Le Sac Merveilleux

Joshua J. Mark
par , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le
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Le Sac Merveilleux est une légende de la nation cheyenne et l'un des contes de Wihio, mettant en scène le personnage du filou Wihio, similaire au personnage lakota sioux Iktomi (également connu sous le nom d'Unktomi) des célèbres contes d'Iktomi. Bien que la date de sa composition soit inconnue, il s'agit du dernier volet du cycle narratif des contes de Wihio.

Buffalo Jump, near Ulm, Montana
Buffalo Jump, près d'Ulm, dans le Montana Naawada2016 (CC BY-SA)

Wihio présente des similitudes avec de nombreux autres personnages de filou amérindiens, tels que le Coyote des Navajos, Nanabozho (Manabozho) des Ojibwés et, comme indiqué, Iktomi des Sioux. Le filou peut apparaître sous les traits d’un méchant, d’un héros, d’un sage, d’un clown ou d’un bouffon, mais il apporte toujours une forme de transformation, que ce soit pour lui-même, pour un individu ou pour la communauté. Le filou sert également à enseigner une valeur culturelle importante ou à encourager un certain type de comportement acceptable ou, comme dans Le Sac Merveilleux, à remplir plusieurs de ces fonctions tout en offrant au public un récit sur l’origine du bison.

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Il existe de nombreuses légendes cheyennes sur le bison expliquant d’où il vient et attribuant sa création à diverses entités. Dans L’origine du bison, il s’agit d’un cadeau offert au peuple par une figure maternelle bienveillante, sorte d’avatar du divin, tandis que Comment la chasse au bison a commencé explique l’origine de la chasse à cet animal. Ces légendes, ainsi que d’autres telles que Le Sac Merveilleux, soulignent l’importance du bison d’Amérique pour les Cheyennes et les autres Indiens des Plaines.

Le sac merveilleux est encore raconté aujourd’hui par les Cheyennes comme un puissant souvenir de la façon dont ils ont survécu aux politiques génocidaires du gouvernement américain.

Les Cheyennes, les Arapahos, les Comanches, les Pieds-Noirs, les Kiowas, les Mandans, les Pawnees, les Sioux et de nombreuses autres nations comptaient tous sur le bison comme ressource essentielle. Le gouvernement américain en était parfaitement conscient et a encouragé l’extermination du bison dans l’Ouest, comme moyen de soumettre les Indiens des Plaines, entre 1840 et 1890 environ. Le Sac Merveilleux – et d’autres récits similaires – sont encore racontés aujourd’hui par les Cheyennes pour rappeler leur patrimoine culturel et leurs traditions, ainsi que pour témoigner de la façon dont ils ont survécu aux politiques génocidaires du gouvernement américain et sont restés une nation intacte jusqu’à aujourd’hui.

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Le bison et les Indiens des Plaines

L'importance du bison pour les Indiens des Plaines est au cœur de nombreuses légendes, et, pour les Cheyennes, elle inclut leur mythe de la Création, dans lequel le bison joue un rôle essentiel en fournissant au peuple le feu nécessaire pour se réchauffer la nuit, en hiver, et pour cuire leur nourriture. Dans la légende cheyenne Étoile filante, le héros assure la survie de son peuple en maîtrisant le corbeau blanc qui avertissait les bisons de l’approche des chasseurs, les sauvant ainsi de la famine. L’importance du bison pour la survie des peuples des Grandes Plaines est soulignée par la chercheuse Adele Nozedar, qui écrit:

Le bison fournissait tout ce dont les Amérindiens avaient besoin pour survivre, et la liste des utilisations de cet animal est impressionnante. Les peaux servaient à fabriquer de la literie, des vêtements, des chaussures et les "parois" des tipis. La viande constituait une nourriture savoureuse et nutritive. Les os et les dents étaient utilisés pour fabriquer des outils ainsi que des objets sacrés. Les sabots de l'animal pouvaient être transformés en colle. Les cornes servaient à fabriquer des tasses, des louches et des cuillères. Même la queue du bison servait à fabriquer un fouet à mouches. Les os pouvaient être utilisés pour gratter la peau afin de l'assouplir et étaient également façonnés en aiguilles et autres outils. Certaines tribus utilisaient les os pour fabriquer des arcs. Le bison fournissait le cuir et la "corde" tendue pour ces arcs. Même les excréments fibreux servaient à allumer des feux. Le cuir brut, chauffé au feu, s’épaississait; ce matériau était si résistant que les flèches, et parfois même les balles, ne pouvaient le transpercer, ce qui en faisait un bouclier efficace. Ce cuir brut servait à fabriquer toutes sortes d’objets: semelles de mocassins, récipients étanches, étriers, selles, hochets et tambours à des fins cérémonielles, ainsi que des cordes. (62)

