Cynané

Définition

Joshua J. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 27 novembre 2015
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Disponible dans ces autres langues: anglais, Turc
Cynane (by Creative Assembly, Copyright)
Cynané
Creative Assembly (Copyright)

Cynané (alias Kynané, c. 357- 323 av. J.-C.) était la fille de la princesse illyrienne Audata et du roi Philippe II de Macédoine, ce qui faisait d'elle la demi-sœur d'Alexandre le Grand (356-323 avant J.-C.). Conformément à la tradition illyrienne qui voulait que les femmes soient des guerrières, sa mère l'éleva dans les arts martiaux et dans la conviction qu'elle était l'égale de n'importe quel homme.

Cynané épousa cette conviction et inculqua les mêmes valeurs à sa fille, Adéa, qu'elle éleva au pouvoir au prix de sa propre vie. Après la mort d'Alexandre le Grand, Cynane se sacrifia en arrangeant le mariage de sa fille avec le successeur d'Alexandre afin de la placer dans une position de pouvoir et de sécurité. Sa fille régnera avec Philippe III sous le nom d'Eurydice II et poursuivra l'héritage de sa mère en tant que femme indépendante et puissante.

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Jeunesse et exploits militaires

Lorsque Philippe II (382-336 av. J.-C.) triompha du roi illyrien Bardylis en 358 av.J.-C., il prit Audata, la fille aînée du roi en tant que trophée de guerre et comme moyen de maintenir la paix. Audata devint la première des sept épouses de Philippe, parmi lesquelles se trouvait également la mère d'Alexandre, Olympias. Audata était une véritable princesse illyrienne, un produit de la pratique de sa culture consistant à élever les filles en guerrières, et elle inculqua ces valeurs à sa fille. Elle éleva Cynané dans la tradition illyrienne, lui enseignant les arts martiaux, la chasse, la traque, l'équitation et le combat mieux que la plupart des hommes. Avant même d'avoir vingt ans, Cynané était réputée pour ces compétences et devint célèbre pour son courage et son brio au combat.

Cynane était réputée pour ses talents martiaux et est devenue célèbre pour son courage et sa brillance au combat.

Elle grandit à la cour de Philippe II aux côtés d'Alexandre et de ses amis qui deviendraient plus tard les généraux de son armée. Toute jeune femme à la cour de Macédoine aurait dû se comporter comme il se devait, mais Cynané refusait d'être dominée par les hommes. L'expert James Romm écrit :

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Cynané a grandi à la cour macédonienne mais est restée fidèle à ses traditions maternelles, car les femmes illyriennes étaient réputées pour leur robustesse, capables de partir à la guerre comme les hommes. À l'adolescence, Cynané aurait accompagné l'armée macédonienne dans une campagne en Illyrie et aurait tué une reine de ce pays - peut-être une de ses propres parentes - au corps à corps. Malheureusement, aucun récit ne subsiste de cette rencontre entre deux femmes chefs armées, la première rencontre de ce type connue de l'histoire européenne. (164)

Cynané se battit aux côtés d'Alexandre et de ses amis à de nombreuses reprises, mais elle devint légendaire après avoir renversé le cours de la bataille contre les Illyriens à elle seule. L'historien macédonien Polyaenus commente :

Cynané, la fille de Philippe, était célèbre pour ses connaissances militaires: elle dirigeait des armées et, sur le terrain, chargeait à leur tête. Lors d'un combat contre les Illyriens, elle tua de sa propre main la reine Caeria et vainquit l'armée illyrienne au prix d'un grand carnage. (1)

Cette histoire particulière du courage de Cynané fut très probablement amplement diffusée par la tradition orale avant que des historiens comme Polyaneaus ne la mettent par écrit. Sa victoire sur les Illyriens fit d'elle une légende, mais c'est sa lutte pour contrôler sa propre vie et offrir un meilleur avenir à sa fille qui suscita l'intérêt des historiens antiques comme Polyaneus qui la rendirent immortelle.

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Mariage et autonomie

Par la volonté de Philippe II, Cynané fut donnée en mariage à son cousin Amyntas et donna naissance à une fille, Adéa. Après l'assassinat de Philippe II en 336 av. J.-C., elle essaya de pousser Amyntas à l'action et l'encouragea à s'emparer du trône, mais il ignora ses conseils. On ignore s'il refusa tout bonnement de suivre les conseils d'une femme ou s'il avait peur de prendre ce risque, mais ce fut une grave erreur.

