Rébellion de Shimabara

Définition

Matthew Allison
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 09 août 2023
Disponible dans ces autres langues: anglais
X
Statue of Amakusa Shiro at Shimabara Castle (by Nicolas R., CC BY-NC-ND)
Statue d'Amakusa Shiro au château de Shimabara
Nicolas R. (CC BY-NC-ND)

La rébellion de Shimabara fut un soulèvement paysan qui se déroula du 17 décembre 1637 au 15 avril 1638 dans l'île méridionale de Kyushu, au Japon. Le désespoir économique, la famine et les persécutions religieuses conduisirent les paysans de la région péninsulaire de Shimabara à prendre les armes contre le shogunat (gouvernement militaire), ce qui aboutit au siège du château de Hara, où la rébellion fut matée et son chef, un garçon de 16 ans, tué.

Causes

La bienveillance dont les paysans de la région de Shimabara furent privés sous la seigneurie de Matsukura Shigemasa (1574-1630) et de son fils Katsuie (1598-1638) n'avait pas été oubliée par ceux qui avaient souffert des conséquences extrêmes de leur cupidité et de leur colère. La surimposition, due à des considérations politiques et à la construction du château de Shimabara, et la famine mirent les habitants à genoux. Si d'autres daimyos (seigneurs) firent preuve d'indulgence en ces temps difficiles, ce n'était pas le cas du duo Matsukura qui imposa de lourdes peines à ceux qui ne pouvaient pas s'acquitter de leurs lourdes obligations. Les châtiments comprenaient la torture et même la mort, un sort qui frappa de nombreuses personnes, y compris les chrétiens qui étaient persécutés en raison d'un édit promulgué en 1612 interdisant la religion. Parmi ces derniers, beaucoup furent jetés dans des onsen (sources d'eau chaude) brûlants où ils furent bouillis vifs. Il est intéressant de noter que Shigemasa mourut de la même manière: en entrant dans un onsen, le changement soudain de température provoqua un anévrisme qui le mena à la mort.

Supprimer la pub
Advertisement

Les paysans, dont beaucoup étaient d'anciens samouraïs et des vétérans, étaient furieux de leur traitement et préparèrent en secret une insurrection sur Yushima (l'île de Yu, familièrement appelée aujourd'hui "l'île aux chats").

Shiro, ou Jérôme, nom sous lequel il était connu après son baptême, était considéré comme une figure messianique.

Le catalyseur exact de la rébellion est controversé: certains spécialistes pensent qu'elle aurait été due à un fonctionnaire local qui enleva et tortura la fille d'un fermier qui ne pouvait pas payer ses impôts, tandis que d'autres évoquent le magistrat qui déchira un portrait que les paysans vénéraient après qu'il se fut miraculeusement fixé sur le mur d'un villageois. Dans les deux cas, le fonctionnaire en question fut assassiné peu après. Un autre début possible serait celui de l'exécution de deux hommes, et de leurs familles, qui avaient organisé des cérémonies religieuses après avoir prétendument vu des miracles accomplis par un garçon de 16 ans connu sous le nom d'Amakusa Shiro.

Supprimer la pub
Advertisement

Shiro, ou Jérôme, nom sous lequel il était connu après son baptême, était considéré comme une figure messianique et un signe avant-coureur de la fin des temps. Le bakufu (gouvernement militaire) des Tokugawa présenta le garçon comme un magouilleur, un sorcier adepte d'un culte païen. Bien que certains spécialistes pensent qu'il n'était qu'une simple marionnette des meneurs de la rébellion, il n'en était pas moins une figure de proue inspirante. Dans les premiers jours de la rébellion, il servit de cri de ralliement aux disciples du christianisme qui saccageaient tout à Shimabara, Karatsu et dans les îles Amakusa. Ils terrorisaient les villageois, acceptant ceux qui se joignaient volontairement à leur croisade et enrôlant de force ceux qui ne le faisaient pas, et saccageaient les temples et les sanctuaires, allant même jusqu'à décapiter les statues de pierre Jizō éparpillées dans les complexes, un spectacle que l'on peut encore voir aujourd'hui.

