Qanat

Définition

Corey S. Vaughan
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 08 février 2021
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Disponible dans ces autres langues: anglais
Qanat Cross-Section (by Samuel Bailey, CC BY)
Coupe transversale de Qanat
Samuel Bailey (CC BY)

Le qanat (appelé foggara en Afrique du Nord et au Levant, falaj dans les Émirats arabes unis et à Oman, kariz en Iran et puquios au Pérou) est une ancienne technique d'irrigation du Moyen-Orient qui consiste à creuser un long tunnel dans une terre aride pour permettre à la population locale d'accéder à l'eau des aquifères souterrains et de s'en servir, soutenant ainsi de grandes colonies malgré des conditions environnementales hostiles. Les qanats sont d'abord des puits profonds creusés dans des terres élevées et aboutissent à des ruisseaux qui s'écoulent par des sorties vers un établissement humain. Les écoulements soutiennent les établissements humains en fournissant de l'eau pour les cultures et de l'eau potable pour la population. Actionnées uniquement par la gravité, ces simples merveilles de l'architecture antique permirent à des villages situés dans des climats arides d'avoir un accès fiable à l'eau, parfois même pendant des siècles. Aujourd'hui, des dizaines de milliers de qanats fonctionnent encore dans environ 35 pays à travers le monde.

Origine et diffusion des qanats

Le terme"qanat", qui signifie "conduit" en arabe, est le plus utilisé pour désigner le système d'irrigation. Les premiers exemples de qanats ont été trouvés dans l'ancienne Perse, dans l'Iran moderne, en Arabie, en Irak et en Turquie. L'opinion la plus répandue est que les qanats sont l'une des inventions et des innovations de l'ancienne Perse et qu'ils se répandirent dans toute la région pendant l'expansion de l'empire achéménide (vers 550-330 avant notre ère). Ce point de vue était également partagé par l'historien grec Polybe, qui écrivit :

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les Perses, lorsqu'ils se rendirent maîtres de l'Asie, donnèrent à ceux qui feraient venir de l'eau dans les lieux où il n'y en aurait point eu auparavant, l'usufruit de ces lieux-là mêmes, jusqu'à la cinquième génération inclusivement, et que les habitants, animés par cette promesse, n'avaient épargné ni travaux ni dépenses pour conduire sous terre des eaux depuis le mont Taurus, d'où s'échappe un grand nombre de cours d'eau, jusque dans ces déserts ; de sorte que, même à présent, ceux qui se servent de ces eaux ne savent pas où prennent leur source les ruisseaux souterrains qui les leur fournissent.

(Les Histoires X.IV)

Cependant, selon un point de vue émergent, les qanats furent inventés dans le sud de l'Arabie (aujourd'hui Oman et EAU) et furent ensuite soit répandus en Perse (aujourd'hui Iran), soit développés en Perse de manière indépendante. Quel que soit le lieu d'origine exact des qanats, les preuves archéologiques suggèrent que des établissements humains datant de 1 000 ans avant notre ère dépendaient des systèmes d'irrigation des qanats, ce qui signifie que les qanats ont au moins 3 000 ans.

La source d'un qanat est une eau souterraine, plutôt qu'un lac, une rivière ou une source.

Les historiens ne sont pas d'accord sur la trajectoire de développement de la technologie des qanats en Afrique du Nord et dans la région méditerranéenne dans les années qui suivirent l'Empire achéménide. Ceux qui affirment qu'il y eut un développement indépendant suggèrent que la technologie des qanats était une réponse naturelle aux conditions arides de l'Afrique du Nord, du désert du Sahara et du Moyen-Orient. Cette idée permet également la diffusion technologique, reconnaissant la propagation des qanats en Europe et dans tout le Moyen-Orient comme résultat de leur interconnexion.

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La voie de développement méditerranéenne suggère que les conquêtes et les déplacements de population furent les forces motrices de la diffusion de cette technologie. Les Romains apprirent des Perses, puis conquirent les territoires d'Afrique du Nord, introduisant la technologie apprise dans ces régions arides depuis l'autre côté de la Méditerranée. Pendant ce temps, les Perses, en quête de refuge, avaient fui à travers le Sahara, apportant avec eux leurs avancées technologiques.

