Les Thesmophories

Donald L. Wasson
de , traduit par Jordan Sylvestre - BresTrad
publié le
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Thesmophoriazusae, Red-Figure Krater (by Daderot, Public Domain)
Les Thesmophories, cratère à figures rouges Daderot (Public Domain)

Les Thesmophories (Thesmophoriázousai, également intitulée La Fête des femmes) est une comédie en deux actes écrite en 411 av. J.-C. par le poète comique grec Aristophane. La pièce met en scène le célèbre tragédien grec Euripide, en conflit avec les femmes réunies pour les Thesmophories, une fête de plusieurs jours, exclusivement réservée aux femmes et célébrée dans l’ensemble du monde grec. Cette célébration, dédiée à Déméter, sœur de Zeus et déesse de l’agriculture, ainsi qu’à sa fille Perséphone, se déroulait en automne pour commémorer la descente aux Enfers de cette dernière, où elle régnait aux côtés du dieu Hadès, et visait à assurer la fertilité des récoltes et du foyer. La pièce raconte la détresse d'Euripide: les femmes d'Athènes, lassées de la manière dont il les dépeint dans ses tragédies, en sont venues à conspirer pour le tuer. Craignant pour sa vie et désireux de connaître le sort qu’on lui réserve, Euripide persuade son vieux parent Mnésiloque d’infiltrer la fête déguisé en femme afin d’y défendre sa cause. L’entreprise tourne cependant mal pour le vieil homme, et seule la ruse et le génie théâtral d’Euripide – puisant dans les intrigues de ses propres pièces – permettront de sauver son ami d’un funeste destin.

Aristophane

La jeunesse d’Aristophane demeure largement méconnue: sa date de naissance, généralement située autour 447 ou 445 av. J.-C., fait elle-même l’objet de débats. Bien que sa famille possédât des terres à Égine, Aristophane – fils de Philippos et de Zénodora – naquit et grandit à Athènes. Il eut deux fils, dont l’un, Ararôs, fut lui aussi poète comique, mais de moindre renom. Lorsqu’Aristophane entama sa carrière, le théâtre grec était en plein déclin. Malheureusement, seules onze de ses quelques 40 pièces nous sont parvenues. Selon Moses Hadas, auteur de Greek Drama, Aristophane maîtrisait aussi bien une poésie délicate et raffinée qu’un ton grivois et enjoué. Pour certains, sa comédie constituait un mélange magistral d’audace et d’inventivité. Pour beaucoup d’autres, en revanche, son recours à la parodie, à la satire et à la vulgarité précipita le théâtre grec dans une forme de déclin, l’éloignant des sommets atteints par Eschyle. Farouchement opposé à la guerre interminable opposant Athènes à Sparte, Aristophane fit de Cléon, homme d’État et ardent partisan du conflit, une cible privilégiée de son courroux. Ses invectives contre ce dernier dans Les Babyloniens lui valurent même d’être traduit en justice.

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Euripide intervient finalement en personne et obtient la libération de Mnésiloque auprès du chœur de femmes, en s’engageant à ne plus les offenser dans ses œuvres à venir.

Bien que souvent critiquées pour leur humour grossier et leurs sous-entendus, les pièces d'Aristophane jouissaient d’un vif succès auprès du public athénien. Dans The Greek Way, la classiciste Edith Hamilton souligne que son théâtre offre un véritable miroir de la société athénienne: on y retrouve la vie politique et ses acteurs, le pacifisme, les réformes fiscales, le droit de vote des femmes ainsi que les débats religieux et littéraires. C’est en ce sens que l’on disait qu’Aristophane portait le "halo de la Grèce". Selon l’historien Thomas R. Martin, dans Ancient Greece, l’une des caractéristiques majeures des comédies du dramaturge réside dans la manière dont les femmes, usant de leur intelligence et de leur solidarité, contraignent les hommes d’Athènes à renverser les principes politiques fondamentaux de la cité – une caractéristique d’autant plus flagrante dans Les Thesmophories.

