Sixième Croisade

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 10 septembre 2018
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Disponible dans ces autres langues: anglais, portugais
Frederick II & Al-Kamil (by Unknown Artist, Public Domain)
Frédéric II et al-Kâmil
Unknown Artist (Public Domain)

La sixième croisade (1228-1229), qui, pour de nombreux historiens, n'est que le chapitre final différé de l'infructueuse cinquième croisade (1217-1221), vit l'empereur du Saint Empire romain germanique Frédéric II (r. de 1220 à 1250) enfin arriver avec son armée en Terre sainte, comme il l'avait promis depuis longtemps. Jérusalem, qui n'était plus aux mains des chrétiens depuis 1187, fut finalement reprise aux musulmans grâce aux talents de diplomate de Frédéric plutôt qu'aux combats. En février 1229, un traité fut conclu avec le sultan d'Égypte et de Syrie, al-Kâmil (r. de 1218 à 1238), et il remit la Ville sainte aux chrétiens. Ainsi, la sixième croisade réussit à obtenir par des moyens pacifiques ce que les quatre croisades sanglantes précédentes n'avaient pas réussi à faire.

Prologue : La cinquième croisade

La cinquième croisade avait été lancée par le pape Innocent III (r. de 1198 à 1216) en 1215. L'objectif était à nouveau de capturer Jérusalem pour la chrétienté, mais cette fois-ci, la méthode avait changé : il s'agissait d'attaquer ce qui était considéré comme le point faible de la dynastie ayyoubide (1174-1250) : l'Égypte, plutôt que la Ville sainte directement. L'armée croisée, bien qu'elle ait fini par conquérir Damiette sur le Nil en novembre 1219, était en proie à des querelles de chefs et à un manque d'hommes, d'équipement et de navires adaptés à la géographie locale. En conséquence, les Occidentaux furent vaincus par une armée dirigée par al-Kâmil, le sultan d'Égypte et de Syrie, sur les rives du Nil en août 1221. Les croisés, contraints d'abandonner Damiette, rentrèrent chez eux, une fois de plus, avec très peu de résultats pour leurs efforts. Des récriminations amères s'ensuivirent, en particulier à l'encontre de Frédéric II Hohenstaufen, roi des Romains et de Sicile, pour ne pas s'être présenté au spectacle alors que son armée aurait pu faire pencher la balance en faveur des croisés. L'une des conséquences de la cinquième croisade est que la décision de l'Occident d'attaquer l'Égypte mit en évidence la vulnérabilité des Ayyoubides dans le sud de la Méditerranée.

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Frédéric II

Bien que Frédéric II n'ait rien fait dans la Cinquième Croisade, si ce n'est briller par son absence, il allait devenir l'une des grandes figures du Moyen Âge, comme le résume ici de manière imagée l'historien T. Asbridge :

Au XIIIe siècle, ses partisans le qualifiaient de stupor mundi (la merveille du monde), mais ses ennemis le condamnaient comme "la bête de l'apocalypse". Aujourd'hui encore, les historiens se demandent s'il était un despote tyrannique ou un génie visionnaire, le premier praticien de la royauté de la Renaissance. Personnage bedonnant, chauve et malvoyant, Frédéric n'était pas très séduisant. Mais dans les années 1220, il était le souverain le plus puissant du monde chrétien. (563)

Au moment de la sixième croisade, Frédéric négociait encore les premières pierres de son long chemin vers la grandeur. Frédéric n'avait pas quitté l'Europe pendant la Cinquième Croisade, malgré sa promesse de le faire, parce qu'il s'était retrouvé dans une lutte de pouvoir contre la papauté au sujet de son droit à être couronné empereur romain germanique. Le pape Innocent III, puis son successeur Honorius III (r. de 1216 à 1227), s'étaient inquiétés du contrôle exercé par Frédéric sur l'Europe centrale et la Sicile, encerclant ainsi les États pontificaux en Italie. Honorius fit pression pour que Frédéric accomplisse ses vœux initiaux de croisé et reprenne Jérusalem pour la chrétienté ; cette distraction pourrait également s'avérer avantageuse pour la papauté et lui permettre de respirer un peu en Italie.

