pouvez pas nier que vous avez participé à la pétition.

Hutchinson : Prenons ce cas, je crains le Seigneur, et mes parents ne le craignent pas ; ne puis-je pas recevoir quelqu'un qui craint le Seigneur, parce que mon père ne veut pas me laisser faire ? Je peux lui faire honneur en tant qu'enfant de Dieu.

Le tribunal : Cela n'a rien à voir avec le sujet, mais nous ne pouvons pas rester à débattre des causes avec vous maintenant, que dites-vous de vos réunions publiques hebdomadaires ? Pouvez-vous en justifier la tenue ?

Hutchinson : Je vais vous montrer comment j'ai commencé : il y avait de telles réunions avant que je ne vienne, et comme je n'allais à aucune d'entre elles, c'était la raison particulière pour laquelle j'ai commencé ce cours, nous l'avons commencé avec cinq ou six personnes, et bien qu'il y en ait eu plus par la suite, ce cour bétant toléré au début, je ne savais pas pourquoi il ne pourrait pas continuer.

La Cour : Il y avait des réunions privées, en effet, et il y en a encore dans beaucoup d'endroits, de quelques voisins, mais pas aussi publiques et fréquentes que les vôtres, et elles sont utiles pour accroître l'amour et l'édification mutuelle, mais les vôtres sont d'une autre nature, si elles avaient été comme les vôtres, elles auraient été mauvaises, et par conséquent il n'y a pas de bonne raison pour justifier les vôtres ; mais répondez par quelle autorité, ou règle, vous les maintenez.

Hutchinson : Par Tite 2:3-4 ["Dis que les femmes âgées doivent aussi avoir l'extérieur qui convient à la sainteté, n'être ni médisantes, ni adonnées au vin; qu'elles doivent donner de bonnes instructions, dans le but d'apprendre aux jeunes femmes à aimer leurs maris et leurs enfants,"] où les femmes âgées doivent enseigner les plus jeunes.

Tribunal : Nous vous permettons donc de faire, comme l'Apôtre l'indique, en privé et à l'occasion, mais cela ne justifie pas la tenue de réunions fixes dans ce but ; et d'ailleurs, vous vous chargez d'enseigner à plusieurs personnes plus âgées que vous, et vous ne leur enseignez pas ce que l'Apôtre ordonne, de rester à la maison.

Hutchinson : Voulez-vous me donner une règle contre cela, et je céderai ?

La Cour : Vous devez avoir une règle pour cela, sinon vous ne pouvez pas le faire avec foi, or vous avez une règle claire contre cela : "Je ne permets pas à la femme d'enseigner, ni de prendre de l'autorité sur l'homme; mais elle doit demeurer dans le silence." [I Timothée 2:12].

Hutchinson : Il s'agit d'enseigner aux hommes.

Court : Si un homme en détresse de conscience ou autre tentation, venait vous demander conseil en privé, vous ne lui enseigneriez pas ?

Hutchinson : Oui.

La Cour : Il est donc clair qu'il ne s'agit pas d'enseigner aux hommes, mais d'enseigner en public.

Hutchinson : Il est dit, [Actes 2:17] "je répandrai de mon Esprit sur toute chair; Vos fils et vos filles prophétiseront". Si Dieu me donne un don de prophétie, je peux l'utiliser.

Cour : Premièrement, l'Apôtre applique cette prophétie à ces temps extraordinaires, et les dons des miracles et des langues étaient communs à beaucoup de gens, ainsi que le don de prophétie. Deuxièmement, en enseignant à vos enfants, vous exercez votre don de prophétie, et cela fait partie de votre vocation.

Hutchinson : Je n'enseigne pas dans une congrégation publique. Les hommes de Bérée sont loués pour avoir examiné la doctrine de Paul ; nous ne faisons rien d'autre que de lire les notes des sermons de notre professeur et d'en raisonner ensuite en recherchant les Écritures.

Cour : Vous êtes passée de la nature de votre réunion au genre d'exercice, nous vous suivrons dans cette voie, et nous vous montrerons votre offense à cet égard, car vous ne cherchez pas, comme les Béréens, dans les Écritures pour les confirmer dans les vérités qu'ils ont énoncées, mais vous ouvrez les points de votre maître et vous déclarez ce qu'il veut dire, et vous corrigez ce que vous pensez qu'il a manqué, et par ce moyen vous abaissez l'honneur et l'autorité du ministère public et vous mettez en avant vos propres dons, comme s'il ne pouvait pas délivrer son message aussi clairement à la capacité de l'auditeur que vous.

Hutchinson : Prouvez-le, que quelqu'un fasse cela.

