Ryōan-ji

Définition

Mark Cartwright
par , traduit par Priscilia Barbuti
publié sur 30 mai 2019
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Disponible dans d'autres langues: Anglais
Detail, Ryoanji Zen Rock Garden (by Jean-Pierre Dalbéra, CC BY)
Détail, Jardin de rocaille zen du Ryōan-ji
Jean-Pierre Dalbéra (CC BY)

Le Ryōan-ji est un temple bouddhiste zen situé à Kyoto, au Japon. De nos jours, il est principalement connu pour son jardin de pierres aux agencements énigmatiques. Fondé au XVe siècle, le temple est l'un des sites touristiques les plus visités du Japon et est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Fondation

Le site du Ryōan-ji, situé dans les collines du nord de Kyoto (Heian-kyō), dans l'arrondissement d'Ukyō-ku, fut aménagé en temple bouddhiste en 1473. Il s'agissait auparavant d'un domaine privé, fondé en 1450 et appartenant à l'influente famille Hosokawa. Hosokawa Katsumoto (1430-1473) y conçut les jardins et s'y retira du temps où il était propriétaire des lieux. À la mort du célèbre général et député du shogun Ashikaga Yoshimasa (r. de 1449 à 1473), les bâtiments furent transformés en temple bouddhiste zen.

Le zen fut introduit au Japon par les Chinois aux XIIe et XIIIe siècles, et devint particulièrement populaire à partir du milieu du XVe siècle. La philosophie zen relativise l'importance de l'étude des textes sacrés et privilégie plutôt la contemplation (son) en vue d'atteindre l'illumination. Un certain nombre de choses sont susceptibles de favoriser le cheminement intérieur de l'individu et l'une d'entre elles, comme nous le verrons, est le recours à des jardins de pierre minimalistes.

Les paysages zen sont des lieux qui existent pour nourrir l'imagination.

Le Hojo, ancienne demeure de l'abbé au sein du complexe, présente aujourd'hui un intérieur divisé en six pièces par des écrans coulissants ornés de peintures (fusuma) comprenant notamment plusieurs représentations de dragons. Un autre bâtiment, situé à côté, sert aujourd'hui de quartier résidentiel pour les moines du Ryōan-ji.

Le jardin de pierres zen

Le jardin de pierres zen du Ryōan-ji est sans doute le jardin sec (karesansui) le plus célèbre au monde et certainement le plus visité au Japon. Aménagé au sein du temple à la fin du XVe siècle, sa conception est généralement attribuée à Soami (ou Shinso, vers 1455-1525), célèbre paysagiste et artiste. Soami conçut également le célèbre jardin de pierres et de sable du Ginkaku-ji ("le pavillon d'argent"), situé lui aussi à Kyoto, à seulement 15 minutes à pied du premier.

Zen Rock Garden, Ryoanji
Jardin de pierres zen du Ryōan-ji.
Al Case (CC BY-NC-ND)

Le but des jardins de pierres zen est d’offrir un espace calme et harmonieux, propice à la méditation (il va de soi qu'il est formellement interdit d’y marcher afin de ne pas priver les autres visiteurs de l’effet recherché). Tandis que les peintures de paysages japonais mettent souvent en avant des sujets issus de l’imagination, les paysages zen sont, eux, des lieux bien réels créés pour nourrir cette dernière.

Le jardin de pierres du Ryōan-ji est de type hira-niwa, c'est-à-dire parfaitement plat et exempt de tout arbre ou végétation. Il s'agit d'un espace rectangulaire de 31 x 15 mètres, ceints sur trois côtés par un mur en argile jaune et sur le quatrième par le corridor extérieur en bois du Hojo. Le mur, haut de deux mètres, présente des taches dues à sa composition en argile cuite dans des huiles naturelles, une particularité correspondant au wabi-sabi. L'enclos, typique des jardins zen, est érigé pour éliminer toute distraction et concentrer l’attention de l’observateur sur le jardin. Cependant, ce dernier n'était à l'origine vraisemblablement pas clôturé. Au sein de cet espace délimité, parmi les graviers gris ou le sable impeccablement ratissés chaque jour, se dressent 15 pierres de formes et tailles diverses, chacune posée sur de la mousse. Elles sont disposées de manière à ce qu'il soit impossible de voir les 15 en même temps, et ce peu importe le point de vue.

Pond Garden, Ryoanji
Etang du Ryōan-ji
Alex Brown (CC BY)

La signification précise des pierres n'est pas connue; elles pourraient figurer les sommets de montagnes émergeant des nuages ou des îles au milieu des eaux, ou bien avoir été simplement choisies et disposées pour des raisons esthétiques. La différence notable dans leurs dimensions pourrait évoquer le principe du yin et du yang. Des théories plus extravagantes suggèrent que la disposition de l'ensemble serait de nature à susciter une réaction spécifique dans le cerveau de l'observateur qui ferait courir son regard d'une pierre à l'autre, ou que le tout constituerait un message renvoyant à une devinette sur les bébés tigres.