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Coin of Holy Roman Emperor Frederick II
Pièce de monnaie de l'empereur Frédéric II
The British Museum (Copyright)

Frédéric finit par être couronné empereur du Saint Empire romain germanique en 1220 et il acquit un lien plus personnel avec le Moyen-Orient lorsque, en novembre 1225, il épousa Isabelle II, l'héritière du trône du Royaume de Jérusalem. L'empereur allait, après tout, se rendre au Levant et s'emparer du royaume de Jérusalem, de trône et de tout le reste, pour lui-même. Après avoir rassemblé une grande armée de croisés, le départ de Frédéric, prévu depuis longtemps pour le 15 août 1227, fut à nouveau retardé, cette fois par la maladie (peut-être le choléra). À bout de patience, le nouveau pape Grégoire IX (r. de 1227 à 1241) excommunia le futur croisé en septembre 1227, comme la papauté l'avait promis si les promesses de l'empereur n'étaient pas tenues. Ce n'était pas un bon début pour la croisade. Néanmoins, les chefs de la croisade qui avaient déjà atteint le Moyen-Orient profitèrent de ce retard pour mettre leurs hommes à contribution et entreprendre des travaux de construction, refortifiant des points forts tels que Jaffa, Césarée et même un tout nouveau quartier général pour les chevaliers teutoniques à Montfort.

Frédéric II disposait des hommes les mieux entraînés et équipés de toutes les armées croisées jusque-là, presque tous ses guerriers étant des professionnels rémunérés.

Frédéric au Levant

Malgré ses problèmes avec l'Église, Frédéric II ne se découragea pas et arriva à Acre, au Moyen-Orient, le 7 septembre 1228, déterminé à faire ce que tant de nobles avant lui n'avaient pas réussi à faire : prendre Jérusalem. Il disposait certainement des hommes les mieux entraînés et équipés de toutes les armées croisées précédentes, presque tous ses guerriers étant des professionnels rémunérés et comptant environ 10 000 fantassins et peut-être 2 000 chevaliers. Il restait l'inconvénient de l'excommunication de Frédéric, qui avait pour conséquence pratique que certains des chefs des ordres militaires pieux du Levant, en particulier parmi les Templiers et les Hospitaliers, estimaient qu'ils ne pouvaient pas être vus comme servant un personnage extérieur à l'Église. L'empereur contourna ce problème en nommant des commandants séparés et (théoriquement) indépendants que ces chevaliers devaient suivre.

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Golgotha Crucifix, Jerusalem
Crucifix du Golgotha, Jérusalem
Markus Bollen (Public Domain)

Les plans de l'empereur furent également légèrement chamboulés par la mort tragique d'Isabelle pendant un accouchement en mai 1228. Frédéric décida de régenter son fils nouveau-né Conrad, en remplacement de son beau-père Jean de Brienne qui avait été régent pour sa fille Isabella avant son mariage. Jean, qui avait dirigé l'armée de la cinquième croisade ratée, n'était pas très heureux d'être évincé du pouvoir et jura de se venger. Frédéric dut également faire face à d'autres oppositions dans le royaume de Jérusalem où de nombreux nobles résistaient à tout changement du statu quo politique. Les plans de Frédéric visant à redistribuer certaines terres héréditaires et sa promotion de l'ordre militaire des chevaliers teutoniques étaient des points de friction spécifiques.

Jérusalem : Une paix négociée

Frédéric et son armée marchèrent d'Acre à Jaffa au début de l'année 1229 pour faire peser la menace tant promise depuis la cinquième croisade. Dans le même temps, al-Kâmil était confronté à une dangereuse coalition de rivaux au sein de la dynastie ayyoubide. Au cours des deux dernières années, le propre frère du sultan, al-Mu'azzam, l'émir de Damas, s'était allié à de féroces mercenaires turcs, les Khwarezmiens, pour menacer le territoire d'al-Kâmil dans le nord de l'Irak. Al-Mu'azzam mourut de dysenterie en 1227, mais la menace de ses partisans, en particulier pour les ambitions d'al-Kâmil à Damas, qui était désormais dirigé par le neveu rebelle d'al-Kâmil, al-Nasir Dâwûd, subsistait. En conséquence, les deux dirigeants entamèrent des négociations pour éviter une guerre qui porterait gravement atteinte aux intérêts commerciaux des deux parties dans la région.

Frédéric a sans doute été aidé dans ses efforts diplomatiques par sa connaissance de l'arabe et une sympathie générale pour cette culture.