Le bison revêtant une telle importance pour le peuple, divers récits se sont développés pour expliquer son origine, et Le Sac Merveilleux n’est que l’un d’entre eux.

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Résumé et commentaire

Dans Le Sac Merveilleux, le filou Wihio trouve un Homme-de-l'Abondance – un personnage qui apparaît dans de nombreux mythes à travers le monde, quelqu'un qui possède ce que tout le monde désire et qui semble avoir acquis sa fortune facilement ou, du moins, mystérieusement – selon la perception de son entourage – par la volonté (dans ce cas) du Dieu créateur cheyenne Maheo (Ma'heo'o), le Sage d’En Haut. Lorsque Wihio demande de la nourriture, on la lui donne, et lorsqu’il demande un endroit où dormir, on le lui fournit. Mais Wihio en veut plus: il a besoin de savoir ce que contient le mystérieux sac suspendu à l’arrière de la hutte et, comme on l’apprend plus tard dans l’histoire, il veut également tout ce qui appartient à l’Homme-aux-Ressources.

Au cours du récit, Wihio obtient exactement ce qu’il désire. Il parvient à s’emparer de la hutte de l’homme et met également la main sur le sac mystérieux, mais, n’ayant pas la sagesse nécessaire pour gérer cet objet, il finit par libérer tous les bisons qu’il contient, les laissant vagabonder à travers le monde et fournissant ainsi aux Cheyennes – et aux autres – cette ressource indispensable à leur survie. La fuite des bisons entraîne également la mort de Wihio et de sa famille, mettant fin aux frasques qui avaient fait la renommée du filou, même si cet archétype allait perdurer sous d’autres formes. Le filou n’est jamais "maléfique" et s’avère en réalité nécessaire pour provoquer un changement qui, sans lui, n’aurait peut-être pas eu lieu.

Buffalo Hunt, Chase No. 5.
Chasse au bison George Catlin (Public Domain)

Bien que la motivation de Wihio soit égoïste, ses désirs apportent un plus grand bien à tous. Sans le bison, les Cheyennes n’auraient pas pu survivre – comme l’avait compris le gouvernement américain au XIXe siècle lorsqu’il encouragea le massacre massif des bisons afin de priver les Indiens des Plaines de leur ressource vitale et de les affamer jusqu’à ce qu’ils ne se soumettent – et ainsi, le vol et l’ouverture du sac par Wihio s’avèrent en réalité être une bénédiction pour le peuple.

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Il s’agit d’un motif courant dans les contes de filous des peuples autochtones d’Amérique du Nord, où le personnage central adopte un comportement contraire aux valeurs du peuple et, à la fin du récit, apporte un bien que le peuple apprécie. Dans le conte sioux Plume blanche, par exemple, le filou Unktomi trompe le héros Plume blanche, lui vole son identité et prend sa place au sein de la tribu de sa fiancée, mais ce faisant, il met en valeur la vertu du héros et, sans le savoir, conduit Plume blanche vers sa future épouse et sa famille.

De la même manière, Le Sac Merveilleux montre comment même les désirs les plus égoïstes peuvent être détournés vers le bien sous la direction de la force divine d’une entité comme Maheo, qui, quelle que soit la manière dont les gens interprètent les circonstances de leur vie, contrôle toujours l’issue finale. L'œuvre est connue sous le nom du Sac Merveilleux, non pas à cause des intentions égoïstes de Wihio, mais parce que Maheo a su transformer ces motivations viles au service du bien commun tout en punissant le transgresseur.

