Pinson Mounds

Joshua J. Mark
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
Translations
Version Audio Imprimer PDF
Sauls Mound (by Wayne Hsieh, CC BY-NC-SA)
Monticule Saul Wayne Hsieh (CC BY-NC-SA)

Le complexe archéologique de Pinson Mounds est un parc d'État situé dans le comté de Madison, dans le Tennessee, aux États-Unis. Il abrite un site religieux préhistorique autochtone composé de monticules de terre construits pendant la période du Sylvicole moyen (environ 200 av. J.-C. - 500 ap. J.-C.). Bien qu'il y en ait eu davantage à l'origine, le site comprend actuellement 15 grands monticules de terre pouvant atteindre 22 mètres de haut.

Le plus grand des monticules est le monticule Sauls (également connu sous le nom de monticule 9), situé au centre du complexe, qui semble avoir été le point central des rituels religieux. Le monticule fut nommé en l'honneur de John Sauls, le propriétaire du terrain sur lequel les monticules furent découverts. Les autres monticules sont disposés de manière apparemment symétrique, peut-être pour concentrer les énergies naturelles et spirituelles. Le site lui-même doit son nom à son découvreur, Joel Pinson, un spéculateur foncier du XIXe siècle qui avait été envoyé pour étudier la région après que la nation Chickasaw eut cédé le terrain à l'État du Tennessee en 1818. Le nom original du site, s'il en avait un, est inconnu.

Supprimer la pub
Publicité

Les fouilles du site furent lancées à la fin du XIXe siècle, mais elles n'ont pas été très loin. Les fouilles archéologiques professionnelles n'ont commencé que dans les années 1960, et des efforts plus sérieux ont été entrepris dans les années 1980. Ces fouilles ont mis au jour des artefacts qui suggèrent fortement que le site était utilisé exclusivement à des fins religieuses et n'a jamais été un lieu de résidence, à l'exception de la zone dite "Cochran", située à l'écart des monticules centraux, qui semble avoir servi de résidence temporaire aux personnes qui participaient aux rituels. Le site a été déclaré parc d'État en 1974 et est inscrit au registre national des lieux historiques des États-Unis.

La période sylvicole

La période archaïque a vu apparaître les premiers monticules de terre monumentaux en Amérique du Nord, qui seraient une réponse au développement des croyances religieuses.

La période sylvicole est une désignation moderne pour l'époque comprise entre 500 avant J.-C. et 1100 après J.-C., une période de transition entre la période archaïque (environ 8000-1000 av. J.-C.) et les cultures du Mississippi (environ 1100-1540 ap. J.-C.). La période archaïque vit l'apparition des premiers monticules de terre monumentaux en Amérique du Nord, qui seraient une réponse au développement des croyances religieuses apparues plus tôt, tandis que les cultures du Mississippi sont considérées comme l'expression la plus aboutie de ces croyances et de la culture autochtone en général, comme en témoignent les grands centres urbains tels que Cahokia et Moundville.

Supprimer la pub
Publicité

Bien que cette chronologie repose sur une certaine logique, elle est en grande partie artificielle – un moyen pratique pour les chercheurs d'étudier la préhistoire de l'Amérique du Nord – car des éléments de la période dite archaïque sont évidents dans la période sylvicole et, de même, les pratiques, les outils et la technologie de la période sylvicole sont évidents chez les peuples des cultures du Mississippi. Il convient également de noter que tous les chercheurs, archéologues ou historiens ne s'accordent pas sur la datation approximative de ces cultures et que les dates doivent donc être considérées comme des probabilités plutôt que comme des certitudes.

Compte tenu de cela, la période sylvicole est divisée en trois sous-périodes:

  • Sylvicole précoce – vers 1000-200 av. J.-C.
  • Sylvicole moyen – environ 200 av. J.-C. - 500 ap. J.-C.
  • Sylvicole tardif – vers 500-1000 après J.-C.

Les croyances religieuses, attestées par les objets funéraires enterrés avec les défunts, commencèrent à se développer beaucoup plus tôt, mais elles étaient pleinement apparentes pendant la période archaïque, dans des tombes plus élaborées. Ces croyances semblent s'être développées davantage pendant la période sylvicole, avec la construction d'un plus grand nombre de tumulus plus importants, dont certains artefacts suggèrent fortement une fonction religieuse. Un haut niveau de compétence technique dans la construction de tumulus est déjà évident à l'époque archaïque dans des sites tels que Poverty Point (dans l'actuelle Louisiane) et il est possible que le travail des habitants de cette région ait influencé celui d'autres régions (bien que cela ne soit pas nécessairement le cas). Il semble que la construction de tumulus, bien que suivant un modèle de base similaire, ait été développée par des groupes distincts les uns des autres et reflétait leurs croyances spirituelles.