Lorsqu'Alexandre le Grand s'empara du trône de son père, il fit tuer Amyntas, sachant que Cynané pourrait tenter de faire exactement ce qu'elle avait fait. Elle fut alors veuve alors qu'elle n'avait qu'une vingtaine d'années, et on aurait pu s'attendre à ce qu'elle se remarie, mais elle refusa toutes les offres et, curieusement, elle put conserver son autonomie, même si le nouveau roi avait tout intérêt à la marier rapidement à un prétendant non menaçant.

On ne sait pas comment Cynané réussit à manipuler la situation et à résister aux projets qu'Alexandre avait pour elle, mais il est clair qu'elle resta célibataire malgré toutes ses tentatives. Il tenta de neutraliser Cynané en la mariant à Langaros, roi des Agrianiens (une tribu paéonienne-thrace du Haut-Strymon, dans l'actuelle Bulgarie), mais le marié mourut d'une maladie mystérieuse juste avant le mariage. Bien qu'il n'y ait aucune preuve, il est probable que Cynané ait fait empoisonner Langaros afin d'éviter de devenir un pion dans le jeu d'Alexandre.

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La mort d'Alexandre

Cependant, Alexandre n'avait pas seulement en tête de soumettre une sœur arriviste, et très vite, il mobilisa son armée pour accomplir ce que son père avait prévu de faire avant son décès soudain : la conquête de la Perse. Quand Alexandre partit avec ses troupes, Cynané resta en Macédoine avec Adéa et se concentra sur son éducation; elle lui apprit la chasse, l'équitation et le combat dans la tradition illyrienne. La mère d'Alexandre, Olympias, était une présence puissante à la cour et, comme la jalousie d'Olympias à l'égard des autres femmes de Philippe et de leur progéniture était légendaire, il semble étrange que la reine n'ait pas tenté d'éloigner Cynané et Adéa à cette époque. Il est fort probable qu'Olympias, experte en intrigues de cour, ait simplement pris son temps et choisi d'attendre le bon moment.

Lorsqu'Alexandre le Grand mourut à Babylone en 323 av. J.-C., il laissa un énorme vide politique que ses généraux tentèrent de combler. Le demi-frère d'Alexandre, Arrhidée, lui succéda, un homme connu sous le nom de "demi-esprit" qui souffrait d'une sorte de déficience mentale à la suite d'un accident survenu dans sa jeunesse (ou, selon certaines sources, à la suite d'une tentative d'empoisonnement d'Olympie visant à l'éliminer en tant que menace pour Alexandre). Arrhidée n'avait aucun pouvoir réel et n'était qu'un pion du régent Perdiccas, l'ancien bras droit d'Alexandre, et des autres généraux qui avaient pris le contrôle de l'armée. Ces quatre généraux (connus sous le nom de Diadoques, "les successeurs") mirent leur pion en jeu en attendant que la veuve d'Alexandre, Roxanne, accouche de son enfant à naître. Si l'enfant était de sexe masculin, ils prévoyaient de déclarer une corégence entre Arrhidée et le garçon tout en gardant le pouvoir pour eux.

Le jeu de pouvoir de Cynané

Cynané, cependant, vit sa propre opportunité dans la mort de son demi-frère et agit rapidement pour en tirer profit. À l'époque, elle n'avait qu'une trentaine d'années et était un bon parti. Elle aurait pu s'offrir en mariage à Arrhidée, mais elle préféra mettre Adéa en avant. Mobilisant rapidement ses troupes, Cynané conduisit Adéa et son armée vers Babylone pour forcer un mariage qui assurerait l'avenir de sa fille ainsi que le sien. James Romm commente ce point en écrivant

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Un tel geste déstabiliserait profondément la structure de pouvoir déjà chancelante à Babylone. Elle conférerait une légitimité à l'un des deux rois régnants [l'enfant d'Arrhidée et delui de Roxanne] et renforcerait la monarchie dans son ensemble, réduisant ainsi l'influence des généraux. En fait, cela pourrait même éliminer complètement le conseil des quatre gardiens puisque Adéa, une fois reine, serait capable de parler et d'agir au nom de son royal époux. (165)

Cynané serait en mesure de prendre le pouvoir par l'intermédiaire de sa fille et, en tant que fille de Philippe II et demi-sœur d'Alexandre, elle commanderait naturellement la loyauté de la grande armée d'Alexandre.

