Édouard Manet

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Cécile Loiseau
publié le 14 mars 2022
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Disponible dans ces autres langues: anglais
Self-portrait with a Palette by Manet (by The Yorck Project, Public Domain)
Autoportrait à la palette de Manet
The Yorck Project (Public Domain)

Édouard Manet (1832-1883) est un peintre français moderne, célèbre pour le franc réalisme de ses œuvres. Une œuvre comme Olympia, un nu entièrement moderne, brisait à son époque les conventions artistiques selon lesquelles la vie contemporaine ne pouvait être représentée dans une grande œuvre d'art. En rendant si bien l’univers des cafés parisiens, Manet inspira les artistes après lui, les invitant à s'affranchir de toute convention artistique.

Jeunesse de l’artiste

Né à Paris le 23 janvier 1832, Manet était issu d'une famille aisée d’avocats, de fonctionnaires et de propriétaires fonciers. Auguste, le père de Manet, était juge à la Haute Cour impériale. Sa mère, Eugénie Désirée Fournier, avait aussi des relations haut placées. Ses parents avaient tous deux reçu un bel héritage de leurs propres parents et avaient donc les ressources leur assurant l’indépendance financière. L'oncle de Manet, Edmond Fournier, encouragea l’enfant à s’intéresser à l’art en lui dessinant des croquis et en l’emmenant dans les musées parisiens. Manet traversa sa scolarité sans se distinguer particulièrement, même s’il était inscrit au prestigieux collège Rollin à Paris. C’est là qu'il rencontra le futur journaliste Antonin Proust (1832-1905) avec lequel il resta ami toute sa vie.

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Il voulut rentrer dans la Marine française, mais cela ne se fit pas sans remous : il tenta les examens d'entrée en 1848 et échoua. Loin de se décourager, il s’engagea comme élève officier et se retrouva à Rio de Janeiro au moment du fameux Carnaval. Lors de cette longue traversée, il fit de nombreux croquis représentant la mer et ses compagnons marins.

LE STYLE PICTURAL DE MANET, COMME celui D’AUTRES ARTISTES MODERNES, CHOQUAIT LES PEINTRES ACADÉMICIENS.

Influences artistiques

De retour en France, Manet persuada son père de le laisser poursuivre sa carrière d’artiste et il s'inscrivit à l’école de Thomas Couture (1815-1879) en 1850. Son père était réticent, car il aurait voulu que son fils étudie le droit, mais il le soutint dans sa carrière, ce qui n’obligea pas Manet à devoir vivre de son art. Manet admirait les peintres du passé tel Diego Velázquez (1599-1660) et appréciait le recours aux fonds sombres, aux à-plats et aux vifs contrastes d’ombres et de lumières. En 1853, Manet voyagea en Italie, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Belgique afin d’y voir les œuvres d’art majeures. La liberté avec laquelle les artistes hollandais et italiens contemporains peignaient les scènes de la vie quotidienne l’impressionna beaucoup. Dans les années 1850 en Europe, les estampes japonaises devinrent très populaires. La façon de représenter les motifs en à-plat et de cadrer les scènes de manière inhabituelle dans ces œuvres allait l’inspirer, lui et d’autres artistes.

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The Absinthe Drinker by Manet
Le Buveur d'absinthe de Manet
Ny Carlsberg Glypotek (Public Domain)

Eugène Delacroix (1798-1863), le peintre du romantisme, fut une de ses autres influences. Les effets que cet artiste obtenait par des coups de pinceau tranchaient avec la manière qu’on avait jusqu'ici de faire disparaître ces derniers. L'œuvre tourmentée du peintre réaliste Gustave Courbet (1818-1877), avec ses scènes de vie paysanne et sa manière audacieuse d’appliquer la peinture au couteau, l’influença aussi beaucoup. Les méthodes traditionnelles enseignées aux jeunes artistes, les encourageant à refaire et refaire des moulages de plâtre de parties du corps ou de statues anciennes afin de progresser dans leur art, fatiguaient Manet, alors que des artistes comme Delacroix et Courbet, qui avaient prouvé qu'on pouvait réussir en dehors de l'influence des Salons (même si Delacroix lui-même devint juge pour un Salon), l’inspiraient. Manet voulait peindre la vie telle qu’elle était en dehors de l’atelier. Il ouvrit son propre atelier en 1856, démarra tranquillement, copiant des peintures afin de trouver sa voie par l’expérimentation. Sa première œuvre achevée et vraiment originale, dans laquelle on décèle sa recherche de l’ordinaire, fut Le Buveur d'absinthe en 1859, une toile immense de 1,8 m de haut. Avec cette œuvre venait s’imposer un art nouveau.