Enfin, la voie de développement saharienne suggère que la technologie des qanats se répandit vers l'ouest en Afrique du Nord, des Achéménides à l'Égypte en passant par la Libye et l'Algérie, puis finalement vers le nord dans l'Empire romain et en Europe continentale. Quelle que soit la trajectoire occidentale de la technologie dans les années qui suivirent l'Empire achéménide, les spécialistes s'accordent généralement à dire que les qanats des Amériques sont le résultat de la colonisation espagnole, et que la diffusion orientale des qanats en Afghanistan, au Pakistan, en Chine et au Japon est le résultat de l'interconnexion le long des routes commerciales, en particulier la route de la soie.

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Les qanats sont similaires à d'autres aqueducs trouvés dans les civilisations anciennes car ils transportent l'eau par des tunnels souterrains ; cependant, ils diffèrent en ce que la source d'un qanat est une eau souterraine, plutôt qu'un lac, une rivière ou une source. Par exemple, l'empire néo-assyrien (912-612 av. J.-C.) mit au point un système d'aqueducs alimenté par une rivière, qui comprenait même le même type de puits de ventilation verticaux que ceux que l'on trouve dans les qanats. Des tunnels et des canaux furent ajoutés à ce système au fil du temps par des rois aussi célèbres qu' Assurnasirpal II, Teglath-Phalasar III , Assarhaddon et Sennachérib. Les contemporains des Assyriens, comme Israël par exemple, construisirent aussi des aqueducs souterrains similaires. En Israël, le roi Ézéchias supervisa la construction d'un conduit alimenté par une source souterraine. Même les célèbres aqueducs romains étaient principalement alimentés par des sources et des rivières avant d'adopter la technologie des qanats dans leurs territoires du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord. C'est l'utilisation des eaux souterraines qui distinguait les qanats de leurs homologues.

Construction des qanats

La durabilité et la longévité d'un qanat sont dues à sa conception. Dans l'Iran ancien, les qanats étaient construits exclusivement par des muqqanis, des artisans professionnels perses itinérants. Ces anciens architectes commençaient par identifier un cône alluvial comme source d'eau souterraine, puis creusaient un "puits mère" pour atteindre la nappe phréatique. Ces puits avaient souvent une profondeur de près de 100 mètres (328 pieds), le puits le plus profond enregistré mesurant 300 mètres (984 pieds). Si l'aquifère contenait suffisamment d'eau, les muqqanis commençaient à tracer le parcours du qanat depuis le puits-mère jusqu'à la surface. Les bâtisseurs tenaient compte de la pente d'une descente pour que l'écoulement de l'eau reste constant mais ne remue pas les sédiments et n'endommage pas le tunnel.

Alluvial Fan
Éventail alluvionnaire
Andrew Smith (CC BY-SA)

Une fois le chemin tracé jusqu'à l'embouchure du tunnel, les muqqanis commençaient à creuser des puits de ventilation à intervalles réguliers tout le long du tracé du qanat. Non seulement ces puits permettaient de ventiler les creuseurs, mais ils leur servaient également de guide pour creuser le tunnel. L'excavation commençait à l'embouchure du tunnel, où les murs étaient souvent renforcés par des pierres, et progressait vers l'amont pour atteindre le puits-mère et l'aquifère. Une fois le qanat entièrement creusé, la construction était terminée ; cependant, les muqqanis continuaient à travailler, assurant l'entretien pour que le qanat reste fonctionnel au fil du temps. Ces techniques sont restées la norme de construction des qanats dans le monde entier pendant des millénaires, les qanats récents ayant été construits selon des méthodes similaires.

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Les qanats pouvaient être aussi courts que 1 km (3 280 pieds) ou aussi longs que 50 km (31 mi), mais ils ont toujours attiré les colons grâce à leur approvisionnement en eau constant. Dans de nombreux cas, le qanat pouvait être utilisé pour identifier le statut social. Les élites s'installaient souvent dans la partie supérieure, près du puits-mère, tandis que les pauvres s'installaient dans la partie inférieure, où le débit de l'eau était moindre et où l'eau était plus susceptible d'être polluée par ceux qui se trouvaient en amont. Malgré l'inconvénient d'être situés près de l'embouchure du qanat, les pauvres pouvaient tout de même compter sur un approvisionnement constant en eau, car l'évaporation se produit à un rythme beaucoup plus lent dans les conduits souterrains. Cet avantage, en plus de sa dépendance à l'égard de la gravité comme source d'énergie, faisait du qanat une solution idéale pour les établissements anciens dans les climats arides. Sa fiabilité et sa durabilité environnementale lui ont même valu un regain d'attention de la part des climatologues modernes.