Supprimer la pub
Publicité
Mound B, Poverty Point, Louisiana
Monticule B, Poverty Point, Louisiane Jennifer R. Trotter (CC BY-SA)

Développement religieux

On pense que les croyances religieuses se seraient développées pour la première fois pendant la période connue sous le nom de culture Dalton-Folsom (vers 8500-7900 av. J.-C.), lorsque les objets funéraires commencèrent à apparaître, mais il est tout aussi possible qu'une forme de pratique religieuse ait existé auparavant, qui ne comprenait tout simplement pas la mise en terre d'objets funéraires. De plus, la crémation semble avoir été une pratique courante avant, pendant et après cette période. À l'époque de la période sylvicole, cependant, les rites funéraires s'étaient plus ou moins standardisés parmi les différentes tribus/nations. Les membres des classes inférieures étaient enterrés avec des objets simples, ce qui représentait tout de même un sacrifice important pour les vivants, car la fabrication de la céramique et des outils demandait du temps et des ressources, tandis que les membres des classes supérieures et de la noblesse étaient inhumés avec des objets plus élaborés. Le spécialiste Jake Page commente:

Des quantités phénoménales d'objets funéraires accompagnaient les morts dans les tombes: des milliers de perles d'eau douce, par exemple, et des ornements en cuivre de toutes sortes, ainsi que des objets en mica, en argent et en écaille de tortue, pour la plupart des objets exotiques fabriqués à partir de matériaux exotiques. Les figurines et les pipes sculptées étaient relativement courantes et présentaient une similitude de conception dans toutes les régions où ces sépultures étaient à la mode, notamment dans la vallée de l'Ohio, dans l'Illinois et dans tout le sud-est. (67)

Map of Mississippian and Related Cultures
Carte des cultures mississippiennes ou apparentées Wikipedia (CC BY-NC-SA)

Les élites étaient souvent enterrées dans des tumulus, mais pas toujours, car on utilisait également des tombes en bois faisant office d'ossuaires. Les tumulus étaient utilisés par les cultures du Mississippi ultérieures comme tombes, résidences des élites (les maisons construites sur leur sommet plat), à d'autres fins encore inconnues, et certainement pour des rituels religieux. Ces rituels étaient pratiqués régulièrement dans les communautés pour apaiser les dieux/esprits, demander conseil, rendre grâce et implorer la prospérité du peuple. L'un de ces rituels, dont on sait qu'il s'est poursuivi jusqu'à la période coloniale, était destiné à rendre à la terre son énergie afin de favoriser de meilleures récoltes. Le chercheur Larry J. Zimmerman explique:

Au cœur des croyances ancestrales des Amérindiens se trouve l'idée que les rythmes de l'univers sont comme ceux d'un battement de tambour régulier. Afin de se renouveler, les rythmes et les cycles de la nature nécessitent la participation humaine sous la forme de rituels qui marquent les moments importants du cycle cosmique. Ces rituels de renouveau de la Terre sont généralement basés sur les saisons ou les moments cruciaux du calendrier alimentaire. Ces cérémonies des premières récoltes sont d'une importance capitale: elles célèbrent la fertilité et marquent le renouveau d'un cycle de subsistance qui englobe tout, de l'apparition du premier saumon ou du premier bison à la croissance du maïs. (230)

Il est possible, et même très probable, que ce soit ce type de rituels qui se déroulaient à Pinson Mounds. Il n'y a aucune preuve d'une occupation permanente tout au long de l'année, seulement de logements temporaires près des monticules qui étaient utilisés à intervalles réguliers, tandis que les artefacts trouvés sur le site suggèrent une utilisation rituelle régulière pendant une période significative.

Supprimer la pub
Publicité

Les Pinson Mounds

Les monticules de Pinson Mounds furent construits par étapes, sur plusieurs années, par des personnes qui récoltaient de la terre à l'aide d'outils en pierre pour creuser et de paniers ou de peaux d'animaux pour la transporter jusqu'au site des monticules. Les monticules du site représentent le travail d'une main-d'œuvre importante, organisée et dirigée par une autorité centrale. On ignore qui étaient ces personnes et il est également impossible de savoir si elles appartenaient toutes à une même communauté ou si le site fut conçu et construit à l'origine par des membres de différentes communautés travaillant ensemble vers un objectif commun. Les constructeurs d'origine étaient peut-être les ancêtres de la nation Chickasaw, qui finit par s'approprier ces terres au XIXe siècle.