Texte

Le récit suivant est tiré de *By Cheyenne Campfires* de l’anthropologue et historien George Bird Grinnell (1849-1938), publié pour la première fois en 1926. La date originale de composition est inconnue, car cette histoire, comme presque tous les contes amérindiens, a été transmise oralement de génération en génération jusqu’à ce qu’elle soit mise par écrit.

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Il y a très longtemps, un homme vivait seul dans une hutte. Il n’avait ni femme ni famille, mais autour de sa hutte, beaucoup de viande était suspendue aux branches et aux étendoirs, et il possédait de nombreuses peaux et robes.

Un jour, Wihio passa par là, entra dans la hutte et s’adressa à l’homme en disant: « Je suis heureux de t’avoir trouvé, mon frère. Je te cherchais depuis longtemps et j’ai demandé à tout le monde où tu étais. Finalement, j’ai eu des nouvelles sûres de toi et j’ai appris où se trouvait ta hutte ; je suis donc venu directement te voir. »

Après que Wihio eut dit cela, l’homme se mit à lui préparer à manger et, pendant qu’il cuisinait, Wihio était assis là, observant la hutte. Un grand sac était attaché à un poteau à l’arrière de la hutte. Wihio ne savait pas ce qu’il pouvait y avoir dans ce sac et ne cessait de se demander ce qu’il contenait. Plus il le regardait, plus sa curiosité grandissait.

Après avoir mangé, Wihio dit à l’homme : « Mon frère, puis-je dormir ici ce soir avec toi ? » L’homme répondit : « Oui, oui, reste si tu le souhaites. »

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Quand la nuit tomba, ils préparèrent les lits pour dormir. L’homme avait observé Wihio et l’avait vu regarder le sac ; il pensa que Wihio souhaitait s’en emparer ; il prit donc une tasse d’eau et la posa par terre à l’arrière du feu, devant le sac.

Bientôt, ils se couchèrent et l’homme s’endormit ; mais Wihio ne dormait pas ; il restait allongé là, à regarder et à écouter.

Lorsque l’homme fut endormi, Wihio se leva, tendit la main pour détacher le sac du poteau de la hutte, le mit sur son dos et sortit de la hutte en le portant.

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Avant d’avoir parcouru une grande distance, il arriva soudain au bord d’un grand lac et se mit à en faire le tour, courant vite pour que l’homme ne le rattrape pas. Il courut jusqu’à l’aube le long des rives de ce lac qui semblait ne pas avoir de fin. À ce moment-là, il était très fatigué et somnolent ; il s’allongea donc pour se reposer un peu, le sac toujours sur le dos afin de pouvoir repartir dès son réveil.

Le matin, lorsque l’homme se réveilla, il vit Wihio allongé là, la tête posée sur le sac, et lui dit : « Mon frère, que fais-tu avec mon sac ? »

Wihio se réveilla et fut très étonné de se retrouver encore dans la hutte. Il ne savait pas comment répondre à l’homme, mais finit par dire : « Mon frère, tu m’as si bien traité que j’allais te proposer de porter ton sac pour toi quand tu déménagerais. »

L'homme prit le sac et l'attacha au poteau de la hutte, là où il devait être.

Après avoir mangé, ils restèrent assis là à discuter et Wihio dit à l’homme : « Mon frère, de quoi as-tu peur ? » L’homme répondit : « Mon frère, je n’ai peur de rien, sauf d’une oie. »

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Wihio dit : « Moi aussi, j’ai peur de ça. Une oie est un oiseau très dangereux. » Au bout d’un moment, Wihio dit à l’homme : « Mon frère, je m’en vais », et il sortit.

