Edward Montagu, Comte de Manchester

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Edward Montagu, Earl of Manchester (by National Portrait Gallery, Public Domain)
Edward Montagu, comte de Manchester National Portrait Gallery (Public Domain)

Edward Montagu, 2e comte de Manchester (1602-1671), fut un commandant parlementaire pendant les guerres civiles anglaises (1642-1651). Il dirigea l'armée de l'Eastern Association avant que l'indécise deuxième bataille de Newbury, en 1644, n'entraîne des récriminations, la formation de la New Model Army et la destitution de Manchester et d'autres du commandement militaire direct. Le comte resta à l'avant-garde de la cause en tant que membre du Comité des deux royaumes, le cabinet de guerre du Parlement.

Débuts

Edward vit le jour en 1602, fils aîné de Sir Henry Montagu, 1er comte de Manchester (c. 1563-1642). Le grand-père d'Edward n'était qu'un simple avocat, mais la famille avait gravi les échelons sociaux à une vitesse fulgurante sous les règnes de Jacques Ier d'Angleterre (r. de 1603 à 1625) et de Charles Ier d'Angleterre (r. de 1625 à 1649). Sir Henry fut anobli en 1620 et prit le titre de "vicomte de Mandeville". La mère d’Edward était Catherine Spencer. Le jeune Edward servit la Couronne anglaise lors d’une campagne en Espagne en 1623, puis il revint en Angleterre pour occuper le poste de député de Huntingdon. Edward se maria cinq fois et hérita des titres et des domaines de son père à la mort de Sir Henry en 1642; il devint également lord-lieutenant du Northamptonshire et du Huntingdonshire.

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Guerre civile et l'armée de l'Eastern Association

Le roi Charles Ier d'Angleterre se considérait comme un monarque absolu doté d'un pouvoir absolu et d'un droit divin de régner, mais son refus de faire des compromis avec le Parlement, notamment sur les questions financières et les réformes religieuses, conduisit à une guerre civile en 1642. L'une des nombreuses étincelles qui allumèrent la poudrière de la guerre civile fut la tentative du roi d'arrêter cinq députés pour trahison en janvier 1642. Edward Montagu, en tant que lord Mandeville, était membre de la Chambre des lords, et lui aussi fut arrêté par son roi pour le même motif.

Lorsque la guerre éclata, les "Cavaliers" (royalistes) et les "Roundheads" (parlementaires) s’affrontèrent dans plus de 600 batailles et sièges. Au départ, le nord et l’ouest de l’Angleterre restèrent largement fidèles à la monarchie, mais le sud-est, y compris Londres, était contrôlé par le Parlement. Les parlementaires contrôlaient également la Royal Navy, ce qui constituait un obstacle majeur empêchant Charles de recevoir des renforts du continent et d’Irlande.

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Charles I by Anthony Van Dyck
Charles Ier par Anthony Van Dyck Google Cultural Institute (Public Domain)

Le premier grand engagement de la guerre fut la bataille d'Edgehill, dans le Warwickshire, le 23 octobre 1642, qui opposa les deux armées menées par le roi Charles d'un côté et Robert Devereux, comte d'Essex (1591-1646), de l'autre. Comme tant d'autres batailles à venir, elle se solda par un résultat indécis, et les deux camps sortirent indemnes pour poursuivre le combat ultèrieurement. Edward Montagu ne se couvrit guère de gloire lorsqu’il retira le régiment sous son commandement du champ de bataille.

Manchester faisait partie des parlementaires les plus modérés, et il allait être accusé d’être bien trop modéré à mesure que la guerre s’éternisait.