Alcétas et la mort de Cynané

Ayant eu vent de la démarche de Cynane, Perdiccas envoya Antipater, l'un des généraux d'Alexandre, contre elle à Strymon où elle le battit en moins de deux grâce à une tactique bien supérieure. L'ayant chassé du champ de bataille, elle poursuivit sa route vers Babylone. Perdiccas savait qu'il devait arrêter sa progression et mobilisa donc une deuxième force à envoyer contre elle. Il prit soin de choisir son frère, Alcétas, pour diriger les Macédoniens, non pas en raison de l'habileté d'Alcétas au combat mais parce qu'il avait été l'un des compagnons de Cynané à la cour lorsqu'ils étaient jeunes. Le plan semble avoir été que la vue de son vieil ami dirigeant une force armée contre elle amènerait Cynané à abandonner sa mission et à retourner tranquillement en Macédoine. Dans le cas contraire, Perdiccas espérait qu'Alcétas parviendrait à la vaincre au combat de façon honorable et à neutraliser toute autre interférence de sa part.

Aucune de ces alternatives ne se réalisèrent. Lorsque les deux forces macédoniennes se rencontrèrent sur le champ de bataille, Cynané affronta Alcétas en personne et "prononça un reproche cinglant sur son ingratitude et sa déloyauté" alors qu'elle était encore à cheval. Polyaenus écrit :

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Les Macédoniens s'arrêtèrent d'abord à la vue de la fille de Philippe et de la sœur d'Alexandre, mais après avoir reproché à Alcetas son ingratitude, sans se laisser décourager par le nombre de ses forces et ses formidables préparatifs de combat, elle engagea bravement le combat, résolue à une mort glorieuse plutôt que d'accepter, dépouillée de ses domaines, une vie privée indigne de la fille de Philippe. (1)

Croyant en sa cause et en son pouvoir personnel de faire plier Alcétas et ses généraux à sa volonté, Cynané sous-estima les ambitions de Perdiccas et jusqu'où Alcétas était prêt à aller pour maintenir son frère et les autres généraux au pouvoir ; Alcétas la tua avant qu'elle n'ait pu terminer son discours.

Avec la mort de Cynané, Alcétas pensait que toute question concernant la succession disparaîtrait aussi et que son frère et les autres généraux seraient assurés de leurs plans. Cependant, lorsque l'armée macédonienne assista à l'assassinat de Cynané par leur général, elle se révolta et exigea qu'Adéa, en tant que nièce d'Alexandre et petite-fille de Philippe II, soit mariée à Arrhidée comme l'avait souhaité Cynané.

L'héritage de Cynané

Adéa épousa Arrhidée (qui devint Philippe III) et changea son nom en Eurydice, nom sous lequel on se souvient d'elle aujourd'hui. Comme sa mère l'avait imaginé, Eurydice devint le pouvoir derrière Philippe III, parlant en son nom et prenant des décisions en son nom avant même la première guerre des Diadoques et la mort de Perdiccas. Après la mort de Perdiccas, elle assuma davantage de pouvoir au nom de son mari, prenant part à des traités, s'adressant à des assemblées publiques, et s'imposant en tant que force politique importante.

Cependant, ses réalisations n'étaient guère appréciées par Olympias qui n'avait jamais eu d'affection pour elle ni pour sa mère et qui choisir alors de passer à l'action. Eurydice fut arrêtée sous les ordres d'Olympias, elle fut emprisonnée puis forcée à se suicider après l'exécution de Philippe III en 317 avant Jésus-Christ. Les réalisations d'Eurydice reflètent les valeurs que lui avait inculquées Cynané qui refusait de se plier aux règles des autres. Bien que souvent négligées par les historiens ultérieurs, les actions de Cynané après la mort d'Alexandre le Grand influencèrent de manière significative ce qui suivit. On se souvient d'elle comme d'une princesse guerrière puissante et indépendante à une époque où la plupart des femmes, même celles de la noblesse, ne l'étaient pas.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Joshua J. Mark
Auteur indépendant et ex-Professeur de Philosophie à temps partiel au Marist College de New York, Joshua J. Mark a vécu en Grèce et en Allemagne, et a voyagé à travers l'Égypte. Il a enseigné l'histoire, l'écriture, la littérature et la philosophie au niveau universitaire.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2015, novembre 27). Cynané [Cynane]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-14194/cynane/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Cynané." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le novembre 27, 2015. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-14194/cynane/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Cynané." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 27 nov. 2015. Web. 24 nov. 2022.

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