Portrait de l’artiste et contexte familial

Manet était un bel homme à la barbe châtain, mais très tôt dégarni. Il était l’opposé de l’artiste bohème, avec son penchant pour les vêtements élégants, son haut-de-forme et sa canne. Il allait à loisir parmi la société des cafés parisiens. Il était donc plutôt l’archétype du « flâneur ». Il avait de belles manières, du charme, était optimiste et se faisait facilement des amis.

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Manet avait rencontré Suzanne Leenhoff en 1849, une jeune Hollandaise employée par son père pour qu’elle lui apprenne le piano. Ils furent amants bien longtemps avant de se marier en 1863 et eurent probablement un enfant ensemble, Léon-Édouard, né en janvier 1852. Vu le scandale que cela aurait été de rendre la chose publique, ils firent comme si Léon-Édouard était le jeune frère de Suzanne et Manet ne reconnut jamais formellement l’enfant (sauf indirectement dans son testament). Suzanne et Léon-Édouard apparaissent dans de nombreuses peintures dans lesquelles Manet a représenté des scènes de vie domestique paisible. Berthe Morisot (1818-1877), la peintre impressionniste qui épousa finalement le frère de Manet, fut une autre de ses fréquentations. Autre femme importante dans la vie de Manet, Eva Gonzalés (1849-1883), sa meilleure élève, mourut jeune, à l’âge de 33 ans.

Olympia by Manet
Olympia de Manet
Musée d'Orsay (Public Domain)

Défis aux conventions

Le style de Manet choquait les peintres académiciens de l’époque, car il laissait des coups de pinceaux bien visibles et évitait de trop soigner les finitions, à l’inverse de ce qu’on attendait des grands artistes qui devaient appliquer les couleurs graduellement. Manet choquait aussi, car il ne peignait pas de sujets traditionnels comme les scènes historiques ou mythologiques et les paysages pittoresques. Manet préférait la vie de tous les jours à Paris, l’univers des cafés, les portraits de gens ordinaires ou les natures mortes imaginaires. Il était en total désaccord avec le monde de l’art ultra-conservateur et avec le Paris des Salons où étaient exposées et où se vendaient ces œuvres.

« Les imbéciles ! Ils n’ont jamais cessé de me dire que je n’avais aucune régularité. Ils n’auraient pu me flatter davantage ». Manet (Roe, 234)

Manet continua à provoquer en montrant exactement sa façon de voir le monde. Ainsi, son Buveur d’absinthe était réellement un homme à la rue. Sans surprise, l'œuvre fut refusée au Salon de 1859. L’indignation fut telle qu’il retourna momentanément à une approche plus classique de la peinture. Le portrait de ses parents Monsieur et Madame Manet, ainsi que Le Chanteur espagnol sont alors deux œuvres bien plus conservatrices qui furent acceptées au Salon de 1861, la dernière recevant même des éloges. Pendant ce temps, La Pêche nous montrant Suzanne et Manet, était exposée à Saint-Petersbourg (mais ne fut pas vendue).