À partir d’août 1643, Edward Montagu, désormais comte de Manchester, prit la tête de l’armée de l’Eastern Association, composée de recrues provenant du Cambridgeshire, de l’Essex, du Hertfordshire, du Norfolk, du Suffolk (et plus tard du Huntingdonshire et du Lincolnshire). Cette armée comptait 11 régiments (quatre étaient chargés de garder les comtés de l’Est tandis que les sept autres pouvaient être mobilisés n’importe où dans le pays). En plus d’être le commandant en chef de l’armée de l’Eastern Association, forte d’environ 3 000 hommes, Manchester commandait personnellement un régiment, les "greencoats". Le comte se heurtait fréquemment à son talentueux commandant de cavalerie, Oliver Cromwell, au sujet du nombre exact de recrues qui étaient des indépendants religieux. Cromwell était un indépendant ou congrégationaliste tandis que Manchester était presbytérien; le premier avait donc une vision globalement plus libérale de la liberté religieuse.

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À ce stade précoce, rares étaient les parlementaires qui souhaitaient renverser le roi; ils avaient plutôt conclu qu’il était mal conseillé par ses conseillers. Il était malheureusement devenu nécessaire de recourir à la force pour forcer le roi à entendre raison et à accéder à certaines des demandes de son propre Parlement. Manchester figurait certainement parmi les parlementaires les plus modérés, et il allait d’ailleurs être accusé d’être bien trop modéré à mesure que la guerre s’éternisait.

Marston Moor

Le 1er juillet 1644, les parlementaires furent chassés de leur siège de York par l'arrivée d'une importante force sous le commandement du prince Rupert, comte palatin du Rhin et duc de Bavière (1619-1682). Non content de garder le contrôle de cette ville du nord, d’une importance vitale, Rupert décida alors d’attaquer l’ennemi en retraite. Ce fut une décision imprudente, étant donné qu’il y avait en réalité trois armées parlementaires et que, réunies, elles surpassaient largement les royalistes en nombre, malgré l’arrivée d’une deuxième armée venue de York et menée par le marquis de Newcastle.

Cromwell at Marston Moor
Cromwell à Marston Moor Ernest Crofts (Public Domain)

Les forces du Parlement étaient commandées par le comte de Manchester, Alexander Leslie, comte de Leven (mort en 1661), et Sir Thomas Fairfax (1612-1671). Le 2 juillet, elles firent demi-tour pour affronter l'ennemi lors de la bataille de Marston Moor. Ce fut l'une des plus grandes batailles de la guerre, à laquelle participèrent probablement plus de 45 000 hommes. Les royalistes alignèrent environ 18 000 hommes, dont environ 6 000 de cavalerie, tandis que les parlementaires comptaient jusqu'à 28 000 hommes. La cavalerie du comte de Manchester, menée par Sir David Leslie et Oliver Cromwell, s'illustra tout particulièrement; les parlementaires remportèrent une victoire décisive et, avec la reddition de York deux semaines plus tard, ils contrôlaient désormais la quasi-totalité du nord de l'Angleterre. Cromwell était désormais lieutenant-général de cavalerie de Manchester, et cette nouvelle étoile montante de l'armée allait bientôt devenir une sérieuse menace pour la position de commandement du comte.

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Le déshonneur de Newbury

La deuxième bataille de Newbury, le 27 octobre 1644, n'apporta qu'un nouveau résultat indécis qui ne fit que prolonger la guerre civile anglaise. Les parlementaires bénéficiaient d'un avantage numérique de 2 contre 1, mais le manque de coordination entre leurs commandants leur coûta une victoire décisive. Le manque de détermination de Manchester lors de la bataille fut particulièrement critiqué.

Si nous combattons 100 fois et le battons 99 fois, il restera tout de même roi." Comte de Manchester

Trois armées parlementaires convergèrent vers le Berkshire. Les trois commandants respectifs étaient le comte d’Essex, Sir William Waller (1597-1668) et Manchester. Essex se considérait comme supérieur aux deux autres, mais aucun d’entre eux n’était disposé à se placer sous les ordres de quiconque. Un comité de commandement fut formé, composé des trois chefs et d’officiers d’état-major sélectionnés. Puis Essex tomba malade et fut contraint de se retirer.