Frédéric était, sans aucun doute, aidé dans ses efforts diplomatiques par sa connaissance de l'arabe et une sympathie générale envers la culture, l'empereur ayant son propre corps personnel de gardes du corps musulmans et un harem - produits de son séjour en Sicile avec son importante population arabe. Al-Kâmil, quant à lui, avait déjà proposé Jérusalem comme monnaie d'échange lors des négociations avec les Croisés de la Cinquième croisade et, si nécessaire, il pourrait toujours reprendre Jérusalem une fois que l'armée des Croisés serait repartie en Europe. Il semble que les deux dirigeants aient préféré sauvegarder leurs propres empires et leurs autres biens beacoup plus importants que de se chamailler pour Jérusalem. En même temps, les gains pouvaient être maximisés et les concessions minimisées lors de la présentation de l'accord aux partisans de chaque leader.

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Map of the Crusader States, 1229-1240 CE
Carte des États croisés, 1229-1240 de notre ère
Ziegelbrenner (CC BY-SA)

Le 18 février 1229, les deux dirigeants signèrent le traité de Jaffa, qui permettait aux chrétiens de réoccuper les lieux saints de Jérusalem, à l'exception de la zone du Temple, qui restait sous le contrôle des autorités religieuses musulmanes. Les musulmans résidents devaient quitter la ville mais pouvaient visiter les lieux saints en pèlerinage. Selon les termes détaillés de l'accord, aucune nouvelle construction ni même des ajouts artistiques n'étaient autorisés sur ces lieux saints. Aucune fortification ne pouvait non plus être érigée (bien que l'application de cette disposition à Jérusalem ait été contestée par la suite). L'accord portait également sur d'autres sites importants pour les chrétiens, tels que Bethléem et Nazareth. Le sultan, en échange de ces concessions, obtint une garantie de trêve de 10 ans et la promesse que Frédéric défendrait les intérêts d'al-Kâmil contre tous les ennemis, même les chrétiens.

Frédéric entra alors en triomphe à Jérusalem le 17 mars 1229 et se couronna lors d'une cérémonie improvisée dans le Saint-Sépulcre. Cependant, les nobles locaux étaient mécontents de ne pas avoir été consultés pendant le processus de négociation et les roturiers n'apprécient guère que ce monarque étranger se mêle de leurs affaires. À Acre, un groupe de Latins mécontents alla jusqu'à bombarder l'empereur de viande et d'abats alors qu'il rentrait chez lui en mai 1229. Frédéric avait grand besoin de retourner en Italie où le pape Grégoire IX avait cyniquement profité de l'absence de l'empereur pour envahir le sud de l'Italie avec la Sicile comme cible ultime. Loin d'être une simple coïncidence, le chef de l'armée du pape n'était autre que le beau-père de Frédéric, Jean de Brienne.

Répercussions

Jérusalem resterait aux mains des chrétiens jusqu'en 1244, bien qu'Acre soit restée la capitale du royaume de Jérusalem. L'empereur étant parti et les deux régents qu'il avait nommés étant impopulaires, les nobles latins poursuivirent, comme auparavant, leur rivalité néfaste pour le contrôle des États croisés. Pendant ce temps, al-Kâmil était critiqué par de nombreux musulmans pour son accord de paix, même par les princes ayyoubides, mais il finit par prendre le contrôle de Damas. Le contrôle musulman du Moyen-Orient fut considérablement renforcé lorsqu'une grande armée latine fut vaincue à la bataille de La Forbie en octobre 1244. Ces événements donnèrent lieu à la septième croisade (1248-1254) et à la huitième croisade (1270), qui poursuivirent la stratégie consistant à attaquer les villes tenues par les musulmans en Afrique du Nord et en Égypte. Les deux campagnes furent menées par le roi Louis IX (r. de 1226 à 1270), mais elles ne furent pas été couronnées de succès, même si Louis fut sanctifié pour ses efforts.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que toutes les civilisations peuvent nous offrir. Il est titulaire d'un master en philosophie politique et est le directeur d'édition de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2018, septembre 10). Sixième Croisade [Sixth Crusade]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-17138/sixieme-croisade/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Sixième Croisade." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le septembre 10, 2018. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-17138/sixieme-croisade/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Sixième Croisade." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 10 sept. 2018. Web. 26 sept. 2022.

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