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Puis, en 1863, Le Déjeuner sur l’herbe révéla le retour puissant de Manet à une approche radicale. En effet, les pique-nique étaient une activité anodine, mais il en fit une scène choquante en plaçant deux hommes portant des vêtements contemporains, une femme mi-vêtue et une seconde entièrement nue qui regarde le spectateur avec un air totalement décomplexé. Si cette scène avait été peinte de manière traditionnelle, en allégorie intemporelle ou en sujet mythologique, elle aurait été acceptée lorsqu’elle fut montrée au Salon des Refusés. Tel quel, le réalisme contemporain de Manet rendit la scène obscène aux yeux des critiques qui s’indignèrent aussi de ses coups de pinceaux apparents et de ses couleurs criardes. L’empereur Napoléon III (1852-1870) ne douta point du caractère irrévérencieux de la peinture, la décrivant carrément comme une « offense à la pudeur » (Rodgers, 9). L’allusion pourtant très claire à différents chefs-d’œuvre de la Renaissance ne fut pas perçue au milieu des protestations.

Image Gallery

Edouard Manet: A Gallery of 30 Paintings

In this gallery, we showcase 30 paintings by Edouard Manet (1832-1883), the French modernist artist who challenged the art Establishment with his choice...

D’autres scandales s’ensuivirent. La peinture qu’il exposa en 1865 au Salon était tout aussi choquante que sa scène de pique-nique deux années plus tôt. Il est surprenant que cette Olympia ait été acceptée. Le Salon allait d’ailleurs très vite le regretter. La figure centrale du tableau était Victorine Meurent, son modèle de longue date, montrée allongée nue sur son lit, regardant le spectateur avec assurance. Une fois de plus, son nu était choquant de modernité et très peu conventionnel. Un critique tempêta contre l’artiste disant de lui qu'il était « une brute peignant à coups de brosse à vaisselle des femmes à la peau verte. » (Rodgers, 115). Les critiques, obnubilés par cette courtisane nue et son regard fixe assuré, passèrent à côté des autres innovations du peintre : les couleurs inhabituelles, la façon qu'ont les deux personnages de s’avancer vers le spectateur et le traitement en à-plat de la composition. Devant l’indignation du public, le Salon accrocha le tableau plus haut, espérant qu'il heurterait moins la sensibilité de la bourgeoisie venue se promener au musée.

Lunch on the Grass by Manet
Le Déjeuner sur l'herbe de Manet
Musée d'Orsay (Public Domain)

Après la mort de son père, Manet hérita d'une somme confortable et ainsi put se permettre de rechercher les faveurs des critiques pour sa seule satisfaction et sa seule ambition personnelle. Il reprit aussi courage grâce à la judicieuse appréciation que donna l’artiste belge Alfred Stevens (1823-1906) : « Les œuvres médiocres n’entraînent pas de telles clameurs. » (Rodgers, 29). Encouragé par des camarades artistes et des amis, comme le poète et critique d’art Charles Baudelaire (1821-1867) ou Émile Zola (1840-1902), Manet se concentra alors sur la vie quotidienne et moderne à Paris et peignit à sa façon les gens qui fréquentaient les cafés, les brasseries, les cafés-concerts. Cependant, comme beaucoup de ses contemporains, il aspirait à la reconnaissance officielle et il continua donc à exposer régulièrement au Salon. Il était sans cesse refusé et, après que deux de ses toiles furent renvoyées avec l’affreux « R » rouge en 1876, Manet décida d’exposer son travail dans son propre atelier. Lorsqu’en 1867 eut lieu l'exposition universelle à Paris, il monta son propre pavillon sur la place de l’Alma et il y exposa 53 de ses œuvres. Il ne vendit pas une seule de ses peintures à cette occasion, mais le manque de client lui laissa au moins le temps de peindre une vue mémorable de l’exposition depuis son emplacement.

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Le style de Manet

Avec ses voyages en Espagne en 1865, il se mit à peindre certains aspects de la culture espagnole, mais Paris resta son premier amour. L’un des meilleurs exemples est La Musique aux Tuileries. Peinte en 1862, cette toile a souvent été désignée comme la première peinture moderne. De vrais personnages en vogue à l’époque, comme le compositeur Jacques Offenbach, sont représentés dans une scène en extérieur très animée dépeignant la vie contemporaine de façon moderne. Même s’il y avait encore une fois une référence aux grands maîtres de la peinture dans les dimensions gigantesques de la scène, il s’agissait bien d’art moderne. Les critiques s’offusquèrent comme d’habitude.

