Nagasaki Portugais

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 29 juin 2021
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Disponible dans ces autres langues: anglais, espagnol
Portuguese Ship at Nagasaki (by Kanō Naizen, Public Domain)
Navire portugais à Nagasaki
Kanō Naizen (Public Domain)

Nagasaki, sur la côte nord-ouest de l'île japonaise de Kyūshū, fut une importante base commerciale portugaise de 1571 à 1639 environ, et l'avant-poste le plus oriental de l'empire portugais. La présence portugaise transforma Nagasaki, petit village de pêcheurs en l'un des grands centres commerciaux du Japon et de l'Asie de l'Est.

Brièvement sous administration portugaise directe (1571-1614), la ville servit de point d'accès au lucratif marché japonais où des marchandises comme la soie, l'argent et l'or étaient échangées entre la Chine, le Macao portugais et Lisbonne, ainsi que de nombreux autres avant-postes coloniaux en Asie. La présence portugaise prit fin en 1639 lorsque le gouvernement militaire japonais ou shogunat décida d'expulser tous les étrangers du continent japonais.

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TROIS MARINS PORTUGAIS furent LES PREMIERS EUROPÉENS À FOULER LE SOL JAPONAIS AU XVIE SIÈCLE, même si ce fut ACCIDENTel.

L'empire portugais

Depuis 1497-1499, lorsque Vasco de Gama (c. 1469-1524) contourna le cap de Bonne-Espérance et montra l'existence d'une possible route maritime entre l'Europe et l'Asie, les Portugais s'étaient démenés pour construire un empire. La ville portugaise de Cochin fut fondée en 1503, et la ville portugaise de Goa en 1510. La ville portugaise de Malacca, en Malaisie, fut créée en 1511. Les Portugais naviguèrent de plus en plus à l'est et, vers 1557, le port de Macao fut établi sur la côte sud de la Chine, près de Guangzhou (Canton). Les marchands portugais eurent ainsi un accès direct aux foires commerciales de Canton, où ils pouvaient acquérir des marchandises telles que la précieuse soie. Toujours avides de nouveautés, les Européens voulurent ensuite prendre pied au Japon.

Trois marins portugais furent les premiers Européens à fouler le sol japonais en septembre 1543, même si ce fut accidentel. Ces intrépides commerçants étaient à bord d'une jonque chinoise qui se dirigeait vers Ningpo, en Chine, mais les pilotes chinois de la jonque ne purent empêcher qu'une tempête ne les pousse vers l'ouest du Japon, sur l'île de Tanegashima. Il est important de noter que les Portugais portaient des armes à feu, ce qui impressionna beaucoup les Japonais, même s'il s'agissait d'arquebuses rudimentaires. Oda Nobunaga importera ces armes pratiques et les utilisera à bon escient lorsqu'il s'imposera en tant que principal chef militaire du Japon entre 1568 et 1582.

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Portuguese Colonial Empire in the Age of Exploration
L'Empire Colonial Portugais à I' Époque des Grandes Découvertes
Simeon Netchev (CC BY-NC-SA)

Le port de Nagasaki

Nagasaki est situé sur la côte nord-ouest de Kyūshū, au Japon. Les Portugais y établirent une présence permanente vers 1571, lorsque le vice-roi de l'Empire portugais d'Asie (Estado da India) basé à Goa décida d'en faire la base principale de leur commerce entre la Chine et le Japon. À l'arrivée des Portugais, Nagasaki n'était qu'un modeste port de pêche, mais il allait se transformer en un centre commercial prospère qui devint finalement l'une des principales villes du Japon. L'État japonais n'était pas encore totalement unifié, et le port de Nagasaki fut donné en fief aux Portugais par Ōmura Sumitada, un daimyo (seigneur féodal) de Hizen, au nord-ouest de Kyūshū. Plus précisément, le port fut confié au jésuite Gaspar Vilela, choisi grâce à la persuasion d'un vassal de Sumitada. Les deux Japonais s'étaient récemment convertis au christianisme. La passation eut lieu vers 1571, mais l'acte officiel ne fut signé qu'en 1580. En prime, Sumitada donna aux Jésuites la forteresse voisine de Mogi. Une condition était qu'il n'y ait pas de présence militaire portugaise permanente dans la zone portuaire.