Le site fut délibérément conçu et construit en trois sections:

  • Section est
  • Complexe intérieur
  • Section ouest

Sur d'autres sites, tels que Moundville, les monticules étaient construits face à un monticule central utilisé pour les rituels religieux, tandis que d'autres servaient à des fins résidentielles ou funéraires. Cependant, à Pinson Mounds, certains monticules semblent avoir été utilisés exclusivement à des fins religieuses, tandis que d'autres servaient à des fins funéraires ou à d'autres fins qui n'ont pas encore été déterminées par les archéologues. Les trois sections semblent avoir été construites à la même période, entre 1 et 200 après J.-C. environ, les travaux se déroulant par étapes sur les trois sites.

Moundville Archeological Site (Moundville, Alabama)
Site archéologique de Moundville (Moundville, Alabama) Corey Seeman (CC BY-NC-SA)

La section est comprend des monticules rectangulaires au sommet plat, mais aussi le monticule 30, qui a la forme d'un oiseau. On ne sait pas s'il fut conçu ainsi à l'origine ou si c'est l'usure des années et la culture ultérieure par les indigènes Chickasaw et les colons anglais qui lui ont donné cette forme. La structure la plus importante de cette section est la citadelle orientale, qui a été identifiée comme ayant été utilisée exclusivement à des fins rituelles. Le monticule 28 est aligné avec le lever du soleil au solstice d'été, ainsi qu'avec le monticule Sauls du complexe intérieur.

Supprimer la pub
Publicité
Avec ses 22 mètres de hauteur, le monticule Sauls est le plus grand monticule d'Amérique du Nord après le monticule Monks à Cahokia.

Le monticule Sauls (également connu sous le nom de monticule 9) est situé au centre du complexe intérieur et aurait également été utilisé exclusivement pour des rituels religieux. Ce monticule rectangulaire a ses quatre coins alignés avec les points cardinaux, son coin est étant également aligné avec le monticule 28 de la section est. Avec ses 22 mètres de hauteur, il s'agit du plus grand monticule d'Amérique du Nord après le monticule Monks à Cahokia. D'autres monticules du complexe intérieur témoignent également d'activités rituelles, mais l'un d'entre eux, le monticule 12, était utilisé pour l'inhumation des membres de la classe supérieure.

La section ouest comprend le monticule Ozier (également connu sous le nom de monticule 5), les Twin Mounds (monticule 6) et, à environ 200 mètres, la zone dite Cochran, qui servait de logement temporaire aux invités. Il ne semble pas que la zone Cochran ait été utilisée comme lieu d'habitation à long terme par les ouvriers du site. Les Twin Mounds étaient utilisés pour les enterrements, tandis que le monticule Ozier , le deuxième plus grand site après le monticule Sauls, avait une fonction rituelle. Les archéologues Robert C. Mainfort, Jr. et Richard Walling, qui ont participé aux fouilles de 1989, notent:

Bien que relativement peu de caractéristiques définissables aient été identifiées à ce jour, nous sommes convaincus que [le monticule Ozier] représente une surface d'activité spécialisée associée à des comportements rituels. Il est significatif que le sommet préservé du monticule Ozier ne présente aucune trace de poteaux et/ou de structures possibles, d'accumulations de déchets et de grandes quantités de restes faunistiques et floraux qui caractérisent les sommets de certains autres monticules de la période du Sylvicole moyen. (117)

Mainfort et Walling notent également la présence d'une couche de sable entre les couches de certains monticules, qui, selon eux, servait, du moins dans certains cas, à recouvrir le sommet pendant la construction d'un monticule. Bien qu'ils n'offrent aucune explication quant à l'utilisation du sable au-delà de ce recouvrement, il est possible qu'il ait été utilisé de la même manière que celle établie plus tard au monticule Monks, à Cahokia.

Vous aimez l'Histoire?

Abonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire gratuite!

Monks Mound at Cahokia
Monticules Monks à Cahokia Wikipedia (CC BY-NC-SA)

L'archéologue William Woods, de l'université du Kansas, qui a travaillé sur le site de Cahokia pendant plus de 20 ans, a établi que le sable était utilisé pour empêcher l'action capillaire et préserver ainsi l'intégrité du monticule Monks. Le chercheur Charles C. Mann cite les observations de Woods après avoir noté que le monticule Monks de Cahokia est construit sur une énorme dalle d'argile (comme certains monticules de Pinson Mounds):

Le sable agit comme un bouclier pour la dalle. L'eau remonte à travers l'argile jusqu'à la dalle, mais ne peut pas aller plus loin car le sable est trop meuble pour permettre une capillarité plus importante. L'eau ne peut pas non plus s'évaporer, car les couches d'argile au-dessus du sable exercent une pression et empêchent l'air d'entrer. De plus, le sable permet à l'eau de pluie de s'écouler loin du monticule, l'empêchant ainsi de trop gonfler. (298)