La rébellion

Avançant sur la ville de Shimabara, une importante force rebelle s'amassa bientôt aux portes du château de Shimabara, où, après qu'une première sortie des défenseurs du château eut échoué, les forces des samouraïs de Matsukura furent forcées de s'enfermer dans les murs de la forteresse et d'attendre de l'aide. Matsukura Katsuie lui-même eut la chance d'être en visite à Edo (l'actuelle Tokyo) pendant la rébellion. Les rebelles s'installèrent, se préparant à un siège prolongé, avant de recevoir la nouvelle que Shiro souhaitait qu'ils renforcent les rangs des rebelles des îles Amakusa. À ce stade, l'armée insurrectionnelle qui s'était rassemblée à l'extérieur des murs du château comptait quelque 8 000 personnes, et nombre d'entre elles s'embarquèrent donc sur leurs navires pour se précipiter à l'aide de leurs camarades. Un nombre symbolique de rebelles resta pour poursuivre le siège.

Supprimer la pub
Advertisement

Shimabara Castle
Château de Shimabara
LuxTonnerre (CC BY)

Le gouverneur des îles Amakusa, Miyake Tobee, rassembla des forces alliées et se lança à l'assaut de la petite bande de rebelles, s'attendant à ce qu'il y ait tout au plus quelques centaines d'insurgés. Le 29 décembre, lors de la bataille du château de Hondo contre les paysans, le flanc de Miyake fut menacé par les rebelles du continent qui furent finalement contraints de fuir vers la sécurité du château de Tomioka; Miyake fut lui-même tué au combat. Bien que les rebelles, après la bataille, se soient sentis confiants dans leurs capacités, ils ne l'étaient pas dans le château de Hondo qui n'était qu'un fort sur une colline et ne pouvait pas être correctement défendu. Ils se lancèrent à l'assaut du château de Tomioka, mais après seulement quelques jours de siège (du 2 au 6 janvier), sans avoir fait le moindre effort pour s'emparer de la forteresse, les rebelles apprirent qu'une immense armée du shogunat était en route pour Shimabara afin de mater la révolte. Conscient de l'urgence de la situation et de la nécessité de s'assurer une position défensive, Shiro ordonna à l'armée rebelle de regagner ses bateaux et de naviguer vers un complexe de citadelles pillées et abandonnées depuis longtemps: les vestiges mutilés du château de Hara.

Siège du château de Hara

Après avoir démantelé leurs navires, les rebelles utilisèrent le bois récupéré et d'autres ressources pour renforcer les positions défensives du château, tout en sachant que l'armée du shogunat se rapprochait de plus en plus. Avec plus de 100 000 hommes, l'armée était presque trois fois plus nombreuse que les rebelles. Son chef Itakura Shigemasa (1588-1638) avait l'intention d'éradiquer rapidement les rebelles, mais ses premières attaques se heurtèrent à une résistance farouche.

Pour tenter de contourner les murs, les assiégeants creusèrent des tunnels sous ceux-ci. Leurs plans n'aboutirent à rien car les rebelles les entendirent creuser sous la terre. Une fois les tunnels innondés de fumée et de déchets, les assaillants furent contraints d'employer d'autres tactiques, comme la construction de tours d'artillerie d'où tirer sur les défenseurs, un stratagème qui se solda par un échec similaire.