À la tombée de la nuit, Wihio revint au camp sous la forme d’une oie, se rendit derrière la hutte et cria fort. L’homme prit peur, mit son sac sur le dos, se précipita hors de la hutte et s’enfuit ; et Wihio, ravi, retourna là où il avait laissé sa femme et sa famille. Lorsqu’il les rejoignit, il dit : « Mes enfants, je suis heureux ; j’ai enfin obtenu ce que je désirais depuis longtemps. J’ai chassé de sa hutte une personne qui a un bon foyer et de la nourriture en abondance. Nous irons là-bas pour y vivre. »

Une fois arrivés à la hutte, Wihio parla à sa femme du sac, en lui disant : « Je veux savoir ce qu’il y a dans ce sac, et je suivrai cet homme jusqu’à ce que je le sache. »

Une fois qu’ils eurent mangé, Wihio partit sur les traces de l’homme, pour voir où il était allé. Il le suivit pendant longtemps, mais finit par le retrouver et, une fois de plus, poussa un cri comme une oie et effraya l’homme. Mais lorsque l’homme s’enfuit, il emporta le sac avec lui. À deux autres reprises, Wihio l’effraya et, à chaque fois, lorsque l’homme s’enfuit, il emporta le sac ; mais la quatrième fois, il le laissa derrière lui et Wihio s’en empara.

Mais, lorsque l’homme laissa tomber le sac, il s’écria : « Je ne peux ouvrir ce sac que quatre fois ! » Wihio mit alors le sac sur son dos, retourna à la hutte et dit à sa femme : « Eh bien, j’ai obtenu ce que je désirais. »

Une fois arrivé à la hutte, Wihio défit le sac et en ouvrit l’embouchure, car il voulait voir ce qu’il contenait. Dès qu’il l’ouvrit, un bison s’en échappa, et on vit les têtes d’autres vaches se presser vers l’embouchure du sac. Wihio le referma alors rapidement.

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« Ah ah, dit-il, c’est comme ça que je vais faire. » Il tua le bison et ils eurent de quoi manger en abondance. Quand toute la viande fut consommée, il ouvrit à nouveau le sac et une autre vache s’en échappa ; il referma le sac et tua la vache.

Quand il n’y eut plus de viande, il laissa sortir un autre buffle, puis encore un autre, mais il avait oublié de compter les buffles qu’il avait tués et, lorsqu’il ouvrit le sac pour la quatrième fois, il dit : « Ça fait trois fois. »

Une cinquième fois, il ouvrit le sac et, dès qu’il fut ouvert, de nombreux bisons s’en précipitèrent et il ne put refermer le sac. Ils sortirent en si grand nombre qu’ils le piétinèrent et le tuèrent, lui et toute sa famille. Il n’en resta pas un seul en vie.

Les bisons partirent vers le nord, le sud, l’ouest et l’est, et se répandirent partout dans le monde. Voilà d’où viennent les bisons ; et voilà la fin de l’histoire de Wihio.

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Questions & Réponses

De quoi parle le conte cheyenne intitulé "Le sac merveilleux" ?

Le conte cheyenne intitulé "Le sac merveilleux" met en scène Wihio, un personnage farceur qui dérobe le sac magique renfermant les bisons et, sans le vouloir, les libère pour qu’ils parcourent la terre.

Wihio est-il un personnage du même genre qu'Iktomi ?

Oui. Wihio est le personnage farceur des Cheyennes, tout comme Iktomi (Unktomi) l'est chez les Sioux.

Pourquoi l'homme laisse-t-il tomber le sac dans le conte cheyenne intitulé "Le sac merveilleux" ?

La raison pour laquelle l'homme laisse tomber le sac pour que Wihio le trouve dans "Le sac merveilleux" est sujette à interprétation, mais c'est sans doute parce qu'il sait ce qui en résultera et qu'il comprend que c'est ainsi que les choses doivent se passer.

À quelle date "Le sac merveilleux" a-t-il été composé à l'origine ?

On ignore la date de composition du conte cheyenne intitulé "Le sac merveilleux", car il s'est transmis oralement de génération en génération. La première traduction anglaise de ce conte a été publiée en 1926 dans l'ouvrage de G. B. Grinnell intitulé *By Cheyenne Campfires*.

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Style APA

Mark, J. J. (2026, mai 27). Le Sac Merveilleux. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2459/le-sac-merveilleux/

Style Chicago

Mark, Joshua J.. "Le Sac Merveilleux." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, mai 27, 2026. https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2459/le-sac-merveilleux/.

Style MLA

Mark, Joshua J.. "Le Sac Merveilleux." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia, 27 mai 2026, https://www.worldhistory.org/trans/fr/2-2459/le-sac-merveilleux/.

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