Le jardin remplit les trois grands principes de la pensée zen en matière d'art et d'architecture; la simplicité, la suggestivité et l'irrégularité.

L'énigme derrière le jardin zen pourrait bien être intentionnelle - le lieu étant, après tout, conçu pour pousser à une réflexion méditative. Il existe néanmoins quelques pistes d'interprétation. Les pierres sont disposées par groupes de trois, cinq et sept, des chiffres ayant une signification dans le taoïsme. Le groupe de trois pierres, dont l'une est plus grande que les autres, pourrait symboliser la triade bouddhiste zen du Bouddha historique (Shakyamuni) et de ses deux assistants, les bodhisattvas Fugen et Monju. Le nombre total de 15 pierres pourrait correspondre au jour de pleine lune du calendrier lunaire, moment symbolisant traditionnellement l'illumination et l'achèvement dans la pensée bouddhiste. Le fait que l'ensemble des pierres ne puisse être aperçu depuis un seul point de vue renferme une signification religieuse et philosophique supplémentaire: on ne peut jamais appréhender "l'œuvre dans son ensemble" (Dougill, 2014, p. 54). Ainsi, le jardin, indépendamment de sa signification, remplit les trois grands principes de la pensée zen en matière d'art et d'architecture - la simplicité, la suggestivité et l'irrégularité - et donne corps au symbolisme recherché par le concept du yūgen ou "beauté mystérieuse."

Water Basin, Ryoanji
Bassin de pierre du Ryōan-ji
Andrew (CC BY-NC-SA)

Autres caractéristiques du jardin

En plus du jardin de pierres, le temple abrite des bassins d'agrément, des espaces couverts de mousse et des jardins paysagers accessibles par des sentiers serpentant entre des bosquets de cerisiers, de pins et de camélias. Le plus grand bassin (aux dimensions voisines de celles d'un petit lac), dont la construction remonte au XIIe siècle, comporte deux îles. Sur l'une d'elles se dresse un petit sanctuaire en l'honneur de Benten, divinité de la musique et de la créativité. Comme le veut la tradition des jardins paysagers japonais, le sentier qui borde l'étang éloigne délibérément le promeneur de la vue de l'eau, sauf en certains endroits précis, ici au nombre de sept.

Le complexe du temple abonde en éléments rappelant au visiteur certains des principes clés du bouddhisme. Par exemple, un petit bassin d'eau situé dans le jardin nord, offert au temple au XVIIe siècle, prend la forme d'une pièce de monnaie chinoise sur laquelle figure une inscription, lisible à la fois horizontalement et verticalement : "Apprends seulement à être satisfait", autrement dit, l'apprentissage est une fin en soi et ne doit pas être poursuivi à des fins lucratives. L'eau se déverse dans le creux au centre de la pièce et, dans la mesure où ces bassins sont utilisés par les visiteurs pour se purifier, l'utiliser revêt la double signification de se défaire des préoccupations matérielles.

Histoire tardive

Une fois établi, le temple bénéficia du patronage de personnalités aussi prestigieuses que le général daimyō Toyotomi Hideyoshi (1537-1598) et le shogun Tokugawa Ieyasu (1543-1616). Malheureusement, un incendie dévastateur détruisit l'ensemble des bâtiments du complexe en 1797. Par chance, les jardins furent en grande partie épargnés et, en 1800 de notre ère, les édifices du temple furent rebâtis. Néanmoins, le Ryōan-ji dut attendre les années 1930 pour gagner en popularité et voir affluer les visiteurs venus admirer le jardin de pierres zen. Toujours en activité, le temple est rattaché à l'école Myōshin-ji du bouddhisme zen Rinzai. Le site abrite depuis peu un restaurant de cuisine traditionnelle au tofu, et le Ryōan-ji continue d'attirer plus de visiteurs et d'alimenter plus de discussions que tout autre jardin du Japon.

À propos du traducteur

Priscilia Barbuti
Passionnée d'art, d'histoire et de science depuis toujours, j'ai fait le choix d'étudier l'archéologie avant de m'orienter vers le domaine des technologies 3D et considère comme essentielle la diffusion des savoirs auprès du plus grand nombre.

A propos de l'auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que toutes les civilisations peuvent nous offrir. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

Citer ce travail

Style APA

Cartwright, M. (2019, mai 30). Ryōan-ji [Ryoanji]. (P. Barbuti, Traducteur). World History Encyclopedia. Récupéré de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18294/ryoan-ji/

Le style Chicago

Cartwright, Mark. "Ryōan-ji." Traduit par Priscilia Barbuti. World History Encyclopedia. Dernière modification mai 30, 2019. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18294/ryoan-ji/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Ryōan-ji." Traduit par Priscilia Barbuti. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 30 mai 2019. Web. 21 avril 2024.

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