Supprimer la pub
Advertisement

Map of the Siege of Hara Castle, c. 1600
Carte du siège du château de Hara, vers 1600
Unknown Artist (Public Domain)

Les Hollandais protestants de Nagasaki furent invités à participer à la campagne du bakufu, ce qu'ils firent en envoyant des canons et des munitions. Au fur et à mesure que le siège se prolongeait, ils furent de plus en plus sollicités pour apporter une aide plus directe. Ils acceptèrent d'envoyer un navire, De Ryp, pour se placer au large du château de Hara et faire pleuvoir des canonnades sur les défenseurs. Presque sans succès, la plupart des coups de canon tirés manquèrent les rebelles et atterrirent dans le camp des assiégeants. En déplaçant certains des canons du navire vers la terre ferme, ils créèrent des positions plus stables à partir desquelles tirer. Cependant, après la mort d'un Néerlandais lors d'un accident avec un canon, ils furent renvoyés chez eux. Au cours de leur engagement, les rebelles envoyèrent une flèche dans le camp de Shigemasa, accompagnée d'une note moqueuse:

N'y a-t-il plus de soldats courageux dans le royaume pour nous combattre, et n'ont-ils pas honte d'avoir fait appel à l'aide d'étrangers contre notre petit contingent ? (Doeff, 26).

Itakura Shigemasa finit par être tué lors d'un assaut contre le château et fut remplacé par Matsudaira Nobutsuna (1596-1662), qui continua d'attaquer et de frapper les murs du château. Finalement, alors que les réserves diminuaient, les rebelles devinrent désespérés. Le 12 avril, les rebelles rassemblèrent les forces dont ils disposaient et se glissèrent hors des portes du château, s'approchant du camp ennemi à la faveur de l'obscurité. Cependant, une sentinelle aperçut la lumière de leurs fusils à mèche et alerta les troupes voisines. En peu de temps, le petit groupe de rebelles fut détruit. Matsudaira fit ouvrir les ventres des rebelles tués et découvrit que beaucoup d'entre eux avaient glané ce qu'ils pouvaient pour se nourrir, ce qui indiquait clairement que leurs réserves de nourriture étaient faibles. Ces informations furent confirmées par les interrogatoires des rebelles capturés et par les propos de Yamada Emosaku, un traître dans les rangs des rebelles. C'est à ce moment qu'un assaut sur la forteresse fut ordonné, Matsudaira pensant que les rebelles seraient affaiblis par le manque de nourriture. Cette fois, les rebelles ne purent contrer l'inévitable.

Jetant des marmites et des chaudrons du haut des remparts, les rebelles utilisèrent tout ce qui leur tombait sous la main comme arme dans leur tentative désespérée de repousser les attaquants, mais cela ne suffit pas et les soldats du shogunat franchirent les murs et pénétrèrent dans l'enceinte de la forteresse. Un massacre de masse s'ensuivit au cours des trois jours suivants, au cours duquel très peu de personnes restèrent en vie. Si une poignée de rebelles réussirent à s'échapper, beaucoup furent traqués par des patrouilles qui ratissèrent la campagne pendant des jours après l'assaut final. Shiro Amakusa fut finalement retrouvé et tué; sa tête décapitée fut exposée au bout d'une lance à Nagasaki en guise d'avertissement.

Supprimer la pub
Advertisement

Conséquences

Le shogunat s'empressa de qualifier les instigateurs de la rébellion d'adeptes de l'apocalypse afin de les délégitimer et d'obtenir le soutien de l'opinion publique.

Si la rébellion de Shimabara fut attribuée au christianisme, c'est en grande partie grâce aux machinations de la cour de Tokugawa. Le shogunat s'empressa de qualifier les instigateurs de la rébellion d'adeptes de l'apocalypse afin de les délégitimer et de s'attirer le soutien de l'opinion publique. Ces accusations apaisèrent les inquiétudes de la population qui craignait que des révoltes similaires n'éclatent dans tout le pays, car seul Kyushu comptait une population chrétienne suffisamment importante pour justifier une telle affirmation. Avec l'ingérence supposée des prêtres jésuites portugais, une rébellion, selon le bakufu, était inévitable.