LA PLUPART DES RÉSIDENTS PERMANENTS DE NAGASAKI ÉTAIENT DES JAPONAIS QUI S'ÉTAIENT CONVERTIS DU BOUDDHISME AU CHRISTIANISME.

Le port était donc administré par la Compagnie de Jésus, et c'était leur seul territoire souverain. Nagasaki devint ainsi un important siège du travail missionnaire des jésuites en Asie orientale. Les missionnaires, qui virent le jour en 1549 grâce au jésuite espagnol François Xavier (alias Francisco Javier, 1505-1552), propagèrent le christianisme à Nagasaki et la région environnante avec un succès surprenant. En effet, la religion reste importante dans la ville aujourd'hui encore. La gestion jésuite de Nagasaki dura jusqu'en 1614. Après cette date, les Portugais se contentèrent de maintenir une présence commerciale sur le lucratif marché japonais. Nagasaki resta l'avant-poste le plus oriental de l'empire portugais.

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La base portugaise de marchands, de missionnaires et d'immigrants qu'était Nagasaki prospéra pendant environ 60 ans. Le port fut (en dépit de l'accord initial) doté de fortifications, et une grande cathédrale fut construite pour remplacer la première chapelle édifiée par Vilela. La plupart des résidents permanents étaient des chrétiens japonais qui s'étaient convertis du bouddhisme, tandis que les commerçants portugais avaient tendance à ne venir que pour le commerce et vivaient donc dans des résidences temporaires. Contrairement à d'autres colonies, il n'y eut que très peu de relations sociales avec la population locale ni de mariages mixtes qui auraient produit une nouvelle classe (inférieure) de descendants métis. Les commerçants temporaires de Nagasaki se contentaient plutôt d'utiliser de jeunes prostituées japonaises envoyées dans le port dans ce but précis par des familles désireuses d'acquérir une dot pour leurs filles qui pourrait ensuite être utilisée pour épouser un Japonais une fois de retour au pays. Le port ne faisait pas officiellement partie de l'Empire portugais, une situation que connaissaient d'autres ports d'Asie où les Portugais avaient établi une présence et des concessions commerciales avec le gouvernement local.

The Portuguese in Japan
Les Portugais au Japon
Kanō Naizen (Public Domain)

Le réseau commercial de l'Asie de l'Est

Après l'établissement du Nagasaki portugais, chaque année jusqu'en 1618, un seul grand navire cargo, le "Grand navire de Macao", naviguait de Macao au Japon (après être arrivé de Goa). De 1619 à 1639, ce navire unique fut remplacé par une flotte de navires plus petits. Les grands cargos portugais qui empruntaient la route entre Macao et Nagasaki avaient des pilotes chinois mais étaient remplis de marchandises et de commerçants portugais qui apparaissent sur les peintures des paravents japonais de l'époque. Les carraques apparaissent également sur ces paravents, les "vaisseaux noirs", comme les Japonais les appelaient en raison de leurs coques traitées destinées à éloigner les parasites marins. Les Japonais appelaient ces étrangers Nanbanjin ("peuple barbare du sud") et le commerce avec eux le "commerce Nanban".

Les marchandises exportées du Japon comprenaient de l'argent (provenant des mines de Honshū), du cuivre, des paravents peints, de la laque, des armoires, des kimonos, des épées et des piques. Les navires portugais pouvaient apporter de la soie, de l'or et de la porcelaine Ming grâce à leurs contacts entre Canton et le Macao portugais, ainsi que des épices et d'autres marchandises provenant de leurs réseaux commerciaux dans l'océan Indien et en Asie du Sud-Est.

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Les Britanniques et les Néerlandais se présentèrent pour profiter du commerce avec le Japon dès les premières années du XVIIe siècle et furent autorisés par les autorités japonaises à commercer, même si les Portugais de Nagasaki tentèrent de faire exécuter leurs rivaux européens en les accusant de piraterie. Malgré cette nouvelle concurrence, les commerçants portugais de Nagasaki continuèrent à prospérer pendant trois décennies supplémentaires.