Impact du qanat

Malgré les progrès technologiques réalisés au fil du temps, les qanats sont restés une source d'eau fiable pour l'Iran du premier millénaire avant notre ère à nos jours.

Le Moyen-Orient est l'une des zones les plus sèches du monde, avec des régions où les précipitations restent inférieures à 50 mm par an. Des niveaux d'approvisionnement en eau aussi faibles ne permettent pas de subvenir aux besoins d'une population croissante, ce qui explique pourquoi les Perses durent trouver un moyen aussi innovant pour accéder aux eaux souterraines. Malgré les progrès technologiques réalisés au fil du temps, les qanats sont restés une source d'eau fiable pour l'Iran du premier millénaire avant notre ère à nos jours. Aujourd'hui, il existe encore plus de 30 000 qanats en Iran. Aujourd'hui encore, ces qanats apportent un approvisionnement en eau substantiel pour compenser le manque de précipitations. Par exemple, le système de qanats de Gonabad, dans la province de Khorasan, fut construit vers le VIe siècle avant J.-C. par les Achéménides, mais ce long complexe de tunnels, de puits et d'exutoires est toujours utilisé aujourd'hui. Les exutoires du système de Gonabad peuvent déverser jusqu'à 150 l/s (39 gal/s), ce qui permet d'irriguer 150 hectares (370 acres) de terres agricoles. De même, plus de 3 000 qanats à Yazd fonctionnent encore aujourd'hui. Certains ont plus de 1 000 ans. Les qanats de Yazd déversent environ 340 millions de mètres cubes (plus de 92 milliards de gallons) d'eau chaque année, fournissant environ 25 % du total des eaux souterraines de la province. Il s'agit d'un résultat étonnant si l'on considère les 60 mm de précipitations totales que reçoit Yazd chaque année.

Les qanats ont également eu un impact sur l'approvisionnement en eau et l'irrigation dans les régions arides en dehors de l'Iran. L'un de ces exemples se trouve dans le bassin de Tourfan au Xinjiang, en Chine. Le système de qanat de l'oasis de Tourfan fournit de l'eau au bassin de Tourfan depuis les monts Tian Shan. Le bassin de Tourfan, situé dans l'ouest de la Chine, est soumis à un climat désertique sec, avec des précipitations annuelles moyennes de seulement 17 mm (0,67 in). Toutefois, grâce à l'utilisation de plus de 1 000 qanats, le bassin de Tourfan peut recevoir 150 millions de mètres cubes (39 milliards de gal) supplémentaires chaque année. L'approvisionnement constant en eau fourni par le système de qanats fait vivre une population importante et permet une irrigation substantielle dans une région qui serait autrement inhabitable.

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Turfan Water System Underground Channel
Canal souterrain du système des eaux de Tourfan
Colegota (CC BY-SA)

Empreinte des qanats

L'approvisionnement fiable en eau rendu possible par la technologie des qanats a aidé à transformer le Moyen-Orient et a contribué à la mondialisation des routes commerciales en permettant l'établissement de colonies et de comptoirs dans les régions arides du Moyen-Orient, de l'Afrique du Nord et de la Chine occidentale. En outre, les qanats ont apporté des changements sociétaux en instaurant la pratique du partage et de la gestion des ressources en eau provenant du qanat. Grâce aux qanats, des régions éloignées des océans et des mers, où les précipitations et l'eau des rivières sont rares, ont pu soutenir la croissance de la population d'une manière écologiquement durable et économe en énergie depuis les temps anciens, inspirant les experts modernes dans leur quête pour aider la société moderne à adapter les systèmes de production d'eau aux besoins d'une population mondiale en expansion.

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Bibliographie

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth a enseigné l’anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l’anglais et l’italien et a 25 ans d’expérience dans le domaine de l’éducation. Elle aime voyager et découvrir la langue, l’histoire et le patrimoine culturel des différents pays qu'elle visite.

Auteur

Corey S. Vaughan
A history educator and accomplished traveler who has split his adult life between the United States and China teaching history and enjoying family, friends, culture, research, and classic literature.

Citer cette ressource

Style APA

Vaughan, C. S. (2021, février 08). Qanat [Qanat]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-14634/qanat/

Style Chicago

Vaughan, Corey S.. "Qanat." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le février 08, 2021. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-14634/qanat/.

Style MLA

Vaughan, Corey S.. "Qanat." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 08 févr. 2021. Web. 25 juin 2022.

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