Peu de temps après que la poussière fut retombée au château de Hara, le shogunat décida d'expulser tous les étrangers des côtes japonaises, à l'exception des Hollandais qui furent relégués dans un complexe à Nagasaki. Les Portugais réagirent rapidement en envoyant un navire au Japon afin de rétablir leurs relations, mais la plupart des membres de l'équipage furent exécutés et ceux qui furent épargnés furent renvoyés en Europe avec l'avertissement de ne jamais revenir. Il faudrait attendre plus de 200 ans pour que le Japon n'ouvre à nouveau ses portes au monde, lorsque l'Américain Matthew Perry arriva sur ses côtes au milieu des années 1800.

La fin de la rébellion marqua le début de ceux que l'on appelle les Kakure Kirishitans, ou chrétiens cachés. Connus dans notre monde moderne grâce aux écrits de Shūsaku Endō dans son roman Silence, les chrétiens cachés gardèrent leur foi secrète dans un monde devenu intensément agressif à l'égard de leurs croyances. Si beaucoup abjurèrent lorsqu'ils furent découverts, beaucoup d'autres choisirent de mourir en martyr. Les rituels des chrétiens cachés sont encore pratiqués aujourd'hui par les quelques adeptes qui subsistent.

Vous aimez l'Histoire?

Abonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire gratuite!

Statue of Amakusa Shiro in Amakusa
Statue d'Amakusa Shiro à Amakusa
JoshBerglund19 (CC BY)

Conclusion

Née du désespoir, religieux ou non, la rébellion de Shimabara eut un effet indélébile sur le pays. Sous l'impulsion d'un jeune homme exceptionnel, des dizaines de milliers de paysans se soulevèrent contre leurs oppresseurs et finirent par mourir en masse. Ils furent si nombreux que le bakufu fut contraint de repeupler les campagnes avec des paysans venus de tout le Japon, et tous furent obligés de s'aligner sur les sanctuaires bouddhistes locaux. Aujourd'hui, on peut remarquer qu'il existe de nombreux dialectes différents et des pratiques culturelles localisées dans la péninsule de Shimabara en raison de ces migrations. Enfin accepté au Japon, Amakusa Shiro peut dormir tranquille, sachant que sa foi est désormais incontestée et que la paix règne sur cette terre autrefois troublée.

Supprimer la pub
Publicité

Questions & Réponses

Quelle fut l'importance de la rébellion de Shimabara ?

La rébellion de Shimabara fut attribuée au christianisme, ce qui entraîna l'expulsion des étrangers du Japon (à l'exception des Hollandais à Nagasaki) et l'adoption par le Japon d'une politique isolationniste pendant les 200 années qui suivirent.

Quel rôle le christianisme a-t-il joué dans la rébellion de Shimabara ?

Bien que le catalyseur exact de la rébellion soit encore débattu, la surtaxe, la famine et les sanctions sévères provoquèrent un mécontentement croissant, qui semble avoir débordé. Le christianisme ayant été interdit au Japon en 1612 et l'île de Kyushu comptant une importante population chrétienne - persécutée - le gouvernement ne tarda pas à attribuer la rébellion de Shimabara au christianisme.

Bibliographie

World History Encyclopedia est un associé d'Amazon et perçoit une commission sur les achats de livres sélectionnés.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Matthew Allison
Matthew is an avid writer and historian. He is particularly interested in the Shimabara Rebellion, Japanese history, and military history in general. He holds a BA in History and Political Science from the University of Waikato, New Zealand

Citer cette ressource

Style APA

Allison, M. (2023, août 09). Rébellion de Shimabara [Shimabara Rebellion]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-22128/rebellion-de-shimabara/

Style Chicago

Allison, Matthew. "Rébellion de Shimabara." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le août 09, 2023. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-22128/rebellion-de-shimabara/.

Style MLA

Allison, Matthew. "Rébellion de Shimabara." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 09 août 2023. Web. 22 mai 2024.

Adhésion