Izumi Shikibu était une écrivaine, poétesse et membre de la cour japonaise pendant la période Heian (794-1185 ap. J.-C.). Sa date de naissance est estimée à différentes dates dans les années 970, et elle mourut dans les années 1030. Dans ses célèbres mémoires, connues sous le nom de Journal d'Izumi Shikibu, elle raconte des épisodes de la vie à la cour et ses relations avec deux princes. Le journal comprend de nombreux poèmes d'Izumi Shikibu, considérés comme parmi les plus beaux jamais écrits au Japon.
Détails biographiques
Izumi Shikibu était la fille d'un fonctionnaire mineur de la cour, Oeo no Masamune, et devint elle-même un membre de rang inférieur de la cour impériale japonaise, plus précisément dans l'entourage de Shoshi (alias l'impératrice Akiko), l'épouse de l'empereur Ichijo (r. de 986 à 1011). Le groupe de dames de la cour comprenait une autre écrivaine célèbre: Murasaki Shikibu, autrice du Dit du Genji, considéré par beaucoup comme le premier roman au monde. Le but de réunir un groupe de femmes aussi talentueuses pour instruire et divertir Shoshi était de s'assurer que, en tant que représentante du puissant clan Fujiwara, elle conserve la faveur de l'empereur et préserve ainsi l'influence du clan.
Le nom d'Izumi Shikibu vient du métier de son père et de son mari. Shikibu signifie "secrétaire", ce qui était la fonction de son père, car dans le Japon ancien, il était courant d'appeler une fille par le titre de son père. Izumi Shikibu épousa un homme de rang similaire au sien, Tachibana no Michisada, gouverneur d'Izumi, avec qui elle eut une fille, Koshikibu (elle-même poétesse de renom), et c'est pourquoi elle adopta le nom d'Izumi.
Sa poésie est écrite dans le style waka, c'est-à-dire que chaque poème compte exactement 31 syllabes réparties en cinq lignes (5+7+5+7+7). Comme ceux de ses contemporains, ses poèmes soulignent la tristesse et le caractère éphémère de la vie et des amours humaines. Cette approche était fondée sur son expérience, car lorsque son amant, le prince Atsumichi, mourut, la poétesse envisagea de se retirer dans un monastère, comme elle l'indique dans la préface d'un de ses poèmes: "Composé à peu près à la même époque, alors que je pensais devenir nonne." Le poème dit:
Je me sens si triste
Que je suis même prête à
Déserter le monde -
Car Je fus naguère, las,
Intime avec un tel homme!
(Keene, 297)
Après une année de deuil, l'écrivain rencontra et épousa le militaire Fujiwara no Yasumasa (958-1036). Lorsque Yasumasa fut muté en province, Izumi le suivit. Il semble qu'à la fin de sa vie, dans les années 1030, Izumi Shikibu se soit tournée vers le bouddhisme, comme l'illustre le poème suivant:
Venant des ténèbres
Je partirai sur une voie
Plus obscure encore,
Brille sur moi tout au loin,
Lune au bord de la montagne.
(Keene, 288)
Ici, la "voie" est un voyage spirituel et la Lune une métaphore courante de l'illumination bouddhiste. Il existe d'ailleurs encore aujourd'hui un culte mineur et un sanctuaire dédié à Izumi Shikibu au Joshin'in, un temple bouddhiste Shingon à Kyoto, qui est également le site de sa tombe (présumée). Chaque année, le 21 mars, date traditionnelle de la mort de la poétesse, des services religieux sont célébrés et ses textes sont récités.
Journal d'Izumi Shikibu
Le journal d'Izumi Shikibu, connu en japonais sous le nom d'Izumi Shikibu Nikki et probablement écrit en 1004, n'est en réalité pas un journal intime, mais plutôt une série de souvenirs et d'épisodes. Écrit à la troisième personne, l'auteur se désigne tout au long du texte par le terme onna ou "la femme". Bien qu'il couvre une année à partir de l'été 1003, les entrées ne sont pas datées et, comme dans une œuvre de fiction, l'auteur imagine les pensées des personnes impliquées dans ses souvenirs. C'est pourquoi une minorité de chercheurs soutiennent que l'œuvre ne fut pas écrite par Izumi. S'écartant également de la forme pure du journal intime, 140 poèmes waka apparaissent au milieu du texte en prose. Ces poèmes invitent le lecteur à faire une pause dans le récit et renforcent la présentation de l'amour comme une expérience onirique, une notion courante dans la littérature japonaise de l'époque.
