Pazuzu

Définition

Joshua J. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 01 février 2017
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Disponible dans ces autres langues: anglais, italien
Pazuzu (by Museopedia, CC BY-SA)
Pazuzu
Museopedia (CC BY-SA)

Pazuzu est un dieu démoniaque assyrien et babylonien qui connut sa plus grande popularité au cours du premier millénaire avant notre ère. Il était le fils de Hanbi (alias Hanpa ou Hanbu), roi des démons du monde souterrain, et le frère de Humbaba, le dieu-démon protecteur de la forêt des Cèdres dans L'épopée de Gilgamesh, qui est tué par les héros.

Il était le démon du monde souterrain (où tous les démons étaient censés résider) et contrôlait les vents d'ouest et de sud-ouest qui apportaient la famine pendant la saison sèche et, pendant la saison des pluies, des tempêtes dévastatrices et des sauterelles. Comme il était la force à l'origine des vents destructeurs et de leur menace, il était également considéré comme la meilleure défense contre eux. À l'instar du dieu égyptien Set, les prières adressées à Pazuzu visaient à détourner son penchant naturel pour la destruction au profit d'une protection plus bienveillante. Puisqu'il était évident qu'il avait un grand pouvoir de nuisance, on pensait qu'il était tout aussi puissant pour protéger les gens du danger qu'il représentait.

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Pazuzu est le démon mésopotamien le plus connu de nos jours et probablement le seul dont les gens aient jamais entendu parler. Comme le note l'universitaire Stephen Bertman, "bien qu'il n'ait pas beaucoup d'allure, Pazuzu est arrivé à Hollywood: il est le seul démon mésopotamien à avoir joué dans un film - L'Exorciste" (125). Dans le film d'horreur de 1973 (basé sur le roman de 1971 de William Peter Blatty), Pazuzu est le démon qui possède le personnage de Linda Blair et est associé au Satan chrétien et aux forces du mal.

Pazuzu était considéré comme un démon maléfique, mais il n'était pas le mal incarné et était fréquemment invoqué pour se protéger du mal.

Bien qu'il n'ait jamais été considéré comme l'être surnaturel le plus bienveillant de l'ancienne Mésopotamie - et qu'il ait certainement été considéré comme un démon maléfique - il n'était pas le mal incarné et était fréquemment invoqué pour se protéger du mal. Il était particulièrement puissant pour protéger les femmes enceintes et les enfants de la déesse-démon Lamashtu qui s'en prenait aux enfants à naître et aux nouveau-nés.

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De nos jours, le terme "démon" a toujours une connotation maléfique, ce qui n'était pas le cas dans l'Antiquité. Le mot anglais "demon" est une traduction du mot grec daimon qui signifie simplement "esprit". Un daimon pouvait être bon ou mauvais, selon ses intentions et les résultats de sa visite. Dans l'ancienne Mésopotamie, comme dans d'autres cultures du monde antique, les démons étaient souvent envoyés par les dieux pour punir les pécheurs ou pour rappeler à chacun ses devoirs envers les dieux et les autres membres de la communauté. Les démons n'étaient pas toujours mauvais et même ceux qui l'étaient, comme Pazuzu, étaient capables de bonnes actions.

Les démons en Mésopotamie

Dans le mythe akkadien et babylonien de l'Atrahasis, les êtres humains sont devenus trop nombreux, trop bruyants et beaucoup trop fertiles. En outre, ils vivent si longtemps qu'ils sont plus nombreux à naître qu'à mourir. Ils couvrent la terre et dérangent le dieu Enlil par leur bruit, à tel point qu'il décide de les détruire par un grand déluge. Après la décrue, le dieu de la sagesse Enki propose un plan pour repeupler la terre: les dieux vont créer un nouveau type d'humains dont la durée de vie est plus courte et dont la vie est plus menacée au quotidien. Désormais, les maladies, les fausses couches, l'impuissance, la stérilité, les attaques d'animaux sauvages et toutes les autres formes de mort qui attendent un jour.