Music in the Tuileries Gardens by Manet
La Musique aux Tuileries de Manet
National Gallery, London (Public Domain)

Dans les scènes dépeintes par Manet, on retrouve souvent des personnages solitaires alors qu’ils sont au milieu de la foule. C’est le cas sur les scènes de terrasses de cafés, où l’effet est obtenu en ne faisant jamais se croiser les regards des personnages. Le spectateur se demande souvent ce que peuvent être les relations entre ces personnages apparemment sans lien les uns avec les autres. Les belles femmes étaient par ailleurs un des sujets préférés de Manet. Il peignit en particulier Victorine Meurent, mais aussi Berthe Morisot onze fois.

Il aimait également les scènes d’intimité dans lesquelles il privilégiait un plan serré et une approche plus théâtrale que réaliste. Le Balcon en 1868-69 en est un exemple. On y voit trois personnages sur un balcon dont on ne devine pas les liens entre eux. Sa maîtrise de la couleur lui permet de créer un contraste entre la pénombre de l’arrière-plan, le blanc des habits des personnages et le turquoise des volets et de la balustrade. Autre exemple illustrant les talents de l’artiste dans des scènes inhabituelles : Le Déjeuner dans l’atelier, également de 1868. Le personnage central, probablement Léon-Édouard, a l’air de délibérément cacher le déjeuner posé sur la table derrière lui. Une fois encore, on ne sait pas quelles sont les relations entre les personnages du tableau. Comme souvent dans son œuvre, ils ont l’air de s’avancer vers le spectateur sans pour autant rien regarder de précis. Les critiques furent déconcertés par ces deux tableaux. Pourtant, ils furent sélectionnés pour le Salon de 1869.

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Manet utilisait parfois la technique du pastel pour ses toiles, en particulier pour les portraits intimistes. Il travaillait à partir de croquis et de gravures à l'eau-forte pour réaliser ses peintures à l’huile sur toile. Pour la peinture à l’huile, Manet se servait de la technique alla prima dite aussi peinture « dans le frais » : il peignait directement sur la toile non préparée, ce qui lui permettait d’effacer le travail du jour, s’il ne lui convenait pas, tant que la peinture n’avait pas encore séché. Il utilisait beaucoup le noir, surtout pour les habits et pour souligner les contours des visages dans ses portraits. Il aimait faire ressortir les contrastes entre les couleurs.

The Balcony by Manet
Le Balcon de Manet
Musée d'Orsay (Public Domain)

Manet était l'un des artistes les moins "impressionnistes" des artistes modernes souvent regroupés sous ce nom. Il aspirait à rendre en peinture le réalisme de la vie de tous les jours et s'intéressait moins aux modulations de la lumière, ce qui a contrario caractérisait les impressionnistes. À sa manière, il peignit non seulement la vie à Paris mais aussi des natures mortes, des portraits, des chats (surtout en lithographie), des courses de chevaux et des marines (souvent à Boulogne, où il passait régulièrement ses vacances).

Le groupe des Batignolles

Dans les années 1860, Manet devint le chef de file des artistes avant-gardistes à Paris. Il était plus âgé et plus riche que la plupart d’entre eux. Ils traînaient ensemble dans des cafés, comme le Café Guerbois et d’autres, dans le quartier parisien des Batignolles, et débattaient passionnément de la nouvelle direction que l’art devrait prendre. Dans ce groupe, il y avait des gens qui seraient plus tard très célèbres : Paul Cézanne (1839-1906), Pierre-Auguste Renoir (1841-1919), Edgar Degas (1834-1917), le grand ami de Manet, et Claude Monet (1840-1926). On les appelait « le groupe des Batignolles ». Il y avait aussi des hommes de lettres comme Émile Zola. Les discussions pouvaient être enflammées. Un jour de 1870, Manet se disputa avec le critique Louis-Edmond Duranty et cela se finit en duel. Manet blessa son adversaire, mais les deux redevinrent vite amis. Plus tard la même année, les artistes se séparèrent au moment du terrible siège de la ville de Paris lors de la guerre entre la France et la Prusse. Manet rejoignit la Garde nationale pour défendre sa ville. S’ensuivit une guerre civile qui interrompit la carrière de l’artiste, malgré les divers croquis dans lesquels il montra l’atroce réalité de la guerre.