Le journal relate l'année où Izumi Shikibu et le prince Atsumichi (981-1007) eurent une liaison scandaleuse, qui poussa la femme du prince à le quitter. Nous savons également que l'année précédente, Izumi avait eu une liaison avec le frère aîné d'Atsumichi, le prince Tametaka (977-1002), une relation qui semble avoir mis fin à son premier mariage. La liaison prit fin avec la mort de Tametaka, à l'âge de 26 ans seulement, et Izumi n'eut pas plus de chance avec son frère, qui mourut en 1007. Voici un extrait du journal, illustrant l'insertion typique de poèmes qui apparaissent souvent par paires, l'un en réponse à l'autre:
Le prince était venu comme à son habitude, en secret. Onna, pensant qu'il ne viendrait pas et fatiguée par les récentes cérémonies religieuses, somnolait, si bien que lorsque quelqu'un frappa à la porte, personne ne remarqua le bruit. Son Altesse avait entendu diverses rumeurs et, supposant qu'un autre homme se trouvait à l'intérieur, se retira sans bruit et le lendemain, il y avait:
Debout
devant la porte en bois
qui n'était pas ouverte
j'ai reconnu
un cœur cruel.
C'est donc cela, être misérable, je le sais maintenant. Regardez mon état pitoyable. "Il semble que Son Altesse se soit bien annoncée hier soir! Quelle cruauté de ma part d'avoir dormi!" pensa-t-elle. Elle répondit:
Comment peut-on "reconnaître"
que "ce cœur soit cruel"?
Sans même avoir touché
ma "porte en bois".
(Wallace, 19)
La perte de son premier amant, la recherche de consolation auprès du second et la crainte du couple d'être victime des ragots de la cour sont les thèmes dominants du journal:
... il vivait désormais dans un endroit très isolé, disait-il. Elle l'accompagna, décidée à faire tout ce qu'il lui demanderait cette fois-ci. Ils discutèrent ensemble à leur guise du matin au soir, se levant et se couchant quand bon leur semblait. Elle se sentait libérée de l'ennui amer de ses journées et souhaitait partir vivre avec lui. (Keene, 376)
Exemples de poèmes
Allongée, prostrée
Qu'importe que mes cheveux noirs
Soient tous en bataille,
Je revois avec regret
Qu'il les coiffait tout le temps.
(Keene, 296)
Parce que j'ai planté
Un cerisier dans un lieu
Que nul ne visite,
J'utilise alors les fleurs
Pour me faire une beauté.
(Keene, 296)
Le beau cerisier
Dans mon jardin a fleuri,
Mais c'est inutile:
C'est la femme, et non cet arbre,
Qui attire les visiteurs.
(Keene, 296)
Je suis en vie, oui,
Mais puis-je compter dessus?
Ce qui manifeste
La réelle nature du monde
Sont les fleurs de l'ipomée.
(Keene, 296)
Si seulement le monde
Était printemps et automne
Et si nous pouvions faire que
L'été et l'hiver
Ne reviennent plus jamais.
(Whitney Hall, 99)
Pour l'amour, je peux
Changer même ma forme humaine;
Ce qui me distingue
des insectes d'été
C'est que ma flamme est cachée.
(Keene, 297)
J'ai ouï dire qu'il est
Une nuit où les morts reviennent;
Mais il n'est plus là,
Et la maison que j'habite
N'est plus qu'une demeure sans âme.
(Keene, 297)
Je peux contempler:
ça s'est produit, ça aussi,
Images du passé.
J'aimerais des souvenirs
Tristes que je voudrais oublier.
(Keene, 297)
Bientôt, je mourrai.
Pour tout souvenir ultime
À prendre du monde,
Reviens-moi encore une fois
C'est tout ce que je désire.(Keene, 298)
Héritage
Les poèmes d'Izumi Shikibu furent très appréciés de son vivant. L'un des poèmes d'Izumi fut publié dans le recueil de poèmes commandé par l'empereur, le Shuishu, achevé en 1005. Elle connut un succès encore plus grand dans le Goshuishu, un autre recueil impérial publié en 1087, qui comprenait cette fois-ci 68 de ses poèmes. Izumi publia 16 poèmes dans le recueil impérial Shikashu de 1152 et 21 dans le recueil Senzaishu de 1188. La renommée d'Izumi Shikibu dura cependant bien plus longtemps. Au cours de la période Muromachi (1333-1568), sa célébrité en tant que dame de la cour et écrivaine de l'âge d'or du Japon fit d'elle le sujet d'une des œuvres de fiction courtes les plus populaires, connues sous le nom d'otogi-zoshi. Izumi Shikibu est aujourd'hui largement considérée comme l'une des plus grandes poètes de la période Heian (794-1185). L'extrait suivant, tiré d'un dictionnaire biographique japonais du XXe siècle, résume le style et la renommée durable de la poétesse :
Ses poèmes sont passionnés et libres, éclatants de génie; la richesse de son imagination est comme des coursiers célestes filant dans le vide; et sa liberté d'expression est rare. Elle doit être considérée comme la première poétesse de notre pays. (Cranston, 1)
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