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Les démons faisaient partie de ce plan divin et étaient envoyés pour punir les méchants, tester les justes, et pouvaient même être autorisés à tourmenter quelqu'un parce qu'un certain dieu estimait que c'était justifié, même si un autre n'était pas d'accord. Les démons qui perturbaient les rapports sexuels et la fertilité étaient particulièrement gênants. Le démon Samana, avec ses dents de dragon, ses serres d'aigle et sa queue de scorpion, était une menace constante et une incantation sumérienne à son encontre énumère comment il bloque les menstruations de la jeune fille, la puissance du jeune homme et les services de la courtisane et de la prostituée (Leick, 223). Samana pouvait également affecter les récoltes, le bétail et, selon Bertman, "avait un appétit particulier pour les enfants et les prostituées" (125). Un démon d'une telle malice et d'une telle puissance destructrice aurait dû être tenu fermement en échec par les dieux et pourtant Samana était considéré comme un agent de Gula, la déesse de la santé et de la guérison, envoyé pour des raisons que les mortels devaient découvrir par eux-mêmes.

Pazuzu Amulet
Amulette Pazuzu
Osama Shukir Muhammed Amin (Copyright)

Tout ce qui est clair, c'est que l'on pouvait être la cible d'un dieu ou d'un démon pour toutes sortes de tourments plus ou moins anodin, à tout moment et pour des raisons qui n'étaient pas toujours claires. L'universitaire Gwendolyn Leick note que "la vie sexuelle en tant que telle, de l'individu et de la société dans son ensemble, était potentiellement menacée par la colère de dieux vengeurs ou la malveillance de forces démoniaques" (224). La sexualité était particulièrement visée, si l'on en croit le récit de l'Atrahasis, parce qu'elle était liée à la reproduction et à la taille de la population. En s'attaquant à la vie sexuelle des êtres humains, les dieux pouvaient maintenir leurs communautés à une taille raisonnable.

Pazuzu le protecteur

L'un des meilleurs moyens de se protéger contre de telles attaques était de trouver un protecteur en la personne d'un démon tout aussi puissant qui s'interposerait entre l'individu et la colère des dieux tel un bouclier. Pazuzu était la plus populaire de ces divinités protectrices. Il était principalement invoqué pour empêcher Lamashtu d'assassiner des bébés à naître ou nouvellement nés, mais il semble qu'il ait également été invoqué contre la maladie, l'impuissance et les effets néfastes des vents d'ouest et de sud-ouest qui soufflaient en direction du pays des morts, ces mêmes vents que Pazuzu contrôlait.

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Pazuzu est imaginé comme une figure particulièrement effrayante, capable d'effrayer n'importe quel démon ou fantôme de moindre importance.

On l'imagine comme un personnage particulièrement effrayant, capable de faire peur à n'importe quel démon ou fantôme de moindre importance. Pazuzu est représenté sur des statuettes et des gravures avec des yeux globuleux dans un visage canin, un corps écailleux, un pénis à tête de serpent, les serres d'un grand oiseau et d'énormes ailes. Dans les premières scènes de L'Exorciste, il est représenté avec précision dans la statue grandeur nature que le prêtre contemple dans l'ancienne ville de Hatra.

Dans le roman, l'auteur montre le prêtre en train de manipuler une petite statue de Pazuzu, et non de contempler une grande figure, ce qui est également exact. Bien que de petites statuettes du démon aient été trouvées à Hatra, aucune statue de taille normale n'a jamais été trouvée nulle part et il est peu probable qu'elle le soit un jour. Les représentations de démons ou de divinités associées au monde souterrain sont rares car on pensait qu'en créant une telle image, on attirait l'attention du sujet.

C'est pour cette raison qu'il existe peu d'images d'Ereshkigal, la reine des morts, et que même le célèbre relief de Burney (populairement connu sous le nom de Reine de la nuit) ne nomme pas explicitement son sujet, même s'il représente très probablement Ereshkigal: créer une image de la reine des morts aurait été attirer son attention sur soi et personne n'était particulièrement intéressé par une rencontre face à face avec elle.

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Les petites statuettes et amulettes à l'effigie de Pazuzu avaient exactement le même effet: elles attiraient l'attention de Pazuzu sur le porteur ou sur la pièce où la statuette était placée, mais leur taille réduite concentrait leur pouvoir sur la protection. Le mortel n'avait rien à craindre du démon car il l'honorait en demandant sa protection et, lorsqu'il arrivait, il tournait ses pouvoirs démoniaques vers ceux qui menaçaient ses charges, et non vers le mortel qui l'avait invoqué.