On ne sait toutefois pas si cette même technique d'ingénierie fut utilisée à Pinson Mounds, car certains monticules, comme le monticule Sauls, ne présentent aucune trace de sable, et les monticules 15 et 28 suivent le même modèle. Si les constructeurs de Pinson Mounds ont utilisé le même type de technologie que ceux de Cahokia, ils l'ont fait de manière inégale. Le monticule Ozier, considéré comme le premier construit dans la seconde moitié du Ier siècle avant notre ère, présente des traces d'utilisation de sable, comme indiqué, et il semble que les constructeurs ultérieurs aient choisi de ne pas suivre ce modèle de manière uniforme pour des raisons inconnues.

Découverte et fouilles

La région de l'ouest du Tennessee qui entoure les monticules de Pinson Mounds fut achetée à la nation amérindienne Chickasaw dans le cadre du traité de 1818. Un spéculateur foncier nommé Joel Pinson fut envoyé pour étudier la région en 1820. Il devint le premier Blanc d'origine européenne à voir le site, qui fut donc baptisé en son honneur. Le site ne suscita que peu d'intérêt jusqu'à ce qu'un journaliste nommé J.G. Cisco ne commence à écrire une série d'articles sur les monticules à la fin des années 1800. Les articles de Cisco attirèrent l'attention d'un certain William Myer, de la Smithsonian Institution, qui se rendit sur le site en 1916 pour le cartographier. Mainfort et Walling écrivent:

Supprimer la pub
Publicité

La première carte du site est apparue dans un article peu connu de William Myer (1922), un employé intermittent de la Smithsonian Institution qui a répertorié près de trois douzaines de monticules et... de remblais de terre. Bien que la plupart des monticules et des remblais signalés par Myer soient aujourd'hui reconnus comme des formations naturelles, les chercheurs ont conservé le système de numérotation des monticules de Myer. Avant les années 1980, les monticules de Pinson Mounds n'avaient fait l'objet que d'études superficielles par des archéologues professionnels et, bien que ces premières recherches suggéraient que le site avait été principalement utilisé pendant la période du Sylvicole moyen, on supposait généralement qu'au moins certains, sinon tous, des grands monticules en plate-forme étaient d'origine mississippienne. (113)

La similitude entre les monticules de Pinson Mounds et ceux de Cahokia et Moundville, dans les cultures du Mississippi, suggérait bien sûr cette conclusion, mais les fouilles menées dans les années 1980 ont prouvé de manière concluante que le site avait été créé beaucoup plus tôt et qu'il était bien l'œuvre des communautés de la période du Sylvicole moyen. Malgré cela, le site n'a été que partiellement fouillé, car il est protégé par l'État en tant que parc depuis 1974, et les fouilles complètes ont été découragées afin de préserver les monticules intacts.

Le parc archéologique d'État de Pinson Mounds préserve aujourd'hui 15 des 30 monticules initialement cartographiés par Myer, entourés de plus de 1 200 acres de terrain, d'installations de camping et de sentiers de randonnée. Le musée du site de Pinson Mounds comprend un théâtre de 80 places, 1 370 mètres d'expositions, une "salle de découverte" qui encourage l'interaction avec le passé, et abrite également les bureaux du West Tennessee Regional Archaeological Office. Pinson Mounds est l'une des attractions touristiques les plus populaires de la région et attire chaque année des milliers de visiteurs qui viennent explorer les bois, admirer les monticules et découvrir l'histoire des premières nations qui ont occupé l'Amérique du Nord.

Supprimer la pub
Publicité

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth, responsable de Traduction, est diplômée en anglais et en français langue étrangère. Parlant couramment le français, l'anglais et l'italien, elle a enseigné l'anglais au British Council à Milan, en Italie.

Auteur

Joshua J. Mark
Joshua J. Mark est cofondateur et Directeur de Contenu de la World History Encyclopedia. Il était auparavant professeur au Marist College (NY) où il a enseigné l'histoire, la philosophie, la littérature et l'écriture. Il a beaucoup voyagé et a vécu en Grèce et en Allemagne.

Citer cette ressource

Style APA

Mark, J. J. (2025, septembre 12). Pinson Mounds. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-12767/pinson-mounds/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Pinson Mounds." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, septembre 12, 2025. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-12767/pinson-mounds/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Pinson Mounds." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 12 sept. 2025, https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-12767/pinson-mounds/.

Soutenez-nous Supprimer la pub