Synopsis

Euripide, le tragédien grec, est inquiet: il a appris que les femmes réunies pour la fête des Thesmophories en ont assez de la manière dont il les dépeint dans ses pièces et craint qu’elles ne complotent sa mort. Il demande alors à son ami et confrère Agathon, connu pour son allure efféminée, de se rendre à la fête déguisé afin de découvrir leurs intentions, mais celui-ci refuse. Par chance, Mnésiloque, parent et ami d’Euripide, accepte de s’y rendre. Rasé de près et vêtu des habits d’Agathon, il est envoyé infiltrer la célébration. Après avoir écouté en silence les femmes vitupérer contre Euripide, il saisit finalement l'occasion de prendre la parole pour le défendre, leur rétorquant que leur conduite de tous les jours dépasse largement les portraits qu’Euripide a pu dresser d’elles sur scène. Les femmes, furieuses, voient alors apparaître l’Athénien Clisthène, qui les avertit qu’un homme déguisé pourrait les espionner. Rapidement démasqué par l’assemblée, Mnésiloque tente de fuir, mais est aussitôt appréhendé par les autorités et ligoté à une planche. Après l'échec des tentatives de sauvetage dr la part d'Euripide, inspirées de ses propres tragédies, ce dernier se résout à intervenir en personne auprès du chœur: il négocie la libération de Mnésiloque en jurant de ne plus jamais dire de mal des femmes dans ses pièces.

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Aristophanes
Aristophane David Edwards (CC BY-NC-ND)

Personnages

  • Euripide
  • Mnésiloque, ami d'Euripide
  • Agathon, poète tragique
  • Clisthène, homosexuel notoire
  • un serviteur, un commissaire et un garde scythe
  • Mica, femme athénienne
  • Critylla, amie de Mica
  • Écho (personnage d'une pièce d'Euripide)
  • le chœur de femmes athéniennes
  • et les personnages muets: Mania, Philista et Artémisia

Intrigue

Acte I, scène 1: Euripide et son parent Mnésiloque avancent en silence vers la maison du dramaturge Agathon, un vieil ami d’Euripide. Ce dernier intime au vieil homme de se taire et d'écouter. Tandis que Mnésiloque s’interroge sur leur destination, les deux hommes se cachent et voient un serviteur sortir de la maison. Euripide sort de sa cachette et demande à voir Agathon: "Fais-moi venir Agathon ici dehors, à tout prix" (trad. V.-H. Debidour, Théâtre complet II, Folio Classique). Visiblement troublé, Euripide, sent le danger se rapprocher. Comme Mnésiloque ignore manifestement la raison de leur présence, il tente de lui expliquer: "Ce jour décidera de mon sort: verra-t-on Euripide survivre, ou si c’est fait de lui ?" (ibid). Lors des Thesmophories, explique-t-il, les femmes complotent sa chute, le jugeant coupable de les dénigrer dans ses œuvres. Il poursuit: "Agathon… le convaincre, ce confrère en tragédie, de pénétrer dans le sanctuaire […] pour se mêler à l’assemblée féminine, et, s’il le faut, parler en ma faveur" (ibid). Bien entendu, ajoute-t-il, il devra être déguisé.

Agathon fait alors son entrée, vêtu d’habits féminins et masqué. Après une altercation avec Mnésiloque, qui se plaint que le poète a des fourmis dans le larynx, il s’adresse à Euripide: "Que pouvons-nous pour toi? Qu’attends-tu de nous?" (ibid). Euripide en appelle à son confrère tragédien, lui explique que, lors des Thesmophories, les femmes vont le condamner à mort, et le supplie d’y assister: "tu prendras la parole en ma faveur, et sûrement tu me sauveras. Seul tu peux prononcer des mots dignes de moi" (ibid). Agathon s’en étonne: pourquoi Euripide n’irait-il pas lui-même? Ce dernier répond qu’il est trop connu et trop âgé pour s’y rendre, mais vante aussitôt les atouts d'Agathon: "joli minois, teint de lis et joues lisses, voix de femme, poli, souëf, délicieux…" (ibid). Malgré ces compliments, Agathon refuse catégoriquement. Euripide, désespéré, se voit déjà condamné. C’est alors que Mnésiloque, contre toute attente, se porte volontaire pour l’infiltration: "Tu n’as qu’à […] m’enrôler, moi, pour tout service que tu voudras" (ibid). Hélas pour lui, afin d’être convaincant en femme, il doit être rasé et épilé par les flammes. Après avoir emprunté une robe et une perruque à Agathon, Euripide se tourne vers son ami: "Eh bien, voilà un homme qui est une femme, au moins quant à l’aspect! Mais quand tu parleras, tâche de mettre ton intonation au féminin" (ibid).