Les shoguns Tokugawa

Les relations avec le Japon commencèrent à tourner au vinaigre à partir des années 1630, lorsque le gouvernement japonais, le shogunat Tokugawa (1603-1868), commença à confisquer les navires portugais arrivant à Nagasaki. Ces confiscations étaient le résultat direct du détournement d'une jonque japonaise par un capitaine espagnol. L'Espagne et le Portugal étant désormais unifiés, les Japonais traitaient les navires des deux nations de la même manière. Les shoguns imposèrent alors un embargo commercial aux deux royaumes européens. Un représentant fut envoyé au Japon en 1630 depuis Macao, Dom Gonçalo de Silveira, pour tenter de négocier la levée de l'embargo. Il fallut quatre ans à l'émissaire pour que le gouvernement japonais ne consente enfin à reprendre le commerce avec les Portugais. Ce ne fut cependant qu'un répit temporaire.

Portuguese Traders by Japanese Painters
Marchands portugais par un peintre japonais
Unknown Artist (Public Domain)

Les choses empirèrent pour les Portugais en 1639, lorsque deux de leurs navires firent retour à Macao avec l'inquiétante nouvelle qu'ils n'avaient pas été autorisés à jeter l'ancre et à décharger à Nagasaki. Les shoguns Tokugawa avaient officiellement changé leur politique de commerce extérieur. Les chefs militaires du Japon se méfiant de plus en plus des étrangers et de la propagation du christianisme, tous les Portugais furent expulsés du pays et le commerce avec des territoires tels que Macao fut interrompu. Même les Japonais résidant à l'étranger n'étaient pas autorisés à rentrer chez eux et s'ils essayaient de le faire, l'exécution les attendait. Le catalyseur de cette expulsion avait été la rébellion de Shimabara, de décembre 1637 à avril 1638. Le shogunat attribua la rébellion de la péninsule de Shimabara, à Kyūshū, aux chrétiens, bien qu'une grande partie des 35 à 40 000 personnes tuées au cours des troubles étaient de cette religion et que de nombreux manifestants étaient des paysans mécontents de l'augmentation des impôts et ne se préoccupaient pas des questions religieuses.

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Macao envoya des délégués au shogun Tokugawa pour négocier la réouverture du commerce portugais en 1640, mais ces quatre malheureux ambassadeurs furent emprisonnés, jugés, puis exécutés avec 57 de leurs assistants et membres d'équipage. Le commerce ne fut jamais relancé et même la visite d'un ambassadeur du roi du Portugal en juillet-août 1647 n'apporta aucun changement de politique, mais au moins fut-il autorisé à retourner à Lisbonne.

Cette période d'isolement culturel, connue au Japon sous le nom de période Sakoku ("nation enchaînée"), se poursuivit jusqu'au milieu du 19e siècle, même si un très petit nombre de commerçants néerlandais furent autorisés à rester sur la minuscule île artificielle de Dejima, dans la baie de Nagasaki. Les Hollandais ne pouvaient pas quitter l'île sans l'autorisation expresse du shogun, et il semble qu'ils aient été tolérés parce qu'ils n'avaient aucun intérêt à propager leur religion. Ce n'est qu'au milieu du 19e siècle que les "démons étrangers" venus d'Europe, surtout les Britanniques et les Américains, revinrent au Japon pour y vivre et faire du commerce.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth a enseigné l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur d'articles historiques installé en Italie. Il s'intéresse plus particulièrement à la poterie, à l’architecture, aux mythologies du monde et à la découverte des idées partagées par toutes les civilisations. Il est titulaire d’un Master en philosophie politique et éditeur en chef de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2021, juin 29). Nagasaki Portugais [Portuguese Nagasaki]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19897/nagasaki-portugais/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Nagasaki Portugais." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le juin 29, 2021. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-19897/nagasaki-portugais/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Nagasaki Portugais." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 29 juin 2021. Web. 12 août 2022.

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