Les Roundheads et les Cavaliers s’affrontèrent pour la énième fois, mais la position défensive bien choisie des premiers compensa largement leur infériorité numérique. Waller et Manchester avaient prévu un mouvement en tenaille pour encercler l’armée de Charles par les deux flancs, mais leur manque de coordination fit que le roi ne fut pas contraint de se battre simultanément sur deux fronts. Manchester fut par la suite accusé d'avoir tardé à engager ses troupes de son côté de la tenaille. Il se peut que Manchester ait attendu d'avoir la confirmation que Waller était pleinement engagé à quelques kilomètres de là avant de lancer ses forces, moins nombreuses, dans la bataille. S'il s'était engagé avant que Waller n'occupe l'ennemi, son armée aurait été rapidement submergée par l'ensemble de l'armée cavalière. L'armée de Manchester traversa bien la rivière Lambourn et fit une percée dans les positions ennemies, mais elle fut ensuite repoussée par la réserve d'infanterie royaliste. Même le célèbre commandant de cavalerie des parlementaires, Oliver Cromwell, semble avoir connu une journée difficile, puisqu'il ne remporta pas ses succès habituels contre la cavalerie adverse.

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Troop Dispositions, Second Battle of Newbury
Disposition des troupes, deuxième bataille de Newbury Walter Money (Public Domain)

Dans la nuit, Charles retira son armée, et Manchester dut faire face à de nouvelles critiques pour ne pas les avoir poursuivis avec plus de vigueur. Le résultat de la bataille fut un match nul, alors qu'il aurait si facilement pu s'agir d'une victoire retentissante des parlementaires. Une enquête fut menée pour déterminer pourquoi cette occasion avait été manquée. Manchester ne fut pas le seul commandant à faire l'objet de critiques, mais il dut également faire face à des rumeurs supplémentaires selon lesquelles il n'était pas aussi loyal à la cause qu'on l'attendait de lui. La position de Manchester ne fut pas aidée par le fait que le roi l'avait approché pour qu'il serve de médiateur entre lui et le Parlement, ni par les déclarations de Manchester lui-même selon lesquelles, quel que soit le nombre de fois où ils vaincraient l'armée royale, Charles resterait roi. Manchester fit également remarquer que quelques pertes importantes subies par les parlementaires mettraient fin à leur cause, ce qui explique peut-être sa prudence sur le champ de bataille. Il déclara:

Le roi n'a pas à se soucier de la fréquence de nos combats, mais il nous incombe d'être prudents, car en combattant, nous risquons tout pour rien. Si nous combattons cent fois et le battons quatre-vingt-dix-neuf fois, il restera roi. Mais s'il nous bat une seule fois, ou la dernière fois, nous serons pendus, nous perdrons nos domaines et notre postérité sera anéantie.

(Hunt, 149-50)

Le comte revint sur le thème de la religion, autre différence importante entre lui-même et Cromwell et source d’interférence dans le bon fonctionnement de l’armée parlementaire:

Le colonel Cromwell, en constituant ses régiments, choisit ses officiers non pas parmi les soldats ou les hommes de haut rang, mais parmi les gens du peuple, pauvres et d’origine modeste, auxquels il se contente de donner le titre d’hommes pieux et précieux; pourtant, sa pratique courante consistait à renvoyer des gentilshommes honnêtes et des soldats qui, selon moi, étaient fidèles à la cause, comme en témoignent ceux qui ont souffert dans ce cas…Si vous observez son propre régiment de cavalerie, voyez quelle foule il y a de ceux qui se disent pieux; certains d’entre eux professent avoir eu des visions et des révélations.

(Hunt, 151)

Cromwell & the Dead King Charles
Cromwell et le roi Charles mort Bridgemanart (Public Domain)

Manchester défendit ses décisions militaires à Newbury et imputa l’absence de résultat positif à son commandant de cavalerie Cromwell, remettant en question sa loyauté. Le comte estimait qu’un compromis pouvait encore être trouvé avec le roi et notait sa conviction que Cromwell était farouchement opposé à l’aristocratie et qu’il l’aurait balayée s’il le pouvait, une conviction qui était partagée par la Chambre des lords. Lorsque la motion fut soumise à la Chambre des communes, Cromwell saisit l’occasion pour se défendre et attaquer Manchester:

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…les échecs de Sa Seigneurie dans ces domaines n’étaient dus ni à des accidents (auxquels on ne pouvait remédier) ni à sa seule imprévoyance, mais à sa réticence à toute action, et [j’avais] des raisons de penser que cette réticence ne provenait pas (simplement) d’une lenteur d’esprit ou d’une indisponibilité à s’engager, mais (également) d’un certain principe de réticence de la part de Sa Seigneurie à mener cette guerre jusqu’à une victoire totale, et d’une intention ou d’un désir de la faire prendre fin par un accord (et cela) à des conditions telles qu’il pourrait être désavantageux d’abaisser trop le roi. Afin donc que (si tel était le cas) l’État ne soit pas davantage trompé dans ses attentes vis-à-vis de son armée, j’ai (dans l’exercice fidèle de mon devoir envers le Parlement et le royaume) librement fait part de mes appréhensions et des motifs qui les sous-tendaient.

(Hunt, 149)

Le Comité des deux royaumes

Les retombées de Newbury finirent par conduire à la formation de la New Model Army au cours des premiers mois de 1645. Il s’agissait d’une force parlementaire plus professionnelle, dotée d’une structure de commandement bien définie et unifiée. Afin de s’assurer que les commandants de ses 24 régiments n’occupaient pas leur poste uniquement en raison de leurs titres, le Parlement adopta en avril l’ordonnance d’auto-exclusion, une motion interdisant à tout membre du Parlement d’exercer également une fonction de commandant militaire. Waller, Essex et Manchester furent tous victimes de cette politique. Le commandement général de la New Model Army fut confié à un stratège talentueux et expérimenté: Sir Thomas Fairfax (1612-1671).

Charles II of England & Royal Regalia
Charles II d'Angleterre et les insignes royaux John Michael Wright (Public Domain)

Le comte de Manchester n'avait plus de commandement sur le terrain, mais il restait fortement impliqué dans la cause parlementaire. À partir de février 1644, le Parlement dirigea la guerre par l'intermédiaire du Comité des deux royaumes, composé de membres sélectionnés de la Chambre des communes et de la Chambre des lords. Se réunissant quotidiennement à certaines périodes, l'une des fonctions du comité était de diriger la New Model Army et de décider quand, où et quels régiments devaient combattre. Manchester était membre de ce comité tout-puissant.

Retraite et décès

La nouvelle armée remporta une grande victoire lors de la bataille de Naseby, dans le Northamptonshire, en juin 1645. Naseby fut suivie d'autres victoires, notamment la prise de Bristol, et le roi Charles fut contraint de fuir en Écosse. Lorsque Charles fut ramené et jugé, Manchester s'opposa à cette procédure et se retira de la vie publique. Le roi fut reconnu coupable de trahison et exécuté en janvier 1649, mais la république dirigée par Cromwell fut de courte durée. En mai 1660, la Restauration vit le fils de Charles devenir Charles II d'Angleterre (r. de 1660 à 1685), et en récompense de son retrait de la machine républicaine extrémiste et de son soutien à George Monck (1608-1670) et à son projet de rétablir l'institution royale, le comte de Manchester se vit attribuer une nouvelle série de titres qui vinrent s'ajouter à sa collection déjà impressionnante, notamment celui de chevalier de l'Ordre de la Jarretière. Le comte mourut le 5 mai 1671 et fut inhumé à l'église de Kimbolton, dans le Huntingdonshire.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction pour WHE, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est directeur de publication pour WHE et est titulaire d'une maîtrise en philosophie politique (Université de York). Il est chercheur, écrivain, historien et éditeur. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées communes à toutes les civilisations.

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Cartwright, M. (2026, avril 03). Edward Montagu, Comte de Manchester. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-20359/edward-montagu-comte-de-manchester/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Edward Montagu, Comte de Manchester." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, avril 03, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-20359/edward-montagu-comte-de-manchester/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Edward Montagu, Comte de Manchester." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 03 avril 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-20359/edward-montagu-comte-de-manchester/.

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