Phocion (c. 402 – 318 av. J.-C.) était un homme d'État et commandant militaire athénien qui, selon la tradition, fut nommé général à 45 reprises. Élève de Platon et surnommé "le Bon", sa position politique était quelque peu ambiguë, et il fut finalement accusé de collusion avec les Macédoniens et de démantèlement de la démocratie athénienne. Il fait l'objet d'une des biographies de Plutarque dans ses Vies parallèles.
Jeunesse et carrière
Phocion (également orthographié Phokion) vit le jour dans le dème de Potamiá; son père s'appelait Phocos. On sait peu de choses sur ses débuts, si ce n'est qu'il étudia à l'Académie de Platon et qu'il devint un disciple du grand philosophe. Parmi ses amis, il comptait le philosophe Xénocrate et le célèbre général Chabrias. Cette compagnie distinguée explique peut-être la réputation de Phocion en tant que membre très conservateur et attaché à ses principes de l'élite athénienne, ainsi que son surnom populaire de "Phocion le Bon" (ho chrestos). Il était également célèbre pour son mode de vie austère, et il envoya un jour son fils Phocus à Sparte afin qu'il puisse bénéficier d'un mode de vie moins ostentatoire que celui de l'aristocratie athénienne.
Phocion s'opposa systématiquement à la politique de son contemporain, le célèbre orateur Démosthène, et préféra une politique plus pacifiste envers la Macédoine, de plus en plus menaçante. Plutarque nous apprend qu'il ne brigua jamais de fonction, mais qu'il accepta son devoir lorsqu'on fit appel à lui. On pourrait en dire autant de sa politique: il exprimait souvent son opinion, mais se pliait à la décision du gouvernement. Comme le cite Plutarque, "vous pouvez me faire agir contre ma volonté, mais vous ne me ferez jamais parler contre mon jugement" (225).
Selon Plutarque, Phocion s'illustra lors de la bataille navale au large de Naxos, ville rebelle, en 376 avant J.-C. Son premier rôle militaire, confirmé par d'autres sources, remonte à 349 avant J.-C., lorsqu'il était général (strategos) pour la campagne en Eubée. Il participa ensuite à des opérations à Chypre, mais peut-être pas en tant que commandant. Plutarque note également dans sa biographie qu'il faut se rappeler qu'au moment où Phocion acquit une position de pouvoir et d'influence, quelles que soient les accusations portées contre lui plus tard dans sa carrière, le navire de l'État était déjà en ruine. Athènes se trouvait dans une période de long déclin dont elle ne parviendrait jamais à se sortir.
Strategos et Chéronée
Célèbre pour avoir été nommé strategos à 45 reprises par les auteurs anciens, ce qui, si cela est vrai, ferait de Phocion le commandant le plus honoré de l'histoire grecque. Il reçut à nouveau ce titre en 343 avant J.-C. (pour la campagne de Mégare), puis enchaîna les nominations. En 341 avant J.-C., il fut à nouveau général en Eubée, puis en 340 avant J.-C. à Byzance, où il vainquit Philippe, captura certains de ses navires et démontra que le grand général macédonien n'était finalement pas invincible. Il commanda en 339 avant J.-C., puis à nouveau en 338 avant J.-C. et en 335 avant J.-C., ces deux dernières années illustrant l'importance politique croissante de Phocion à la suite de la bataille de Chéronée (338 av. J.-C.) à laquelle il ne participa pas en tant que général, probablement en raison de sa position de ne pas combattre les Macédoniens dans une bataille qu'il estimait Athènes incapable de gagner. Au cours de l'une des batailles les plus importantes de l'histoire grecque, les forces combinées d'Athènes et de Thèbes furent vaincues par Philippe II de Macédoine, mettant définitivement fin à la domination régionale athénienne.
Phocion, devenu membre du Conseil athénien (bouleutes) en 336 avant J.-C., joua un rôle de premier plan dans les négociations qui permirent à Athènes d'obtenir un traitement préférentiel parmi les cités grecques vaincues. En 335 avant J.-C., lorsque Alexandre le Grand exigea que les orateurs gênants Démosthène, Lycurgue et Hypéride ne lui soient livrés, Phocion recommanda aux Athéniens de se plier à sa demande et cita l'exemple de Thèbes qui avait provoqué la colère d'Alexandre et avait été complètement détruite en conséquence. Plutarque lui attribue le mérite d'avoir négocié avec succès une amnistie, mais des historiens plus récents suggèrent que ce fut en fait Démade qui y parvint.
Médiation avec la Macédoine
Phocion fut à nouveau nommé strategos, cette fois pour quatre mandats consécutifs, de 322 à 319 avant J.-C. Le premier eut lieu pendant la guerre de Lamée en Thessalie, à laquelle il s'était publiquement opposé, entre la Macédoine dirigée par Antipater, le successeur d'Alexandre, et une force grecque combinée dirigée par Athènes. Antipater remporta la victoire à Crannon et, une fois de plus, Phocion endossa le rôle de négociateur. En conséquence, Antipater établit une garnison à Munichie, non loin de là, et la constitution d'Athènes fut amendée afin de réduire la base politique de la ville, créant ainsi une oligarchie qui remplaça l'ancien système démocratique. Phocion, considéré comme trop amical avec les Macédoniens influents et trop favorable à leurs demandes, fut tenu pour responsable de cette capitulation. De plus, Phocion aida Nicanor (le commandant de la garnison macédonienne), ou plutôt, le considérant comme digne de confiance, il ne fit rien pour l'empêcher de s'emparer du port d'Athènes, le Pirée. Lorsque Polyperchon supervisa un soulèvement démocratique en 318 avant J.-C., Phocion fut accusé de trahison et condamné à mort par empoisonnement.
Plus tard, la réputation de Phocion fut quelque peu rétablie, notamment grâce au travail de Démétrios de Phalère, homme d'État athénien, puis historien et bibliothécaire à Alexandrie. Phocion fut ainsi reconnu en tant que dernier homme d'État athénien de grande envergure et aux réalisations remarquables, un homme d'honneur et de principes, que des écrivains ultérieurs tels que Plutarque qualifièrent de victime d'une époque troublée et perfide.