Une reconnaissance grandissante

Les années 1870 furent, après les troubles de la guerre, une bonne décennie pour le peintre. Plus de trente de ses œuvres furent achetées par le marchand d’art français Paul Durand-Ruel (1831-1922) et prirent énormément de valeur à mesure que la réputation de l’artiste grandissait. Durand-Ruel organisa une exposition à Londres et, en 1872, le Salon exposa Le Combat du Kearsarge et de l'Alabama. Manet se rapprocha de Monet et, même s'il ne s’intéressait pas à la lumière elle-même, il commença à montrer une influence impressionniste dans son œuvre, surtout par l’utilisation de couleurs plus claires. Le Bon Bock, un portrait vibrant, fut accepté au Salon de 1873 et acclamé par la critique. Grâce à la commande du tableau Courses de chevaux au Bois de Boulogne, Manet pu financer son nouveau grand atelier.

On the Beach by Manet
Sur la Plage de Manet
wikiart.org (Public Domain)

Il fut influencé par les impressionnistes en cela qu’il adopta l’idée de peindre en plein air, au lieu de faire des croquis d’une scène et de la peindre en atelier. Il s’essaya à cette technique sur diverses marines faites à Boulogne en 1873 et avec Monet à Argenteuil-sur-Seine en 1874. Cette technique qui implique de légères touches rapides se retrouve dans le tableau Sur la Plage. Manet y utilise une palette de couleur plus claire, mais laisse quand même la place à sa couleur favorite, le noir, dans les habits de l’homme. Une de ses premières toiles impressionnistes Argenteuil fut exposée au Salon de 1874. Il s’essaya ensuite davantage à la peinture en plein air lors de son séjour à Venise en 1875.

Son travail laissait toutefois parfois encore perplexe. La Gare Saint Lazare, accepté au salon de 1874, nous montre deux personnages qui n'interagissent pas, la petite fille tournant même le dos au spectateur. Le titre du tableau était impropre puisqu’aucune gare n’était représentée, mise à part par la vapeur des trains. L'œuvre est peut-être symptomatique du changement de style de Manet vers ce qu'on appellerait plus tard le symbolisme, c’est à dire un rejet du réalisme à l’avantage de sujets plus modestes suscitant l’imagination et l’émotion chez le spectateur. Après le refus au Salon de 1875, Manet organisa sa propre exposition et lança des cartons d’invitation avec sa devise : Faire vrai et laisser dire. 4 000 personnes vinrent à son atelier, mais aucune n’achetèrent quoi que ce soit. Au Salon de 1877, un autre portrait qui choqua beaucoup, Nana, fut refusé. Exposé dans la boutique d’un marchand, il gagna cependant en notoriété.

À présent, la santé de Manet était moins bonne du fait de la syphilis et il restait souvent enfermé dans son atelier. Il se remit à peindre les Parisiens dans leur ville, aux champs de course et sur l’eau. En bateau de 1874 et Au conservatoire de 1878 furent tous deux acceptés au Salon de 1879. En 1880, l’éditeur Georges Charpentier lui organisa une exposition. Deux autres tableaux furent acceptés au Salon, dont Chez le père Lathuille, peut-être son restaurant favori. Pendant qu'il restait confiné chez lui, Manet peignait de plus en plus de natures mortes, souvent des fleurs envoyées quotidiennement par ses amis. En 1881, il reçut enfin la reconnaissance du Salon avec le second prix pour son portrait assez conventionnel du politicien Henri Rochefort. Ce prix signifiait que toutes les œuvres qu'il voudrait présenter par la suite seraient automatiquement acceptées. Malheureusement, il était beaucoup trop malade pour se présenter de nouveau. Cerise sur le gâteau : son ami de toujours Antonin Proust devint ministre des Beaux-Arts et lui décerna la Légion d'honneur.