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Kore
Korè Mark Cartwright (CC BY-NC-SA)

Acte I, scène 2: dans le temple de Déméter, Mnésiloque profite de l’arrivée progressive des femmes pour se fondre dans la foule. Nous sommes au deuxième jour de la fête. L’assemblée, après avoir déclaré Euripide coupable à l’unanimité, débat désormais du châtiment à lui infliger. L'Athénienne Mica prend la parole: "Y a-t-il une horreur dont il ne nous barbouille? Nous a-t-il jamais épargné ses calomnies, partout, c’est bien simple, où l’on trouve un public, des tragédiens et des chœurs? Nous, les couche-toi-là, comme il dit, les coureuses d’hommes, les ivrognesses, les traîtresses, les jacasseuses, les ordures, les pestes noires de leurs maris!" (ibid). Une deuxième femme intervient ensuite et raconte comment Euripide a ruiné son commerce. Elle vend des couronnes de myrte sur l’agora, mais depuis qu’Euripide a proclamé qu’il n’y avait pas de dieux, elle a perdu sa clientèle. S’emportant à son tour, elle conclut: "À toutes je propose et recommande le châtiment du coupable ; les griefs ne manquent pas!" (ibid).

S’avançant à son tour pour prendre la parole, Mnésiloque affirme lui aussi être irrité par Euripide, avant de demander aux femmes pourquoi elles lui en veulent tant. Serait-ce parce qu’il a révélé tous leurs stratagèmes? Prétendant parler au nom de toutes, il les accuse, entre autres méfaits, de tromper leurs maris: "Oui ou non, ils sont bien de nous ces méfaits-là? Eh oui, bonne Vierge, ils sont de nous! Et puis nous prenons feu contre Euripide! Nous lançons l’invective… Pourtant, nous sommes plus coupables que victimes!" (ibid). Les femmes, outrées, menacent alors de l’épiler, mais Mnésiloque persiste: "Ni qu’une autre a estourbi son mari à coups de hache, je ne l’ai pas dit! ni qu’une autre a administré au sien des philtres qui l’ont rendu fou!" (ibid). Avant d’ajouter, pour finir, qu’on ne trouve plus de femmes comme Pénélope.

Clisthène avertit l’assemblée de femmes qu’Euripide a envoyé un vieil homme, l’un de ses parents, pour les espionner.

Tandis que Mnésiloque poursuit sa tirade, l’Athénien Clisthène fait irruption dans le temple, vêtu en femme et rasé de près. Haletant, il informe la foule qu’Euripide a envoyé un vieil homme, l’un de ses parents, pour les espionner et découvrir leurs plans, et se propose de les aider à identifier le coupable. Mnésiloque, feignant l'innocence, s’exclame: "Quel est le mâle assez cornichon pour accepter de se laisser épiler?" (ibid). Conscient qu’il va être démasqué à tout instant, il tente alors de s’enfuir. En tant que seul inconnu du groupe, il est aussitôt interrogé. Persuadées qu’il s’agit de l’espion, les femmes commencent à le dévêtir, révélant ainsi la supercherie. Clisthène se précipite alors pour prévenir le Conseil de la cité.

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Dans un geste désespéré, Mnésiloque s’empare de ce qu’il croit être un nourrisson et le menace afin d’obtenir sa libération, pour découvrir finalement qu’il n’a entre les mains qu’une outre de vin. Mica et sa nourrice s’éloignent pour ramasser du petit bois et reviennent peu après. Inspiré d’un procédé emprunté à l’une des tragédies d’Euripide, Mnésiloque inscrit alors des messages sur des tablettes votives détachées des murs du temple, qu’il éparpille avant de s’asseoir, attendant qu’Euripide vienne le sauver.

Symposiast & Hetaira
Symposiaste & Hétaïre Sebastià Giralt (CC BY-NC-SA)

Acte II : Mnésiloque, nerveux, est assis près de l’autel sous la surveillance de Critylla, l’amie de Mica, qui lui ordonne de se taire. Curieusement, il se fait passer pour Hélène de Troie, l’épouse du roi Ménélas. Euripide fait alors son entrée, déguisé en roi de Sparte: "Ah! malheureux! Où m’ont conduit les flots!" (ibid). "L'Égypte", lui répond le vieil homme, toujours sous les traits d'Hélène. Critylla, confuse, rétorque à Euripide: "Tu le crois ce qu’il te dit? un homme qui est bon à assommer, tout bonnement!" (ibid). Mnésiloque, continuant à se faire passer pour Hélène, demande alors à Euripide (Ménélas): "prends-moi et couvre-moi de tes baisers!" (ibid). Cependant, Critylla n’est pas dupe: "Il lui en cuira, à celui qui t’emmènera! Je le cogne à coups de torche!" (ibid). À l’approche d’un commissaire et d’un garde scythe, Euripide s’éclipse: "Tiens-toi tranquille: je ne t’abandonnerai jamais, tant que j’aurai un souffle, tant que je ne serai pas au bout des mille tours que j’ai dans mon sac" (ibid). Désignant Mnésiloque du doigt, le commissaire ordonne: "C'est lui, le chenapan dont Clisthène nous parlait? […] Emmène-le au poste, attache-le au carcan, et puis ramène-le ici, dresse-le, et monte la garde" (ibid). Mnésiloque implore qu’on le change de tenue, craignant les moqueries de la foule, mais le commissaire rejette sa demande. Après l’avoir attaché à une planche, le Scythe l’adosse à l’une des colonnes de l’autel.