La Cour : Oui, vous êtes la femme la plus remarquable et la plus douée, et si d'autres en font de même, c'est par votre enseignement et votre exemple, mais vous ne montrez pas, dans tout cela, par quelle autorité vous prenez sur vous d'être un tel instructeur public...

Hutchinson : Je vous ai donné deux endroits de l'Écriture.

La Cour : Mais aucun d'eux ne convient à votre pratique.

Hutchinson : Dois-je montrer que mon nom y est écrit ?

Le tribunal : Vous devez montrer ce qui doit être équivalent, puisque votre ministère est public, vous voudriez qu'ils reçoivent votre instruction, comme venant d'une telle ordonnance.

Hutchinson : Ils ne doivent pas la prendre comme venant de moi, mais venant du Seigneur Jésus-Christ. (Hall, 216-219)

Hutchinson fut reconnue coupable de tous les chefs d'accusation et condamnée à l'assignation à résidence jusqu'au printemps 1638. Le procès-verbal du procès se termine par le passage suivant :

La Cour : La Cour a vu qu'il était inévitable de la renvoyer, sinon nous serions coupables, non seulement de notre propre ruine, mais aussi de celle de l'Évangile, et c'est pourquoi la sentence de bannissement a été prononcée contre elle et elle a été confiée au Marshall jusqu'à ce que la Cour en dispose. (Hall, 224-225)

John Cotton, dont Hutchinson avait pleinement adopté et défendu les vues, tenta d'abord de la défendre mais, lors du procès de mars 1638, l'abandonna et se rangea du côté des autres magistrats. Henry Vane était parti en Angleterre et avait été remplacé comme gouverneur par Winthrop, et Wheelwright, comme nous l'avons vu, avait déjà été banni, tout comme Williams. Hutchinson, par conséquent, n'avait pas d'avocat et ne pouvait faire autrement que d'accepter la sentence de bannissement.

Conclusion

Rien dans les réunions ou les convictions d'Hutchinson ne remettait en cause les principes fondamentaux de la croyance puritaine. Tous les magistrats qui présidaient le procès avaient compris que la grâce de Dieu était accordée gratuitement aux élus et que les œuvres de chacun ne pouvaient les rapprocher de Dieu. Winthrop s'inquiétait du fait que la prédication de Hutchinson contre l'importance des œuvres et sa critique des différents ministres menaçaient l'unité de la colonie. Ses disciples avaient déjà commencé à quitter les services présidés par des ministres qui, selon elle, n'étaient pas sanctifiés, et certains refusaient même d'assister à ces services.

Le verdict avait presque certainement été rendu avant même que le procès ne soit convoqué et le témoignage de Hutchinson pour sa propre défense (elle n'eut pas le droit à un avocat) n'était qu'une formalité. Winthrop réussit à maintenir l'unité de sa "ville sur une colline" en faisant taire les dissidents, et plus tard, lorsque la colonie apprit qu'Hutchinson et sa famille avaient été tuées lors d'un raid amérindien, il se réjouit que cette "Jézabel américaine" (comme il l'appelait) ait eu la fin qu'elle méritait pour avoir défié les élus de Dieu et présumé, en tant que femme, exercer une autorité sur les hommes, contrairement aux préceptes de Dieu.

Pour beaucoup de gens en dehors de la colonie de la baie du Massachusetts, cependant, Hutchinson était un défenseur de la liberté religieuse qui avait courageusement défendu ses convictions contre la tyrannie des magistrats de Boston. La colonie qu'elle établit à Portsmouth poursuivit sa vision, tout comme la colonie de Wheelwright dans le New Hampshire et la colonie de Providence de Williams, parmi beaucoup d'autres. De nos jours, l'opinion sur Hutchinson est demeurée la même, et elle est souvent considérée comme une "mère fondatrice" des préceptes qui forment les valeurs culturelles des États-Unis d'Amérique.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Joshua J. Mark
Auteur indépendant et ex-Professeur de Philosophie à temps partiel au Marist College de New York, Joshua J. Mark a vécu en Grèce et en Allemagne, et a voyagé à travers l'Égypte. Il a enseigné l'histoire, l'écriture, la littérature et la philosophie au niveau universitaire.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2021, février 03). Le procès d'Anne Hutchinson [The Trial of Anne Hutchinson]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1669/le-proces-danne-hutchinson/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Le procès d'Anne Hutchinson." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le février 03, 2021. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-1669/le-proces-danne-hutchinson/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Le procès d'Anne Hutchinson." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 03 févr. 2021. Web. 20 juil. 2024.

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