Bar at the Folies-Bergère by Manet
Un Bar aux Folies Bergère de Manet
Courtauld Institute of Art (Public Domain)

Vers 1881, avec Un bar aux Folies Bergère, Manet atteignit ce que beaucoup considèrent comme le sommet de son art. On y voit une serveuse debout à son bar avec derrière elle, dans un miroir, le cabaret qui rendait ce grand café célèbre. On voit dans cette œuvre comment Manet s’éloigne du réalisme. Le reflet de la serveuse paraît impossible, mais il provoque en nous une émotion. Il nous donne à voir une femme malheureuse dans son travail et, dans le miroir derrière elle, le gai spectacle des clients. On retrouve même une des touches caractéristiques de Manet dans le comique des pieds de l’acrobate dans le coin supérieur gauche du tableau. Ce chef-d'œuvre est le dernier adieu du peintre à la vie des cafés parisiens qu’il aimait tant.

L'héritage du peintre

En raison de sa maladie, sa jambe gauche finit par être atteinte par la gangrène et il fallut qu'on l’ampute. Il mourut des suites de l’opération le 30 avril 1883 à l’âge de 51 ans. Il fut enterré au cimetière de Passy à Paris. Son œuvre atteignit la reconnaissance officielle avec notamment l’accueil de Olympia au Musée du Louvre et des expositions aux États-Unis et ailleurs. Son œuvre, en particulier sa prédilection pour la vie modeste de tous les jours et son choix délibéré d’aplanir les scènes qu'il peignait, influença ses contemporains et une génération d’artistes plus jeunes, parmi lesquels Paul Gauguin (1848-1903), Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901), et Henri Matisse (1869-1954). À son enterrement, son vieil ami Degas déclara avec regret : « Il était plus grand que nous ne le pensions. » (Thomson, 209).

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Questions et réponses

Pour quoi Edouard Manet est-il surtout connu ?

Edouard Manet est connu pour avoir été un peintre moderniste français influent. Ses tableaux ont été controversés pour avoir montré la nudité dans un contexte moderne et pour leurs scènes ordinaires de la vie quotidienne à Paris.

Quels sont les deux tableaux qui ont rendu Edouard Manet célèbre ?

Edouard Manet est connu pour deux tableaux en particulier : "Olympia" et "Déjeuner sur l'herbe". Tous deux montrent une femme nue, ce qui était choquant à l'époque car, jusqu'alors, la convention voulait que la nudité ne soit montrée que dans des scènes historiques et mythologiques, et non dans la vie moderne.

Edouard Manet était-il un peintre impressionniste ?

Bien que certaines de ses peintures aient été influencées par les idées de l'impressionnisme, Edouard Manet n'était pas un peintre impressionniste. Manet était davantage préoccupé par le réalisme, puis par le symbolisme dans son travail, plutôt que de se concentrer sur les effets temporaires de la lumière qui préoccupaient les impressionnistes.

Traducteur

Cécile Loiseau
Guide-interprète puis guide-conférencière depuis plus de 20 ans, Cécile est à présent aussi traductrice. Ces deux activités ont plus en commun qu'on pourrait le penser, comme la curiosité, le goût pour les langues et la communication.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur d'articles historiques installé en Italie. Il s'intéresse plus particulièrement à la poterie, à l’architecture, aux mythologies du monde et à la découverte des idées partagées par toutes les civilisations. Il est titulaire d’un Master en philosophie politique et éditeur en chef de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2022, mars 14). Édouard Manet [Edouard Manet]. (C. Loiseau, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-20640/edouard-manet/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Édouard Manet." Traduit par Cécile Loiseau. World History Encyclopedia. modifié le mars 14, 2022. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-20640/edouard-manet/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Édouard Manet." Traduit par Cécile Loiseau. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 14 mars 2022. Web. 29 juin 2022.

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