Bronze Pazuzu Amulet
Amulette de Pazuzu en bronze
Osama Shukir Muhammed Amin (Copyright)

Ces petites statuettes étaient placées principalement dans les chambres d'enfants, bien sûr, mais elles auraient pu se trouver n'importe où dans une maison, près d'une porte ou d'une fenêtre. Les images et les figures de Pazuzu avaient une fonction similaire à celle des chiens de Nimrud, de petites statuettes de chien enterrées sous le seuil d'un bâtiment (ou placées stratégiquement dans une pièce) pour se protéger des mauvais esprits, des démons ou des fantômes. On pensait que les chiens de Nimrud étaient imprégnés de l'esprit de vrais chiens, associés à Gula, qui étaient avant tout considérés comme des animaux protecteurs. De même, les statuettes de Pazuzu puisaient dans l'essence même du démon et garantissaient la sécurité en leur présence.

Évolution des démons

Selon le chercheur Jeremy Black, les démons de Mésopotamie évoluèrent au fil des ans, passant de la représentation d'animaux menaçants à la personnification de la menace du danger et de la mort. Black affirme que Pazuzu était l'expression ultime de cette évolution et fournit une chronologie simplifiée de la progression, en la divisant en cinq phases:

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1. Une phase de formation, à la fin des périodes d'Obeïd et d'Uruk, au cours de laquelle les caractéristiques de différents animaux sont combinées pour la première fois en des êtres composites non naturels.

2. Une phase optimiste, à l'époque akkadienne, où des scènes glyphiques montrent la capture et le châtiment de démons malfaisants.

3. Une phase d'équilibre, dans l'ancienne période babylonienne, où les dessins des sceaux cylindriques mélangent souvent des images (dieux, symboles et autres motifs) de bonnes et de mauvaises associations en ce qui concerne l'humanité.

4. Une phase de transformation, avec l'art mitannien, kassite et moyen-assyrien du XIVe au XIe siècle avant notre ère, lorsque l'imagerie centrée sur l'homme de l'ancienne période babylonienne cède la place à une prépondérance d'hybrides à tête d'animal.

5. Une phase démoniaque, représentée par l'art néo-assyrien et néo-babylonien, où les démons individuels sont représentés dans toute leur horreur.

Cette dernière phase de développement s'accorde bien avec la nouvelle théologie d'un monde souterrain peuplé de démons au cours du premier millénaire avant notre ère. Le changement se produit, en outre, en même temps que l'avènement de la pratique consistant à ériger dans les palais et les temples des statues monumentales et des reliefs d'êtres magiquement protecteurs, et à enfouir dans les fondations de petites images d'argile à leur effigie. (63)

Cette évolution se poursuivit pendant la période hellénistique de l'histoire mésopotamienne et puis pendant la période chrétienne. Les chrétiens n'avaient plus besoin de démons protecteurs et, bien entendu, la nouvelle foi décourageait le recours aux croyances religieuses antérieures. Les démons, tout comme les anciens dieux, n'avaient pas leur place dans le paradis du dieu chrétien et furent donc relégués dans l'enfer chrétien. Les démons étaient déjà associés au monde souterrain et, de même qu'il était facile de transformer l'au-delà païen en un enfer de punition, il était facile de faire des démons les agents de cette punition éternelle ainsi que des difficultés et des dangers au cours de la vie.

Les évangiles du Nouveau Testament dépeignent Jésus-Christ chassant régulièrement les démons de diverses personnes et le livre des Actes, l'Apocalypse et d'autres décrivent les démons au service de l'adversaire de Dieu, Satan. Dans la lettre I Jean 4:1 du Nouveau Testament, l'auteur recommande à ses lecteurs d'éprouver tout esprit pour voir s'il est de Dieu, et de le rejeter s'il ne l'est pas.

Par la suite, les démons furent considérés uniquement comme des agents du mal, incapables de faire le bien, si ce n'est par inadvertance pour servir le plan général de Dieu. Pazuzu, un ancien personnage mésopotamien à l'aspect effrayant, était le choix parfait pour être l'antagoniste de L'Exorciste, car le public avait été préparé par près de 2 000 ans d'enseignement à accepter l'ancien dieu-démon comme un instrument du mal. Pour les gens de son époque, cependant, Pazuzu était considéré comme une sécurité et un bouclier contre les malheurs dans un monde incertain et souvent effrayant.

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Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Joshua J. Mark
Auteur indépendant et ex-Professeur de Philosophie à temps partiel au Marist College de New York, Joshua J. Mark a vécu en Grèce et en Allemagne, et a voyagé à travers l'Égypte. Il a enseigné l'histoire, l'écriture, la littérature et la philosophie au niveau universitaire.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2017, février 01). Pazuzu [Pazuzu]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-13320/pazuzu/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Pazuzu." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le février 01, 2017. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-13320/pazuzu/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Pazuzu." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 01 févr. 2017. Web. 24 avril 2024.

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