Euripide entre en scène déguisé en Persée, héros grec et personnage d’une de ses œuvres. Au moment même où il s’éloigne, il aperçoit le garde revenir, et la voix féminine d’Écho résonne soudain. Le garde, ignorant la supercherie, engage alors la conversation avec Écho, qui ne peut bien sûr que répéter les derniers mots qu’elle a entendus. Perplexe, il cherche en vain l’origine de cette voix. Alors que la voix d’Écho s’éteint, Euripide réapparaît, toujours déguisé en Persée, et prétend détenir la tête de la Gorgone. Il explique au garde que Mnésiloque n’est autre qu’Andromède, la fille de Céphée, et lui demande de la détacher pour qu’il puisse l’emmener vers la couche nuptiale. Imperturbable, le garde refuse de la libérer. Comprenant que le Scythe n’était qu’un "butor", Euripide s’éloigne, tandis que le garde s’endort. Peu après, Euripide revient et s’adresse au chœur:

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Eh bien, femmes, si vous voulez conclure la paix avec moi pour l’avenir, c’est le moment, je vous l’offre, en m’engageant à ne dire plus jamais du mal de vous dorénavant: je le déclare solennellement. (ibid)

La demande de libération de Mnésiloque est finalement acceptée. Euripide réapparaît, cette fois déguisé en vieille femme. Pour tromper le garde, une diversion est mise en place: une danseuse surgit, exécute une danse suggestive devant le Scythe, puis s’éloigne en l’entraînant à sa poursuite, permettant ainsi à Mnésiloque de s’échapper. Lorsqu’il revient sur les lieux, le garde s’aperçoit que son prisonnier a disparu et se met à la recherche de la vieille femme. La supercherie étant révélée, il prend alors en chasse Euripide travesti.

Résumé

Écrite en pleine guerre entre Athènes et Sparte, Les Thesmophories est souvent considérée comme l’œuvre la plus apolitique d’Aristophane. À une époque marquée par les troubles et la méfiance, le climat de la cité se prêtait mal à la satire politique. Comme dans plusieurs de ses autres comédies, telles que Les Acharniens ou Les Grenouilles, Aristophane fait intervenir son confrère Euripide comme personnage. Cette pièce se distingue toutefois en plaçant Euripide au cœur de l’intrigue et en imaginant habilement qu’il utilise ses propres créations, telles qu’Hélène et Andromède, pour sauver Mnésiloque. Selon les éditeurs de Aristophanes: Frogs and Other Plays, Euripide y apparaît sous un jour plus sympathique: d’abord héros comique, il finit par sauver son parent d’un destin funeste et se réconcilie avec les femmes d’Athènes.

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Traducteur

Jordan Sylvestre - BresTrad
Jordan Sylvestre est étudiant en Master 2 de Rédaction et Traduction à l’Université de Bretagne Occidentale (UBO) à Brest. Membre de l’agence fictive BresTrad, il s’intéresse aux langues et à la transmission des savoirs par la traduction.

Auteur

Donald L. Wasson
Donald a enseigné l’histoire antique et médiévale ainsi que l’histoire des États-Unis à Lincoln College (Illinois). Éternel étudiant en Histoire depuis qu’il a découvert Alexandre le Grand, il met toute son énergie à transmettre son savoir à ses étudiants.

Citer cette ressource

Style APA

Wasson, D. L. (2026, janvier 08). Les Thesmophories. (J. S. -. BresTrad, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-17771/les-thesmophories/

Style Chicago

Wasson, Donald L.. "Les Thesmophories." Traduit par Jordan Sylvestre - BresTrad. World History Encyclopedia, janvier 08, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-17771/les-thesmophories/.

Style MLA

Wasson, Donald L.. "Les Thesmophories." Traduit par Jordan Sylvestre - BresTrad. World History Encyclopedia, 08 janv. 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-17771/les-thesmophories/.

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